• 11 avril 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le combat de Bléneau

    D’après « Histoire de France depuis les origines gauloises » – Amédée Gabourd – 1859

     

    N’espérant plus se faire recevoir dans Orléans, le roi remonta la Loire jusqu’à Gien, suivi d’un corps d’armée d’environ huit mille hommes, tandis que les ducs de Nemours et de Beaufort, à la tête des Espagnols auxiliaires et des troupes rebelles, marchaient dans la direction de Jargeau.

    Avec un peu de promptitude et de bonheur, l’armée des princes pouvait s’emparer du pont de Jargeau, du passage, de la ville, et peut-être de la personne du roi ; mais le maréchal de Turenne, qui commandait la petite armée royale, voyant que l’ennemi se disposait à franchir le pont de Jargeau à demi coupé, s’y porta rapidement, le défendit par une barricade jusqu’à ce que ses régiments fussent arrivés. Puis, le passant à son tour, il culbuta les assaillants et les poussa en désordre sur la rive opposée (28 mars).

    La défaite des rebelles devant Jargeau contribua à augmenter la mésintelligence qui existait entre les ducs de Beaufort et de Nemours. Ils s’accusèrent mutuellement de leur déconvenue, se prirent de querelle, se frappèrent au visage, et tirèrent l’épée l’un contre l’autre, en présence de mademoiselle de Montpensier, dans un conseil qu’elle tenait dans un faubourg d’Orléans. La princesse eut beaucoup de peine à les apaiser. Elle y parvint cependant ; ils s’embrassèrent et allèrent rejoindre leurs troupes, qu’ils dirigèrent vers Montargis.

    De son côté l’armée royale, ayant passé la Loire sur le pont de Gien, prit ses quartiers sur la droite du fleuve. Turenne s’établit à Briare, distant de Gien de deux lieues seulement, et le maréchal d’Hocquincourt se porta au bourg de Bléneau, situé à trois lieues en avant de Briare.

    L’armée des princes, abandonnée à la conduite de deux chefs braves comme soldats de fortune, mais incapables de commander aux autres et de se commander à eux-mêmes, ne pouvait manquer de succomber contre l’armée royale, dirigée par Turenne. Or, depuis quinze jours, Condé, averti par ses amis de la position critique de ses troupes, avait pris la résolution de venir lui-même se mettre à leur tête.

    L’entreprise était hardie, périlleuse, et elle eût pu effrayer tout autre que le vainqueur de Rocroy et de Lens. Il fallait traverser cent vingt lieues de pays, et courir à chaque instant le danger d’être reconnu et arrêté par ses ennemis. Ces obstacles ne l’arrêtèrent point. Il partit d’Agen le 24 mars, accompagné seulement du duc de La Rochefoucauld, de son fils, le prince de Marsillac, de Guitaut, de Chavagnac, deGourville, et d’un valet de chambre nommé Rochefort.

    Après avoir couru quelques lieues sur la route de Bordeaux, Condé se rendit à Langeais, où le marquis de Lévi l’attendait. Cet ami dévoué avait obtenu un passe-port du comte d’IIarcourt pour se retirer dans ses terres d’Auvergne avec son équipage ; le prince et ses compagnons le suivirent en qualité de domestiques. Cependant Condé trouva aussi à Langeais, Bercennes, capitaine des gardes du duc de La Rochefoucauld, et Saint-Hippolyte, deux hommes très déterminés. Chacun changea d’habit et de nom : le prince se fit appeler Motteville. Il était vêtu en courrier ; Chavagnac servait de guide à ce groupe d’aventuriers intrépides dont le nombre ne dépassait pas dix personnes.

    On fit quatorze lieues le premier jour ; la course fut encore plus rapide les jours suivants. On ne s’arrêtait jamais plus de deux heures dans les mêmes lieux, soit pour manger, soit pour dormir. A Sanguet, le cheval du prince s’abattit sous lui sans pouvoir marcher davantage.

