Restez à jour: Articles | Commentaires

  •  

     

    Extraits de la notice de l’abbé Idoux, publiée en 1911 et 1912,
    dans les Annales de la société d’émulation du département des Vosges.

    « La Lorraine, si riche, si heureuse, si respectée sous les règnes des ducs Charles III et Henri II, allait voir succéder à tant de prospérités, des calamités inouïes. La peste, la famine et la guerre devaient s’unir pour faire un désert du plus beau pays d’Europe, et ces trois fléaux étaient destinés à exercer de tels ravages, que la dévastation de la Judée par les troupes de Titus sembla seule fournir aux écrivains de cette époque, un point de comparaison ».

    En tenant ce langage, l’historien Auguste Digot n’est qu’un écho affaibli des cris de détresse échappés aux contemporains des terribles événements dont la Lorraine fut la victime au XVIIe siècle.

    Dans leurs écrits, tous font entendre des sanglots capables de donner une indicible angoisse à la postérité.

    L’avocat Jean Héraudel consacra les dernières années de sa vie à pleurer sur les ruines amoncelées dans sa patrie.
    En voici quelques vers.

    Doncques je t’aurai vu, mon cher pays natal,
    Un de plus florissant, pour d’un revers fatal,
    Horribles en ses effets, Lorraine infortunée,
    A trois cruels meurtriers te voir abandonnée,
    L’air, le ciel et la terre à ta perte animés
    Y jetant d’un seul coup les brandons allumés ;
    De peste, de famine et de la guerre ensemble
    Afin que ces fléaux, par leur colère assemble,
    D’en réduire l’état à telle extrémité
    Qu’elle en marque l’horreur à la postérité.

    Après avoir fait une sombre peinture des souffrances de la Lorraine pendant les années 1633 et 1634, le marquis de Beauvau ajoute : « L’an 1635 apporta encore de plus grande calamité que la précédente et acheva de ruiner ce malheureux pays, parce la Lorraine fut inondée de toutes bêtes dont parle l’Apocalypse, savoir de l’écume des nations polonaises, hongroises, bohémiennes, suédoises, allemandes, lorraines, françaises, italiennes, espagnoles, à qui le duc la laissa à l’abandon ».

    Avec Héraudel et Beauvau, dom Cassien Bidot, le prieur de Saint-Avold, Claude Guillemin, le tabellion de Saint-Nicolas-de-Port, et bien d’autres chargent des plus noires couleurs l’écoeurant tableau des abominations commises par ces hordes indisciplinées à la solde, les unes, de la France, les autres, de la Lorraine.

    Pendant des années, elles piétinèrent en tous sens notre pays, y promenèrent le meurtre, l’incendie, la dévastation sous toutes ses formes, le brigandage et le cynisme raffiné des plus immondes turpitudes. Les ruines accumulées par le fer et le feu, les exactions et les concussions éhontées transformèrent la Lorraine en un immense désert dans lequel les fauves pullulèrent et vinrent ajouter leur férocité à la férocité des soudards et aux ravages de la peste et de la famine.

    Henri Lepage a publié dans l’Annuaire de la Meurthe en 1854, une longue étude sur la « dépopulation de la Lorraine au XVIIe siècle ». Le sujet de cette notice se limitera au département des Vosges, et je voudrais montrer que, si notre pays se transforma en une hideuse solitude, ce fut grâce à une guerre sans merci, qui broya villes et villages, consuma jusqu’aux dernières ressources d’une population laborieuse, parce qu’elle restait fidèle à sa nationalité et à sa foi.

    Sans doute, la peste faucha une multitude d’habitants. Mais, si une guerre et une occupation armée de plus de trente ans n’étaient venues tout ruiner, absolument tout détruire, si la guerre avec ses exactions accumulées, ses oppressions systématiques, ses brutalités et ses sanglantes orgies, ne s’était transformée en un épouvantable brigandage, la famine qui ronge les chairs et dessèche le sang des veines, n’aurait pas torturé les entrailles des survivants, les friches n’auraient pas envahi le sol, la misère noire n’aurait pas amener nos Vosgiens, à succomber ainsi qu’une bête, au fond des bois dans une tanière disputée à quelque autre fauve.

    Il est bien évident que je ne peux, ni ne dois, réunir tout les détails. Il faut faire un choix, capable sans doute de donner une idée exacte de la triste situation dans laquelle furent placées nos Vosges.

    Je pense montrer d’abord les ravages de la peste, de la guerre et de la famine. On se déplacera tantôt à un point, tantôt à un autre du département. On pourra voir que nulle région ne fut épargnée, mais que le pays entier fut sous le coup des trois fléaux.

     

    A suivre…

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso