• 1 juillet 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Le 26 juin 1794 - La bataille de Fleurus dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-de-Fleurus-150x150

    La bataille de Fleurus

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français »
    Charles Théodore Beauvais de Préau – 1829

     

    La première bataille de Fleurus (16 juin) fut très meurtrière. Les Français y perdirent plus de quatre mille hommes, et les alliés plus de trois mille. La levée du siège de Charleroy fut la conséquence immédiate du succès des alliés. Saint-Just, toujours aussi entêté, voulait qu’on repassât de suite la rivière, et qu’on attaquât l’ennemi pour ne pas lui donner le temps de ravitailler la place et de détruire les travaux de siége. Mais l’armée française était trop fatiguée, et les munitions d’artillerie trop peu nombreuses : il fallait d’ailleurs faire venir des munitions de Maubeuge, et rétablir l’ordre dans l’armée.

    Le 18 juin, Jourdan fit de nouvelles dispositions pour effectuer le passage. On concevra difficilement les motifs qui engagèrent, après la journée du 15, le prince d’Orange à retourner à son quartier général de Nivelle, au lieu de rester en force sous les murs de Charleroy, et de s’opposer à une nouvelle entreprise de la part des Français. Il n’avait laissé qu’un faible cordon de troupes devant Jourdan, imaginant sans doute que les Français rebutés renonceraient enfin à un projet qui avait si souvent échoué. La Sambre fut traversée, et ce passage, qui sera le dernier, assurera la conquête de la Belgique.

    Charleroy se trouvait assiégé pour la troisième fois. Les ouvrages déjà détruits en partie furent relevés ou réparés. On ouvrit sur la hauteur de Montigny-sur-Sambre une nouvelle tranchée qui avait pour but une fausse attaque sur ce point, afin d’assurer la gauche de la véritable attaque contre les sorties qui pourraient y être dirigées à la faveur d’un vallon intermédiaire. Les assiégés donnèrent dans ce piège, firent une sortie sur les nouveaux travaux, et furent repoussés.

    Cependant l’armée d’observation reprit ses premières positions. Rappelé sans doute à Nivelle par le prince de Cobourg, qui persistait dans le dessein de dégager le corps de Clairfait, toujours compromis, le prince d’Orange se rapprocha, le 20 juin, de l’armée française.

    Plusieurs escarmouches eurent lieu entre les troupes qu’il commandait et celles de la division Kléber. Le 21, le prince s’avança en tâtonnant jusqu’à la position de la chapelle de Herlaymont. Kléber ne permit pas aux alliés de s’avancer davantage, et vint les attaquer dans ce dernier poste. Après une résistance assez vive, les alliés cédèrent le terrain. Le général Dubois contribua puissamment au succès de cette dernière action : il fit avec beaucoup d’intelligence plusieurs charges de cavalerie, prit sept pièces de canon, sabra sept à huit cents hommes, et fit cinq cents prisonniers. Le général Championnet ayant joint ses troupes à celles du général Kléber, les vaincus furent poursuivis avec acharnement, et repoussés jusqu’au – delà de Genappe.

    Pendant que l’armée d’observation enlevait ainsi au prince d’Orange la possibilité de secourir Charleroy, le siège de cette place tirait à sa fin. Les commissaires conventionnels, impatients de voir Charleroy tomber entre leurs mains, tourmentaient le général Jourdan pour qu’il fit tenter une escalade sous la protection du feu des batteries. Le commandant Marescot fit rassembler à cet effet, dans les villages voisins, le plus grand nombre possible d’échelles, les fit voiturer à la queue de la tranchée, ainsi qu’une certaine quantité de fascines qu’il avait eu la précaution de faire fabriquer dans le bois de Jumet.

    Toutefois ces préparatifs ne satisfirent point le proconsul Saint-Just. Cet homme féroce, qui ne se montra jamais à la tranchée, instruit qu’un capitaine du premier régiment d’artillerie avait apporté quelque négligence dans la construction d’une batterie dont il était chargé, le fit fusiller dans la tranchée. Il donna en même temps au général Jourdan l’ordre de faire arrêter, et par conséquent fusiller sur-le-champ le général Hatry, commandant les troupes de siège, le général Bellemont, commandant de l’artillerie, et le commandant Marescot. Le général Jourdan eut, au péril de sa propre vie, le courage de résister aux volontés du lâche conventionnel. Les officiers dont nous venons de parler avaient eu la générosité de faire des représentations contre l’arrêt cruel qui condamnait le malheureux capitaine d’artillerie Méras ; et dans son atroce délire, Saint-Just osait les accuser de complicité.

    Le jour même où cette scène se passait, les six batteries des assiégeants se trouvaient organisées et perfectionnées de manière à pouvoir agir avec force ; l’activité des batteries de la place se ralentit à l’instant même.

    Le lendemain 24 juin, pendant la nuit, les assiégés essayèrent deux sorties, qui dérangèrent les travaux, mais on profita du brouillard de la matinée pour regagner le temps perdu. Bientôt l’artillerie fit un feu si vif, si soutenu et si bien dirigé, qu’elle fit taire les batteries des assiégés.

