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  • 2 juillet 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 28 juin 1800 - Le combat de Neubourg dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-mort-de-la-Tour-dAuvergne-150x150

    Le combat de Neubourg

    D’après « Nouveau dictionnaire historique des sièges et batailles mémorables »

     

    L’armée du Rhin s’avançait dans l’intérieur de l’Allemagne, après la bataille livrée à Hochstett. Le général Kray, commandant l’armée autrichienne, envoya un parlementaire au général Moreau pour lui annoncer la conclusion d’un armistice entre les armées française et impériale en Italie. Il laissait ignorer les succès qui avaient couronné la journée de Marengo, et forcé les Autrichiens à cette suspension d’armes.

    Moreau s’y refusa. Il ignorait les événements qui avaient pu amener cette trêve. Mais comme il pouvait recevoir l’ordre d’arrêter sa marche, il résolut, dans cette hypothèse, de procurer des cantonnements plus étendus à son armée. Le gros de l’armée autrichienne devait être trop éloigné pour la forcer au combat ; il n’y avait plus qu’à espérer un succès d’avant-garde. Le général Decaen reçut ordre de marcher avec sa division sur Munich, et se dirigea à marches forcées par Hoeschtel, Vertingen, Augsbourg et Daschau. Cette mesure avait pour but de forcer l’électeur de Bavière à remplir les conditions d’un traité conclu en 1796.

    En s’emparant d’ailleurs d’un pont sur l’Iser, on rejetait l’armée autrichieane sur l’Inn, et elle ne pouvait plus opérer sa jonction avec le corps du Tirol que derrière cette rivière. Moreau se prépara donc à faire appuyer cette division par un mouvement général de toute l’armée. Sans cela, elle eût pu être coupée par les Autrichiens qu’il était important de prévenir.

    Le 24 et le 25 juin, les Français suivirent les ennemis qui se retiraient derrière la Wernitz. Leur aile droite, liée au corps de Donawert, et s’étendant par sa gauche jusqu’à Ostheim, le centre occupant Feisenheim et Wechingen, la gauche appuyée sur Pfeffingen, fit quelques prises à Attingen. Moreau, jugeant que l’ennemi se rejetant sur le Danube, pouvait passer ce fleuve à Neubourg, se porter sur le Lech à Rain, et se placer ainsi entre l’armée et le détachement commandé par le général Decaen, il était important d’y arriver avant lui.

    L’armée avait trois grandes rivières à passer, la Wernitz, le Danube et le Lech.

    Le général Lecourbe, commandant l’aile droite, eut ordre de passer le 26 juin, le Danube à Neubourg, de se porter sur le Lech à Rain, pour s’emparer du pont de Gundelfingen. Le centre plaça sa droite à Donawert, et sa gauche à Harbourg. Le pont de Gundelfingen était tellement dégradé, qu’il fallut la journée entière pour le rétablir. La division Gudin s’établit le soir au delà de Rain sans y éprouver autre chose qu’une très faible résistance.

    L’ennemi fit passer le Danube, sur des barques, à une division. La brigade de gauche les fusilla jusqu’à onze heures du soir, et fit une centaine de prisonniers.

    Le général Lecourbe eut ordre de marcher le 26 juin sur Neubourg, et le centre de prendre position sur Rain en réserve de l’aile droite de l’armée, et la gauche de se porter à Donawert. Les deux divisions du général Lecourbe se mirent en marche avant le jour. Celle du général Gudin se dirigea sur Poetmess. Elle fut obligée de disputer sa position, et elle ne put la prendre entièrement en raison de la nombreuse cavalerie que l’ennemi lui opposa. Plusieurs charges brillantes furent exécutées par deux régiments de hussards. Le général Puthod, commandant la brigade de gauche, prit position à Elkirck.

