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    La 72e division à Verdun (21-24 février 1916) (9ème partie) dans GUERRE 1914 - 1918 Tirailleur-150x150

     D’après un article du lieutenant-colonel Grasset
    extrait de la « Revue militaire française publiée avec le concours de l’État-major de l’armée » – 1926

     8ème partie

    La nuit du 23 au 24 février

     

    La situation à minuit.

     

    A minuit, dans la nuit du 23 au 24 février, il ne restait plus grand’chose de ce qui avait été la 72e division, et même, les régiments qui étaient venus les premiers à son aide dans la lutte soutenue depuis le 21 février, étaient fort éprouvés.

    Dans Samogneux en flammes, les restes du 351e, environ 500 hommes, et ceux du bataillon Goachet (5e), du 324e, environ 300 hommes, sont répartis parmi les ruines, depuis le canal jusqu’aux ouvrages C1 C2 où est aussi le peloton de mitrailleuses. La compagnie de mitrailleuses Bebert, du 351e, appelée de Champ, vient d’y arriver et ses sections doublent les sections de mitrailleuses déjà placées dans le village, à l’écluse et sur la ligne des C. Le colonel Parès avait autorisé le lieutenant-colonel Bernard à réserver cette unité pour forcer l’obéissance de ceux qui oublieraient leur devoir.

    L’ennemi qui se glisse dans les intervalles des ouvrages, serre de près ces débris épuisés et à court de munitions. Les éléments du bataillon Mazin (6e) du 324e, échappés de B, et la section Estrade, de la 22e compagnie laissée dans le ravin du bois d’Haumont pour assurer la liaison entre B et C, se sont repliés sur C3 et sur E4, talonnés par les éclaireurs allemands.

    Les 10e, 11e et 12e compagnies du bataillon Maugras (3e) du 165e et la 23e compagnie du 365e, tiennent encore la ligne C4 E5 et Mormont ; mais décimées par le bombardement, sans avoir été engagées, elles vont être relevées à partir de 2 heures du matin par le bataillon Logerot (2e) du 2e tirailleurs venu de Louvemont.

    Le détachement du lieutenant-colonel de Pirey tient ferme dans le bois Le Fays, mais il y est à peu près entouré.

    L’ennemi toujours prudent, heureusement pour nous, ne s’est pas encore présenté devant la ferme d’Anglemont où le médecin-major de 2e classe Durieux continue, avec un dévouement héroïque, à assurer son service auprès d’une centaine de blessés, Français et Allemands. A minuit, un convoi d’évacuation pouvait être constitué, avec lequel le commandant Bertrand, blessé et hors d’état de conserver son commandement, partait. Mais ce fut le dernier. Un infirmier, envoyé quelques minutes plus tard à Mormont pour demander du secours, revint, le bras fracturé par une balle, déclarant que l’on était cerné.

    Derrière cette ligne de combat, les bataillons Duffet (1er) et Falconnet (3e) du 60e, le bataillon Le Villain (5e) du 365e et la 22e compagnie du bataillon Savary (6e), du même régiment, tiennent la position Moulin des Côtelettes, 344 (338).

    Le bataillon Duffet s’est installé de son mieux à 500 mètres au sud de Samogneux, derrière une crête barrant la route. Disposée perpendiculairement au canal, la compagnie Dropez (1ère) est en situation d’empêcher l’ennemi d’utiliser le chemin de halage ; la compagnie Montaudon (2e) barrant la route, la tient sous son feu, jusqu’à la lisière du village ; la compagnie Leroux (3e) sur la croupe à l’est, a rallié des éléments perdus du 324e et un détachement assez important s’est constitué de ce côté. La compagnie Grave (4e) creuse des tranchées sur une autre crête, à 300 mètres en arrière, pour y servir de repli.

    Le bataillon Falconnet (3e) du 60e tient toujours par sa 11e compagnie les ouvrages à l’ouest de la cote 344 (338) et une section de la 12e le relie, au moins par la vue, à Samogneux, mais point au bataillon Duffet, dont le commandant Falconnet ignore la présence au Moulin des Côtelettes.

    Deux compagnies et demie de ce bataillon et la section de mitrailleuses Courtot sont disponibles derrière la crête, dans un petit ravin, dit « ravin de Vaudoine ». La situation de ces troupes souffrant du froid dans la nuit glacée, non ravitaillées et subissant des pertes sensibles, est pénible sous les rafales des gros projectiles.

    La situation du bataillon Le Villain (5e) du 365e, occupant les ouvrages de la partie orientale du mamelon 344 (338), est également très difficile et les unités maintenues là sous un bombardement auquel elles savent ne pas pouvoir répondre, par un froid très vif, doivent faire appel à tout leur patriotisme et à tout leur esprit de devoir pour surmonter l’épreuve qui leur est imposée. Et c’est tout…

    L’artillerie lourde change de position ; l’artillerie de campagne s’installe sur la côte du Poivre pour une nouvelle bataille. Les ordres sont déjà donnés pour rallier au camp Flamme les 600 hommes restant des bataillons Delaplace, Bertrand et Maugras. Au total, le 165e a perdu 30 officiers, 119 sous-officiers et 1337 hommes de troupe.

    Des deux beaux bataillons de chasseurs de Driant, il reste quelques isolés de la compagnie Quaegebeur (10e) du 56e, qui se battent encore dans les bois ; 200 hommes environ du 56e bataillon ralliés au camp Flamme par les capitaines Berweiller et Hamel, le lieutenant Raux et le sous-lieutenant Grasset, et dirigés sur Bras ; enfin 45 chasseurs du 59e, avec le lieutenant Simon et les sous-lieutenants Leroy et Malavault, au camp Rolland. Ces derniers sont d’ailleurs tout prêts à se battre de nouveau. Ils ont une mitrailleuse et le lieutenant Simon, en faisant chercher des cartouches, demande où il doit s’employer. Le moral, sur le champ de bataille, déconcerte quelquefois les conclusions de la statistique.