    Le général Jourdan envoya sur-le-champ sommer le commandant de Charleroy de lui remettre la place. Celui-ci demanda un délai de trois heures pour assembler le conseil de guerre. On lui accorda un quart d’heure, au bout duquel les batteries, qui avaient interrompu leur feu, recommencèrent à jouer.

    L’artillerie ne cessa point de tirer pendant la nuit et la matinée. Les sapeurs gagnèrent du terrain, et se trouvèrent à distance de la troisième parallèle. A dix heures du matin, le commandant se décida à entrer en arrangement. On lui répondit que la seule capitulation qu’on pouvait lui accorder était de se rendre à discrétion. Vers midi, un officier supérieur, envoyé par le même commandant, vint remettre au général Jourdan les articles d’une capitulation sans doute moins dure dans ses conditions ; Saint-Just qui se trouvait alors chez le général en chef, repousse le paquet qui lui est présenté, en disant : « Ce n’est pas du papier, c’est la place que je demande ».

    Après plusieurs pourparlers infructueux, le commandant autrichien, craignant de subir un assaut, envoya dire que la garnison se rendait à discrétion, et se confiait à la générosité française. Il fut accordé qu’elle sortirait avec les honneurs de la guerre, qu’elle déposerait ses armes et ses drapeaux sur les glacis, et que les officiers conserveraient leurs épées et leurs équipages. Cette garnison était forte de trois mille hommes. On trouva sur les remparts environ cinquante bouches à feu, dont plusieurs démontées. Les magasins renfermaient encore des vivres et quelques munitions de guerre.

    La garnison de Charleroy avait à peine défilé, et il n’y avait encore que la porte de Bruxelles qui fût occupée par une compagnie de grenadiers, lorsqu’on entendit une canonnade dans le lointain. C’était celle des Français aux prises avec les alliés dans les champs de Fleurus. Ce bruit, qui annonçait à la place de Charleroy un secours désormais inutile, répandit une vive allégresse dans l’armée de siège, et dut inspirer des regrets bien cuisants à la garnison prisonnière.

    Le canon entendu quelques instants avant la reddition de Charleroy était celui du prince de Cobourg, préludant par des escarmouches à la sérieuse affaire du lendemain. Ce prince, averti des progrès rapides des assiégeants autour de la place, était parti de Tournay le 21, avec l’armée anglaise et la réserve autrichienne. Sa marche précipitée lui avait permis de se trouver, le 23, à Nivelle, et d’y opérer sa jonction avec le prince d’Orange.

    Mais, au lieu d’attaquer sur-le-champ les Français, et de manœuvrer pour délivrer Charleroy, il crut devoir donner du repos à ses troupes, et perdit ainsi dans l’inaction un temps précieux, dont Jourdan sut tirer le plus grand avantage. La canonnade, engagée seulement le 25, resta elle-même sans résultat, et, par une fatalité qui semblait présider à toutes les entreprises des alliés dans cette campagne, le prince de Cobourg ne se décida enfin à livrer bataille qu’au moment où la victoire même eût été inutile pour délivrer Charleroy.

    Tous les auteurs ont remarqué combien il était étonnant que dans une province de la domination autrichienne, où il était si facile d’entretenir des intelligences, le prince ait en effet ignoré la prise de Charleroy le lendemain de la capitulation de cette place. Mais, soit que cette ignorance fût réelle, soit que Cobourg l’ait feinte après coup pour excuser sa défaite, il est certain du moins que l’armée alliée n’en avait aucune connaissance. Le bruit de cette reddition ne se répandit dans les rangs qu’au fort de la mêlée, et quelques écrivains ont mis au nombre des causes qui firent perdre la bataille, le découragement que cette nouvelle répandit subitement parmi les soldats.

    Cobourg avait d’ailleurs pour lui toutes les chances du succès. Son armée, déja supérieure en nombre, s’était encore augmentée d’une partie des garnisons de Landreies, de Condé et de Valenciennes. Elle comptait à peu près cent dix mille hommes, et s’il eût voulu disposer d’une forte partie de cette masse pour attaquer les Français qui occupaient toujours une position circulaire et trop disséminée autour de Charleroy, il pouvait facilement se flatter de remporter la victoire. Mais la manie des généraux de cette époque était de vouloir faire face sur tous les points, et c’est en effet pour avoir suivi cette méthode vicieuse, dont Lascy avait été le premier propagateur, et que le général Mack avait si malheureusement fait mettre eu pratique dans la dernière campagne, que le prince de Cobourg perdit la mémorable bataille que nous allons décrire.

    L’armée française occupait les mêmes positions que dans la journée du 16 juin, à l’exception qu’elle était postée un peu plus en avant. Elle était composée des mêmes divisions et commandée par les mêmes généraux. Répandue en croissant autour de Charleroy, elle s’appuyait sur la Sambre par ses deux ailes, la droite vers Lambusart et les bois de Copiau, la gauche vers Landely. Le centre s’avançait jusqu’au bourg de Gosselies. La division du général Marceau s’étendait à Velaine et Wanservée ; celle du général Lefebvre, un peu en arrière et sur la gauche de Fleurus ; celle du général Championnet au-delà d’Hepignies ; celle du général Morlot en avant de Gosselies ; celle du général Kléber en avant du moulin de Jumet et du village de Courcelle ; celle du général Montaigu, à Trazegnies.

