• 15 juillet 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    D’après « Campagnes de 1794-1796 » – Antoine Henri Jomini – 1840

     

    L’armée du Nord était arrivée à Norteghem, lorsqu’elle reçut, le 26 juin, l’ordre de ce fatal changement de direction : elle remonta donc sur Deynse, le 30 juin, et arriva le lendemain à Bruges, que Moreau occupait depuis deux jours. L’avant-garde entra à Ostende sans coup férir, comme l’on pouvait bien s’y attendre.

    Les divisions de gauche, aux ordres de Moreau et de Michaud, furent destinées ensuite à garder la West-Flandre, et à faire le siège de Nieuport et de l’Écluse ; le centre et la droite étaient plus que suffisants pour observer le duc d’York qui ne bougeait pas de Renaix. Clairfayt, réuni au corps de Moira, se trouvait en arrière de Gand. La position générale des alliés suivait de là par deux corps de communication sur Tournay et Maulde, jusqu’à la rivière de Haine ; le prince d’Orange était à Mons, le gros de l’armée autrichienne à Mont-Saint-Jean ; Beaulieu et Quasdanowich à l’extrême gauche entre Sombref et la Sambre.

    Les généraux coalisés, sentant combien il leur serait difficile de conserver une ligne aussi dégarnie et aussi étendue, se réunirent, le 1er juillet, à Braine-la-Leud, et résolurent de la resserrer pour couvrir Bruxelles. Les Hanovriens, sous le général Walmoden, formant la droite, devaient venir s’appuyer à Termonde ; le duc d’York, avec les Hessois et les Anglais, à Asche ; Clairfayt à Bodeghem ; le prince d’Orange eut ordre de marcher à Tubise près de Hal ; l’armée principale resta au camp de Mont-Saint-Jean, et Beaulieu conserva ses positions.

    De telles mesures apportaient peu de remède au mal. Ce n’était pas en resserrant faiblement une ligne si étendue, ni en restant divisés, que l’on pouvait réparer dix défaites : le seul moyen d’y mettre un terme après la bataille de Fleurus, eût été de profiter de la marche de Pichegru sur Bruges, pour opérer une concentration de toutes les forces et accabler Jourdan.

    On remarquera d’ailleurs que ce projet ne fut point exactement suivi, et les mouvements des Français en furent sans doute cause : il est assez singulier qu’une armée en présence de l’ennemi, et pour ainsi dire engagée avec lui, arrête des projets dont l’exécution ne doit commencer que cinq jours après. Cette monstruosité militaire est encore un des inconvénients attachés au système des divisions isolées et des lignes étendues ; car il faut que le temps fixé pour l’exécution soit assez reculé, pour que tous les corps de l’armée puissent y concourir.

    Dans cet intervalle, les opérations de l’ennemi dérangent toutes les combinaisons, et exposent les divisions disséminées à être surprises et battues partiellement.

    Au moment même où les alliés, par suite de ces projets, faisaient replier toutes leurs troupes dans la forêt de Mormale et devant Mabeuge, Jourdan, renforcé par la majeure partie des détachements qui étaient restés au centre depuis Guise jusqu’à Thuin, se mettait en marche. Malheureusement, au lieu de diriger ses efforts sur ce point principal par sa droite, il porta une grande partie de ses forces à Mons sur sa gauche, où il supposait que Pichegru viendrait bientôt se joindre à lui.

    Ce mouvement concentrique n’était point une faute de la part de Jourdan, qui ne recevait du comité que des directions insuffisantes ; c’était au gouvernement à sentir l’importance de la victoire de Fleurus, et à diriger sur-le-champ l’armée du Nord vers Ath, tandis que Jourdan continuerait à manœuvrer par la droite en accablant Beaulieu vers Namur.

    Ainsi, dès que le plan général d’opérations n’assignait pas aux masses une bonne direction primitive, les mouvements partiels des armées devaient s’en ressentir ; et le comité, aveuglé par ses projets sur les côtes, prescrivait à Jourdan de s’étendre par la gauche et de s’établir parallèlement aux alliés entre Mons et Bruxelles : résolution bizarre et contraire à tout principe de stratégie.

    Tandis que les quatre divisions du centre et de droite s’avancaient vers Marbaix ou Sombref, observant Gembloux et la route de Namur, le général Kléber marcha, le 1er juillet, sur Mons avec sa division commandée par Duhesme, celles de Montaigu et de Muller commandées par Schérer, enfin la réserve de cavalerie et la division Lefebvre.

    Le prince de Waldeck et Latour qui tenaient Rœulx en forces, paraissant disposés à faire bonne contenance, Kléber ordonna l’attaque. Duhesme, soutenu de la réserve de cavalerie, eut ordre d’assaillir de front les hauteurs de Braquignies ; Montaigu et Schérer se portèrent sur le bois d’Havré, et Ferrand dut marcher sur Mons avec les troupes du camp de Mаubenge. Le combat fut assez vif, mais les généraux autrichiens, voyant leur avant-garde sous Davidowich forcée à Braquignies par Duhesme, et leur gauche déjà débordée par Dubois, se retirèrent en toute hâte sur Braine-le-Comte, abandonnant deux pièces de canon et quelques centaines de prisonniers.