    Cependant les plus grands efforts de l’ennemi se dirigeaient sur Neubourg. Il devait, après s’en être emparé, prendre position, et se lier à la gauche du général Gudin, lorsque le général Kray, trompé sur nos mouvements, ou voulant peut-être encore tenter le sort d’une bataille, pour prendre la position du Lech et opérer sa jonction avec le corps du prince de Reuss, déboucha de Neubourg avec une grande partie de son armée. Les deux corps étant encore en mouvement, aucun n’avait pris une assiette fixe pour soutenir ou livrer un combat.

    L’avant-garde rencontra les Impériaux au village de Strass, et les poussa jusque sur les hauteurs d’Unterhausen qu’elle occupa en force. Le général Montrichard fit ses dispositions d’attaque. Le général Espagne marcha, avec trois bataillons, pour attaquer de front le plateau, tandis qu’un autre se portait sur Rosenfeld pour le tourner.

    La 10e demi-brigade légère était répandue sur le front et le flanc des colonnes. La brigade Schiner, avec la 109e et le 3e bataillon de la 37e, forma la réserve soutenue par le 9e de hussards, le 6e de cavalerie et l’infanterie légère. Après quelques efforts, la position de l’ennemi fut enlevée, et le général Espagne parvint au revers de la montagne à la vue de Neubourg. Cet officier-général fut obligé de se retirer à cause d’une blessure qu’il recut au bras.

    La brigade Schiner envoya alors quelques troupes pour soutenir et maintenir la position. Mais l’ennemi, ayant recu des renforts considérables, l’attaqua et s’empara de nouveau du plateau. Le bataillon qui marchait par Rosenfeld fut arrêté par trois régiments de cavalerie, et ne put pénétrer. Les forces de l’ennemi devinrent tellement supérieures, que bientôt la droite du général Montrichard se trouva débordée, tandis que sa gauche était inquiétée par des batteries établies par l’ennemi sur le Danube, et que des partis ennemis couraient sur ses derrières. Ce général, trop faible pour résister, ordonnait la retraite. Le général Lecourbe arriva.

    Prévenu du combat furieux qui venait de s’engager, il demande au général Moreau de faire avancer la division du général Grandjean pour soutenir le général Montrichard. Il vole lui-même sur le champ de bataille ; il y trouve ses généraux divisionnaires donnant l’exemple de l’intrépidité et du courage. La retraite s’effectuait en bon ordre ; il l’arrêta en annonçant les secours qui arrivaient.

    L’armée du Rhin n’avait pas coutume de céder du terrain, et l’ennemi, malgré son énorme supériorité, fut vigoureusement contenu par quelques pelotons frais et une compagnie de grenadiers de la 109e commandée par la capitaine Lacoste. Le chef de brigade Lacroix pénétra encore une fois dans Untershausen, et chassa l’ennemi des bois situés à la gauche de ce village. Mais il ne pouvait plus s’y maintenir quand le général Gudin, avec cinq bataillons, un régiment de chasseurs et une compagnie d’artillerie légère y arrivèrent.

    Lecourbe forme aussitôt ces troupes en colonnes d’attaque. La première, dirigée par l’adjudant-général Coehorn, se porta sur la gauche d’Urtenhausen qu’elle tourna ; la seconde fut chargée d’attaquer le plateau de front ; et la troisième eut ordre de se porter sur la gauche pour attaquer la droite de l’ennemi. Ces trois attaques se firent avec tant de vigueur et de concert, que l’ennemi fut culbuté et forcé définitivement d’abandonner sa position. Jamais on ne vit combat plus acharne. Les colonnes marchaient sans tirer un coup de fusil, malgré huit pièces d’artillerie qui vomissaient la mort de toutes parts.

    La 46e et la 14e légère furent longtemps pêle-mêle avec la cavalerie ennemie, et continuèrent de se battre avec rage sans s’ébranler un instant. La mêlée fut horrible. L’ennemi fut obligé de retirer ses pièces, mais le combat n’en dura pas moins. Dans l’obscurité, on n’entendait plus un coup de feu, mais seulement le cliquetis des armes et les cris des combattants.