    Une brigade aux ordres du général Daurier, formant la réserve de l’aile gauche, se trouvait en avant de Landely, derrière Fontaine-l’Evêque. La division du général Hatry était postée en réserve à Ransart, et un corps de cavalerie, aux ordres du général Dubois, était réparti entre Ransart et Wagnée, et près du bois de Lombue. Tout le front des positions françaises était défendu par des retranchements liés entre eux par de fortes redoutes.

    L’armée des alliés occupait, à sa gauche, les hauteurs de Boignée, de Tongrin et du Point-du-Jour ; le centre se trouvait le long de la chaussée des Romains, et la droite s’étendait depuis Herlaymont jusque près d’Anderlues. Cette armée était divisée en cinq grands corps, qui devaient attaquer en même temps tout le front de l’armée des Français.

    La première division de droite, commandée par le prince d’Orange et le général Latour, avait ordre de se partager en trois colonnes au moment de l’engagement, afin de s’emparer de Trazegnies, de Fontaine-l’Evêque et des bois de Monceaux. La force de cette division était de vingt-quatre bataillons et trente-deux escadrons.

    Le deuxième corps, à la droite du centre, dont la force était de quatorze bataillons et seize escadrons, se trouvait aux ordres du général Quasdanowich. Il devait s’étendre sur la grande route de Bruxelles, et attaquer Frasne, Mellet et Gosselies.

    Le troisième corps, à la gauche du centre, était commandé par le général d’artillerie comte de Kaunitz. La première ligne de ce corps se composait de dix bataillons et dix-huit escadrons ; la seconde ligne se formait de la réserve de l’armée. Sa destination était d’attaquer les Français entre Mellet et Fleurus, et de s’emparer du village d’Hepignies.

    Le quatrième corps, devant se lier à la gauche du troisième, et commandé par le prince Charles, était le moins nombreux de tous ; il avait ordre de se diriger sur Fleurus.

    Le cinquième corps, sous le commandement du général Beaulieu, faisait l’extrémité de l’aile gauche, et était, ainsi que le premier, divisé en trois colonnes : la première, à gauche, vers la Sambre, et conduite par Beaulieu en personne ; la deuxième, formant le centre, était aux ordres du général Zapf ; la troisième enfin, qui formait la droite, était commandée par le général Schmertzing, et devait se lier au corps de l’archiduc. Le cinquième corps d’armée, fort de seize à dix-huit mille hommes, devait marcher, par Boignée et Lambusart, sur Charleroy, dans le dessein de faire une trouée jusqu’à cette place, et de la ravitailler, s’il était possible.

    Les relations du temps remarquent que le prince de Cobourg avait, dans son armée, une cavalerie beaucoup plus nombreuse et mieux aguerrie que celle des Français ; mais, en revanche, les relations autrichiennes prétendent que Jourdan avait une artillerie plus formidable et mieux servie que celle de Cobourg. Quoi qu’il en soit, les deux partis, désirant vivement engager le combat, se portèrent en avant avec une égale ardeur, le 26 juin, à la pointe du jour, et l’action commença sur les deux lignes par une vive canonnade longtemps prolongée.

    Vers l’extrémité de la gauche des Français, le prince d’Orange, à la tête de la première colonne de la première division ennemie, s’empara d’abord du calvaire d’Anderlues, de Fontaine-l’Evêque, et pénétra jusqu’au château de Vespe. Dans le dessein d’opérer sa jonction à Rus, avec les deux autres colonnes de son corps d’armée, il attaqua la brigade du général Daurier, et eut, dans le premier instant, quelques succès. Les Français, effrayés du nombre des assaillants, allaient céder à leurs efforts, et abandonner le village qu’ils défendaient, lorsque, renforcés par une brigade que le général Montaigu envoyait à leur secours, ils reprirent courage, et opposèrent une vigoureuse résistance.

    La colonne du prince d’Orange, ayant ainsi perdu la supériorité du nombre, s’aperçut promptement que la partie n’était plus égale. En vain l’ennemi manœuvra avec art, soit pour enlever de front les batteries, soit pour les prendre en flanc. En vain sa cavalerie s’élança elle-même, et chargea brusquement les troupes françaises qui gardaient les pièces ; elle fut chaque fois repoussée et écrasée par la mitraille que vomissaient les batteries. Obligé enfin de renoncer à cette attaque, après avoir perdu un grand nombre de ses soldats, le prince d’Orange opéra sa retraite sur Forchies.

    Mais pendant que la brigade du général Daurier défendait et gardait ainsi glorieusement sa position, le général Montaigu était contraint d’évacuer la sienne. Les deux autres colonnes du premier corps de l’armée ennemie, commandées par le général Latour, après avoir passé le Piéton, s’étaient rangées en bataille entre le bois de la Gloriette et la cense de Mont-à-Gouy. Elles s’étaient ensuite avancées par échelons vers Trazegnies, en refusant leur gauche. Après une heure d’une canonnade assez vive de part et d’autre, la première ligne ennemie, marchant en avant, attaqua les Français, et, malgré leur résistance assez longtemps prolongée, les força à céder du terrain.

    Montaigu, désespéré de cet échec, ordonne à sa cavalerie de charger les Autrichiens. Elle obéit, et s’élance avec rapidité. L’ennemi, qui ne s’attendait point à cette brusque attaque, s’étonne et s’arrête. Mais l’exemple de la cavalerie avait ranimé le courage de l’infanterie, qui, revenant à la charge, attaque à son tour l’ennemi avec vigueur, le renverse et reprend sa première position.

    Ce succès, dont Montaigu s’applaudissait déja, ne fut que momentané. Témoin du désordre introduit parmi les siens par la cavalerie française, le général Latour appelle à son secours sa réserve, et bientôt il retourne à l’attaque des retranchements. Le choc des nouveaux assaillants est si impétueux, que la cavalerie du général Montaigu est obligée de reculer à son tour. Poursuivie avec vivacité, elle se jette sur l’infanterie, et répand la confusion dans les rangs. Montaigu ne réussit qu’avec peine à empêcher sa division de se débander tout entière. Cependant il parvint à contenir ses troupes , et se retira , suivant les instructions qu’il avait reçues du général Jourdan, partie sur le général Daurier, et partie sur Marchienne-au-Pont, en ayant soin de faire reployer les pontons, et d’établir des batteries sur la rive droite de la Sambre.

    Le général Kléber, instruit des dangers que courait cette division, envoyait en ce moment un détachement de cavalerie et du canon pour la secourir ; mais ce renfort n’arriva que pour être témoin de l’avantage que remportait l’ennemi, Le détachement de Kléber, n’espérant point rétablir le combat, se hâta lui-même de se retirer.

    Ce succès, remporté par le général Latour sur la gauche de l’armée française, avait été prévu par Jourdan, qui l’avait comme préparé, en affaiblissant cette gauche pour renforcer sa droite et son centre. Bien loin d’être avantageux à l’ennemi, il allait lui devenir funeste. Il avait imprudemment employé une partie de son armée contre une seule division française. Le prince d’Orange se trouvait entièrement séparé du prince de Cobourg ; et Latour, trop faible pour forcer le passage du Piéton, courait désormais le danger d’être enveloppé dans la position où il s’était placé.

    En effet, ce général, s’étant hâté de poursuivre Montaigu, s’était emparé des bois de Monceaux, et venait de faire canonner Marchienne-au-Pont, où s’était renfermée la droite de la division en retraite. Il espérait être soutenu, dans cette opération, par le prince d’Orange ; mais ce prince, arrêté par Daurier, n’avait pu déboucher par Rus. Cependant Latour se flattait encore de garder sa position, lorsqu’une manœuvre habile du général Kléber vint donner aux événements un autre résultat.

    Ayant reçu les ordres de Jourdan, ce général s’empara des hauteurs du Piéton ; et, voulant appuyer la résistance de Montaigu dans Marchienne, il fit placer de fortes batteries sur ces hauteurs, et foudroya les troupes de Latour, occupées elles-mêmes à canonner Marchienne. En même temps, il portait le chef de brigade Bernadotte, avec quelques bataillons, sur Baymont, et fit attaquer ce village. Cette double diversion eut tout le succès que Kléber en attendait.

    Le feu de ces batteries, auquel voulurent vainement répondre les Autrichiens, répandit l’alarme parmi les troupes de Latour, et jeta quelque désordre dans leurs rangs. Kléber, remarquant de l’irrésolution dans leurs mouvements, ordonne un dernier effort, dans le dessein de leur faire abandonner leur position. Bernadotte attaque la droite de Latour, la repousse, et pénètre dans les bois de Monceaux. Kléber lui-même attaque leur gauche, et la fait tourner par la brigade du général Duhesme.

    Cette première division de l’armée de Cobourg, privée de l’appui du prince d’Orange, engagée fort loin du centre des combattants, et menacée d’être enveloppée par toutes les forces de Kléber, jugea qu’une plus longue résistance était inutile, et se décida à opérer sa retraite. Elle se fit à quatre heures du soir, d’abord sur les hauteurs de Forchies, et ensuite sur le camp de Haine-Saint-Paul, et de la chapelle Herlaymont.

    Tandis que le premier corps de l’armée alliée échouait ainsi dans ses derniers efforts sur la gauche des Français, l’ennemi attaquait avec la même impétuosité, mais avec moins de succès, le centre de l’armée républicaine.

    Le second corps du prince de Cobourg, qui faisait partie du centre des alliés, et que commandait le général Quasdanowich, après avoir manœuvré sur la route de Bruxelles et s’être emparé de Frasne, s’était mis en bataille en avant de la cense de Grand-Champ. Il devait opérer contre la division française aux ordres du général Morlot. Celui-ci, attentif au mouvement de l’ennemi, avait fait avancer des troupes pour s’y opposer. Elles avaient ordre de marcher par Thuméon et par Mellet, afin de prendre l’ennemi en flanc, pendant que Morlot lui-même les attaquerait de front.

