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    Le combat de Wurschen

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français »
    Charles Théodore Beauvais – 1820

     

    La journée de Bautzen n’était que le prélude d’un engagement encore plus sérieux, et la défense de la Sprée n’avait été considérée par l’empereur Alexandre que comme un accessoire de la grande bataille qu’il était décidé à livrer dans ses retranchements. Cependant, cette position que les alliés regardaient comme inexpugnable, avait déjà véritablement perdu beaucoup de sa force.

    En effet, les progrès des Français dans la journée du 20, rendaient un grand nombre de redoutes et d’immenses travaux inutiles. La droite de la position des Russes, opposée au quatrième corps, était devenue leur centre, et ils devaient se trouver infailliblement dans la nécessité de jeter leur droite pour l’opposer au prince de la Moskowa, dans un lieu qu’ils avaient jugé d’abord tout à fait hors de leur position.

    L’ennemi abusé sur la force véritable de sa position, fut également trompé sur le but réel des mouvemens du maréchal prince de la Moskowa. Les manœuvres de la journée du 20 le confirmèrent dans l’opinion qu’il serait attaqué par sa gauche.

    Supposant que le maréchal prince de la Moskowa, avec les 3e et 11e corps, marchait sur Berlin, le général en chef des armées combinées porta la plus grande partie de ses forces à son centre et à sa gauche ; il ne laissa à son aile droite que les deux corps de Barklay et de Blucher, qui y étaient déjà la veille.

    L’empereur Napoléon ne manqua pas de profiter de cette faute de l’ennemi ; et afin de le confirmer de plus en plus dans l’erreur où il était tombé, le 12e corps reçut l’ordre d’engager le combat le premier.

    Le 21, à cinq heures du matin, le duc de Reggio attaqua donc la gauche des Russes. Les troupes de Miloradowitch le reçurent avec vigueur et obtinrent quelque avantage. Dans ce moment, l’empereur ordonna au duc de Tarente de se porter en avant et de soutenir le 12e corps, afin d’empêcher la gauche de l’ennemi de se dégarnir et de lui masquer la véritable attaque, dont le résultat ne pouvait pas se faire sentir avant midi ou une heure.

    Le combat se soutint à la gauche avec une opiniâtreté telle, que l’empereur Alexandre y envoya de nouvelles troupes, et ne douta plus que les efforts de la journée ne dussent être dirigés sur ce point.

    L’ennemi une fois engagé fortement par la gauche, c’était le moment d’agir d’une manière décisive à l’aile opposée. Aussi pendant que ces évènements se passaient à la droite des Français, le prince de la Moskowa, avec les 3e et 5e corps, culbutait le corps de Barklay de Tolly au village de Klix, passait la Sprée et menait battant ce qu’il avait devant lui jusqu’au village de Preititz. A dix heures, le village fut enlevé et le flanc droit du corps de Blucher se trouva ainsi à découvert. L’empereur ne voulant laisser aucun repos à l’aile gauche de l’ennemi, donna alors l’ordre au 6e corps d’attaquer par Baschutz. Le duc de Raguse se porta à mille toises en avant de sa position, et engagea une forte canonnade devant les redoutes et les retranchements ennemis.

    Cependant le prince de la Moskowa n’était resté que peu d’instants, maître de Preititz. Blucher sentant que la perte de ce village l’obligerait à quitter sa position , y avait fait marcher de nombreux renforts. Vers une heure de l’après-midi, le prince de la Moskowa fut ramené et le village repris ; mais les Prussiens ne purent passer outre, et des batteries françaises établies sur les hauteurs de Malschwitz, commencèrent à canonner les retranchements de Krekwitz.

    Dans ce moment, jugeant l’aile gauche des coalisés suffisamment occupée et leur centre assez dégarni par les troupes qu’ils avaient été obligés de détacher vers leur droite, l’empereur résolut d’attaquer le corps de Blucher de front. Le duc de Dalmatie, à la tête du 4e corps, reçut l’ordre de déboucher, à une heure après midi, par Pliskowitz et Doberschütz. Après avoir culbuté les troupes qui tenaient ces villages, le maréchal fit canonner de front les retrauchements de Krekwitz.

    L’artillerie française réussit à faire taire celle de l’ennemi. Le 4e corps se porta vivement en avant ; les hauteurs et le village de Krekwitz, attaqués avec vigueur, furent emportés de la manière la plus brillante, bien que Blucher eût rappelé à lui sa réserve qui avait réoccupé Preititz.

    Le corps d’York reçut alors l’ordre de partir de Litten et de reprendre Krekwitz ; mais l’empereur se hâta de marcher avec sa réserve au secours du 4e corps, qui, poursuivant Blucher en retraite sur Burschwitz, allait se trouver attaqué par des troupes fraîches et supérieures en nombre.

    L’empereur, par un mouvement à gauche, se porta en vingt minutes avec la garde, les quatre divisions du général Latour-Maubourg, et une artillerie nombreuse, sur le flanc de la droite de la position de l’ennemi, qui était devenu le centre de l’armée russo-prussienne. Le corps d’York fut ainsi pris en flanc. Le général Devaux établit une batterie dont il dirigea le feu sur les troupes de Blucher qui s’ébranlait pour revenir sur ses pas et seconder l’attaque de la division Ziethen. Les généraux Dulauloy et Drouot, avec soixante pièces de batterie de réserve, se portèrent en avant ; enfin le duc de Trévise, avec les divisions Barrois et Dumoutier, de la jeune garde, se dirigea sur l’auberge de Klein-Burschwitz, coupant le chemin de Wurschen à Bautzen.

    L’ennemi fut obligé de dégarnir de nouveau sa droite pour parer à cette nouvelle attaque. Le prince de la Moskowa en profita, et reprit le village de Preititz. S’avançant ensuite dans la direction de Wurschen, il continua de déborder la droite de l’armée alliée. A quatre heures, le centre et la droite de l’ennemi étaient en pleine retraite ; à sept heures, les 3e et 5e corps arrivèrent à Wurtchen.

    Cependant le 6e corps avait reçu l’ordre de faire un mouvement inverse à celui de la garde impériale. Suivant donc la route de Goerlitz, il entra sans résistance dans les retranchements dégarnis, et pivota à droite vers Kumschutz et Olnitz, afin de prendre à dos l’aile gauche ennemie. En même temps, les 11e et 12e corps reprirent l’offensive.

    Miloradowitch se vit alors forcé de quitter toutes ses positions ; il se retira sur Lobau. Il fut suivi par les réserves qui, au commencement de la bataille, s’étaient portées vers l’aile gauche. L’aile droite des alliés, toute composée de Prussiens, suivit la chaussée de Weissenberg.

    A la nuit, l’armée française s’étendait de Hochkirch à Wurschen. Le quartier impérial fut établi à l’auberge de Klein Burschwitz.

    La perte de l’ennemi dans la double action de Bautzen et de Wurschen, où Napoléon développa, sans contredit, les plus savantes combinaisons de la stratégie, peut être évaluée à dix-huit mille hommes tant tués que blessés, et trois mille prisonniers. Elle porta en grande partie sur les Prussiens, qui eurent encore à soutenir, en cette nouvelle occasion, le fort de la bataille. Les Français ne perdirent qu’environ douze mille hommes. Le général Lorencez, du 12e corps, était au nombre des blessés, ainsi que les deux généraux wurtembergeois Franquemont et Leneuffer.

     

     

     

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