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  • Le 19 juin 1830 - La bataille de Staouéli dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-de-Staouéli-150x150

    La bataille de Staouéli

    D’après « Considérations statistiques, historiques, militaires et politiques sur la régence d’Alger »
    Antoine de Juchereau de Saint-Denys – 1831

    Avant de faire le récit de cette bataille, il nous convient de donner une idée de la configuration physique du terrain depuis Sidi-Ferruch jusqu’à Alger. Ces détails topographiques serviront à expliquer les opérations de la bataille et celles qui l’ont suivie jusqu’à l’investissement d’Alger.

    Depuis Sidi-Ferruch jusqu’à Staouéli, le terrain qui s’élève insensiblement, et qui est faiblement accidenté, présente partout une masse épaisse d’arbustes toujours verts. Un sentier sinueux et étroit conduit de la mer au plateau de Staouéli.

    Staouéli, où la végétation plus active présente déjà des végétaux plus grands que ceux de la plaine et quelques arbres de haute futaie, n’est pas un village. Ce n’est qu’un adouar ou site temporaire de campement, où les bergers arabes ont coutume de s’établir avec leurs troupeaux pendant la belle saison. Un faible ruisseau traverse ce plateau, et va unir ses eaux à celles d’un ruisseau plus grand qui longe à deux lieues plus loin le versant occidental du mont Bougiaria.

    Le plateau de Staouéli se prolonge presque horizontalement vers le nord-est. A droite et à gauche du chemin qui va de l’adouar de Staouéli au mont Bougiaria, on distingue d’abord un groupe de petits bâtiments près du tombeau de Sidi-Bénédy, ensuite un assez vaste caravenserail, et en dernier lieu, un nombre considérable de maisons de campagne et de jardins.

    Une vallée assez profonde et parfaitement cultivée, à laquelle les Turcs donnent le nom de Backché-Derré, s’étend entre 1′extrémité orientale du plateau et les premières collines de Bougiaria. Ces collines, dominées par le pic de Bougiaria qui donne le nom à toute cette masse montueuse, forment un relèvement isolé qui est entouré d’un côté par la mer et de l’autre par la vaste plaine de Métija. Cette plaine, qui s’étend de la rivière du Masafran à la rivière Bouberack, et depuis la mer jusqu’au Petit-Atlas, a plus de cent vingt lieues carrées de surface.

    Il n’existe que des sentiers étroits et tortueux à travers des broussailles hautes et épaisses depuis Staouéli jusqu’auprès de la vallée de Back-Déerré, à l’ouest du Bougiaria. On trouve dans ce dernier endroit un chemin carrossable, et un peu plus loin une route pavée, à laquelle on a conservé le nom de chaussée romaine.

     

    Les Algériens commencèrent la bataille du 19 par une nuée de tirailleurs. Ceux-ci, successivement renforcés, se développèrent, s’étendirent et parurent vouloir tourner les deux ailes de la ligne française. Derrière eux marchaient deux fortes colonnes d’infanterie et de cavalerie, entremêlées. L’une était commandée par Ibrahim Aga, chef des janissaires et ministre de la guerre, et l’autre par le bey de Constantine. Ibrahim Aga commandait en chef toute l’armée ; il avait pour second le bey de Tittery.

    La colonne d’Ibrahim Aga était composée de trois mille janissaires, de cinq mille Koul-Oglous, de six mille Maures de la ville, des troupes du bey de Tittery et de six mille Cobayles.

    La colonne du bey de Constantine renfermait un détachement de mille janissaires, les deux contingents de Constantine et d’Oran et six mille Cobayles. Cette dernière colonne marcha contre la division Loverdo. La première attaqua la division Berthezène.

    Les colonnes algériennes se déployèrent à peu de distance des positions occupées par les Français, et s’élancèrent avec audace sur les deux divisions qui leur étaient opposées. La cavalerie algérienne, après avoir rompu sur plusieurs points la ligne des chevaux de frise, fit plusieurs charges en poussant des cris horribles.

    Les soldats français attendirent de pied ferme leurs ennemis. Dociles à la voix de leurs chefs, ils ne firent feu que dans les moments les plus importants.

    Ce fut en vain que les Algériens renouvelèrent leurs charges. Le fer et le feu des bataillons, les obus et la mitraille repoussèrent toutes leurs attaques. Le terrain en avant des divisions françaises était couvert de leurs cadavres.

    Le comte de Bourmont, qui avait quitté Sidi-Ferruch au bruit des premiers coups de fusil, arriva sur le champ de bataille dans ce moment critique. Il avait donné l’ordre à deux brigades de la division d’Escars de sortir de la presqu’île et de s’établir, en seconde ligne, en arrière des divisions Berthezène et Loverdo.

    Voyant l’hésitation des Algériens, que tant d’attaques infructueuses commençaient à rebuter et l’attitude des soldats français exaltés par leur succès, le comte de Bourmont ordonna à l’instant aux deux divisions Berthezène et Loverdo de quitter leurs positions défensives et de marcher contre l’ennemi avec toute leur artillerie de campagne.