    Mais ces troupes ne mirent point assez de rapidité dans leur marche ; elles furent devancées. Le général Quasdanowich avait attaqué, sur sa droite, la cense de Brunchand, et repoussé les Français envoyés par Morlot pour le prendre en flanc. Après s’être emparé de la cense et de Mellet, il s’était établi sur les hauteurs de ce dernier village, d’où il se mit à canonner le front de la division française, postée en avant de Gosselies. Bientôt après, il la fit attaquer.

    Mais les Français se défendirent avec tant d’intrépidité que le général Quasdanowich n’osa pas aborder la ligne de bataille ; il se borna à continuer sa canonnade, à laquelle l’artillerie française répondait avec d’autant plus d’avantage, qu’elle était placée dans des redoutes. Les deux partis restèrent ainsi à se foudroyer jusqu’au soir. Quasdanowich, ayant alors appris la défaite du prince de Cobourg, s’empressa de suivre le mouvement rétrograde de l’armée, et se retira sur Trois-Bras, entre Frasne et Genappe.

    L’avant-garde du prince de Kaunitz attaqua d’abord six escadrons de la division du général Championnet, postés près de la cense de Chessart. Après avoir fait mine de résister, les cavaliers français, ne se sentant point en force, se replièrent sur le gros des troupes retranché entre Saint-Fiacre, Hepignies et Wagnie. Les alliés se portèrent rapidement à leur poursuite ; et le prince de Kaunitz, ayant réuni le troisième corps sous ses ordres, vers Saint-Fiacre, le fit ranger en bataille, malgré une vive canonnade qui partait des retranchements français.

    Championnet, voyant qu’il allait être attaqué, envoie alors huit escadrons, dans le dessein de tourner l’ennemi du côté de Wagnie. Cette manœuvre réussit au gré des désirs du général français. Menacé d’être enveloppé, Kaunitz fit faire un mouvement d’arrière à ses troupes ; et, imitant la prudente circonspection du général Quasdanowich, il n’osa point se porter à l’attaque des retranchements, et resta pendant quelque temps dans la même position, se contentant de répondre, par son artillerie, aux continuelles canonnades des Français. Il semblait attendre l’issue des attaques des autres corps pour se décider.

    En effet, il était instruit que le général Beaulieu, aux prises avec la droite de l’armée française, poursuivait vigoureusement le combat, se flattant de remporter un avantage décisif. Beaulieu, qui commandait lecinquième corps de l’armée alliée, s’était mis en mouvement de la cense de Faye. Ses tirailleurs engagèrent le combat avec ceux de Marceau, postés vers les villages de Wansersée, de Velaine et de Baulet. Reçus avec fermeté, ils furent d’abord repoussés ; mais ils revinrent à la charge, firent plier les tirailleurs français, et s’emparèrent de Baulet, de Velaine et du bois du même nom.

    Les troupes de la droite de Marceau, obligées de céder après le combat le plus opiniâtre, se retirèrent dans les bois de Copiau , derrière les retranchements qu’elles y avaient élevés. Attaqués presque aussitôt par l’ennemi, ardent à les poursuivre, les Français réussirent à l’arrêter longtemps en avant de leurs retranchements. Mais, se voyant près d’être tournés par une colonne ennemie qui avait pénétré par la pointe du bois conduisant à la cense de la Maison Rouge, et, craignant d’être coupés, ils abandonnèrent, quoiqu’à regret, leur position.

    Quelques soldats, plus effrayés que les autres, répandirent l’alarme parmi leurs camarades en criant le fatal sauve qui peut ! et cette retraite, commencée dans le plus grand ordre, s’acheva dans la plus grande confusion. L’infanterie se jeta dans Lambusart, et la cavalerie se rallia en avant de ce village. Les rangs n’étaient pas encore formés, quand cette cavalerie fut chargée par celle de l’ennemi : au lieu d’opposer une résistance qui eût donné à l’infanterie le temps de la soutenir, elle céda et fut obligée de se retirer encore pour se rallier à quelque distance sous la protection d’une batterie.

    Marceau se flattait qu’elle tiendrait davantage dans cette dernière position ; mais le découragement s’était emparé de cette cavalerie. Chargée de nouveau par quatre escadrons autrichiens postés non loin de Lamhusart, elle se laissa culbuter sur l’infanterie. Déjà le désordre commençait à se manifester parmi les fantassins, lorsque Marceau vint par sa présence ranimer les courages près de faiblir. A sa voix, les Français, honteux de leur irrésolution, s’élancent, la baïonnette en avant, reçoivent avec sang-froid la cavalerie autrichienne, et donnent le temps aux escadrons de se reformer. L’ennemi, repoussé par cette attaque et foudroyé par l’artillerie placée dans Lambusart, est contraint de renoncer à l’espoir de tourner le village.

