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    Le 2 mai 1813 - La bataille de Lutzen dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-de-Lutzen-150x150

    La bataille de Lutzen

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français »
    Charles-Théodore Beauvais – 1820

     

    L’intention de Napoléon était de faire pivoter son armée sur Leipzig, après qu’une partie des troupes sous les ordres du prince vice-roi aurait occupé cette dernière ville, que défendait la division prussienne du général Kleist.

    En conséquence, le 2 au matin, le général Lauriston, commandant le cinquième corps, était parti de Gunthersdorf, que ses troupes avaient occupé pendant la nuit, pour marcher sur Lindenau, devant lequel il arriva vers neuf heures du matin. La canonnade s’engagea bientôt avec les postes ennemis qui défendaient le passage des différents bras de l’Elster et de la Pleiss. Le prince vice-roi, qui était venu de sa personne à Lindenau, se préparait à faire soutenir vigoureusement l’attaque du cinquième corps, lorsque l’armée russo-prussienne déboucha à dix heures du matin dans la plaine, dans la direction du village de Kaya, sur plusieurs colonnes d’une grande profondeur.

    Cet événement inattendu dut nécessairement changer les dispositions de l’empereur français, et le forcer à accepter une bataille qu’il n’aurait voulu livrer que le lendemain. Toutefois, sa résolution fut aussi prompte que l’exigeait la circonstance.

    Il fit envoyer au prince Eugène l’ordre de revenir sur ses pas, pour se mettre en ligne avec les autres corps ; au duc de Raguse (sixième corps), de quitter Poserna, pour former la droite de la ligne vers Starsiedel ; et au général Bertrand (quatrième corps), de se diriger, en débouchant de Poserna, sur le flanc gauche de l’ennemi. Le maréchal prince de la Moskowa fit prendre sur-le-champ les armes au troisième corps qui formait le centre, et Napoléon plaça l’infanterie de sa garde en seconde ligne devant Lutzen.

    C’est dans cette disposition qu’il attendit l’attaque, que le troisième corps, par sa position, devait d’abord soutenir seul.

    L’armée ennemie, réunie pendant la nuit sur les bords de l’Elster, entre Pegau et Zwenckau, avait passé cette rivière au point du jour, et, franchissant ensuite le ruisseau du Flossgraben sur plusieurs colonnes, elle s’était déployée entre les villages de Werben et de Dombsen. Après une heure de repos, qui fut employée à reconnaître la ligne française, le général Wittgenstein fit ses dispositions d’attaque, en plaçant son armée sur le champ de bataille qu’il venait de choisir, la droite vers Thesau, et la gauche un peu en arrière du village de Muschwitz.

    La réserve, composée du gros de la cavalerie russe et prussienne, prit poste près d’un mamelon en arrière, sur lequel l’empereur Alexandre et le roi de Prusse se tinrent pendant la bataille. Le corps d’armée du feld-maréchal Blucher était en première ligne, et devait engager l’action par l’attaque du village de Gross-Gorschen, occupé par la division Souham du troisième corps.

    A onze heures et demie, une des divisions du corps de Blucher, soutenue par la réserve de cavalerie prussienne, et précédée par vingt-huit bouches à feu, s’avança en effet sur Gross-Gorschen, et commença une canonnade terrible. Bientôt les troupes du général Souham, pressées de front par l’infanterie, et prises en écharpe par seize pièces d’artillerie, tandis que la cavalerie ennemie, appuyant à gauche vers Starsiedel, les menaçait de flanc, furent contraintes de plier et d’évacuer le village. Elles allaient être chargées par la cavalerie ennemie, lorsque la division Girard, qui s’était portée en avant, soutenue de près par les divisions Brenier, Ricard et Marchand, accueillit les escadrons prussiens par un feu de mitraille si meurtrier, qu’ils tournèrent bride aussitôt.

    Les deux divisions Souham et Girard occupèrent ensuite les villages de Klein-Gorschen et Rahna, et arrêtèrent les progrès de l’infanterie ennemie.

    Blucher fit alors avancer une seconde division à l’appui de la première, pour emporter les villages que nous venons de nommer ; et, afin de rendre cette attaque plus décisive, le général en chef Wittgenstein fit entrer en ligne les deux divisions du corps du général York, qui passèrent à droite et à gauche de Gross-Gorschen. Le prince de la Moskowa envoya également les deux divisions Brenier et Marchand au soutien des troupes de Souham et de Girard.