    Quant au commandement, il est désorganisé et sans moyens d’action. A Vacherauville, le colonel Parès ne reçoit que très irrégulièrement des nouvelles contradictoires de Samogneux, d’où refluent toujours des isolés plus ou moins déprimés, qui prétendent être les seuls survivants de leur compagnie.

    A la batterie C, le colonel Bourgues, commandant de la 73e brigade, est venu de Louvemont, prendre le commandement du sous-secteur Vaulet, vers 20 heures, en pleine nuit, sous le bombardement. Il cherche à étudier la situation, cependant que des blessés et des isolés, refluant du bois des Caures, disent les progrès de l’ennemi, de ce côté. Il sait qu’à sa droite, dans le secteur de la 51e division, l’ennemi tient le bois de la Wavrille et menace Beaumont. Heureusement, toute la 73e brigade est là, à pied d’oeuvre.

    Du 2e zouaves, le bataillon André est au carrefour 280, avec une compagnie déjà engagée en avant et deux bataillons dans le bois des Fosses, en soutien de la 51e division.

    Du 2e tirailleurs, le lieutenant-colonel Barbayrac de Saint-Maurice va envoyer, à 1 heure du matin, le bataillon Logerot (2e) relever le bataillon Maugras à Mormont. Les trois autres bataillons de ce régiment sont encore au bivouac, dans la neige glacée, autour de Louvemont, non encore employés, mais distribués : les batailllons de Maniort (1er) et Melou (3e) à la 51e division, le bataillon Richier (1er) en réserve de corps d’armée.

    Le général Bapst est arrivé, à 14 heures dans l’abri M F, de la côte du Poivre, son nouveau P.C. Il va s’y trouver pendant quatre heures sans téléphone, sans aucune possibilité de travail, sans aucun moyen ni de recevoir des ordres, ni d’en donner. Il sait bien, d’ailleurs, qu’il ne dispose plus d’un seul bataillon frais pour s’opposer à la ruée ennemie qu’il sent prochaine.

     

    Dispositions prises en vue de la relève de la 72e division.

     

    Le commandant de la 72e division n’avait pas attendu ce dernier degré d’usure de ses régiments, pour attirer l’attention du commandement sur la gravité de la situation. Dès 9 heures du matin, avant de quitter Bras et comme le général commandant le 30e corps lui prescrivait de ramener en arrière ses éléments les plus fatigués et de les remplacer par des réserves partielles, il avait répondu en faisant nettement ressortir que la 72e division, au feu depuis le 21 au matin, dans des circonstances particulièrement pénibles, n’était plus en état de fournir un effort utile.

    De sorte qu’à 10 heures, le général Chrétien autorisait le retrait du front des unités les plus éprouvées et demandait que des propositions soient faites pour les remplacer.

    De retrait, certes on n’en peut effectuer aucun, durant cette terrible journée du 23. La situation a d’effroyables exigences. Il faut réoccuper Brabant, contenir l’ennemi au sud d’Haumont et du bois des Caures, se préparer à faire face à une nouvelle attaque torrentielle, appuyée par un bombardement infernal, qui ne cesse pas, paralysant tout. Et finalement, si les projets de contre-attaque doivent être abandonnés, l’un après l’autre, les unités décimées et à bout de souffle, s’accrochant de leur mieux à tous les obstacles, sont bien obligées de rester là, attendant le choc suprême.

    Pourtant des renforts arrivent. Depuis le 22 au soir, toute la 37e division, une division d’Afrique que le général Herr a mise à la disposition du général commandant le 30e corps, a été poussée dans la région nord de Verdun.

    Ce soir-là, à 23 heures, le général de Bonneval, commandant cette division, installait son P.C. dans l’ouvrage de Froideterre et le colonel Bourgues, commandant la 73e brigade, installait le sien à Louvemont, d’où nous l’avons vu venir à la batterie C, le soir du 23, prendre le commandement du sous-secteur Vaulet. Ses deux régiments, le 2e zouaves et le 2e tirailleurs, sont, nous le savons, prêts à intervenir dans la bataille.

    Le général Dégot a établi le P.C. de la 74e brigade à la ferme de Thiaumont et si un de ses régiments, le 3e zouaves, a été envoyé vers Fleury, l’autre, le 3e tirailleurs, est à sa disposition dans les carrières au sud de la côte du Poivre, tandis que deux bataillons du 35e régiment d’infanterie, une unité de la 14e division, sont bivouaqués près de la ferme Haudromont.

    Le général Chrétien peut donc, à 23h30, sans craindre de voir s’ouvrir une brèche irréparable dans le front du 30e corps d’armée, prescrire au général Bapst de reconstituer, en arrière, le plus d’éléments possible de sa division, et même de rappeler les unités poussées en avant, qui n’auraient pas été engagées. Décidément, il faut faire la part du feu : c’est sur les côtes du Talou et du Poivre qu’il faut songer à concentrer les moyens d’une défense énergique.

    Voilà pourquoi le 24 février, à 1 heure du matin, le général Dégot est mis à la disposition du général Bapst. Il prend le commandement du sous-secteur ouest, en remplacement du colonel Parès, qui lui demeure provisoirement adjoint.

    La mission du général Dégot est d’assurer la défense des côtes du Talou et du Poivre. Pour l’assurer, il dispose des trois bataillons de son 3e régiment de tirailleurs et des 2 bataillons du 35e, disponibles à Haudromont. En cas de besoin, le général Bapst pourra faire appel aux bataillons du 2e tirailleurs bivouaqués près de Louvemont.

     

    Suite…

     

     

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