    Chavagnac en acheta un d’un gentilhomme qui, ayant reconnu Condé, malgré son déguisement, n’en voulut jamais recevoir le prix. En Périgord, on logea chez un gentilhomme qui, sans connaître Condé, s’égaya pendant tout le repas aux dépens de tout ce qu’il avait de plus cher. Le prince rougissait, pâlissait ; peu s’en fallut que la table ne fût ensanglantée. Mais enfin, il eut la force de se vaincre lui-même, et il apprit des mystères qu’il eût peut-être ignorés toute sa vie. L’indiscret campagnard n’avait pas plus épargné les amis de Condé que ses parents. A la fin, on se mit à cheval. Puis, après six jours de marche, après des alarmes et des aventures sans nombre, le prince arriva le samedi-saint au soir sur les bords de la Loire, à deux lieues de la Charité.

    C’est là que l’attendaient les plus grands périls. En traversant la rivière, un cheval se cabra et manqua de submerger le bateau ; Saint-Hippolyte sauva la compagnie en coupant d’un coup de sabre le câble qui le tenait attaché au bac. A chaque instant, le voyage présentait de nouveaux périls.

    A la Charité et à Cosne, le prince eut besoin de beaucoup de courage et de sagacité pour échapper à la vigilance de ceux qui devaient lui barrer le chemin. Ne pouvant se diriger sur Gien, que gardait l’armée royale, Condé avait encore trente-cinq lieues à faire avant de gagner Châtillon. Arrivé au bord du canal de Briare, il se trouva tout à coup investi par plusieurs escadrons de l’armée royale qui débouchaient de différents endroits pour prendre des quartiers dans les villages voisins. Son cheval était épuisé ; lui-même succombait sous le poids de la fatigue, de la faim et de la soif.

    Chavagnac se souvint alors qu’il n’était pas éloigné de la terre d’un gentilhomme appelé La Brulerie ; il alla le trouver, dans l’espérance d’en obtenir des chevaux et des rafraîchissements. En ce moment, le château de La Brulerie était rempli d’officiers des troupes du roi, qui se livraient à la joie et à la bonne chère. La Brulerie eut la présence d’esprit de se taire ; il trouva aussi le secret de fournir des chevaux et des vivres à Chavagnac. Mais les troupes, qui augmentaient à chaque instant, n’avaient pas permis au prince de demeurer plus longtemps dans le poste où il devait attendre Chavagnac ; il en était parti. Rochefort avait pris les devants pour ordonner au concierge du château de Châtillon de tenir la porte du parc ouverte.

    Condé, réduit à la compagnie du duc de La Rochefoucauld et du prince de Marsillac, marchait précédé du fils de cent pas, et suivi du père à la même distance, afin qu’averti par l’un ou par l’autre, en cas d’alarmes, il eût quelque avantage pour se sauver. Arrivé à Châtillon, il apprit que son armée campait vers Lori, à l’entrée de la forêt d’Orléans. Hâtant sa marche, il arriva dans Lori, où la plupart des habitants, officiers du roi et de Gaston, le reconnurent malgré son déguisement ; ils montèrent aussitôt à cheval et l’escortèrent jusqu’à son armée.

    Il était temps qu’il arrivât : la discorde avait passé des chefs aux officiers et aux soldats. On se bravait, on se menaçait, on se défiait ; les deux corps étaient sur le point d’en venir aux mains. A la vue de tant de désordre, M. de Clinchamp, qui commandait les troupes étrangères, méditait sa retraite en Flandre. Mais la présence de Condé fit bientôt oublier aux soldats et aux chefs leurs rivalités, leurs injures réciproques, tout ce qui pouvait les désunir. A la vue du prince, ils accoururent comme un seul homme, poussant des acclamations de joie.

    Condé ne laissa pas refroidir leur enthousiasme et ouvrit la campagne par la prise de Montargis. La conquête de Château-Renard ne coûta qu’une sommation au prince ; il passa le Loing, bien résolu de serrer de près son ennemi, de le surprendre et de le vaincre.

