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  • 15 juillet 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Les cantinières et les vivandières dans GUERRE 1870 - 1871 Cantinière-des-Zouaves-150x150les-cantinieres-et-les-vivandieres-150x150 dans PAGES D'HISTOIRE

    D’après la monographie « Vaillance et dévouement. La femme sur le champ de bataille »
    L. Arnaud et P. Bonnette – 1912

     

    Le lecteur se rappelle, sans doute, cette petite femme, alerte et pimpante dans l’uniforme de son régiment, qui défilait fièrement à la gauche du bataillon, le petit baril au côté. Cette cantinière, qui, à la caserne, était aussi cuisinière, marchande, blanchisseuse, se transformait en campagne en infirmière, en soeur de charité, ou même en combattante, s’il le fallait.

     

    Nos annales militaires sont pleines de traits de dévouement, de sacrifice et de bravoure effectués tout naturellement, tout simplement par ces bonnes cantinières de notre ancienne armée. L’origine des cantinières remonte assez loin.

    Vers le XIVe siècle, les troupes ne vivant que de pillage et de rapine, on autorisa les marchands à « suivre » avec des vivres, qu’ils vendaient. C’est là l’origine des vivandiers. Les vivandiers étaient protégés par les chefs et les règlements, puisqu’ils constituaient, à ce moment, le service des subsistances. (Ordonnances du 20 mars 1551, de 1568 par le duc d’Anjou : « Celui qui ne paiera pas les vivandiers sera passé par les piques » ; de 1588 par le maréchal Biron).

    La cantinière-vivandière fut instituée officiellement par l’ordonnance d’avril 1653, qui enrôlait les cantiniers dans les régiments où ils servaient, à l’aide d’une attestation du maistre de camp, au nombre de quatre par dix compagnies. En 1767, il n’y avait plus qu’une cantinière par bataillon ; elle pouvait utiliser un chariot tiré par quatre chevaux. La Convention en tolère deux par bataillon, plus quatre blanchisseuses. Enfin, sous l’Empire, qui fut l’âge d’or des cantinières, elles étaient toujours femmes ou veuves de militaires, logées dans les casernes, admises dans les hôpitaux militaires. Elles imaginèrent un costume semi-militaire, soit par fantaisie, soit par nécessité, costume que l’on uniformisa dans la suite. Elles disparurent avec l’Empire. On les retrouve à la suite de nos troupes, en Algérie et en 1870, puis elles se virent interdire de suivre les armées en campagne. (Circulaire ministérielle du 29 juin 1909).

    La charité des cantinières est légendaire, et nous avons trouvé au cours de nos recherches peu d’auteurs leur contestant cette qualité si féminine. Il est, en outre, avéré que quelques-unes de ces femmes n’avaient endossé l’habit de cantinière que pour approcher le soldat blessé et lui donner les premiers secours sur le champ de bataille.

    Les militaires du premier Empire, qui retracent leurs souvenirs, excellent à dépeindre les cantinières et notent soigneusement tous leurs actes de dévouement :
    « C’était un beau métier que celui de cantinière. Ces dames commençaient ordinairement par suivre un soldat qui leur avait inspiré des sentiments tendres. On les voyait d’abord cheminer à pied avec un baril d’eau-de-vie en sautoir. Huit jours après, elles étaient commodément assises sur un cheval trouvé. A droite, à gauche, par devant, par derrière, les barils et les cervelas, le fromage et les saucissons habilement disposés, se maintenaient en équilibre. Le mois ne finissait jamais sans qu’un fourgon à deux chevaux, rempli de provisions de toute espèce, ne fût là pour prouver la prospérité croissante de leur industrie… Au camp, la tente de la cantinière sert de salon de compagnie, d’estaminet, de café… Beaucoup de cantinières avaient de la bravoure comme de vieux grenadiers. Celle de ma compagnie, Thérèse (Fromageot), portait l’eau-de-vie aux soldats au milieu des balles et des boulets ; elle fut blessée deux fois. Ne croyez pas que l’espoir du gain lui fît affronter les dangers ; c’était un sentiment plus noble, puisque les jours de bataille elle ne demandait point d’argent ». Elzéar Blaze, ancien officier de la Grande Armée : Vie militaire sous le premier Empire.