    Après un combat des plus opiniâtres, les villages de Klein-Gorschen et de Rahna furent forcés, et les divisions qui les défendaient obligées de se retirer sur les deux qui arrivaient pour les secourir.

    Ces premiers succès redoublaient l’ardeur des troupes ennemies, et Wittgenstein, dont le projet était de forcer l’aile droite de l’armée française, en même temps qu’il pressait si vivement le centre, dirigea sur Starsiedel et Kolsen le corps du général Wintzingerode et la réserve de cavalerie russe.

    Dans ce moment, le sixième corps français entrait en ligne. Le général Compans, à la tête de la première division, marcha au devant de l’ennemi, et l’arrêta court. Les régiments de marine, dont se composait la division française, soutinrent les charges de la cavalerie russe avec l’aplomb et l’intrépidité des vieux régiments de ligne, et couvrirent le champ de bataille d’hommes et de chevaux.

    Cependant le combat se soutenait avec un grand acharnement au centre. Blucher venait de faire avancer la réserve de son corps d’armée, formée par la garde prussienne, à l’effet de décider la victoire en sa faveur ; ce renfort obligea les divisions françaises de céder le terrain, ce qu’elles ne firent pas toutefois sans faire acheter chèrement cet avantage a leurs adversaires.

    Les Prussiens atteignirent le village de Kaya, qui fut pris et repris plusieurs fois en peu de temps. C’était pour Wittgenstein la clef et le but principal de la bataille ; aussi les troupes de Blucher firent-elles les plus grands efforts pour qu’il leur restât, et elles y parvinrent.

    Mais de son côté, Napoléon, déterminé à réoccuper ce point, qui seul couvrait Lutzen et la grande route de Leipzig, donna l’ordre de l’attaquer. Son aide-de-camp, le comte de Lobau, conduisit en ligne la division Ricard, dernière réserve du troisième corps, et Kaya fut repris par cette brave troupe. La bataille se soutint avec une vigueur nouvelle entre Rahna et Klein-Gorschen. Les divisions Souham et Girard, excitées par l’exemple de leurs chefs, firent des prodiges de valeur. Le général Girard, atteint de plusieurs balles et grièvement blessé, ne voulut point quitter le champ de bataille, et, toujours à la tête de ses soldats, il leur dit « que le moment était arrivé, où tout Français qui avait de l’honneur, devait vaincre ou périr les armes à la main ».

    Wittgenstein, voyant que les Prussiens avaient été chassés de Kaya, et que les troupes de sa gauche étaient contenues par le duc de Raguse, résolut de tenter un grand et dernier effort sur ce centre, où il n’avait pas cru trouver une résistance aussi opiniâtre ; mais alors le quatrième corps arrivait sur le champ de bataille.

    La division Morand avait franchi le ruisseau dit le Grunabach, et était déjà engagée avec la gauche du corps de Wintzingerode. Wittgenstein fit avancer une division russe au secours des Prussiens ; une charge vigoureuse de l’ennemi le rendit maître de Kaya, fit ployer les troupes du troisième corps, et y jeta quelque confusion ; plusieurs bataillons se rompirent.

    Dans ce moment critique, Napoléon jugea qu’il convenait d’employer sa réserve. Les seize bataillons de la jeune garde eurent ordre de s’avancer au pas de charge à l’appui du troisième corps, tandis que la vieille garde s’ébranlait en échelons, couverts par quatre-vingt bouches a feu, et suivis par la cavalerie. Cet effort suffisait sans doute pour arrêter l’ennemi ; mais on devait regarder la bataille comme perdue s’il n’arrivait pas promptement de nouvelles troupes en ligne du côté des Français. En effet, l’ennemi n’avait point encore employé toutes ses forces, bien qu’il eût, à l’arrivée du corps du général Bertrand, envoyé de nouveaux renforts a son aile gauche. Une forte division russe, aux ordres du prince Eugène de Wurtemberg, déboucha par les villages de Hohenlohe et de Kitzen, pour déborder l’aile gauche du troisième corps.