    Dans ce but, il s’avança du côté de Bléneau ; il avait résolu d’attaquer dans cette position le maréchal d’Hocquincourt, de le vaincre, et de se porter ensuite sur le corps d’armée de Turenne, dont la défaite ferait tomber entre ses mains le roi, la reine, Mazarin et toute la cour, qui se trouvaient en ce moment à Gien.

    Condé, précipitant sa marche, arriva au milieu de la nuit, avec un seul escadron, aux portes d’un des sept villages où étaient cantonnées les troupes d’Hocquincourt. Sans hésiter, il attaqua le village et l’emporta ; un autre village, également gardé par des avant-postes de l’armée royale, fut enlevé avec le même succès. Cependant, les fuyards avaient porté l’alarme jusque dans Bléneau. Déjà le maréchal avait rassemblé neuf cents chevaux, à la tête desquels il espérait arrêter l’armée de Condé.

    Mais le prince s’était saisi de trois nouveaux quartiers ; il pénétra dans Bléneau. Le maréchal prit le parti de l’attendre derrière un ruisseau profond et marécageux. Le prince franchit cet obstacle, et les troupes royales se replièrent à deux cents pas. Là encore une nouvelle lutte s’engagea, plus meurtrière et plus sanglante, et le maréchal d’Hocquincourt, vaincu, fut rejeté sur Auxerre.

    Tandis que Condé le faisait poursuivre par une de ses divisions, il se portait dans la direction de Briare, avec le reste de son armée, pour attaquer le maréchal de Turenne, établi dans cette position, en avant de Gien, avec quatre mille hommes, placés sous ses ordres.

    Or le vicomte de Turenne venait d’être informé de la défaite du maréchal d’Hocquincourt. Déterminé à sauver le roi par une résistance désespérée, il se porta en toute hâte sur Bléneau. Au point du jour, il prit position entre Ozoyer et Bléneau, protégé en face de lui par un grand bois que traversait une chaussée, adossé d’autre part à un étang et à une colline. Sur cette hauteur, il disposa immédiatement du canon qui enfilait la chaussée, seule route par où l’ennemi pût aborder.

    En attendant l’heure de l’attaque, il rallia à lui les fuyards, vaincus la veille devant Bléneau, et se mit de plus en plus en mesure de faire face à Condé. Vers midi, le prince, après avoir jeté de l’infanterie dans le bois et sur la gauche de la chaussée, ordonna d’enlever la position deTurenne. La cavalerie de l’armée royale feignit de se replier, et la cavalerie de Condé s’engagea sur la chaussée. Alors Turenne accourut, à la tête de forces plus nombreuses, et chargea vigoureusement l’ennemi.

    Condé reconnut qu’il était impossible d’enlever la position de vive force. Il se contenta de faire avancer son artillerie, et le reste de la journée se passa en coups de canon. A l’approche de la nuit, les deux généraux replièrent leurs postes, laissant indécis le sort du combat, pendant lequel les régiments d’Hocquincourt avaient eu le temps de se rallier.

    Turenne, de retour à Gien, fut accueilli par la reine comme le sauveur de l’Etat. Sans lui, en effet, il n’y eût pas eu une ville qui n’eût fermé ses portes à la cour. Rassurée par le succès de cet illustre capitaine, elle se retira tranquillement à Sens, d’où elle gagna les environs de Paris. Quant à Condé, il confia le commandement de son armée à MM. de Tavannes et de Vallon, et partit aussi pour la capitale, par une autre route, avec les ducs de Beaufort, de Nemours et de La Rochefoucauld. Il lui importait de s’assurer de cette ville, des compagnies souveraines et du duc d’Orléans

     

     

  • One Response à “Le 7 avril 1652 – Le combat de Bléneau”

    • jean-michel vray on 2 novembre 2017

      Turenne avait 8 canons de campagne et Condé 2 pièces légères.

      Les Frondeurs perdirent 400 à 500 hommes du fait du canon.

      Parmi les troupes d’Hocquincourt le régiment de dragons de la Ferté Seneterre recruté à la fin de 1651 en Alsace et Lorraine (environ 1000 hommes).

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