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    Le 5 mai 1862 - La bataille de Puebla dans EPHEMERIDE MILITAIRE Le-premier-siège-de-Puebla-150x150

     

    La bataille de Puebla

    D’après « Expédition du Mexique » – Gustave Léon Niox – 1874

     

    Le corps d’armée du général de Lorencez avait un effectif de 7 300 hommes environ.

     

    Commandant en chef Général de division De Lorencez
    Chef d’état-major général Colonel d’état-major Letellier-Valazé
    Chef des services administratifs Sous-intendant militaire Raoul
    Commandant de l’artillerie Chef d’escadron Michel
    Commandant du génie Capitaine De Coatpont
    Troupes de Terre 1er Bataillon de Chasseurs à Pied Commandant Mangin
    99e Régiment de Ligne Colonel L’Hériller
    2e Régiment de Zouaves Colonel Gambier
    Troupes de Marine Bataillon de Marins Fusiliers Capitaine de frégate Allègue
    Régiment d’Infanterie de Marine Colonel Hennique
    Escadron du 2e Régiment de Chasseurs d’Afrique Capitaine De Foucault
    Artillerie de Terre 1ère Batterie du 9e Régiment d’Artillerie Capitaine Bernard
    Artillerie de Marine 2e Batterie d’Artillerie de Marine Capitaine Mallat
    Batterie d’Obusiers de Montagne servie par les marins Lieutenant de Vaisseau Bruat
    Génie 6e Compagnie du 2e Régiment Capitaine Barillon
    1ère Compagnie du 3e Escadron du Train des Equipages Capitaine Torraginta

     

    La santé des troupes était alors excellente. Seuls les soldats de la première colonne, éprouvée par leur séjour prolongé dans la terre chaude, n’étaient pas encore complètement remis de leurs fatigues.

    On avait pu largement assurer les transports ; un grand convoi portant 200 000 rations de vivres et 400 000 rations de vin, se tenait prêt à suivre les colonnes dans leur marche sur Puebla. La situation matérielle était aussi bonne que possible, et le soldat n’aurait pas eu à souffrir, si sa solde n’eût été tout à fait insuffisante dans un pays où la monnaie de billon est à peu près inconnue, et où la plus petite pièce d’argent généralement employée (le medio-real, environ 0 fr. 30) ne représente guère dans les échanges plus de la moitié de la valeur qu’elle aurait en France.

    Les installations du grand hôpital d’Orizaba avaient été complétées. On y laissa, sous la protection de deux compagnies d’infanterie de marine et de deux pièces, environ 500 malades ou malingres appartenant pour la plupart aux premiers détachements venus avec l’amiral.

    Le 27 avril au matin, le général de Lorencez, accompagné de M. de Saligny et du général Almonte, partit d’Orizaba pour se porter sur Puebla. En déduisant de l’effectif total les détachements laissés à Vera-Cruz et à Orizaba, les malades et les non-valeurs, il restait environ 6 000 combattants.

    C’est avec cette poignée d’hommes que le général de Lorencez allait, à 2 000 lieues de la patrie, tenter de pénétrer au coeur d’un pays ennemi, dans des régions inconnues et sous un climat dangereux ; mais, par ses qualités militaires, par la valeur de chacun des éléments qui la composaient, cette petite armée était une des plus belles que l’on pût voir.

    L’éloignement de la France, loin d’amollir les courages, inspirait en quelque sorte plus d’énergie au soldat ; il semblait que dans ces régions lointaines du Nouveau-Monde, la guerre avait quelques-uns des charmes de l’aventure. La meilleure intelligence régnait alors entre les chefs militaires et les hommes politiques qui les accompagnaient ; l’espoir du succès était dans tous les cœurs.