    Là, le chef de bataillon Fortis fut cruellement sabré par la cavalerie autrichienne. Là, le premier grenadier de France, Latour-d’Auvergne, périt percé d’un coup de lance. Les généraux autrichiens disaient en se retirant : « Jamais les Français ne se sont si bien battus, cette armée est invincible ».

    Ils se retirèrent pendant la nuit, brûlèrent le pont, et allèrent à Ingolstadt. On fit, dans cette journée, huit cents prisonniers de quinze régiments différents.

    La mort de Latour-d’Auvergne fut un jour de deuil universel pour l’armée, et il méritait ses regrets. Issu de la famille des Turenne, il hérita de sa bravoure et de ses vertus. C’était un des plus anciens officiers de l’armée, celui qui comptait le plus d’actions d’éclat.

    Carnot, ministre de la guerre, dans un rapport au premier consul, dit : « Les braves l’ont nommé le plus brave. Modeste autant qu’intrépide, il ne se montra jamais avide que de gloire. Il a refusé tous les grades. Aux Pyrénées occidentales, le général commandant l’armée rassembla toutes les compagnies de grenadiers, et pendant le reste de la guerre ne leur donna point de chef. Le plus ancien capitaine devait commander : c’etait Latour-d’Auvergne. Il obéit, et bientôt ce corps fut nommé par l’ennemi la colonne infernale.
    Un de ses amis n’avait qu’un fils dont les bras étaient nécessaires à sa subsistance ; la réquisition l’appelle, Latour-d’Auvergne vole à l’armée du Rhin, remplace le fils de son ami, et pendant deux campagnes, le sac sur le dos, toujours au premier rang, il est à toutes les affaires, et anime les grenadiers par ses discours et son exemple. Pauvre, mais fier, il refuse le don d’une terre que lui offrait le prince de Bouillon, le chef de sa famille. Sa vie est sobre ; il ne jouit que du traitement de capitaine à la suite et ne se plaint pas. Plein d’instruction, parlant toutes les langues, son érudition égale sa bravoure, et on lui doit l’ouvrage intitulé les Origines gauloises. Tant de vertus, dit Carnot en terminant son rapport, appartiennent à l’Histoire, mais il appartient an premier consul de la devancer ».

    Bonaparte, ému à ce récit, cherche une récompense digne de tant de bravoure, de modestie et de vertu. Il lui donne le titre de premier grenadier des armées françaises, et lui décerne un sabre d’honneur.

    Latour d’Auvergne ne voulut point se parer de cette épée avant de l’avoir éprouvée contre les ennemis. Il n’est aucun des grenadiers que je commande, écrivait-il à un de ses amis, qui ne l’ait méritée autant que moi ; allons, il faudra la montrer de près à l’ennemi. A mon âge, la mort la plus désirable est celle d’un grenadier sur le champ de bataille, et, je l’espère, je la trouverai. Il fut tué en chargeant à la tête des grenadiers de la quarante-septième demi-brigade, où il avait choisi son rang.

    Pendant trois jours, les tambours des compagnies de grenadiers demeurèrent voilés. Sa place resta vacante dans cette compagnie ; il est nommé dans tous les appels, et son cœur, porté dans une boîte d’argent par le second grenadier, précède aux combats les braves dont il fut toujours le modèle. Au moment où ses restes, enveloppés de feuilles de chênes et de lauriers, furent déposés au lieu où il avait reçu la mort, un grenadier retourna son corps en disant : « Il faut le placer dans sa tombe comme il était de son vivant, faisant toujours face à l’ennemi ». Un monument simple comme le héros qu’il fallait célébrer, fut élevé à Oberhausen, où il fut tué.

    Chaque année, le 47e régiment fait célébrer l’anniversaire du combat de Neubourg par l’éloge du premier grenadier de France qu’il eut l’honneur de compter dans ses rangs.

     

    Pour en savoir plus sur Théophile Malo de La Tour d’Auvergne-Corret

     

     

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