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    Extraits de la notice de l’abbé Idoux, publiée en 1911 et 1912,
    dans les Annales de la société d’émulation du département des Vosges.

     

     

    La désertion des contribuables

    Il n’est pas étonnant que quiconque le pouvait ait cherché à échapper par la fuite aux charges écrasantes sous lesquelles pliaient toutes les épaules. Les villes et villages furent désertés, les terres abandonnées tombèrent en friches.

    La sécurité ayant disparu du milieu des campagnes, les paysans cherchèrent souvent abri et protection, non seulement dans les plus épais fourrés des bois, mais aussi derrière les remparts des bourgades fortifiées. Fin 1636, un grand nombre de villageois, dont les maisons avaient été ruinées par les gens de guerre, se réfugièrent à Châtel. Ils construisirent au coin des rues et sur les places, des huttes en planches et s’y entassèrent avec leur bétail. En 1651, on dut signifier aux étrangers retirés à Rambervillers, l’ordre de quitter la ville, parce qu’ils refusaient de contribuer aux charges publiques.

    De leur côté, les villes se dépeuplèrent parce que leurs habitants cherchaient à échapper aux transes des sièges et des assauts, aux fureurs et brutalités des soudards, aux charges écrasantes et tracassières du logement des troupes de garnison ou de quartier d’hiver.

    Mais la misère était telle, la pénurie si grande dans les caisses publiques, les exigences des vainqueur si dures, que même la fuite ne sauvegardait pas ceux qui tentaient d’esquiver ces charges outrées. Jusqu’aux derniers temps de la première occupation française, le système de la fuite fut pratique courante parmi les bourgeois d’Epinal. En 1646, on faisait monter la garde sur le Grand Pont pour empêcher l’évasion des contribuables forains. Quelques mois avant le traité de Vincennes, en mars 1661, les gouverneurs durent placer deux soldats à chaque porte de la ville, afin « d’empescher la sortie des particuliers qui estaient refusans de payer leur cotte de la cottization de trente sepmaines ».

    Ce n’est pas seulement à Epinal que furent frappés d’un impôt particulier, ceux qui renonçaient à leurs droits de bourgeois en quittant la ville pour éviter les charges de guerre.

    A Rambervillers, dès 1631, il en fut de même. La misère étant arrivée à tel point que certains particuliers, n’ayant plus ni sou ni maille, on mit leurs maisons à la criée pour faire rentrer leurs impôts. Peu à peu, les bourgeois réduits à cette extrémité, devinrent si nombreux que beaucoup de maisons furent vendues à vil prix, ou, ne trouvant pas d’acheteurs, tombèrent en ruines. En 1653, la ville de Rambervillers tira parti, en vendant les débris de ces épaves.

    A Charmes, comme à Epinal, il y avait l’impôt sur les fuyards. Depuis la ruine de la ville, nombre de bourgeois avaient quitté des remparts démantelés pour chercher sécurité derrière les murs de Châtel. Afin de faire face aux charges qui écrasaient les rares habitants restés dans leurs masures croulantes, les administrateurs de Charmes frappèrent d’un impôt spécial ceux de leurs bourgeois et forains qui résidaient à Châtel.

     

    Déjà à partir de 1633, les nobles et exempts de Mirecourt, forts de leurs anciens privilèges, refusaient les charges militaires. Le duc Charles IV dut intervenir : il signifia aux exempts d’avoir à prendre part aux charges publiques, sous peine de punition exemplaire, et aux nobles sous peine de tomber en roture. Mirecourt, ayant été de nouveau occupée par les Français, les charges firent partir ceux qui pouvaient quitter.

    Ce qui se passait à Mirecourt, Epinal, Charmes, se retrouve aussi dans la principauté de Salm. Voilà où l’on en était pendant la première occupation française. Les habitants ne voyaient plus de remèdes à leurs maux que dans la fuite.

    Il en fut de même pendant la seconde occupation, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Dès la rentrée en campagne des armées françaises, on voit qu’à Mirecourt la méthode de la fuite reprit faveur.