    Deux routes conduisent d’Orizaba sur le plateau d’Anahuac ; l’une, qui avait été déjà parcourue en partie par les troupes de l’amiral Jurien, suit l’étroite vallée du Rio Blanco et franchit, aux Cumbres d’Acultzingo, la grande chaîne qui limite la terre tempérée. La deuxième traverse les montagnes aux Cumbres de Maltrata ; elle est fort difficile, quoique à la rigueur praticable aux voitures, et vient aboutir à San Andrès Chalchicomula. Le général de Lorencez suivit la première de ces routes.

    Le général Zaragoza, gêné par la présence à Matamoros de Izucar de quelques milliers d’hommes des bandes réactionnaires, se retira d’abord au delà des montagnes à San Agustin del Palmar, d’où il pouvait surveiller à la fois les routes d’Orizaba et celles de Matamoros.

    Mais le gouvernement de Juarez ayant obtenu la neutralité de Zuloaga, un des principaux chefs de la réaction, le général Zaragoza, dégagé en grande partie des préoccupations qui lui venaient de ce côté, se porta de nouveau en avant et vint prendre position aux Cumbres, le jour même où le général de Lorencez sortait d’Orizaba.

    Les Cumbres d’Acultzingo forment, comme nous l’avons dit, une partie du soubassement du plateau d’Anahuac. Ce sont deux épaisses murailles presque verticales, séparées par une étroite vallée, qui court du nord au sud et débouche sur Tehuacan. C’est sur cette forte position, presque impossible à tourner, que le général Zaragoza résolut d’attendre les troupes françaises.

    Il avait environ 4 000 hommes divisés en cinq brigades d’infanterie, trois batteries de montagne de 6 pièces et deux cents cavaliers. Il les répartit de la manière suivante : à sa droite une brigade sous les ordres du colonel Escobedo ; au centre, défendant la route et les bâtiments en partie ruinés d’un ancien presidio, une brigade commandée par le général Arteaga ; à sa gauche la brigade du général Negrete. En arrière, sur le sommet des grandes Cumbres, une brigade en première réserve ; plus en arrière encore, sur les pentes des deuxièmes Cumbres, une autre réserve formée par la brigade du général Porfirio Diaz avec une batterie de 6 pièces.

    Le général de Lorencez, après avoir bivouaqué, le 27 avril, à l’hacienda de Tecamalucan, prit possession du village d’Acultzingo, le lendemain matin vers neuf heures ; il y établit son camp.

    Depuis le départ d’Orizaba, on n’avait aperçu que quelques éclaireurs ennemis chargés de surveiller les mouvements de la colonne française. Les renseignements s’accordaient à dire que le général Zaragoza se repliait sur Mexico et que le passage des Cumbres était libre. On campa donc à Acultzingo, croyant n’avoir devant soi que quelques escadrons de cavalerie et sans se douter de la proximité de l’ennemi, dont les forces étaient dissimulées derrière les escarpements de la montagne. Mais vers une heure et demie, une compagnie de zouaves, ayant commencé à gravir les hauteurs pour prendre une position de grand’garde, fut accueillie par unevive fusillade, et presque aussitôt l’ennemi démasqua le feu de ses batteries.

    Le général de Lorencez fit immédiatement prendre les armes et se décida à forcer le passage le jour même. Il donna l’ordre au bataillon de chasseurs à pied de se porter en avant et d’engager l’action. Deux compagnies gravirent les pentes de droite de la montagne pour enlever la batterie que les Mexicains avaient établie sur un contre-fort et dont le feu commandait la route. Au centre, deux autres compagnies et la compagnie de grand’garde des zouaves, suivirent les sentiers rocailleux sur le flanc des hauteurs.

    À gauche, les deux dernières compagnies s’avancèrent sur la route, marchant droit sur les ruines du presidio, où l’ennemi s’était fortement retranché. La cavalerie, qui ne pouvait être utilisée dans la circonstance, fut massée derrière un mouvement de terrain.

    Les Mexicains étaient trop supérieurs en nombre, et leur position trop forte, pour que les chasseurs à pied pussent suffire à les déloger. Le général de Lorencez fit soutenir les chasseurs par un bataillon du 2e zouaves ; deux compagnies de ce bataillon allèrent appuyer la compagnie de zouaves, qui se trouvait déjà au centre ; deux autres se portèrent à l’aile gauche.