    Cependant le prince vice-roi avait reçu devant Leipzig l’ordre de se rapprocher du champ de bataille. Les troupes du général Lauriston, après avoir poussé les différents postes ennemis jusqu’aux premières maisons de la ville, y éprouvaient une résistance qui fit juger au prince Eugène qu’il ne pouvait plus, sans quelque danger, disposer du cinquième corps, suivant l’intention de l’empereur, attendu que l’ennemi débouchant alors de Leipzig a la suite de ce corps, aurait retardé ou arrêté sa marche qui devait être de quatre lieues pour arriver à Lutzen.

    Le prince se détermina donc à partir avec le onzième corps seulement ; mais il ordonna au général Lauriston de porter une de ses divisions vers Albersdorf, afin de maintenir la communication avec l’armée, et de contenir les nombreux pulks de cosaques qui, de Zwenckau, s’étaient répandus dans la plaine. Il se rendit ensuite à Schonau où se trouvait le onzième corps, pour le mettre en mouvement vers Lutzen.

    Le maréchal duc de Tarente proposait de déboucher sur cette petite ville même ; le prince combattit cet avis, en représentant qu’il était plus convenable et plus stratégique d’attaquer l’armée ennemie en flanc, et de menacer ses communications avec les ponts de l’Elster. Le onzième corps prit, en conséquence, la direction de Skeutbar, en suivant le chemin qui conduit à Pégau.

    Il était quatre heures du soir quand les trois divisions du duc de Tarente se déployèrent sur les hauteurs à gauche du village de Meyen, la droite se dirigeant sur Eisdorf, la gauche sur Ketzen, et le front couvert par soixante pièces de canon dont le feu ne tarda pas à signaler la présence de cet important renfort.

    Dans ce moment même, les Prussiens occupaient Rahna, Kaya et Eisdorf ; l’aile gauche de l’armée ennemie était encore vers Starsiedel et Pobler, et la division du prince de Wurtemberg commençait à déboucher par Hohenlohe et Kitzen.

    L’aile droite du onzième corps repoussa d’abord la division prussienne du corps d’York, qui s’était avancée au-delà d’Eisdorf. Rentrée dans le village, cette division y fut jointe par celle du prince de Wurtemberg qui venait de déboucher de Kitzen, qu’elle occupa. Dans cette position, les deux corps ennemis opposèrent une forte résistance ; mais les deux villages furent enlevés malgré un renfort de treize bataillons de la garde russe que le général Wittgenstein y envoya. La division Fressinet passa le Flossgraben et se dirigea sur une hauteur ; la division Charpentier occupa Eisdorf, et celle du général Gerard se plaça en avant de Kitzen.

    Sur ces entrefaites, la division Bonnet (deuxième du sixième corps) s’était avancée entre Starsiedel et Kaya, et le général Bertrand, avec le quatrième corps, avait reçu l’ordre de suivre ce mouvement, perpendiculairement au flanc gauche de l’ennemi, afin de refouler cette aile sur le centre.

    Les seize bataillons de la jeune garde, conduits par le maréchal duc de Trévise, se précipitaient au pas de charge sur Kaya, tandis que les quatre-vingts bouches à feu dont nous avons parlé plus haut, conduites en une seule batterie, par les généraux Dulauloi, Drouot et Devaux, exerçaient un graud ravage dans les rangs prussiens. Ceux-ci déjà ébranlés par le mouvement du prince vice-roi, qui venait de culbuter leur droite et de menacer leurs derrières, furent enfoncés sur tous les points et chassés de Kaya, de Raima et de Klein-Gorschen. L’aile gauche, engagée de front avec le sixième corps et poussée en flanc par le quatrième, fut contrainte de suivre le mouvement rétrograde.

    Le combat se soutint toutefois jusqu’à la nuit avec un grand acharnement, surtout de la part des Prussiens. Le manque de cavalerie empêchait Napoléon d’obtenir les brillants résultats des batailles d’Austerlitz et d’Iena, mais l’armée ennemie était ramenée dans sa première position du matin : l’aile droite derrière le Flossgraben, vers Thesau et Hohenlohe ; le centre en arrière de Gros-Gorschen, et l’aile gauche vers Muschwitz.

    Cependant le cinquième corps était entré dans Leipsig vers trois heures du soir ; la division Kleist s’était retirée à Wurtzen, et le général Lauriston avait jeté quelques bataillons sur la rive droite de la Pleiss, dans la direction de Roetha.

    Le général Miloradowitch, laissé en observation à Zeitz devant le douzième corps commandé par le maréchal duc de Reggio, s’était avancé lentement vers le champ de bataille, et il ne put arriver qu’à huit heures du soir à Moelzen. L’absence de ce corps n’avait pas peu contribué à décider l’avantage en faveur des Français.

    Le mouvement du corps du duc de Tarente avait fait perdre à l’ennemi la communication de Zwenckau ; le cinquième corps, vainqueur du général Kleist, pouvait menacer, par Roetha ou par Borna, le passage de Pégau. Tous les corps de l’armée française se trouvaient réunis, et en faisant entrer en ligne le corps de Miloradowitch, il était à craindre qu’il ne fût suivi par le duc de Reggio, et que la communication, de Zeitz ne fût interceptée.

    Dans cet état de choses, le général Wittgenstein ne crut pas devoir tenter les chances d’une seconde bataille, et ordonna la retraite qui fut exécutée pendant la nuit. L’armée ennemie repassa l’Elster à Pegau, d’où les Prussiens se dirigèrent sur Borna, et les Russes sur Frohberg. Le corps de Miloradowitch traversa l’Elster à Zeitz. Les deux monarques qui étaient venus après la bataille coucher au village de Lobstaedt, entre Pégau et Borna, traversèrent le lendemain cette dernière ville pour gagner directement la Capitale de la Saxe.

    La perte des Français dans cette mémorable journée s’éleva à douze mille hommes tués ou blessés, le plus grand nombre du troisième corps. L’ennemi avait fait six cents prisonniers aux différentes attaques de Kaya. Le général Gourré, chef de l’état-major du prince de la Moskowa, était tué. Les généraux de division Girard et Brenicr, les généraux de brigade Chemineau et Guillot, étaient blessés assez dangereusement.

    Les Prussiens et les Russes eurent quinze mille hommes, tués ou blessés, et deux mille prisonniers environ, non compris les blessés qui restèrent sur le champ de bataille. Le nombre des prisonniers eût été bien plus considérable, si, comme nous l’avons déjà fait observer, l’armée française eût eu une cavalerie proportionnée à son infanterie. Le prince de Hesse-Hombourg avait perdu la vie ; les généraux Blucher, Scharnhorst et Hunerbein, du côté des Prussiens, et Konowuitzin, du côté des Russes, étaient blessés.

    L’armée prussienne supporta la plus grande partie de la perte de cette journée. La garde royale et les volontaires de Berlin furent surtout très maltraités ; ce dernier corps était composé de jeunes gens presque tous appelés à suivre la carrière des sciences, des lettres et des arts. Un nombre considérable d’entre eux trouvèrent la mort sur le champ de bataille, et la Prusse ressent encore aujourd’hui une perte aussi fâcheuse.

    Le gouvernement prussien voulut prévenir l’effet moral de la bataille de Lutzen, en ordonnant qu’un Te Deum solennel serait chanté dans les principales églises du royaume ; mais il n’en resta pas moins démontré que les Français avaient été vainqueurs dans une journée qui est sans doute l’une des plus glorieuses pour les armes nationales.

    En effet, les vétérans d’Austerlitz, d’Iena, de Friedland, de Wagram, avaient presque tous disparu des rangs. L’honneur de ces aigles si longtemps victorieuses, était remis à de jeunes soldats à peine instruits dans les exercices et non encore habitués aux fatigues de la guerre ; et cependant ces bataillons de conscrits, sans cavalerie et avec une artillerie à peine suffisante , venaient de triompher en bataille rangée d’une armée numériquement supérieure, composée en grande partie de vieux guerriers que soutenaient une cavalerie et une artillerie formidables.

     

     

  • One Response à “Le 2 mai 1813 – La bataille de Lutzen”

    • Sylvain Foulquier on 28 mai 2016

      D’après certaines sources, les pertes de l’armée française à Lützen s’élèvent à près de 20.000 hommes tués ou blessés, c’est donc une victoire incomplète et difficilement acquise.

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