    C’est pourquoi le maréchal de Créqui lança une ordonnance, par laquelle défense était faite aux habitants de la Lorraine de quitter leurs maisons et le pays, sous quelque prétexte que ce fut, sous peine de confiscation et de punition.Le 15 avril 1676, le maréchal de Rochefort défendit de nouveau d’abandonner le pays. Enfin Louis XIV, ayant prescrit la création d’un régiment de miliciens en 1689, les hommes appelés à entrer dans ce régiment, abandonnèrent leurs paroisses pour ne pas servir. Jacques Charuel, intendant de Lorraine pour la France, ne les mit à la raison qu’en les menaçant de la peine du fouet.

     

    Les concussions

    Comme le reste du pays, Mirecourt fut écrasée par les réquisitions, les exactions et souvent dut subir des exécutions manu militari. Ses représentants, comme ceux de Rambervillers, Charmes, Epinal, Remiremont, furent emprisonnés, maltraités, parce qu’ils ne voulaient pas ou ne pouvaient pas faire face aux exigences des petits tyranneaux de l’administration française (Le 21 août 1641, le capitaine de L’Isle Fayol se livra à de telles voies de fait sur le mayeur de Mirecourt, que l’autorité militaire fit une enquête, mit de L’Isle en prison en attendant la suite de son procès – Archives de Mirecourt). En plusieurs circonstances, la ville dut engager l’orfèvrerie de son église pour garantir des emprunts engloutis en quelques jours.

    Mais Mirecourt connut surtout le scandale des concussions. Chaque gouverneur fut aux crochets de la ville, sans la moindre vergogne. Lorsque les gratifications, étrennes et pourboires tardaient à se montrer ou se faisaient trop maigres, les comptables étaient jetés en prison, envahis militairement. La ville était écrasée de nouvelles réquisitions, de nouveaux quartiers d’hiver. Alors, il fallait payer chefs et soldats, loger, nourrir hommes et chevaux, subir toutes les avanies, parfois cruelles, des affreux soudards.

    Les rôles de comptabilité nous montrent quelles étaient les mœurs des envahisseurs. C’était une nécessité d’acheter aux officiers de tous grades un peu d’ordre dans leurs troupes indisciplinées, sauvages et pillardes, d’amadouer les capitaines de passage par des festins pantagruéliques, chargés de venaisons fines, de vins délicats.

    Pour éviter les surcharges de troupes dans les villes et villages déjà bondés, on devait verser d’énormes rançons. Quand enfin, on avait garni la bourse de monsieur le gouverneur général ou local, de monsieur le colonel ou du capitaine, de leurs laquais, sommeliers, cuisiniers et même des nourrices de leurs enfants, il fallait encore fournir dentelles, toiles, nappes, serviettes et linges de toute espèce aux honorables dames de ces respectables messieurs. C’était, contre les villes et les villages, l’écœurante exploitation de la plus hideuse misère.

    Fréquemment, dans tous les coins des Vosges, s’élevait une plainte douloureuse, un long gémissement. Mais rarement le cri de détresse, dirigé vers le trône de France ou vers le palais des gouverneurs de Nancy, était favorablement entendu. Trop de subalternes avaient intérêt à ce que ce cri plaintif n’arrivât pas à destination.

    Aussi, concussions et exactions avaient beau jeu. Dans les Vosges, on constate que les procédés d’exaction étaient uniformes : ils devaient être la résultante d’un plan prémédité et tendait fatalement à l’écrasement des populations, que la politique française voulait sinon conquérir, du moins dompter.

    Et voici l’année 1645, l’année du dernier siège de La Mothe. Les charges s’accumulèrent d’une manière effrayante sur les régions de Neufchâteau, Lamarche, Mirecourt, Epinal.

