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    Extraits de la notice de l’abbé Idoux, publiée en 1911 et 1912,
    dans les Annales de la société d’émulation du département des Vosges.

    On a pu remarquer que, pour résister aux hordes de Richelieu et de Mazarin, Charles IV avait du faire flèche de tout bois. A des aventuriers, il a opposé des aventuriers. Il s’est mis à la tête de ceux qui formaient les armées de l’Empire et de l’Espagne.

    Si les Suédois, Ecossais, Italiens et autres condottieri à la solde de la France furent un épouvantable fléau pour notre pays, il faut reconnaître que les reîtres allemands, hongrois, croates, espagnols, etc., que commandaient soit le duc de Lorraine et ses lieutenants, soit les généraux impériaux ses alliés, traitaient avec la même rigueur les populations qu’ils venaient protéger.

    Les Français et les Suédois brigandaient, pillaient, incendiaient, violaient, assassinaient en pays conquis. Les Lorrains et les Impériaux faisaient sans doute tout cela, quand ils pénétraient sur terrain ennemi, comme la Champagne, et ils ne s’en faisaient pas faute non plus lorsqu’ils foulaient la Lorraine, l’Alsace et le Franche-comté qu’ils avaient à défendre.

    Les Impériaux de Gallas surtout furent dignes des Suédois, et les reîtres que l’Espagne et l’Autriche confièrent à Charles IV, pour mener les campagnes de 1635 à 1640, furent capables de toutes les abominations. Joignons à cela les queues d’armées, qui étaient la lie des nations dans laquelle se fondaient les Loups de Bois, et l’on aura idée des horreurs qui se commirent pendant les luttes dont les Vosges furent le théâtre.

    Le maréchal de la Force, ayant mis pied en Franche-Comté, le duc de Lorraine, en 1635, reçut mission de l’expulser. Pour l’aider dans cette opération, Gallas lui adjoignit quelques régiments de cavalerie allemande, hongroise, croate, qui donnèrent au pays la mesure de ce qu’on devait attendre de pareils auxilliaires. En particulier, les troupes du colonel Coloredo, logées à Faverney et dans le voisinage, courant en partis de trois à quatre cents chevaux, commirent des excès inouïs, pillages, meurtres, viols, incendies et sacrilèges. Il fallut armer les milices nationales contre ces cruels alliés pour les refouler en partie dans le val de Délémont.

    Or ce furent ces régiments, qui formèrent le camp du Dropt, entre Le Val d’Ajol et Le Girmont, qui firent le siège de Remiremont, que l’on retrouve à l’assaut de Rambervillers, et qui pendant deux mois, si l’on en croit les correspondants de Richelieu, se conduisirent en sauvages dans le camp organisé par Charles IV au nord-est de la ville. Mais à la suite de ces troupes, allait un énorme bagage et une multitude de valets, vivandiers et de femmes, égale à l’effectif des soldats. Pour vivre, ces cohues pillaient les localités. La soldatesque, à son tour, courait de tout côté, enlevant tout ce qui se trouvait à sa convenance, brûlant les villages, traquant les paysans réfugiés dans les bois, mettant à torture et à rançon ceux qui étaient pris, saisissant les femmes et les filles, et s’emparant des chevaux et du bétail. Ces brigandages attirèrent parfois de rudes représailles de la part des paysans au désespoir (Luxeuil et Fougerolles – Quartiers d’hiver 1638-1639 des auxilliaires de Charles IV). Le duc fut d’une énergique rigueur pour sauvegarder ses troupes des coups des paysans.

    Somme toute, de la part des soudards, c’était la barbarie hideuse. En voici un exemple : La terre de Ray en Franche-Comté avait en quartier (1638) trois compagnies de dragons Lorrains et un régiment de l’armée de Gallas. Pour échapper aux mauvais traitements de leurs défenseurs, les habitants de trois villages s’étaient retirés avec leur bétail, derrière une colline dans une île de la Saône. Or pendant une nuit obscure, Allemands et Lorrains, passant à la nage le bras de la rivière, se ruèrent en poussant des cris furieux. Aux féroces hurlements des brigands, répondit l’immense clameur d’hommes, de femmes et d’enfants réveillés en sursaut. Les braves résistèrent pour défendre les femmes contre les outrages des profanateurs, et ils furent tués, avec elles, à coup de crosse, de sabres et de pistolets. Le reste s’enfuit, emportant les enfants, en se jettant les uns dans les flots qui les entrainèrent pour la plupart, les autres dans des barques qui, trop chargées, coulèrent presque toutes.

    Si ces Lorrains et ces Impériaux traitaient ainsi le pays qu’ils devaient sauver, que dirent de ce dont ils étaient capables en pays ennemi ? A partir de 1637, et jusqu’à sa ruine en 1641, Jonvelle avait un ramassis de Comtois, Lorrains, Cravates, qui se précipitaient dans toutes les directions, et faisaient surtout le coup de main sur le Bassigny. Parmi les fameux chefs de guérilla, se signalèrent le baron de Clinchamp et le colonel de Bornival. Mais à leur suite traînaient, soit-disant pour la cause lorraine ou comtoise, en réalité pour le brigandage, tous les coupe-jarrets, aptes aux plus ignobles méfaits.

    Et ce sont ces monstres immondes qui, à travers les Vosges, marchaient à la suite des régiments de Clinchamp et de Bornival, et qui venaient faire des rafles jusqu’aux portes d’Epinal. Et c’est Bornival ou Clinchamp qui avaient, certaines années, leurs quartiers à Epinal, Plombières, Le Val d’Ajol, Remiremont, Le Thillot, qui enfin levaient d’énormes contributions lorraines, à côté des exactions françaises, sur Charmes et le bailliage des Vosges

    De l’autre côté, il faut que les Suédois aient été des épouvantables barbares, pour que leur nom ait surnagé au dessus de toutes les horreurs.

    Au Val d’Ajol, en 1644, du fait des hommes de Kanofski, de Roze. Ceux de Tourbadel (Tourbadel, Taupadel, Tabadel, Toubarre, Toubaldt, selon les différents scribes de l’époque) et d’Erlach étaient du même tempérament. Toute la bande de Weimar fut un terrible fléau.

    Les Suédois d’Erlach, en novembre 1649, au nombre de 14 000, étaient dans le Toulois, pillant, violant. Et cependant, comme le pays messin, le Toulois était depuis Henri III, sous protectorat de la France.

    Si les Suédois traitaient d’une façon aussi cruelle les populations françaises, on imagine que leur férocité était au paroxysme quand ils étaient en Lorraine ou en Comté. Or, ce sont les soudards de Tourbadel que l’on retrouve à Etival, Rambervillers, Epinal, Remiremont, en plus de ceux de Kanofski, de Roze et d’Erlach.

    J’ai tenu à donner ce coup d’œil sur la férocité des soudards de toute nature qui ont si longtemps foulé les Vosges, afin que sans effort d’imagination, le lecteur, qui aura le courage de me suivre, sache à quoi s’en tenir chaque fois que certains noms apparaitront, afin que chacun puisse comprendre comment tant de ruines furent amoncelées dans notre département, comment enfin la population disparut des villages ravagés.

     

    A suivre…

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