• 15 avril 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 11 avril 1512 - La bataille de Ravenne dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-de-Ravenne-150x150

     

    La bataille de Ravenne

    D’après « Histoire de France » – Antoine-Elisabeth-Cléophas Dareste de La Chavanne – 1865

     

    Avant que l’armée de la ligue pût se rassembler et entrer en campagne, et pendant que la France, trompée sur les intentions réelles de Ferdinand, croyait encore n’avoir affaire qu’aux Vénitiens et au Pape, les Suisses, conduits par l’évêque de Sion promu au cardinalat, descendirent de nouveau en Italie. Ils reprochaient à Louis XII d’avoir outragé la confédération par ses paroles et sa conduite, et ils portaient écrits sur leurs étendards les titres qu’ils se donnaient à eux-mêmes de « vainqueurs des rois, amis de la justice, défenseurs de la sainte Eglise romaine ».

    Gaston de Foix, duc de Nemours et neveu du roi, fut chargé de les surveiller avec un corps d’observation. Il les laissa s’avancer jusqu’à deux milles de Milan, et brûler sur leur route quelques villages, mais il leur coupa les vivres, leur refusa le combat, et leur fit perdre l’espérance de joindre l’armée vénitienne. Alors leurs capitaines marchandèrent une retraite, et l’expédition finit de la même manière que la précédente, par ce que Fleurantes appelle « une bataille d’écus au soleil ». Ferdinand le Catholique, s’étant décidé à soutenir ouvertement la politique de Jules II, lui envoya des troupes.

    L’armée de la ligue, qui se réunit à Imola au mois de janvier 1512, se composa de seize mille hommes d’infanterie, moitié Italiens et moitié Fspagnols, dix-huit cents gens d’armes et seize cents chevauxlégers. Elle fut placée sous le commandement du vice-roi de Naples, Raymond de Cardone, assisté du cardinal légat, Jean de Médicis, dont Jules II fit choix pour inquiéter les Florentins et les punir de leur première complaisance à l’égard du concile de Pise.

    L’infanterie espagnole, sous les ordres du fameux Pierre Navarre, comprenait les restes des vieilles bandes de Gonzalve, grossis de soldats qui s’étaient formés aux guerres d’Afrique. On y comptait même quelques musulmans africains. Cette infanterie étrangère, sobre et patiente, taciturne, animée d’une fierté dédaigneuse, même pour ses alliés, enfin à la foi dévote et cruelle, inspirait aux Italiens presque autant d’effroi que d’étonnement. Le 26 janvier, Cardone mit le siége devant Bologne, que détendait une garnison française. Jules II voulait reprendre cette ville atout prix. Pour les Vénitiens, ils devaient agir séparément, et passer l’Adige de leur côté en se dirigeant sur Bergame et Brescia.

    Louis XII, quoique éclairé tardivement sur les intentions du roi de Naples, avait eu soin d’envoyer toutes les compagnies d’ordonnance au delà des monts, à l’exception de deux cents lances réservées pour défendre la frontière de Picardie. Il avait complété les cadres de son infanterie avec des recrues tirées de Gascogne, et pris à solde deux corps d’Allemands et d’Italiens. Gaston de Foix était alors vice-roi d’Italie. Laissant à Milan et dans les places les troupes nécessaires pour les garder, il se rendit avec le gros de son armée à Finale, où il fit jeter un pont sur le Pô, afin de pouvoir se porter à volonté contre les Espagnols ou les Vénitiens. Il envoya d’abord un détachement renforcer la garnison de Bologne, et se réserva d’observer les Vénitiens. Mais ceux-ci, apres quelques marches au delà de l’Adige, n’osèrent s’aventurer et repassèrent le fleuve.

    Gaston, rassuré de ce côté, partit alors de Finale avec treize cents cents lances et quatorze mille fantassins, fit une marche forcée de plusieurs jours, malgré une neige épouvantable, arriva le matin du 5 février devant la citadelle de Bologne et y introduisit un nouveau renfort.

    L’ennemi ne s’était pas douté de sa venue. « Il marchoit si diligemment, dit l’historien de Bayard, qu’un chevaucbeur sur un courtaut de cent écus n’eût su faire plus de pays qu’il en faisoit en un jour avec toute son armée ». Cette rapidité et cette audace surprirent le froid et méthodique Cardone. Les Espagnols ne lui donnèrent pas le temps de les attaquer et levèrent le siége immédiatement.

