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  • Le 21 juin 1813 - La bataille de Vittoria dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-de-Vittoria-150x150

    La bataille de Vittoria

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français » – Charles-Théodore Beauvais – 1820

     

    Le 20 juin, l’armée française vint prendre position devant Vittoria. Cette ville, capitale de la province d’Alava, est située au milieu d’une plaine de deux lieues d’étendue, bornée à droite par la chaîne des Pyrénées occidentales, à gauche par les petites montagnes qui séparent l’Alava du Senorio de Biscaye. Pour arriver à la Puebla, éloignée de trois lieues de Vittoria, il faut traverser un défilé très étroit, et qui ne laisse que le passage de la route. La plaine, d’ailleurs assez inégale, offre plusieurs monticules, sur lesquels on peut poster avantageusement des troupes et du canon.

    L’armée française fut disposée de la manière suivante. La droite occupait les hauteurs qui sont devant la petite rivière de Zadorra, au-dessus du village d’Abechucho ; le centre s’étendait le long de la vive gauche de la Zadorra, et la gauche derrière cette rivière, entre Arunez et la Puebla de Arganzon, ayant un petit corps détaché dans une position avantageuse, au milieu des hauteurs de la Puebla, afin de soutenir le centre, qui aurait sans cela, présenté un point saillant trop faible de ce côté.

    Dans cette situation, l’armée couvrait chacune des trois grandes routes qui aboutissent à Vittoria : celle de Logrono par son aile gauche, celle de Madrid par son centre, et celle de Bilbao par sa droite. Avant de traverser l’Ebre, le roi avait détaché le général Foy, avec douze mille hommes, à la droite de Vittoria, dans le Senorio, autant par la nécessité de ramasser des subsistances pour l’armée, que pour tenir en respect les nombreuses bandes de Mina, de Louga et autres chefs.

    Le général Clausel avait été envoyé, dans le même but, sur Logrono, avec un corps de quinze mille hommes. Ces deux détachements reduisaient l’armée française en position devant Vittoria, à un peu plus de quarante-cinq mille combattants.

    Dans la soirée du 20 juin, lord Wellington, à la suite d’une reconnaissance sur tout le front de la ligne française, fit ses dispositions pour une action générale ; et le lendemain, à la pointe du jour, l’armée anglo-portugaise et espagnole, partagée en trois fortes colonnes, s’avança sur les hauteurs qui la séparaient de l’armée française.

    La colonne de droite, sous les ordres du général Hill, culbuta d’abord les postes de cavalerie placés en avant de Puebla ; les troupes qui défendaient ce village et le défilé, furent forcées après une vigoureuse résistance, et rejetées sur le village de Subijana-de-Alba, dont l’ennemi s’empara après avoir passé la Zadorra.

    Ce premier succès, privant le centre des Français de son principal appui, le général Cole, à la tête du centre de l’armée ennemie, saisissant le moment favorable, traversa également la rivière sur plusieurs ponts qu’on avait eu la négligence de ne pas couper, et attaqua vigoureusement cette partie de la ligne. Soutenu par la réserve aux ordres du général lord Dalhousie, le général Cole poussa le centre français sur Vittoria.

    Cependant le corps de gauche ennemi, sous les ordres du général Thomas Graham, ayant fait, dès avant le jour, un long détour pour tourner la droite de l’armée française, se trouva vers neuf heures en présence de la division Sarrut, qui couvrait la route de Bilbao, au-dessus du village d’Abechucho. Cette division se défendit avec la plus grande valeur, et repoussa différentes fois les troupes ennemies que Wellington fit renforcer à plusieurs reprises par des détachements tirés de son centre.

    Le général Dijeon, soutenant l’infanterie avec sa division de dragons, exécuta plusieurs charges brillantes, qui forcèrent l’ennemi à rétrograder. Le général Sarrut fut tué presqu’au commencement de l’action.

    Le roi Joseph, jugeant par la vigueur de l’attaque des Anglais sur sa droite, que ceux-ci cherchaient à se rendre maîtres de la route de Bayonne, fit marcher des troupes pour occuper les deux villages de Gamarra (Major et Menor) sur la Zadorra, où la route touche presque les bords de cette rivière. La possession de ces points le mettait à même de disputer le passage et de couvrir la marche des convois et la retraite de l’armée. Mais le général Graham, qui s’était aperçu de ce mouvement, fit avancer sur les deux villages, le corps de partisans espagnols commandé par Longa et une division anglo-portugaise, tandis que lui-même, avec le reste de ses troupes, attaquait avec une nouvelle vigueur le village d’Abechucho.

    Gamarra Major fut emporté à la baïonnette par la brigade anglaise du général Robinson. Abechucho le fut également après une assez vive canonnade ; mais le général Reille s’étant porté au soutien des divisions engagées avec le reste de son corps d’armée et quatre pièces de canon, arrêta les progrès de l’ennemi sur ce point.

    Sur ces entrefaites, le maréchal Jourdan, qui, dès le commencement de l’action s’était porté à la gauche de l’armée française, voyant que cette aile allait être tournée, l’avait fait rapprocher du centre. Quarante-cinq pièces disposées en batterie, continrent pendant quelque temps les masses anglaises. Mais une division, au lieu de s’arrêter dans la position qui lui avait été indiquée, ayant continué son mouvement rétrograde, laissa un vide qui mit à découvert le flanc des troupes que commandait le général comte d’Erlon. Le général Hill en profita pour achever de culbuter l’aile gauche française.

    Dans cette situation critique, le roi Joseph voyant l’ennemi déjà maître de la route de Bayonne, ordonna la retraite par la seule voie qui restait alors, celle de Pampelune.

    Mais par la plus fatale imprévoyance, le grand parc de réserve de l’armée où se trouvaient plus de quatre-vingt pièces d’artillerie de différents calibres, et toutes les munitions, le parc de réserve, disons-nous, avait été placé près d’un marais, à quelque distance de Vittoria.

    Lorsque, vers quatre heures, on envoya l’ordre au directeur de ce parc de commencer son mouvement sur Pampelune, un charriot fut culbuté et renversé de manière à empêcher le convoi d’avancer. En vain veut-on mettre en route les voitures du roi et de la cour, celles où se trouvaient les réfugiés espagnols de toutes les conditions, et les fourgons du trésor.

    La confusion est au comble ; aucune voiture ne peut faire un pas. Dans ce moment, deux escadrons de hussards anglais, qui avaient passé dans l’intérieur des lignes, par la route de Sarragosse, se montrent à peu de distance, et plusieurs obus éclatent au milieu de la colonne.

    Culbutés par les fuyards, qui se sont empressés de quitter les voitures, les soldats d’escorte quittent leurs rangs ; ceux du train d’artillerie coupent les traits de leurs chevaux pour s’enfuir plus vite. Quelques-uns, conservant l’espoir de sauver leurs pièces, se jettent sur les côtés de la route, et vont tomber dans des fossés voisins. Des voitures chargées d’effets précieux, des caissons remplis d’argent sont abandonnés, sans que l’on fasse attention à leur valeur.

    Dans cet affreux tumulte, les malheureux réfugiés espagnols se préparent à mourir sous le fer de leurs compatriotes irrités ; ils jettent un dernier regard sur leurs familles tremblantes, et versent des larmes de sang en songeant aux dangers qui menacent ce qu’ils ont de plus cher au monde. Toutefois le plus grand nombre, éprouvant le désir de la conservation, prennent leurs enfants dans leurs bras, entraînent leurs femmes, et cherchent à s’éloigner d’un champ de désolation et de mort. Arrêtés par des pièces abandonnées, des chevaux abattus, des fossés encombrés de débris de voitures et de caissons renversés, on les voit bientôt errer çà et là, poussant des cris de désespoir, implorant la pitié des soldats, les suppliant de ne pas les livrer à l’implacable vengeance des Espagnols.

    Une épaisse poussière couvre toute l’armée, elle empêche de distinguer les objets les plus rapprochés ; le roi Joseph lui-même est séparé de sa suite ; le cheval du maréchal Jourdan s’abat. Cependant, au milieu de cet horrible chaos, la générosité du soldat français s’exerce sur les êtres les plus faibles ; des femmes, des enfants sont recueillis par des soldats de cavalerie, et portés en croupe ou dans leurs bras.

    A sept heures du soir, l’aile gauche des Français était en pleine retraite ; quelques corps placés au centre, les divisions et la cavalerie de l’armée de Portugal, qui formaient l’aile droite, tenaient encore. Si, dans ce moment, on eut mis les quatre-vingt pièces de réserve en batterie, en les faisant soutenir par la cavalerie et l’infanterie, au lieu de donner à ces corps l’ordre de retraite, ainsi qu’on le fit, et qu’on eût mitraillé les troupes légères anglaises qui se montraient à l’avancée , l’armée française pouvait encore arrêter l’ennemi, et peut-être encore espérer la victoire.

    Mais la fortune jalouse en avait ordonné autrement. Les divisions qui se battaient reçurent l’ordre de prendre la route de Salvatierra, et le champ de bataille fut abandonné à l’ennemi.

    Cent vingt pièces d’artillerie, quatre cents caissons avec plus de quatorze mille gargousses, et environ deux millions de cartouches, quinze cents voitures de bagages, parmi lesquelles se trouvaient le trésor et tous les équipages du roi Joseph, tombèrent au pouvoir des vainqueurs.

     

    La bataille de Vittoria fut perdue par le manque d’ordre et d’ensemble dans les dispositions. L’ennemi était beaucoup plus nombreux que les Français ; cependant tout porte à croire que si l’on eût pris d’autres mesures, si l’on eût attendu les quinze mille hommes que commandait le général Clausel, et les douze mille qui étaient dans le Senorio, sous les ordres du général Foy, les alliés eussent pu se repentir de leur attaque. Une défaite forçait Wellington à se retirer sur Ciudad-Rodrigo.

    Si la marche du général anglais sur la rive droite du Duero, fut savamment calculée, ses manœuvres dans la journée de Vittoria ne méritent pas tout à fait les mêmes éloges. Les Français furent mal attaqués et encore plus mal poursuivis ; trois mille hommes de cavalerie fraîche eussent peut-être suffi pour les empêcher de se rallier sous la protection des remparts de Pampelune. Au reste, quelques fautes qu’ait pu commettre lord Wellington, on est contraint de reconnaître que son adversaire n’était pas de force à lui disputer la victoire.

    La perte des alliés fut de quatre mille hommes. Les Français perdirent six mille tués et blessés, et huit cents prisonniers. Ils ne ramenèrent que quelques pièces d’artillerie.

     

     

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