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    La prise d’Astorga

    D’après « Histoire des armées françaises de terre et de mer » – Abel Hugo – 1837

     

    Le général Junot, entré en Biscaye au commencement de l’année 1810 avec le 8e corps formé des troupes de l’ancienne armée de Portugal, et fort de trois divisions d’infanterie et d’une division de cavalerie, se dirigea sur Valladolid, tandis qu’une partie de ses troupes se portait sur le royaume de Léon pour protéger cette province contre les insurgés de la Galice, qui, réunis dans les environs d’Astorga, se liaient avec un corps nombreux d’Anglo-Portugais qui occupaient tout le côté de la frontière de Portugal.

    Le général Junot reçut, dans les derniers jours de mars, l’ordre de s’emparer d’Astorga, que les Espagnols avaient très bien fortifié. Une enceinte d’une construction solide et plusieurs ouvrages mettaient cette ville à l’abri d’un coup de main. La ville est flanquée, au sud et au nord, de deux faubourgs que l’on avait retranchés et liés avec elle. Elle était en outre abondamment pourvue de munitions de toute espèce, et avait une artillerie formidable, servie par d’excellents çanonniers tirés du corps de la marine. Le gouverneur Santocildes était un général brave et expérimenté, et sa nombreuse garnison était décidée à se défendre jusqu’à la dernière extrémité.

    On investit facilement Astorga. Le général Junot choisit pour point d’attaque le côté comprenant l’espace qui se trouve entre la ville et les deux faubourgs. Les Français s’emparèrent du faubourg de Puerta-Rey, après un combat opiniâtre. L’attaque de l’autre faubourg ne pouvant être tentée sans sacrifier beaucoup de monde, on ne s’en occupa pas ; on ouvrit la tranchée, et, malgré quelques sorties et le feu soutenu des assiégés, plusieurs parallèles furent élevées en peu de jours.

    Les assiégeants n’avaient, en fait d’artillerie, que six pièces de siège dont trois de 24 et trois de 16 et deux mortiers. On suppléa à ce qui manquait par des obusierset de l’artillerie de campagne. Les murs de la place ayant résisté aux boulets qui les battirent pendant plusieurs jours, on désespéra de rendre la brèche plus praticable, et on se prépara à donner l’assaut.

    Cette expédition dangereuse fut confiée au chef d’escadron Lagrave, un des aides de camp du général en chef, ayant sous ses ordres un bataillon de grenadiers et de voltigeurs.

    On avait choisi pour battre en brèche la partie de l’enceinte adossée à la cathédrale ; afin d’arriver à cette brèche, il fallait passer sous le feu des meilleurs tirailleurs ennemis, postés dans les maisons du faubourg Retebia. Le général Jeannin chercha, avec sa brigade, à déloger ces tirailleurs ; il y perdit vainement une partie de ses compagnies d’élite.

    Le siège durait depuis quatorze jours, lorsque le 5 mai, avant de tenter l’escalade, Junot fit offrir au gouverneur une capitulation. Mais le général Santolcides répondit avec des dispositions si hautaines, que le général français le prévint que l’assaut serait livré à quatre heures de l’après-midi, et que la ville et la garnison seraient traitées avec la plus grande rigueur.

    Ces menaces n’intimidèrent pas le brave gouverneur, et, à l’heure dite, les Français se précipitèrent au pas de charge vers le rempart. Ils furent reçus dans le trajet par une fusillade si bien nourrie que ceux qui donnaient l’assaut se trouvaient séparés de ceux qui devaient les soutenir.

    Les soldats, manquant d’échelles, furent obligés de s’aider les uns les autres pour gagner la brèche, qui était fort escarpée, et qui offrait les plus grandes difficultés pour pénétrer dans la ville. En cet endroit, le rempart n’avait que la largeur du mur, et la maçonnerie s’étant éboulée, sa crête formait un talus glissant où l’on ne pouvait se tenir qu’avec beaucoup d’efforts. Un peu plus loin, le rempart s’élargissait des deux côtés ; mais, à droite, un mur de traverse, haut de dix pieds, arrêtait subitement les assiégeants, qui étaient également empêchés à gauche par trois pétarades construites à dix pas les unes des autres, et d’où l’ennemi fusillait à coup sûr tout ce qui parvenait à déboucher sur le rempart.

    Ce qui aggravait encore la position des Français, c’est que le rempart formait un cul de sac à droite de la brèche, et qu’ils se jetaient de ce côté à mesure qu’ils montaient ; aussi les Espagnols ne perdaient pas une balle, en moins d une heure, trois cents hommes furent tués. Pour se retirer de ce pas difficile, les voltigeurs résolurent d’enlever l’estacade, et, malgré la difficulté de l’escarpement, ils l’abordèrent trois fois avec la plus grande intrépidité, mais trois fois, ils furent repoussés.

    Depuis deux heures, les assiégeants étaient dans cette situation terrible sans pour ce perdre courage, enfin on leur fit parvenir quelques échelles, et ils ne pensèrent plus dès lors qu’à se loger sur la brèche même.

    Ce projet était hardi et difficile à exécuter ; le mur s’éboulait sans cesse, et l’ennemi, hors d’atteinte dans les maisons, tirait à vingt pas sur les assiégeants, qui n’avaient ni gabions, ni sacs à terre, ni matériaux pour se faire un abri. Quelques grenadiers prirent alors leurs sacs remplis d’effets, et en firent la base d’un petit retranchement, qui en moins d’une demi-heure, fut assez élevé pour que les Français pussent riposter à l’ennemi avec moins de désavantage.

    La nuit arriva enfin, et le feu des assiégés, dirigé d’une manière moins sûre, n’incommoda plus que fort peu les assiégeants. Les communications de la tranchée à la brèche devinrent plus faciles : des troupes en plus grand nombre se portèrent aux remparts. On travailla pendant toute la nuit à préparer une issue pour pénétrer dans la ville à la pointe du jour, et l’on y réussit.

    A la pointe du jour, effrayés de l’opiniâtreté des assiégeants, et des dispositions prises pour un assaut à outrance, le gouverneur d’Astorga demanda à capituler. Junot ne voulut écouter aucune proposition et exigea que la ville se rendit à discrétion, ce qui eut lieu le même jour.

    Le 6 mai, après quinze jours de tranchée ouverte, les Français prirent possession d’Astorga. La garnison, forte de 4500 hommes, fut déclarée prisonnière de guerre et conduite en France.

     

     

     

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