    Il y eut alors un moment de ralentissement dans le combat. Jourdan en profita pour donner l’ordre au général Hatry de se joindre au général Lefebvre, et de soutenir l’un et l’autre la division Marceau, tandis que le général Dubois se porterait avec la cavalerie de réserve en arrière de Wagnie et d’Hepignies. Mais déja Beaulieu avait appelé à lui des renforts, et recommençait l’attaque contre Lambusart.

    Les troupes de Marceau résistèrent avec cette valeur héroïque que leur inspirait leur brave général ; et, si la cavalerie eût soutenu leur courage, peut-être eussent-elles conservé leur position. Mais celle-ci, chargée avec impétuosité par plusieurs escadrons ennemis, ne put résister, et rendit nuls tous les efforts de l’infanterie. A la vue de cette cavalerie opérant sa retraite au grand galop, les soldats s’imaginent que tout est perdu, tournent le dos sans songer à prolonger leur défense, et fuient en désordre vers le Pont-à-Loup, afin d’y repasser la Sambre. Marceau cependant réussit à retenir quelques bataillons, et, ayant réuni sous son commandement six autres bataillons que venaient de lui envoyer les généraux Lefebvre et Hatry, il posta ce petit corps dans les haies et dans les jardins de Lambusart, et, soutenu par son artillerie, dont les Autrichiens n’avaient pu s’approcher, il contint l’ennemi et l’empêcha de déboucher du village.

    Quelques escadrons que Beaulieu s’était hâté de faire filer le long de la Sambre, se présentèrent devant Charleroy, et furent repoussés par l’artillerie de la place.

    Tandis que Beaulieu réussissait à déposter Marceau de sa position, le général Lefebvre défendait glorieusement celle qu’il occupait en arrière de Fleurus. Attaqué par le quatrième corps de l’armée alliée que commandait l’archiduc Charles, il avait d’abord été obligé de faire replier ses avant-postes du village de Fleurus après un combat long et meurtrier. Mais vainement les Autrichiens essayèrent de forcer la position et les retranchements des généraux Lefebvre et Hatry. Deux manœuvres que le prince Charles commanda pour les tourner tantôt à gauche, tantôt à droite, échouèrent également.

    Voyant enfin que tous ces mouvements étaient inutiles pour surprendre les Français, le général ennemi se décida à les attaquer de front. Trois fois ses troupes arrivent jusqu’à portée de pistolet de la ligne française, trois fois elles sont repoussées parla mitraille et lamousqueterie. Aussitôt qu’elles tournaient le dos pour reformer leurs rangs, elles étaient chargées par des régiments de cavalerie que le général Lefebvre faisait déboucher du camp par des passages qui avaient été ménagés. Enfin, découragé par le peu de succès de ces trois attaques, et menacé d’être poursuivi, le prince Charles fit un mouvement sur sa droite pour se réunir au prince de Kaunitz.

    Le général Lefebvre se préparait à tirer parti de cet avantage, et déja il était sorti de ses retranchements, lorsque la nouvelle de l’échec éprouvé par Marceau parvint jusqu’à lui en même temps que l’ordre de Jourdan de porter secours à ce général. La retraite de cette division mettait son flanc droit à découvert, et si le prince Charles, au lieu de se retirer, eût alors retourné à la charge, on peut douter si Lefebvre se fût trouvé en mesure de résister. Le général français sentit aussitôt toute l’imminence du danger qu’il courait, et prit habilement les moyens les plus propres à l’éviter.

    Les différents corps qui avaient réoccupé Fleurus reçurent en conséquence l’ordre précis d’évacuer ce village, et de se replier par échelons dans les retranchements du camp. En même temps, Lefebvre poussa ses tirailleurs jusqu’auprès de Lambusart, et de cette manière se mit à même de soutenir les bataillons que Marceau avait réunis en arrière de ce village. Un régiment de cavalerie et les grenadiers de la division vinrent se former en potence depuis le village jusqu’au bois. Il se trouvait sur ce point plusieurs hauteurs ; Lefebvre y envoya aussitôt quelques troupes, et y fit établir une batterie de douze pièces d’artillerie.

    La position de l’armée française à ce moment de la journée était très critique. L’ennemi, vainqueur sur plusieurs points, résistait sur tous, et se montrait disposé à faire les plus grands efforts pour rester maître du champ de bataille. A la droite des Français, partie de la division du général Marceau avait été forcée de repasser la Sambre ; celle du général Montaigu avait perdu tout son terrain, et plus de la moitié s’était elle-même réfugiée derrière la rivière ; le centre avait été contraint de reprendre des positions en arrière, où Morlot et Championnet se soutenaient avec peine. Le succès de la journée dépendait maintenant presqu’en entier de l’attaque de Lambusart. Et si Cobourg eût eu plus d’audace ; si, rassemblant tout-à-coup ses forces, il fût tombé avec vigueur sur les divisions de Lefebvre, Hatry et Championnet, il paraît presque certain que les Français n’eussent pas remporté la victoire. C’est un hommage que le héros de cette journée, Jourdan lui-même, s’est plu à rendre à la vérité. Mais Cobourg resta fidèle à son système, et l’événement va prouver combien il était contraire aux véritables règles de l’art.

