• 31 juillet 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 10 juillet 1690 - La bataille de Beachy Head, ou la bataille du cap Bévéziers dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-du-cap-Bévéziers-150x150

    D’après « Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789 »
    Henri Martin – 1855

     

    Le 24 juin, le lendemain du jour où Tourville avait quitté le mouillage de Brest, Guillaume III était débarqué en Irlande. Retenu jusque-là par les graves débats politiques de l’Angleterre, par les élections et les premières discussions d’un nouveau parlement, Guillaume avait envoyé successivement à Schomberg toutes les forces dont il pouvait disposer, et il allait enfin se mettre à la tête de son armée pour en finir avec Jacques II par un coup décisif.

    Ce choc, Louis XIV avait conseillé à Jacques de l’éviter. Le Grand Roi avait proposé à son allié un plan excellent : c’était de ne point accepter la bataille et de trainer la guerre en longueur ; les frégates françaises, détachées de la flotte, iraient enlever, sur la côte d’Irlande, les transports qui avaient amené Guillaume et couperaient ses communications avec l’Angleterre. Pendant ce temps, la flotte française devait attaquer la flotte ennemie dans la Manche et s’efforcer de déterminer en Angleterre ce soulèvement royaliste que promettaient les partisans de Jacques II.

    La flotte française se mit en devoir de remplir le rôle qui lui était assigné dans ce plan. Le 2 juillet, elle fut en vue des ennemis, dans les eaux de l’île de Wight. Les Anglais et les Hollandais réunis étaient inférieurs aux Français, sinon par le nombre des canons, au moins par le nombre des navires ; ils n’avaient que cinquante-cinq à soixante vaisseaux de ligne, pour la plupart, à la vérité, d’un très fort échantillon. Les deux grandes puissances maritimes n’avaient pas cru qu’il fût nécessaire de déployer toutes leurs forces, et l’amiral Herbert, qui commandait la Hutte combinée, avait eu ordre de combattre sans attendre un renfort préparé en Hollande.

    Cette présomption devait coûter cher aux alliés. Après quelques jours d’évolutions, la flotte anglo-batave, favorisée par le vent, prit l’offensive (10 juillet). Tourville, quoique sous le vent de l’ennemi, accepta le choc, et la bataille s’engagea en vue de Beachy-Head, que nous nommons le cap Bévesiers, sur la côte de Sussex. Les vingt vaisseaux de l’escadre hollandaise, qui fermaient l’avant-garde ennemie, sous l’amiral Evertzen, arrivèrent toutes voiles avec plus d’ardeur que de prudence et sans prolonger assez leur ligne pour présenter un front égal à celui de l’avant-garde française.

    Château-Renaud, commandant de l’avant-garde française, profita de cette faute, fit revirer sur les Hollandais la tête de son escadre, qui leur gagna le vent, et les mit entre son feu et le feu du corps de bataille que dirigeait Tourville. Rien ne saurait exprimer la violence et l’opiniâtreté de cette effroyable canonnade, qui dura, sans interruption, huit heures. Le corps de bataille ennemi, commandé par l’amiral anglais Herbert, ne tenta que faiblement de dégager les Hollandais, écrasés par l’artillerie française. La plupart de cette escadre n’approcha pas plus près qu’à la grande portée du canon.

    L’arrière-garde anglaise, que conduisait lord Russell, attaqua beaucoup plus vigoureusement l’arrière-garde française, aux ordres de Victor-Marie d’Estrées, fils du vieux maréchal d’Estrées, mais sans gagner aucun avantage sur elle. Dès le milieu du jour, la fortune de la bataille n’était plus douteuse. Un vaisseau hollandais de soixante-huit canons avait été pris et brûlé. L’escadre hollandaise semblait entièrement perdue, et le feu des Anglais se ralentissait devant le feu supérieur des Français. Le calme qui survint empêcha les Français de pousser leur avantage et leur fit regretter vivement l’absence des galères que le gros temps avait empochées de suivre la flotte. Un peu avant le soir, on avait mouillé de part et d’autre.

    Vers dix heures, le vent étant venu, les ennemis levèrent l’ancre pour s’enfuir. Tourville en fît autant et les suivit avec son escadre. Malheureusement, son signal ne fut point aperçu par ses deux vice-amiraux qui restèrent à l’ancre, et, le lendemain matin, Tourville perdit du temps pour les attendre. Les Anglais en profitèrent pour opérer leur retraite vers le Pas-de-Calais et la Tamise.

    La plupart des Hollandais, mutilés, démâtés, rasés, ne purent suivre leurs alliés et se jetèrent à la côte. Les Français les y assaillirent et les brûlèrent ou les réduisirent à se brûler eux-mêmes.

    Du 10 au 15 juillet, quinze vaisseaux de ligne sautèrent ou coulèrent au pied des falaises d’Angleterre. Sur les quinze, il n’y avait, à ce qu’il semble, que deux anglais. Les Hollandais payaient cher l’honneur d’avoir fait un roi d’Angleterre. Pour apprécier l’importance matérielle d’une pareille victoire, il faut se rappeler que, dans la grande journée de Fleurus, on avait enlevé une cinquantaine de canons à l’ennemi, et que les quinze vaisseaux détruits en portaient probablement un millier ! Colbert eût été bien heureux d’assister à un tel spectacle !

     

     

  • 3 commentaires à “Le 10 juillet 1690 – La bataille de Beachy Head, ou la bataille du cap Bévéziers”

    • henri Sautreuil on 9 janvier 2017

      merveilleux récit d’une clarté sans faille.
      Dommage que le cap de Béveziers ne figure pas sur nos dictionnaires. Donc il est préférable de parler de Beachy Head !

    • JOSSET on 3 juillet 2019

      IL EST BIEN VRAI, QUE CETTE IMPORTANTE BATAILLE, EST RAREMENT
      MENTIONNEE DANS LES LIVRES D HISTOIRE.

      LES FRANCAIS SONT SURTOUT MOTIVES PAR LA LIGNE BLEUE DES
      VOSGES, LES FLANRES, L ALSACE LORRAINE. ( normal )

      Il faudra attendre, Richelieu, Colbert, LouisXVI , ou sous le règne de ce dernier
      la FRANCE possédait (et de loin ) la plus grande Marine d’EUROPE
      LA REVOLUTION ,en décapitant, les meilleurs Officiers de la Royale, a,
      engendré TRAFALGAR

    • JOSSET on 3 juillet 2019

      JE SUIS CONSCIENT, QUE POUR LE LECTEUR LA FORMULE EST BRUTALE
      LE DERNIER SECRETAIRE D ETAT A LA MARINE, LE COMTE DE LA LUZERNE, DEMISSIONNE LE 23 OCTOBRE 1790 Il a rédigé un tableau très
      précis de l’état de la flotte qui permet de mesurer la rapidité d’un effondrement
      touchant à la fois le matériel, le personnel, les structures administratives, l’infra
      structure à terre.On constate que depuis le 1er octobre 1788 , le nombre de
      vaisseaux est passé de 58 a 70, les frégates de 57 a 65.
      C’est par  » L’esprit d’indiscipline générale  » que La Luzerne justifie sa démission
      d’octobre 1790 . Qu’on le veuille ou non, les années 1790-1795 ont été aussi celles
      de la contestation de la compétence.

    Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso