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  • Le massacre des Bourguignons au faubourg d'Ambrail à Epinal en 1476    dans VOSGES D'AUTREFOIS Blason-dEpinal-150x150

     

    D’après « Le Pays Lorrain » – 1904

    En l’année 1476, un capitaine de Bourgogne, à la tête de quatre cents Picards et Flamands, gardait Epinal. Un jour du mois d’août, Messire de Bièvre, qui commandait à Nancy pour Charles-le-Hardi, lui envoya, par un messager nommé Hugo, l’ordre de recevoir et de loger dans la ville, la garnison de Mirecourt.

    Lorsque les Bourguignons sortirent de Mirecourt, la nuit tombait, les étoiles s’allumaient dans le ciel pâli et la lune montrait sa corne d’argent à la cime des collines bleuissantes. Dans la campagne où les grillons chantaient, ils cheminèrent lentement, car la nuit était chaude et les harnais étaient pesants.

    A la pointe du jour, quand les bois, les plaines et les coteaux blanchirent aux premieres lueurs de l’aube, ils arrivèrent devant Epinal comptant bien y entrer. Ils trouvèrent les portes closes. Dès qu’il les aperçut, le guetteur du beffroi sonna du cor en manière de signal. Le cor répandit longuement son appel dans la ville assoupie et silencieuse, réveillant soldats et bourgeois. Aussitôt, ceux-ci sortirent de leurs maisons, courant et se démenant par les rues, comme on voit les fourmis, troublées dans leurs retraites, s’agiter remuantes et inquiètes. Et ils s’armèrent de leurs bâtons, selon leur coutume, parce qu’ils crurent que la garnison bourguignonne s’était mutinée.

    Bientôt, connaissant ce que c’était, les bourgeois commencèrent de sonner la cloche dite la Meuse et le conseil se réunit en la maison de ville. Les conseillers appelèrent le capitaine de la garnison et lui dirent : « Un messager de vos gens se tient sur le Petit Pont et veut entrer dans la ville. Il faut aller vers lui et savoir ce qu’il demande ».

    Quand les gouverneurs arrivèrent à la Porte de Rualménil, le messager les salua et leur remit la lettre qu’il tenait de Messire de Bièvre. Les Quatre portèrent le billet au Conseil et, l’ayant lu, ils dirent au capitaine bourguignon : « Messire, ne vites-vous point combien notre ville pâtit et quelle est sa détresse ? Voici plus de trois semaines qu’il n’y eut de marché et le menu peuple crie de faim. Nous sommes décidés à ne faire ouverture à ceux de Mirecourt. Il y a assez de vous autres ».

    Le capitaine insista assez timidement pour qu’on reçut les Bourguignons, durant que ceux-ci attendaient en grande patience qu’on les fit entrer dans Rualménil.

    Ensuite, les Gouverneurs s’en furent trouver le capitaine du Château et lui remontrèrent derechef la nécessité et la pauvreté des bourgeois. Et le capitaine leur promit que les soldats de Mirecourt ne seraient point mis dans le Château. Sur quoi les Gouverneurs revinrent à la porte de Rualménil et dirent fermement à ceux de Bourgogne : « Allez où bon vous semblera. Vous ne serez pas logés ici ».

    Lors, les Picards, les Anglais et les Bourguignons, au nombre de plus de quatre cents, qui composaient la garnison de Mirecourt, ouïrent avec surprise le refus des Gouverneurs. Ils en furent bien ébahis et un peu courroucés. Cependant ils résolurent de s’établir dans les faubourgs. Les Anglais, qui étaient plus de cent, demeurèrent dans le faubourg du Petit Rualménil. Les Picards et les Bourguignons passèrent la rivière en amont du Grand Pont et de la vanne de haute rive, et, longeant les murailles, gagnèrent le faubourg de la Porte d’Ambrail où ils firent leur logis.

    Les Gouverneurs leur dirent alors : « Messires, prenez votre repos et votre nourriture. Nous vous donnerons de bon gré des vivres en suffisance. Mais, par le sacrement Dieu, ne couchez pas ici, vous n’y seriez point en sûreté ».

    Ceux de Bourgogne méprisèrent leurs avis, qu’ils jugèrent hardis et moqueurs. Et ils ne voulurent déloger, comptant que les Spinaliens, mieux conseillés, ouvriraient leurs portes à la fin.

    Néanmoins, aux approches de la nuit, Picards et Bourguignons se mirent en sauvegarde et, à bon escient, fortifièrent le faubourg. Aux deux extrémités, ils traînèrent des chars, des herses et des charrues qu’ils prirent aux laboureurs. Ils entassèrent des fasces maintenues solidement par des pieux, ils creusèrent des fossés et fermèrent de la sorte les issues. Puis, ayant placé des gardes aux barricades, ils se dispersèrent dans les maisons et, confiants, s’abandonnèrent au sommeil.