    Nemours apprit alors que Brescia venait de se soulever, qu’une conspiration avait éclaté le 4, livré la ville aux Vénitiens et entraîné le soulèvement de Bergame et des places voisines. La garnilon française, commandée par du Lude, avait dû s’enfermer dans le château. Gaston n’hésita pas. Il courut à Brescia, franchit en neuf jours la distance qui l’en séparait (environ cinquante lieues), malgré l’affreux état des routes, surprit chemin faisant et jeta dans l’Adige un corps vénitien commandé par Baglione, qui ne l’attendait pas, atteignit enfin Brescia le 19, et entra par un détour dans la citadelle.

    Comme la garnison du château avait déjà fait brèche aux remparts élevés autour de la ville par les Vénitiens, on décida que l’assaut serait donné dès le lendemain. Les gens d’armes ne voulurent pas en laisser tout l’honneur aux lansquenets et aux aventuriers ; ils se mirent à pied pour y prendre part, et ce fut Bayard qui les conduisit. Gaston se mêla aux assaillants ; comme le terrain était glissant, il ôta ses souliers pour être plus leste, et se mit « en eschapins de chausses », exemple qu’une partie des gens d’armes imitèrent. En peu d’instants, les Vénitiens furent chassés ou taillés en pièces. C’était l’usage d’abandonner aux soldats les villes rebelles ; ils eurent pendant sept jours la liberté du pillage. Le comte Avogadro, principal auteur de la rébellion, fut décapité avec ses deux fils.

    Les soldats de Gaston trouvèrent à Brescia le prix des travaux extraordinaires que leur chef leur avait imposés. Ils y gagnèrent tant, dit l’historien de Bayard, «que la plupart s’en retourna et laissa la guerre. » On parla beaucoup de massacres commis lors de la prise de la place, mais la renommée les exagéra ; nous avons à cet égard le témoignage des envoyés impériaux.

    Gaston avait frappé l’ennemi d’étonnement par sa décision, sa vigueur, et surtout la rapidité incroyable de ses marches. Il avait par ses qualités triomphé d’adversaires prudents, circonspects, et qui avaient refusé deux fois, à Bologne et à Brescia, une bataille en rase campagne. Il s’arrêta quelque temps après sa victoire pour donner du repos à ses troupes.

    La situation de la France devenait de plus en plus critique. Car le roi d’Angleterre, dont l’accession secrète à la sainte ligue datait du 13 novembre 1511, faisait des préparatifs pour descendre sur le continent, parlait de reprendre les provinces qu’y avaient possédées ses ancêtres, et venait de rappeler son ambassadeur. Maximilien avait également rappelé le sien, Andrea del Burgo, dont les secrétaires étaient restés seuls auprès de Louis XII. L’Empereur ne voulait plus se compromettre dans l’affaire du concile de Pise, négociait pour lui-même un traité particulier avec les Vénitiens, et offrait sa médiation aux parties belligérantes.

    Cependant Louis XII, fort de la double agression repoussée par Gaston de Foix, résolut de poursuivre ses avantages. A la fin de février, les envoyés de Maximilien lui écrivirent que les Français reprenaient leur fierté, qu’ils croyaient entraîner les Suisses, qu’ils étaient sûrs, grâce aux victoires de Gaston, de battre le Pape, qu’ils avaient formé une armée de treize cents lances et de dix-huit mille piétons, de Gascogne, de Normandie et de Picardie, pour l’opposer aux Anglais ; qu’enfin ils se passeraient de l’Empereur, s’ils étaient abandonnés de lui.

    Le duc de Nemours reçut l’ordre de prendre l’offensive, d’agir vite et de poursuivre le vice-roi de Naples retranché sur les contre-forts des Apennins. Louis XII voulait une victoire qui désorganisât la coalition. Gaston obéit et marcha contre Raymond de Cardone. Il était accompagné du cardinal de San Severino, l’un de ceux qui s’étaient retirés à Milan ; ce cardinal faisait l’office de légat du concile de Pise.

    Ferdinand avait recommandé la temporisation ; Cardone en conséquence refusa d’accepter une bataille. Gaston, pour l’y forcer, résolut d’assiéger Ravenne, par laquelle les Pontificaux et les Aragonais communiquaient avec les Vénitiens.

    Il arriva devant la place le 8 avril. Le 6, il avait reçu la nouvelle d’une trêve signée entre l’Empereur et Venise. L’ambassadeur de Maximilien à Rome écrivait au capitaine Jacob Emser, commandant des lansquenets auxiliaires, de se retirer de l’armée française. Le capitaine Jacob montra la lettre à Bayard. On obtint de lui qu’il garderait le secret quelques jours.

    Gaston, se voyant à la veille de perdre une partie de ses forces, et craignant d’ailleurs de manquer de vivres, fit battre immédiatement les murs de Ravenne. Il eût voulu enlever la ville par un coup de main, mais il échoua. Pendant ce temps, l’armée de la ligue, qui le suivait de près, vint se retrancher derrière lui à une faible distance pour l’observer. Trouvant l’occasion d’une bataille, il la livra sans hésiter, le 11 avril, jour de Pâques.