    De leur côté, Montaigu et Schérer, après avoir nettoyé le bois d’Havré, enlevèrent le mont Palisel. En même temps le général Ferrand entra dans Mons sans éprouver la moindre résistance. Kléber y ayant réuni toutes ses troupes, le prince d’Orange se retira en bon ordre par Soignies sur Hal.

    Après ce succès, Schérer et Ferrand se rabattirent sur les quatre forteresses conquises par les Autrichiens, pour en former l’investissement, de concert avec le général Osten, détaché de l’armée de Pichegru dans le même but : l’armée de Sambre-et-Meuse continua sa marche.

    Pendant que les Français employaient des forces si imposantes pour chasser de Mons, un corps qu’on aurait dû chercher à y attirer afin de rendre sa perte plus certaine, des combats journaliers, mais peu importants, eurent lieu entre les avant-gardes de la droite et les postes des alliés. Beаulieu et Quasdanowich, campés vers Gembloux et tenant Sombref, défendaient les routes de Namur contre les tentatives réitérées de la droite de l’armée de Sambre-et-Meuse.

    C’était contre eux qu’il aurait fallu diriger cinq divisions, et non contre le prince d’Orange. Mais alors Jourdan était contrarié par de nouveaux ordres du comité de salut public qui, non content d’ordonner un faux mouvement à l’armée du Nord, prescrivit à ce général de la renforcer de 16 000 hommes. Cette disposition, dont il fallut démontrer toute l’absurdité aux commissaires conventionnels, le tint probablement en suspens quelques jours. Quoi qu’il en soit, lorsqu’il apprit l’évacuation de Gand et de Tournay, et l’intention de Pichegru de se rapprocher de la Dender, il dirigea les divisions Kléber et Lefebvre, soutenues de la cavalerie du général Dubois, sur Nivelles, et fit des démonstrations plus sérieuses sur ce point.

    Le prince de Cobourg sentit enfin qu’il était de son devoir de sauver ses communications, il quitta, le 6 juillet, le camp de Mont-Saint-Jean, et marcha à Corbaix pour se rapprocher de Beaulieu et de la Meuse. Le prince d’Orange abandonnant Hal vint le remplacer dans ce camp, et y fut attaqué en arrivant.

    On se battit le même jour encore sur plusieurs autres points. Mais les Français marchant toujours sur des rayons divergents, ne formèrent pas moins de sept à huit colonnes : la première à gauche, se porta sur Braine-le-Comte ; la division Lefebvre et la réserve de cavalerie sur Nivelles. Morlot marcha sur la route de Genape à Bruxelles, Championnet sur Marbaix ; Hatry et Mayer prirent la direction de Sombref.

    L’arrière-garde autrichienne, inquiétée par la cavalerie du général Dubois et par la division Lefebvre, fut repoussée de Nivelles, Beaulers et Lillois. Arrivée près de Mont-Saint-Jean et Braine-la-Leud, elle s’y réunit au corps du prince d’Orange qui, de concert avec elle, déjoua les tentatives du général Dubois, bien que la division Moгlot, débouchant contre la gauche des alliés, secondât les efforts de la réserve de cavalerie. Mais la colonne de Lefebvre étant arrivée sur ces entrefaites, les républicains redoublèrent d’efforts, chassèrent l’ennemi de sa position, et le reconduisirent jusqu’à Waterloo, où il arriva à la chute du jour. La perte des alliés fut assez grande ; le prince de Hesse-Philipstadt perdit la vie dans une charge contre le général Dubois.

    L’aile droite, composée des divisions Hatry et Mayer, repoussa les postes que Beaulieu avait conservés à Balatre et Boignée, pour ainsi dire, sur le champ de bataille de Fleurus : quant à la division Championnet, elle eut de la peine à se soutenir à Marbaix.

    On fit encore ce jour-là l’opposé de ce qu’on aurait dû, car il était inutile de courir sur la gauche et de suivre l’arrière-garde autrichienne à Braine-la-Leud. Toute l’armée eût bien mieux opéré en se dirigeant à droite sur Gembloux, afin d’accabler Beaulieu ; manœuvre qui eût mis les alliés dans la nécessité de se faire jour pour regagner la Meuse, et dont le résultat eût été infaillible, si Pichegru, au lieu d’avoir ses forces éparses dans la Flandre maritime, était venu appuyer Jourdan, et prendre part à ces entreprises importantes.

    Le 7 juillet, le combat se renouvela sur tout le front avec plus de succès, quoiqu’on négligeât toujours de renforcer le point décisif : Beaulieu, menacé d’être débordé par sa gauche et coupé de Namur, céda enfin Sombref aux généraux Hatry et Mayer à la suite d’un combat très vif. Il se retira d’abord sur Gembloux, puis sur Hotomont. Le prince d’Orange, battu à Mont-Saint-Jean, se replia par la forêt de Soignies sur Bruxelles.

    Après cette affaire, la grande armée de Cobourg quitta son camp de Corbeck pour prendre position entre Louvain et Jodoigne. Son quartier général fut établi, le 9 juillet à Tirlemont.

     

     

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