    Dès le mois de mars, Mirecourt déclarait à Combault, intendant de police et finances du roi au camp de Vrécourt, que la ville était incapable de fournir solde aux officiers et vins aux soldats du régiment de Vatimont dont elle avait la charge. A peine cette plainte était-elle formulée, qu’arriva le sieur Ferry, maréchal des logis d’une compagnie du régiment de La Ferté, exigeant sept mois de subsistances pour sa compagnie. Les pauvres Mirecurtiens prirent, avec une affligeante résignation, l’attitude de malheureux chiens battus, « ils se soumirent à la volonté dudit Ferry ». C’est à cette époque que l’on remarque surtout les fameuses fuites dont on a déjà parlé.

    La France, non contente d’épuiser toutes les Vosges par des réquisitions sans cesse renouvelées, de vivres, de fourrages, et d’énormes tributs pour son armée de La Mothe, voulut faire des Vosgiens les bourreaux de leur propre patrie. Les villages durent fournir 100 000 bottes de foin, 50 000 de paille et 15 000 bichets d’avoine. Voici maintenant qu’on a réquisitionné dans le pays d’Epinal et de Remiremont des planches et des poutres. Ces matériaux ont été rendus à Ville-sur-Illon par les habitants de la montagne. Ce furent les bourgeois des prévôtés de Lamarche, Darney, Dompaire, qui reçurent l’ordre de tout conduire au camp de Vrécourt.

    Après une défense héroïque, La Mothe dut capituler. Un traité en bonne et due forme fut signé entre les belligérants. La garnison lorraine sortit avec les honneurs de la guerre, la ville devait être sauve corps et biens, devait garder ses franchises, privilèges et libertés. Le 4 juillet, Mirecourt était réquisitionné pour plusieurs voitures à quatre chevaux, afin de conduire les bagages de Lorrains jusqu’à Longwy. Mais le lendemain, survenait un ordre hypocritement brutal. En violation des traités, la France, reniant sa signature, décidait la démolition de La Mothe et, par surcroît de barbarie, imposait à quinze ou seize cents paysans vosgiens la douloureuse obligation de détruire eux-mêmes, sous la férule cinglante d’insolents vainqueurs, le dernier boulevard de leur patrie agonisante.

     

    La levée des contributions de guerre

    De 1634 à 1661, les villes assujetties aux garnisons, virent incessamment s’entasser dans leurs maisons, compagnies et régiments, infanterie et cavalerie, tantôt arrivant avec des ordres de logements réguliers, tantôt survenant à l’improviste d’une marche, d’une course de pillerie, et s’imposant pour un temps plus ou moins long. Dans tous les cas, les habitants devaient fournir le logement, parfois le vivre à une soldatesque effrénée.

    Lorsque l’entretien des troupes ne pesait pas directement sur l’habitant parce qu’il lui était matériellement impossible de procurer les vivres aux hommes, les fourrages aux chevaux, la charge retombait sur la caisse publique. Alors il fallait l’alimenter par des emprunts sans cesse renouvelés, des « jets » ou rôles de contributions réitérées, de plus en plus écrasantes, dont le rendement se faisait par une horrible pression. L’argent finissait-il par arriver péniblement aux mains des comptables, les officiers de ville devaient pourvoir aux approvisionnements. Si la ville, la banlieue, les villages de son ressort, ruinés, incultes, déserts, étaient incapables de fournir toute l’alimentation, force était d’acheter aux Français eux-mêmes les blés et autres denrées qu’ils arrachaient aux villageois et qu’ils entassaient dans leurs magasins de Nancy ou d’ailleurs.

    Les vivres n’étaient qu’un côté de la question : c’était avec les deniers de la caisse publique que devaient se payer les appointements du bailli, de tous ses sous-ordres et parasites. Les officiers et soldats n’avaient d’autres soldes que celles qu’ils puisaient dans l’escarcelle des villes. Voitures, charrettes, attelages, messagers, courriers, étaient sans cesse en mouvement, manœuvres et pionniers étaient perpétuellement imposés, avec l’autorité de maîtres n’admettant ni tergiversations ni excuses.

     

    A suivre…

     

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