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    Le combat de la Ceyra

    D’après « Histoire de l’Empire » – Adolphe Thiers – 1866

     

    Masséna, arrivé sur la Ceyra dans la soirée du 14, était parvenu au pied de la Sierra de Murcelha, et voulait la franchir le lendemain pour aller prendre position à Ponte-Murcelha sur la petite rivière de l’Alva. Le général Drouet, obéissant seulement quand il fallait se mettre en tête de la retraite, s’était porté à Ponte-Murcelha, où il rétablissait les ponts de l’Alva pour lui et pour l’armée, tâche dont au reste il était heureux qu’il pût s’acquitter, car Reynier était si occupé de fourrager qu’on n’en pouvait presque rien obtenir, la moitié de ses soldats étant toujours en maraude.

    Le 15 au matin, on se trouvait, Junot à gauche sur la basse Ceyra, Ney au centre vers Foz d’Arunce, Reynier à droite sur la haute Ceyra. Les Anglais, si maltraités à Redinha, à Casal-Novo, ne montraient pas grande impatience de nous joindre. Ils semblaient nous escorter plutôt que nous poursuivre. Le grand caractère de Masséna, secondé par les talents de Ney, leur ôtait toute espérance de nous faire subir un échec, ou de nous faire partir une heure plus tôt que nous ne voulions.

    Ney, trop confiant cette fois, n’avait pas voulu se hâter de traverser la Ceyra, et il avait permis à deux de ses divisions de passer la nuit en deçà de cette rivière, côte à côte avec les Anglais. Masséna l’avait pourtant averti du péril auquel il s’exposait, mais il n’avait tenu compte de cet avis, ne croyant plus que les Anglais eussent la hardiesse de se mesurer avec lui. Il se trompait, comme on va le voir.

    Lord Wellington, qui malgré sa circonspection était résolu à ne pas négliger les occasions de nous entamer, si nous avions le tort de les lui offrir, s’aperçut qu’une portion considérable du 6e corps était restée en deçà de la Ceyra, et il s’empressa dès le matin du 15 d’envelopper avec des forces imposantes le terrain dominé de toutes parts au fond duquel avaient bivouaqué les divisions Mermet et Marchand.

    Les troupes surprises par cette attaque imprévue coururent aux armes, et la division Mermet vint occuper les hauteurs qui entouraient le terrain où l’on avait passé la nuit, afin de contenir l’ennemi tandis que le maréchal Ney dirigerait la retraite de la division Marchand par l’étroit défilé du pont de la Ceyra.

    Malheureusement la cavalerie légère sous le général Lamotte, obligée pour fourrager de s’établir dans un champ au bord même de la Ceyra, n’avait pu faire la garde en avant de l’infanterie, ni se rallier à temps pour se porter sur les hauteurs où la division Mermet était venue prendre position. Le général Lamotte se mit donc en bataille en avant du pont, afin de laisser écouler l’infanterie qui se retirait, et de charger l’ennemi s’il se présentait jusqu’aux approches de la rivière.

    Pendant ce temps, le maréchal Ney, à cheval dans les rangs de la division Marchand, commença de la faire défiler sur le pont, puis, la voyant se retirer tranquillement, revint auprès de la division Mermet qui contenait les Anglais sur les hauteurs, afin de ramener celle-ci et de lui faire passer le pont à son tour.

    Dans ce moment une batterie menacée par les Anglais se renversa sur un régiment de la division Mermet qui se reployait, et y produisit une sorte de trouble. Les soldats de ce régiment apercevant la cavalerie en bataille devant le pont, crurent qu’elle allait le traverser, craignirent de le voir obstrué par elle, et s’y précipitèrent pour n’être pas devancés.

    Bientôt ce ne fut qu’un torrent de fuyards en désordre, qui s’étouffaient sur le pont, et le trouvant encombré par les plus pressés, se jetaient dans la rivière pour essayer de la franchir à gué.

    Ney voulut en vain les retenir, et ne put jamais faire entendre sa voix. Après quelques instants de ce tumulte, il finit cependant par rallier un bataillon du 27e et quelques compagnies de voltigeurs, remonta avec cette poignée d’hommes sur les hauteurs où le général Mermet, à la tête de sa seconde brigade, soutenait un combat acharné contre les Anglais, devenus à chaque instant plus pressants.

    La présence de ce faible renfort et du maréchal Ney ranima l’ardeur des troupes ; on chargea les Anglais, on les repoussa, et on les obligea de s’éloigner, après leur avoir fait essuyer quelques pertes.

    Dans cet intervalle, le tumulte avait fini par s’apaiser autour du pont. Les fuyards voyant les hauteurs bien occupées derrière eux, s’étaient rassurés, et avaient défilé avec plus de calme. La seconde brigade de Mermet, après avoir disputé les hauteurs tout le temps nécessaire, en descendit à son tour, passa le pont avec ordre, et vint se réunir sur l’autre rive au reste du 6e corps.

    Dans le premier moment, le maréchal Ney crut avoir quelques centaines de noyés parmi ceux qui s’étaient jetés dans la rivière dans l’espoir de la traverser à gué. Heureusement le nombre des hommes perdus fut peu considérable. A peine cent-cinquante soldats firent-ils défaut à l’appel dans les rangs des deux divisions, et la plupart encore avaient été tués ou blessés dans le combat livré par la seconde brigade du général Mermet contre les Anglais.

    Le maréchal Ney ne voulant pas s’en prendre à lui-même, s’en prit au général Lamotte, commandant de la cavalerie légère, qu’il renvoya sur les derrières de l’armée, quoique ce général eût bien peu de torts à se reprocher dans cette désagréable échauffourée.

    Du reste, cet accident était de médiocre importance. L’armée prit position derrière la Ceyra sans être inquiétée, car la résistance du général Mermet en avant de Foz d’Arunce avait de nouveau prouvé à lord Wellington que cette armée, toujours si grande dans les périls, n’était pas facile à entamer.

    Les ponts de l’Alva, par lesquels on devait passer après avoir franchi la Sierra de Murcelha, n’étant pas rétablis, on séjourna le 16 entre la Ceyra et l’Alva sans être attaqué par les Anglais. Le 17 on se porta sur l’Alva.

     

     

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