    Les Mémoires du sergent Bourgogne (Editions Hachette – 1898) contiennent de nombreuses pages ayant trait aux cantinières : le caporal Dumont, un compatriote de Bourgogne, parle d’une jeune cantinière espagnole aux voltigeurs du 61e de ligne (p. 11 et 12) : « Elle s’arrêta à celui-là (un blessé) et, se mettant à genoux, elle lui souleva la tête, afin de lui introduire quelques gouttes d’eau-de-vie dans la bouche. Dans ce moment, les Russes firent un mouvement pour reprendre la redoute qu’on leur avait enlevée. Alors, la fusillade et la canonnade recommencèrent. Tout à coup, la jeune Espagnole jeta un cri de douleur. Elle venait d’être atteinte d’une balle à la main gauche, qui lui avait écrasé le pouce et était entrée dans l’épaule de l’homme mourant qu’elle soutenait. Elle tomba sans connaissance… ». Larrey lui amputa son doigt mutilé, à l’ambulance.

    Les souffrances ne leur furent pas épargnées pendant la retraite de Russie et les cantinières les supportaient vaillamment. « J’ai vu les femmes supporter avec un courage admirable toutes les peines et les privations auxquelles elles étaient assujetties (Larrey, dans ses Mémoires, insiste à plusieurs reprises sur l’énergie et la résistance physique de la femme). Il y en a même qui faisaient honte à certains hommes qui ne savaient pas supporter l’adversité avec courage et résignation. Bien peu de ces femmes succombèrent, moins celles qui tombèrent dans la Bérézina en passant le pont ou qui furent étouffées » (p. 210).

    Le 5 novembre 1812, c’est « la mère Dubois » qui met au monde « un gros garçon, pendant que la neige tombait et par un froid de – 20 degrés », avec l’aide du médecin-major et sous le manteau-abri du colonel Bodel, qui commandait le régiment (p. 66). Dans cette retraite terrible, où elles perdaient leurs voitures, leurs chevaux, leurs bagages, où elles se vêtaient, comme elles pouvaient, d’habits de fortune, de capotes de soldats en lambeaux, de bonnets de peau de mouton, elles ne perdirent jamais courage et surent encore être charitables au milieu de ce torrent humain démoralisé.

     

    Dans les combats, beaucoup de cantinières se dévouèrent pour les chefs :

    A la bataille de Busaco (27 septembre 1809), une cantinière du 26e de ligne, montée sur son âne, traverse les lignes ennemies pour aller soigner le général Simon, blessé et prisonnier. Elle revient quelques jours après, sans être inquiétée, reprendre son rang dans l’armée française (Mémoires de Marbot).

    Deux cantinières restées inconnues sauvèrent les généraux Ornano et Ledru des Essarts (Tranchant et Ladinier – Les femmes militaires de France). Une autre, Joséphine Trinquart, du 63e de ligne, sauve un chef de bataillon blessé, après mille difficultés (Décorée de la croix des braves, elle mourut, en 1872, à Montreuil (Seine), âgée de quatre-vingts ans).

    C’est Marie, dont nous parle encore le sergent Bourgogne (p. 286), qui « était la meilleure pâte de femme, n’ayant rien à elle, débitant sa marchandise aux soldats et à ceux qui n’avaient pas d’argent, comme à ceux qui en avaient. Dans toutes les batailles que nous eûmes, elle fit preuve de dévouement en s’exposant pour secourir les blessés. Un jour, elle fut blessée ; cela ne l’empêcha pas de continuer à donner ses soins, sans s’effrayer sur le danger qu’elle courait, car les boulets et la mitraille tombaient autour d’elle… A Lutzen, le 2 mai 1813, elle est blessée à la main droite en donnant à boire à un blessé..». Décorée de la Légion d’honneur et de la médaille de Sainte-Hélène, elle s’était retirée à Namur, son pays natal, vers 1850.