    Dès que les zouaves eurent rejoint les premiers détachements engagés, l’offensive fut reprise avec vigueur. Mais le feu de l’ennemi arrêta encore l’élan des troupes ; il fallut envoyer de nouveaux renforts.

    Enfin, à trois heures, le presidio fut enlevé. Une compagnie, qui avait débordé la droite de l’ennemi, atteignit le col de la montagne, repoussa à la baïonnette les attaques des Mexicains, qui pensaient l’écraser sous leur nombre, et couronna les hauteurs de gauche. Bientôt après, deux compagnies de zouaves couronnèrent également les hauteurs de droite ; ce mouvement détermina l’ennemi à abandonner définitivement la position et à se retirer au delà du Puente Colorado au pied des deuxièmes Cumbres. Les zouaves le suivirent de près ; mais la nuit approchant, ils reçurent l’ordre de s’arrêter en avant du pont et de ne plus répondre à son feu.

    Pendant ce combat, le général de Lorencez s’était avancé sur la route avec le 99e de ligne et le bataillon de marins qui, formant la réserve, montaient lentement sac au dos.

    Il établit ces troupes au bivouac, sur le col même, afin de surveiller les mouvements de l’ennemi, et fit redescendre les zouaves et les chasseurs sur Acultzingo, où ils avaient laissé leurs bagages.

    Dans cette journée, huit compagnies du 2e zouaves et six compagnies du 1er bataillon de chasseurs à pied avaient enlevé, après un combat de trois heures, une position formidable, sur une hauteur de 600 mètres d’élévation, que le général ennemi considérait, à juste titre, comme l’obstacle le plus sérieux à opposer à la marche des troupes françaises.

    Les Mexicains l’avaient défendue avec une division de 4 000 hommes (dont 2 000 seulement furent engagés), 200 cavaliers et 18 pièces d’artillerie. Il ne fut pas possible d’évaluer leurs pertes. Celles de la colonne française ne s’élevèrent qu’à deux hommes tués et 32 blessés. Deux obusiers de montagne et vingt prisonniers restèrent entre ses mains. Le général Zaragoza se replia avec le gros de ses troupes sur San Augustin del Palmar. La brigade Escobedo, ayant été rejetée fort à gauche, fut obligée de se retirer par la route de Tehuacan.

    Le 29 avril, le général de Lorencez ayant laissé le bataillon de chasseurs au Puente Colorado pour protéger le passage du convoi, franchit lui-même les deuxièmes Cumbres avec le reste de ses troupes. Il s’arrêta au village de la Cañada de Ixtapan, à 10 kilomètres de Puente Colorado, pour attendre ses voitures, dont les dernières ne le rejoignirent que le 30 au soir.

    Le corps expéditionnaire était alors arrivé sur le grand plateau d’Anahuac, au centre duquel est bâtie la Puebla de los Angeles, riche et populeuse cité, la deuxième ville du Mexique. Cette contrée, dont l’altitude est de 2 200 mètres, jouit d’un climat sain et tempéré ; elle est couverte de riches haciendas et de nombreux villages, autour desquels se cultivent toutes les céréales d’Europe. Dominée à l’est par le pic d’Orizaba, la vallée de Puebla est limitée à l’ouest par la chaîne volcanique du Popocatepelt et de l’Ixtaccihualt, qui la sépare de la vallée de Mexico. La fonte régulière et constante des neiges, qui couvrent ces énormes montagnes, alimente les ruisseaux et les canaux artificiels dont les eaux, réparties sur les cultures environnantes, entretiennent dans l’atmosphère une fraîcheur inconnue à la plupart des autres provinces du Mexique.

    Le corps d’armée du général de Lorencez partit de la Cañada le 1er mai et arriva le même jour au village de San Agustin del Palmar, suivant de très près les troupes mexicaines, dont la ligne de retraite était jalonnée par les incendies des meules de paille qui abondent sur le plateau.

    Le 2 mai, la colonne s’arrêta au grand village de Quetcholac, le jour suivant à Acatzingo. Le 4 mai, elle atteignit Amozoc, petite ville à 16 kilomètres en avant de Puebla.

    Ces marches s’étaient effectuées sans difficultés et sans trop de fatigues. Les pluies torrentielles, accompagnées de tonnerre et d’éclairs, particulières dans cette saison aux pays tropicaux, commençaient cependant à tomber journellement ; mais, à cette époque, les orages n’éclatent que vers 4 heures du soir, et les matinées sont presque toujours belles. Le sol n’était pas encore détrempé par les pluies ; elles avaient au contraire l’avantage de faire disparaître la poussière qui, pendant la saison sèche, s’accumule en quantité énorme sur les routes et rend la marche très fatigante. Aussi les soldats étaient-ils toujours bien disposés, bien portants et remplis d’énergie.

    Ce fut seulement à Amozoc que le général de Lorencez eut connaissance des projets de l’ennemi. Le général Zaragoza était résolu, disait-on, à se défendre à outrance dans Puebla, où il s’était renfermé avec une forte garnison. Les rues en étaient barricadées et armées de canon.

    Jusqu’alors, aucun avis précis n’avait été donné à l’armée française. Les populations, celles même qu’on disait appartenir au parti réactionnaire, restaient très froides ; quant aux contingents que devaient amener Marquez, Cobos et les autres chefs, on n’en avait aucune nouvelle. Dans la soirée, un ingénieur mexicain, qui fut présenté au général de Lorencez, lui procura quelques renseignements sur la place.

    Puebla est une ville ouverte ; elle est construite régulièrement, les rues se coupent à angle droit, et chaque îlot de maisons ou cadre forme une sorte de forteresse carrée, très efficacement flanquée par les barricades des rues. De nombreux couvents, dont les murs solidement bâtis ont plusieurs mètres d’épaisseur, servaient de point d’appui à la défense intérieure. En les reliant par des communications couvertes, l’ennemi en avait formé au centre de la place un vaste réduit, que le général de Lorencez ne pensait pas pouvoir enlever de vive force.

    La ville est commandée, à un kilomètre au nord-est, par le Cerro de Guadalupe, colline d’un relief de 102 mètres, aux pentes abruptes et sur laquelle est construit un couvent. L’ennemi l’avait fortifié et garni d’artillerie. Ce mamelon se prolonge, vers l’ouest, par une crête de 1200 mètres environ de longueur, dont l’extrémité (en contre-bas de 80 mètres du couvent de Guadalupe) est couronnée par un petit fort carré en maçonnerie appelé Loreto.

    L’ingénieur mexicain, rappelant les épisodes des guerres civiles, pendant lesquelles la ville avait toujours été attaquée et enlevée par le sud, donnait l’avis de négliger les fortifications de Loreto et de Guadalupe, d’un accès fort difficile, et dont l’artillerie ne devait avoir du reste que peu d’action contre une attaque faite sur la partie opposée de la ville. Appuyé dans son opinion par les commandants du génie et de l’artillerie, le général de Lorencez pensa, au contraire, qu’il était imprudent d’aller se heurter contre les massifs de maçonnerie et les barricades de la ville, et qu’il était préférable d’enlever les forts.

    Le 5 mai, au point du jour, l’armée française quitta Amozoc, et à neuf heures et demie du matin, ayant dépassé les mouvements de terrain qui masquaient son horizon, elle se trouva en vue de Puebla.

    Le général Zaragoza avait environ 12 000 hommes commandés par les généraux Negrete, Berriozabal, Diaz, Lamadrid, Tapia et Alvarez (ce dernier commandant de la cavalerie). Il avait envoyé une partie de ses troupes aux ordres des généraux Garbajal et O’Horan du côté d’Atlixco et de Matamoros, pour arrêter les bandes réactionnaires qui tenteraient de rallier l’armée française. Il se tenait sur la défensive dans la ville et avait fait occuper les hauteurs par la division Negrete, forte de 1 200 hommes avec 2 batteries de campagne et de montagne ; le reste des troupes mexicaines attendaient l’attaque du côté de la plaine.

    Après une reconnaissance trop rapide pour être complète, le général de Lorencez persista dans son intention de faire attaquer le Cerro de Guadalupe.

    En arrivant d’Amozoc, on ne pouvait pas apercevoir le fort de Loreto, entièrement caché par le couvent ; il était probable que les pentes qui y conduisaient étaient moins roides que celles de l’autre extrémité, mais pour l’aborder, il eût fallu exécuter un grand mouvement tournant pendant lequel les troupes auraient été longtemps exposées au feu de l’ennemi et se seraient trop éloignées du convoi que l’on faisait masser près de l’hacienda de los Alamos. L’attaque de Guadalupe ayant donc été définitivement résolue, des rampes praticables à l’artillerie furent ouvertes le long d’un ravin qu’on devait traverser, et les troupes arrêtées à 3 kilomètres de la ville firent le café.

    A onze heures, les dispositions suivantes furent prises :
    La colonne d’attaque, formée de deux bataillons de zouaves ayant entre eux les dix pièces d’artillerie, traversa le ravin et appuya sur la droite de manière à aborder les hauteurs par les pentes les moins rapides. Le régiment d’infanterie de marine resta en réserve ; les fusiliers marins et la batterie de montagne se dirigèrent vers la droite de la colonne d’attaque, afin d’en protéger les derrières contre la cavalerie ennemie.
    A la gauche de la ligne de bataille, le bataillon de chasseurs fit face aux corps mexicains en position dans la plaine et qui avaient poussé quelques tirailleurs en avant. Le 99e de ligne et quatre compagnies d’infanterie de marine furent chargés de la garde du convoi. L’escadron de chasseurs d’Afrique s’avança derrière les colonnes d’infanterie, et une ambulance volante fut de suite établie dans les bâtiments de l’hacienda Rementeria.

    L’artillerie ayant ouvert le feu à 2 000 mètres environ, tira pendant trois quarts d’heure sans résultat appréciable ; les pièces furent alors portées plus à droite afin de battre directement la face de l’ouvrage sur laquelle l’assaut devait être donné. Mais par suite du relief du sol, plus on s’approchait, moins on avait de vue sur les fortifications et moins le tir de l’artillerie, dirigé de bas en haut, pouvait être efficace ; celui des batteries ennemies, parfaitement servies, était au contraire fort meurtrier.

    Le général Zaragoza, qui n’avait pas prévu une attaque dans cette direction, envoya en toute hâte la brigade Berriozabal sur le Cerro de Guadalupe, renforcer la division Negrete, et fit sortir de la place, derrière Loreto, un corps de cavalerie, destiné à charger à son extrême gauche sur les colonnes d’attaque. Avec le gros de ses troupes, il prit position : sa gauche (brigade Lamadrid) appuyée au Cerro Guadalupe, sa droite (division Diaz) à l’église de los Reniedios, dans le faubourg de la ville ; le reste de sa cavalerie étant à son extrême droite.

    Après une heure et quart de canonnade, l’artillerie française avait dépensé 1000 coups environ, c’est-à-dire la moitié de ses munitions, et les défenses de l’ennemi n’étaient pas encore endommagées ; le général de Lorencez se résolut néanmoins à tenter une attaque de vive force.

    Les deux bataillons de zouaves étaient déjà arrivés à mi-côte ; il fit avancer quatre compagnies de chasseurs à pied et leur prescrivit de gravir les pentes à la gauche des zouaves, de manière à diviser l’attention de l’ennemi ; deux compagnies de ce bataillon restèrent seules dans la plaine faisant face à la gauche de l’armée mexicaine. Le 1er bataillon de zouaves, la batterie de montagne, le bataillon de marins et l’infanterie de marine durent obliquer à droite, en s’abritant le plus possible des feux de Loreto, et prendre la position à revers ; une section du génie munie de planches à échelons fut jointe à chacune des colonnes.