    Cependant un homme d’Epinal fut, dans la journée, auprès du capitaine lorrain Harnéxaire, qui commandait à Bruyères, pour lui apprendre ce qui se passait.

    Harnexaire, qui ne dormait pas, rassembla sur-le-champ 1400 bons et gentils compagnons, bien armés, de Saint-Dié, d’Arches et de Remiremont, et il se mit en route. Les Lorrains s’avancèrent rapidement, parmi les forêts de pins, de hêtres et de chênes, sur les bords sinueux de la Vologne et de la Moselle. A minuit, ils arrivèrent devant Epinal et leur chef commanda aussitôt d’attaquer le faubourg.

    A coups de coulevrines, il rompit les barrières et les Lorrains saillirent par les brèches.

    Mais voici que les décharges de l’artillerie mirent le feu aux fagots qui s’embrasèrent. Soudainement, fasces et instruments de labour brûlèrent commes bures et brandons. Et l’on eût dit deux haies ardentes qui barraient le faubourg aux deux bouts. A cause de la sécheresse, l’incendie gagna les maisons prochaines.

    Les flammes léchaient les murs, rampaient sur les toits de chaume et, se propageant, semblaient de longs serpents de feu. Les toitures flambaient, les poutres s’effondraient avec fracas, des volées d’étincelles jaillissaient comme des gerbes d’étoiles et s’éteignaient dans le ciel noir. Dans l’air tranquille où ne passait aucun souffle, les flammes s’élançaient droites et agiles et mouraient subtilement. Sur un flanc du ravin où le faubourg s’étale, les hautes murailles et les tours massives de l’enceinte et du château ruisselaient d’une lueur sanglante, De l’autre côté, au sommet de la colline de Laufromont, la métairie paisible, éclairée par instants, apparaissait dans un bouquet d’arbres. Et le ciel rougeoyait, tandis que des bandes d’oiseaux invisibles planaient au-dessus du brasier et poussaient des cris aigus.

    Cependant les Lorrains se ruèrent le long du faubourg et besognèrent bellement dans la nuit tragique, au reflet de l’incendie. Les Spinaliens, dédaigneux de protéger leurs demeures et de sauver leur mobilier chétif, se joignaient à eux et guidaient leur poursuite. Ils pourchassaient les Bourguignons, les relançaient dans les maisons en feu, frappant aveuglément et sans répit. Les hallebardes, les piques, les langues de boeuf fouillaient rageusement les corps, hachaient les chairs, déchiraient les poitrines, meurtrissaient les visages. Les Bourguignons affolés hurlaient de peur, les blessés gémissaient de façon lamentable. Les cadavres s’entassaient et le sang coulait en ruisseaux.

    Il se fit un terrible carnage.

    Dans la ville, tous les habitants avaient pris les armes. Les uns gardaient les portes, d’autres, montés sur les remparts, garnissaient la courtine. D’autres enfin se tenaient en la place du Poiron, attendant les événements. De les voir ainsi équipés, résolus et menaçants comme un dogue irrité se ramasse et gronde prêt à bondir et à mordre, les Bourguignons de la garnison et du Château furent intimidés et ne sonnèrent mot. Ils ouïrent les cris de leurs appels désespérés, les plaintes des mourants, ils connurent leur détresse, ils virent l’immense lueur du feu, mais ils se tinrent cois, inquiets de leur propre sûreté.

    Quand le jour se leva sur les ruines fumantes et le sang répandu, quelques Picards et Bourguignons erraient parmi les amas de cadavres. Réfugiés et tapis dans les fossés, comme renards dans leurs terriers, ils avaient attendu l’aube pour sortir de leurs cachettes. On les voyait courir en pourpoint, en chausses ou en chemise, dépouillés de leurs armes, égarés et craintifs. Et ils se lamentaient de la sorte : « Mal fut la venue. Si nous avions écouté le conseil qu’on nous donnait, nous ne serions pas tombés dans ce désarroi ».

    Après le combat, Harnexaire et ses gens s’en étaient allés, emmenant tout le butin, les bagages, les harnais d’armes sur des chariots, deux cents chevaux et plusieurs prisonniers.

    Les Harnexaires, comme on disait, ne savaient point que les Anglais étaient logés dans le faubourg du Petit Rualménil. S’ils en eussent été avertis, ils n’auraient laissé de passer la rivière et de les mettre à mal.
    Par bon conseil, les Anglais jugèrent prudent de déloger le jour même. Ils furent à Châtel, puis à Nancy auprès de Messire de Bièvre.

    Celui-ci se montra fort mécontent de ceux d’Epinal pour ce qu’ils n’avaient ouvert leurs portes. Cependant il fit entrer les Anglais dans Nancy et les laissa dans la ville pour la garder, car il avait plus de confiance en eux qu’en ses autres gens.

     

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