     

    Dans la captivité d’Espagne, les cantinières surent se distinguer encore, malgré le dénuement et la tristesse des pontons décimés par les maladies. Mais écoutons un témoin oculaire (H. Ducor – Aventures d’un marin de la garde – 1833) :
    « Sur 14 000 que nous étions, on en comptait 8 000, dont la moitié avait le scorbut et la dysenterie, et l’autre moitié, le scorbut seulement. Ces deux maladies, avec leur auxiliaire, le typhus, faisaient de nos pontons un épouvantable tableau de destruction : il n’y avait que les femmes de soldats ou les cantinières qui tinssent bon.
    Une particularité des plus remarquables, c’est qu’il s’en trouvait plusieurs centaines avec nous, et que pas une d’elles ne fut malade. Peut-être durent-elles la conservation de leur santé au mouvement qu’elles se donnaient en cherchant à se rendre utiles, car les femmes sont très hospitalières ; dès qu’il s’agit de soulager des souffrances, elles s’oublient au sein du danger, et le danger même qui ne les occupe que par rapport à autrui, devient pour elles une salutaire diversion… » ; Et il cite plus loin l’exemple d’une cantinière, veuve d’un sergent, qui se consacrait jour et nuit au service des malades.

     

    Les cantinières reparurent, disions-nous, en Afrique et en Crimée.

    C’est la « mère Gaspard », « noircie dans maints combats », qui, débarquée en 1830, installa un café à Bouffarik, qu’Horace Vernet orna magnifiquement de tableaux de sa main (Comte De Castellane : Souvenirs de la vie militaire en Afrique, 1879).
    C’est la bonne Juliette, fille sans doute d’une cantinière française, dont nous parle le chirurgien-major Cabasse, fait prisonnier à Aïn-Temouchent, le lendemain de la Sidi-Brahim et emmené en captivité au Maroc. Cette femme, qui avait été enlevée à 15 ans et qui avait dû épouser un chef arabe, « prodigua tous ses soins aux prisonniers français et se dépouilla de son linge en leur faveur ».

    Canrobert, blessé en Crimée, est soigné par sa cantinière, la mère Philippon, qui lui ouvre de force les mâchoires avec la lame de son couteau pour lui faire boire de l’eau-de-vie. Cette femme devait se signaler, à nouveau, pendant l’épidémie de choléra de la Dobrutcha (Baudens).

    Citons aussi :

    • Thérèse Malher, cantinière au 34e de ligne (qui est blessée à Melegnano en portant secours aux blessés et qui reçoit la médaille militaire, le 19 février 1862) (Alesson),
    • Marie Vialard, cantinière au 131e de ligne, signalée pour son dévouement aux blessés pendant la guerre de Crimée, et que l’on retrouve en 1870-1871, en particulier, aux combats de Villejuif et des Hautes-Bruyères (médaille militaire, le 24 juin 1886) ;
    • Mme Joudioux, cantinière au 74e de ligne, sauvant la vie à deux officiers sur le champ de bataille de Solférino et que l’on retrouve à Borny, à Gravelotte, à Saint-Privat (médaille militaire, le 28 décembre 1888) ;
    • Enfin, une des plus illustres, Julienne-Marie Jarrethout, cantinière des francs-tireurs de Châteaudun, qui se signala successivement comme soldat et comme infirmière, qui joua un rôle important dans la défense d’Ablis (8 octobre 1870) et se distingua dans la défense héroïque de Châteaudun. Elle fit le coup de feu, pansa les blessés, sauva messieurs Marsoulan, conseiller municipal, et Maillet, commandant des mobiles. Elle fut décorée de la Légion d’honneur en 1880 alors qu’elle était déjà lauréate de la Société des hospitaliers-sauveteurs bretons et mourut le 23 août 1905.

    Nous avons assez montré d’exemples de dévouement des cantinières, exemples reconnus par des témoins oculaires, récompensés par des décorations, pour que le lecteur soit persuadé que la légende comporte une grosse part de vérité. Et le nombre est encore très grand, de celles qui jouèrent un rôle purement militaire, sauvèrent des soldats, des chefs, des drapeaux au péril de leur vie (Mesdames Trimoreau à Magenta, Rossini à Palestro, Cros et Calvet à Solférino, Petitjean au plateau d’Avron, Philippe à Champigny et Montretout, Renom à Buzenval, Laurin à Froeschwiller…, toutes décorées de la médaille militaire).