    Le signal de l’assaut est donné. Les chasseurs à pied, arrivés près des zouaves du 2e bataillon, s’élancent avec eux sur le couvent de Guadalupe et luttent d’héroïsme pour escalader ces formidables positions encore intactes. C’est en vain que sous un feu terrible ils franchissent un profond fossé, obstacle aussi sérieux qu’inattendu ; quelques-uns parviennent à se hisser sur le mur, mais leurs efforts ne peuvent rien contre un solide réduit organisé autour de l’église et défendu par trois étages de feux superposés. Tous tombent glorieusement, à l’exception du clairon Roblet, qui se maintient quelque temps en sonnant la charge.

    Pendant cet assaut, le 1er bataillon de zouaves prononçait son mouvement plus à droite ; mais il fut reçu par une violente fusillade de cinq bataillons mexicains, massés entre Guadalupe et Loreto. En même temps, les batteries de Loreto jusqu’alors invisibles et silencieuses, entraient en action et prenaient d’écharpe la colonne d’attaque. L’arrivée du bataillon de marins et des compagnies d’infanterie de marine ne permit pas de triompher de la résistance d’un ennemi trop supérieur en nombre et parfaitement abrité.

    Au même moment, la cavalerie mexicaine, sortie de Puebla derrière Loreto, chargeait ces troupes à l’improviste et les obligeait à s’arrêter.

    D’un autre côté, les deux compagnies de chasseurs à pied, restées seules dans la plaine, se voyaient enveloppées par une nuée de cavaliers. Elles se formèrent en carré avec un admirable sang-froid, et malgré des pertes sensibles ne se laissèrent pas entamer.
    « Ces deux compagnies firent une défense telle, dit le rapport du général de Lorencez, que je ne savais qui admirer le plus, ou de ceux qui marchaient sous le feu de Guadalupe, ou des chasseurs qui, sans s’étonner du nombre des ennemis qui les entouraient, se rallièrent avec le plus grand calme et tuèrent ou dispersèrent les cavaliers qui se précipitaient sur eux ».

    Le général de Lorencez se disposait encore à lancer deux compagnies de zouaves qu’il tenait en réserve, lorsqu’éclata un orage terrible, accompagné d’énormes grêlons ; les pentes devinrent si glissantes que les hommes pouvaient à peine s’y tenir debout. Il était alors quatre heures ; l’impossibilité de soutenir la lutte plus longtemps étant démontrée, le général de Lorencez fit battre en retraite.

    Les bataillons se rallièrent au pied du Cerro de Guadalupe, reprirent leurs sacs qu’ils y avaient déposés, et restèrent en position pour empêcher tout mouvement offensif de l’ennemi pendant l’évacuation des blessés, qui furent transportés à l’hacienda de los Alamos. Il faisait presque nuit lorsque cette opération fut terminée ; les troupes se replièrent par échelons, sans être inquiétées. A neuf heures du soir, elles étaient établies au bivouac.

    Dans cette journée, la division du général de Lorencez perdit 476 hommes, chiffre considérable relativement à son effectif. L’ambulance comptait alors, tant malades que blessés, 345 hommes. D’après le rapport du général Zaragoza, les Mexicains eurent 83 hommes tués, 132 blessés et 12 disparus. Le général de Lorencez songea un instant à renouveler l’attaque sur un autre point ; mais la crainte d’exposer sa petite armée à un nouvel échec lui fit bientôt abandonner ce projet, et il se détermina à rétrograder sur Orizaba.

     

     


  • 2 commentaires à “Le 5 mai 1862 – La bataille de Puebla”

    • Jorge Aleman on 9 juillet 2012

      muy bien documentada este sitio.
      gracias

    • Gilles Vidal on 23 août 2014

      Est-il possible de connaitre la liste des soldats engagés dans la bataille de Puebla?
      Merci

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