    Cependant Beaulieu, par son opiniâtreté à vouloir forcer les retranchements de Lambusart, prouvait bien qu’il connaissait toute l’importance de ce poste, et que de la dispersion des Français qui le défendaient, dépendait tout le succès de la journée. Nous avons vu avec quel acharnement il s’était efforcé de déboucher de ce village après la retraite de la division du général Marceau. Arrêté dans ce mouvement par les bataillons que celui-ci avait réunis et par l’artillerie placée sur les hauteurs, il avait appelé à son secours la colonne du général Schmerzing et une partie de la troisième, commandée par le général Zapf.

    Schmerzing et Zapf s’avancèrent en même temps par un défilé du côté de Lambusart, dans le dessein de prendre à revers les retranchements français. Mais à ce moment, Lefebvre lui-même venait d’opérer son mouvement sur Lambusart. Arrêtées par le régiment de cavalerie, les grenadiers formés en potence et la batterie de douze pièces établie sur les hauteurs, les deux colonnes autrichiennes furent tellement maltraitées par la mitraille, qu’elles se retirèrent en toute hâte, non sans avoir éprouvé une perte considérable en hommes tués ou blessés.

    Cet échec, éprouvé quand il osait se flatter de la victoire, ne découragea point le général Beaulieu, qui, dans cette journée, donna les preuves de grands talents militaires. Il fait prier le prince de Kaunitz et l’archiduc de soutenir ses efforts, en attaquant eux-mêmes vigoureusement les Français ; et, décidé à tout tenter pour réussir, il réunit toutes ses divisions, attaque en masse les retranchements, et parvient en effet à prendre le camp en flanc pour tourner la droite de l’armée. La victoire était perdue pour les Français, si Jourdan eût laissé ce dernier mouvement s’opérer.

    Mais, malgré la rapidité avec laquelle Beaulieu l’avait effectué, et quoiqu’il eût cherché à le dérober, à la faveur d’un terrain coupé, le général français, dont l’œil exercé parcourait en ce moment tout le champ de bataille, aperçut promptement la manœuvre du général autrichien. Convaincu lui-même combien il importe au salut de l’armée de conserver cette position. Jourdan envoie la plus grande partie de la division du général Hatry au secours de Lefebvre, et donne l’ordre à celui-ci de faire les plus grands efforts, non seulement pour garder sa position, mais aussi pour chasser l’ennemi de Lambusart.

    Beaulieu comptait tellement sur le succès de sa manœuvre, que, s’imaginant voir les Français en pleine retraite, il commença par s’assurer les passages de la Sambre, afin d’empêcher les vaincus de traverser cette rivière. Après cette opération préliminaire, il réunit de nouveau toutes ses forces, et se porte avec impétuosité contre les retranchements ; mais, animés par la voix et l’exemple de leurs généraux, les Français opposent à l’ennemi une résistance proportionnée à ses efforts. A mesure que les Autrichiens veulent déboucher du village de Lambusart, ils sont arrêtés par un feu terrible de mousqueterie, et inquiétés de tous côtés par les troupes légères éparses dans les jardins et dans les haies.

    Bientôt, renforcé par les détachements du général Hatry, Lefebvre prend lui-même l’offensive ; ses soldats se jettent avec fureur sur ceux de Beaulieu, les culbutent , les chassent de Lambusart, et ne leur permettent de se rallier qu’en arrière de ce village. Mais ce dernier échec ne peut encore rebuter le général Beaulieu. Nous avons dit qu’il avait fait prier les princes Charles et de Kaunitz de seconder ses efforts. Ceux-ci, prévenus des succès que se promettait le général Beaulieu, avaient en effet réuni leurs forces, et avaient alors attaqué avec un acharnement incroyable la division Championnet, que le prince de Kaunitz canonnait depuis le commencement de la journée.

    Mais ce fut en vain que ces deux généraux se réunirent contre Championnet. La division de ce général était à l’abri derrière de forts retranchements, appuyée à une redoute armée de dix-huit pièces de canon ; elle était soutenue par la réserve de cavalerie et quatre compagnies d’artillerie légère. Elle résista valeureusement à tous les efforts de l’ennemi. Toutefois, le général Championnet ayant reçu un faux avis, qui lui annonçait que le général Lefebvre avait été forcé d’abandonner sa position, et craignant d’être pris entre deux feux, crut devoir ordonner la retraite de sa division.

    Déjà la grande redoute était entièrement désarmée ; déja la tête de la colonne débouchait du village d’Hepignies, lorsque Jourdan, qui s’est aperçu de ce faux mouvement, arrive avec six bataillons et deux régiments de cavalerie du général Kléber, et vient une seconde fois sauver l’armée. Surpris autant qu’effrayé d’une manœuvre dont il ne pénètre point la cause, il hésite quand Championnet lui fait dire que Lefebvre était en pleine retraite, lui, Championnet, se voit forcé de quitter une position compromise. Certain de la fausseté de ce rapport, Jourdan, sans perdre de temps, donne ordre à ce général de faire revenir promptement l’artillerie de la grande redoute, et de se porter en avant, au pas de charge, pour reprendre la position qu’il a abandonnée. Lui-même se met à la tête de six bataillons qu’il a amenés, et les dispose en colonne serrée à la droite d’Hepignies.