     

     

    D’après la monographie « Les cantinières françaises » – 1890

     

    Que de fois, sur les champs de bataille, les cantinières françaises, ces vaillantes compagnes de nos armées, se sont transformées en héroïnes, ont saisi le flingot d’un soldat expirant, et ont bravement défendu le drapeau !

     

    Voici la liste des cantinières sur la poitrine desquelles a brillé la croix des braves, et dont la vaillance a prouvé qu’elles étaient les dignes soeurs de nos valeureux troupiers.

    • Sous le 1er Empire, deux femmes furent décorées, Virginie Ghesquière et Marie Schellinck, non comme cantinières, mais comme soldats, car, en dépit de leur sexe, elles avaient pris l’uniforme et le fusil.
    • La veuve Perrot, cantinière à l’armée d’Afrique, reçut la croix d’honneur lors de la conquête de l’Algérie.
    • La veuve Brulon, née Angélique Duchemin, cantinière au 42ème de ligne, décorée de la Légion d’honneur, le 15 août 1851 – décorée de la médaille de Sainte-Hélène en 1857.
    • Madame Cros, cantinière du 1er bataillon de chasseurs à pied de la Garde, a reçu la Médaille militaire le 15 juin 1859.
    • Madame Calvet, cantinière du 1er zouaves, a reçu la Médaille militaire le 25 juin 1861.
    • Madame Rossini, cantinière aux zouaves de la Garde, a reçu la Médaille militaire le 17 juin 1859.
    • Madame Thérèse Malher, cantinière du 34ème de ligne a reçu la Médaille militaire le 19 février 1862.
    • Madame Mallet, cantinière du 21ème de ligne, médaillée le 8 août 1891.
    • Madame Philippe, cantinière du 72ème bataillon de la Garde nationale mobilisée de la Seine, médaillée le 29 janvier1871.
    • Madame Renom, cantinière du 216ème bataillon de la Garde nationale de la Seine, médaillée le 12 février 1871.
    • Madame Jarrethout, cantinière des francs-tireurs de Paris, qui se distingua dans la glorieuse défense de Châteaudun en 1870 et pendant la campagne de la Loire, a été faite chevalier de la Légion d’honneur, le 12 juillet 1880.
    • Madame Tremoreau, cantinière au 2ème zouaves, blessée en Afrique et en Crimée, héroïque conduite à la bataille de l’Aima, se distingua encore à la bataille de Magenta, médaillée le 25 février 1863.
    • Madame Bourquet, cantinière au 1er tirailleurs algériens, médaillée le 7 juin 1865.
    • Madame Petitjean, cantinière du 127e bataillon de la Garde nationale, médaillée le 29 janvier 1871, pour vaillante conduite pendant le siège de Paris.
    • Madame Violard, cantinière au 131e de ligne, brillante conduite dans les campagnes de Crimée, de France et du Tonkin, médaillée le 24 juin 1886.
    • Madame Joudioux, cantinière au 74e de ligne, s’est distinguée à Solférino, à Rezonville et à Saint-Privat, médaillée le 28 décembre 1888.
    • Madame Boyer, cantinière à l’Ecole militaire de gymnastique de Joinville, médaillée le 28 décembre 1888.
    • Madame Drotjan, cantinière au 59e de ligne, médaillée le 28 décembre 1888.
    • Madame Laurin, cantinière au 3e zouaves, s’est vaillamment battue à Froeschviller et lors du siège de Strasbourg, médaillée le 12 juillet 1890.
    • Antoinette Drevon, cantinière au 2e zouaves à Magenta, et en 1870, au 32e de ligne. A sauvé le drapeau français, brillante conduite à Thionville. Chevalier de la Légion d’honneur.

     

     

  • One Response à “Les cantinières et les vivandières”

    • Pierre Babey on 21 septembre 2017

      Bonjour,
      Je cherche des renseignements sur Marie Favier, non pas cantinière, mais capitaine des Corps Francs du Doubs en 1870
      Merci de votre attention

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