    Les confédérés s’étaient retranchés à la hâte sur un terrain choisi et légèrement élevé au-dessus du Ronco. Pierre Navarre, capitaine de l’infanterie espagnole, avait imaginé de placer des hacquebutes, sorte de grosses arquebuses, sur des charrettes ou des affûts mobiles, de manière à présenter une redoutable ligne de défense. Les Français s’avancèrent jusqu’à deux cents pas de ces retranchements, prêts à gravir la pente qui y menait.

    On se salua pendant près de trois heures d’une artillerie qui fut meurtrière, car de part et d’autre on ne voulait ni avancer ni reculer ; mais les Français souffrirent davantage, à cause de leur position défavorable et parce qu’ils se tinrent constamment debout. Pierre Navarre tint au contraire ses fantassins espagnols couchés à terre, tant que tira l’artillerie française.

    Gaston, témoin de cet inconvénient, trouva moyen de déplacer une partie de son artillerie, celle du duc de Ferrare, et de prendre l’armée ennemie en flanc. Il fit alors beaucoup de mal aux fantassins espagnols et aux gens d’armes italiens. Ces derniers, commandés par Fabricio Colonna, ne supportèrent pas d’être mitraillés ainsi. Quoique le vice-roi leur eût donné l’ordre de rester immobiles, ils sortirent de leurs retranchements et coururent sur les Français. Pierre Navarre fut obligé de faire relever ses fantassins espagnols et de suivre le mouvement de la cavalerie. Cette circonstance dérangea le plan de Raymond de Cardone en lui faisant perdre l’avantage de sa position défensive.

    La mêlée s’engagea avec une vigueur extrême dans la plaine étroite du Ronco. Les gens d’armes italiens tinrent peu de temps contre les gens d’armes français. Quant aux fantassins espagnols, qui se battaient corps à corps avec des sabres très courts contre les aventuriers français etles lansquenets armés de longues piques, ils eurent d’abord le dessus et disputèrent le succès ; mais des charges répétées de gendarmerie, sous les ordres d’Yves d’Alègre, parvinrent à les rompre et à les faire reculer.

    Le vice-roi donna le signal de la retraite et partit des premiers. Ses principaux lieutenants, Navarre, Fabricio Colonna, Pescaire qui commandait la cavalerie légère, le cardinal légat Jean de Médicis, tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Ces derniers, maîtres du champ de bataille, enlevèrent les bagages de l’ennemi. Pendant ce temps, les Espagnols, qui s’étaient ralliés sur une chaussée à peu de distance, s’apprêtèrent à se retirer lentement et en bon ordre.

    Les aventuriers français, honteux de leur avoir cédé le terrain quelques instants auparavant, demandèrent à les poursuivre « pour recouvrer leur honneur ». Gaston le leur permit, malgré tous les avis, et voulut conduire lui-même cette dernière attaque. Or il chargea avec trop peu de monde, fut reçu vigoureusement, eut son cheval tué sous lui, et tomba percé de coups.

    Jamais jeune général n’avait communiqué à ses troupes un tel entraînement, une telle confiance, quoiqu’il ne les ménageât pas et qu’il fît une guerre où la vie des hommes n’était pas épargnée. On l’appelait le foudre de l’Italie. Cette mort si prompte, après l’illustration d’une campagne si courte et si bien remplie, arrêta tout à coup l’élan des Français. Ils avaient d’ailleurs éprouvé des pertes considérables et presque égales à celles de l’ennemi. Ravenne avait été le tombeau de leurs meilleurs capitaines. On ne sait pas au juste ce que la victoire leur coûta. Guichardin porte à dix mille hommes la perte totale des deux armées, mais les auteurs français accusent des chiffres bien plus élevés.

    La Palice, qui prit le commandement, entra sans peine à Ravenne et en abandonna le pillage à ses soldats. On lui reprocha de n’avoir pas poursuivi l’ennemi et marché sur Rome, ce que Gaston, a-t-on dit, eût fait sans hésiter. Il est douteux que les vainqueurs, manquant de vivres, et déjà dans une situation critique avant la bataille, fussent en état d’entreprendre une marche pareille. C’était d’ailleurs la seule armée que la France eût en Italie ; la Palice voulut, avant de la compromettre, attendre les ordres du roi.

    La bataille de Ravenne avait été plus meurtrière que décisive, et l’on ne faisait pas bon visage à la cour de Louis XII, au rapport des envoyés de Maximilien.

     

     

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