    La brigade Clouet, soutenue par les brigades Achard et Poret de Morvan, s’élança, avec la plus grande valeur, sur les divisions algériennes commandées par Ibrahim Aga.

    Les brigades Denis Damremont et Monck d’Uzer, subies par la brigade Colomb d’Arcine, se portèrent avec la même ardeur sur les troupes dirigées par le bey de Constantine.

    Les feux roulants des bataillons qui étaient en tête de colonne, les obus et la mitraille que vomissaient avec une célérité prodigieuse les pièces d’artillerie, qui partout suivaient l’infanterie, la marche rapide et compacte des brigades , leur impénétrabilité qui repoussait tous les chocs, jetèrent un découragement général parmi les Algériens.

    Se rompant et se dispersant de toutes parts, ils abandonnèrent précipitamment et successivement leurs positions, leurs redoutes, leur artillerie, leur camp avec leurs bagages, leurs tentes, leurs approvisionnements et leurs chameaux.

    Leur déroule fut complète. Les Français les poursuivirent à plus d’une lieue du champ de bataille et s’établirent ensuite sur la position de Staouéli, dans les tentes algériennes, que l’ennemi, dans sa fuite désordonnée, n’avait pas eu le temps d’abattre et de détruire.

    La perte des Français s’éleva dans cette journée à cinquante-sept tués et quatre cent soixante-treize blessés. Elle avait été considérable au commencement de l’action ; elle devint presque nulle lorsque les colonnes, ayant pris l’offensive, renversèrent dans leur marche rapide tous les ennemis qui se trouvaient devant elles.

    La perte des Algériens doit avoir été très grande à cause du ravage de l’artillerie dans leurs masses profondes surtout pendant leur retraite. Ils avaient, suivant leur usage, enlevé la plus grande partie de leurs morts et de leurs blessés. Le manque de cavalerie avait empêché les Français de leur faire beaucoup de prisonniers.

    Ce n’était qu’avec peine qu’on arrachait les vaincus à la rage des soldats français, dont l’irritation avait été excitée au plus haut degré par la vue des cadavres horriblement mutilés de leurs camarades que le sort de la guerre ou leur imprudence avait fait tomber entre les mains des ennemis.

     

    Abattus et découragés, les Algériens ne s’arrêtèrent que sur les collines de Bougiaria, en arrière du vallon de Bakché-Derré.

    Les janissaires et les Koul-Oglous rentrèrent en ville en poussant des cris affreux, en criant à la trahison, en menaçant le Dey et en publiant, pour atténuer l’effet moral de leur défaite, que les Français qu’ils avaient eu à combattre, étaient au nombre de plus de cent mille.

    Le dey qui, pendant tous ces engagements, n’avait pas quitté la Casauba, fit charger tous les canons qui étaient braqués contre la ville et menaça de la réduire en cendres au premier mouvement séditieux.

     

    Ces nouvelles furent apportées le lendemain dans le camp français par des déserteurs arabes. Quelques voix proposèrent de profiter à l’instant de ces désordres anarchiques et de pousser jusqu’à Alger dont la reddition immédiate pouvait être l’effet de la terreur.

    Mais des objections raisonnables furent opposées à cette proposition intempestive. La nouvelle sur les désordres qui régnaient à Alger pouvait être fortement exagérée, comme on l’a reconnu par la suite. L’apparition subite des Français devant les portes de la ville, loin d’augmenter les divisions, devait, au contraire, les faire disparaître sous l’influence du fanatisme religieux et à la vue du danger commun.

     

    Le convoi qu’on attendait de Palma n’était pas arrivé ; les vents contraires pouvaient le tenir éloigné encore pendant longtemps des rivages de l’Afrique. Les retranchements de Sidi-Ferruch n’étant pas encore à moitié faits, la presqu’île pouvait être enlevée d’un coup de main pendant que la grande masse des troupes françaises aurait été à cinq lieues de là, devant la capitale de la régence. Les redoutes destinées à protéger la ligne d’opération n’étaient pas construites ; les trois quarts des chevaux de trait et les mulets de bât de l’administration, de l’artillerie et du génie, étaient encore en mer. L’on ne possédait enfin que douze jours de vivres.

    Ces raisons péremptoires décidèrent le général en chef :
    - à faire occuper le plateau de Staouéli par les deux divisions qui s’en étaient emparées,
    - à y construire une nouvelle redoute sur un point dominant du côté d’Alger,
    - à perfectionner les ouvrages défensifs qu’on venait d’enlever à l’ennemi,
    - à préparer une route de communication, carrossable, entre la presqu’île et les positions les plus avancées,
    - à achever les fortifications de la gorge de Sidi-Ferruch
    - et à attendre enfin l’arrivée du grand convoi qui devait apporter les vivres, le matériel de siége, les chevaux de trait et de bât et le régiment des chasseurs à cheval.

     

    Du 20 au 24 juin, les divisions françaises du camp de Staouéli furent attaquées tous les matins par des tirailleurs algériens qui leur blessèrent beaucoup de monde.

     

     

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