    A ce moment, Beaulieu, après s’être rallié en arrière de Lambusart, opérait sa jonction avec le prince de Kaunitz et l’archiduc. Ceux-ci, qui s’étaient aperçus du mouvement rétrograde de Championnet, s’étaient emparés des haies et des jardins d’Hepignies, tandis que Beaulieu manœuvrait contre Lambusart. Les trois colonnes autrichiennes s’avançaient majestueusement en bataille sur deux lignes, dans la plaine entre Hepignies etWagnie. Une artillerie nombreuse accompagnait les colonnes, et était masquée par elles.

    Le combat qui allait se livrer devait être décisif. Jourdan fait donner l’ordre aux soldats de ne faire feu que lorsque l’ennemi sera parvenu à demi-portée de canon. Cet ordre est exécuté avec précision et exactitude. Le feu de la grande redoute et celui des quatre compagnies d’artillerie légère portent la mort dans les rangs de l’ennemi, et y jettent la confusion. Deux fois les troupes de Kaunitz et de l’archiduc reviennent à la charge ; deux fois elles sont repoussées avec une perte immense.

    La dernière attaque fut la plus vigoureuse. Irrité par les obstacles et devenu furieux par la résistance, l’ennemi bravait les dangers avec une impassibilité qui ne surpassait pas la bouillante valeur des Français. L’artillerie tirait de part et d’autre avec tant de vivacité, qu’il était impossible de distinguer les coups. Les obus enflammèrent les blés et les baraques du camp : il semblait qu’on combattît dans une plaine de feu. Au milieu de cet incendie général, un obus éclate dans le camp, plusieurs caissons sautent avec une forte explosion. Le camp est enveloppé un moment d’un nuage de flammes et de fumée.

    Quelques bataillons, effrayés, demandent l’ordre de la retraite. « Non, dit Jourdan, qui combattait à la tête de ces braves, point de retraite aujourd’hui ! Nous retirer quand nous pouvons combattre ! Non, non, point de retraite ! ». Ces mots retentissent dans tous les cœurs et exaltent tous les courages. Electrisés par l’héroïque ardeur de leur général, les Français se précipitent une dernière fois sur les Autrichiens et les mettent en désordre. Dans tous les rangs, on entendait les soldats s’écrier : « Point de retraite aujourd’hui » et ce cri fut celui de la victoire.

    En effet, le prince de Kaunitz et l’archiduc opérèrent leur retraite avec précipitation, poursuivis par le général Dubois, auquel Jourdan avait ordonné cette manœuvre.

    Pendant que Kaunitz et l’archiduc cédaient ainsi la victoire, Beaulieu l’avait disputée non moins vaillamment qu’eux. Au premier choc, ses troupes avaient repoussé celles du général Lefebvre, et avaient repris Lambusart.

    Mais Lefebvre n’avait évacué ce village que dans le dessein de le reprendre. En effet, rallié derrière le village, il dérobe à l’ennemi un mouvement, porte sa deuxième ligne a sa droite, en colonnes d’attaque, sur Lambusart, et fait attaquer de front le village par ses autres troupes. Les Français, animés par la vengeance et le désir de remporter enfin la victoire, s’élancent avec confiance. C’est en vain que l’ennemi se défend jusqu’à la dernière extrémité ; il est impossible d’arrêter les Français, et le village est enfin pris par les deux colonnes, qui y entrent à la fois, chacune de leur côté. Dans cette dernière attaque, le général autrichien eut la jambe atteinte d’un boulet.

    Il était six heures du soir, et Beaulieu était en pleine retraite, lorsque le prince de Cobourg, voyant qu’il avait perdu la bataille, lui envoya ordre de l’opérer par Sombref et Balatre, sur Gembloux. Ainsi tous les corps de l’armée alliée, en se retirant, cédaient la victoire aux Français.

    Le prince de Kaunitz avait été chargé par Cobourg de protéger cette retraite. Mais, poursuivi vivement par le général Dubois, il était peu dans le cas de s’acquitter de cette commission délicate. Parvenue à Saint-Fiacre, la cavalerie ennemie fit volte-face ; mais les hussards autrichiens furent vigoureusemeut repoussés. L’infanterie de Kaunitz se forma en carrés pour les soutenir, et le prince de Lambesc, à la tête des carabiniers, se porta contre les escadrons français, qui n’avancèrent pas plus loin. Le résultat de ce dernier engagement fut la prise de quelques hommes et de quelques canons.

    L’armée française resta dans ses positions retranchées. Celle des alliés se retira sur Nivelle, d’où elle porta un corps à Rœulx ; le gros à Mont-Saint-Jean, près de Braine-la-Leud, à l’entrée de la forêt de Soignes ; la gauche vers Genappe et Gembloux.

     

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso