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     D’où vient le mot abandon ? dans LE SAVIEZ-VOUS ? Abandon-de-poste-150x150

    Abandon de poste

     

    D’après « Dictionnaire de l’armée de terre ou Recherches historiques sur l’art et les usages militaires »
    Général Étienne Alexandre Bardin – 1851

     

    Abandon est un mot qui a été purement militaire, ainsi que le verbe abandonner. L’un et l’autre sont entrés dans la langue vulgaire.

    Leur étymologie a exercé les recherches de Ducange, Ferrari, Menage, Pasquier, Roquefort (1833) ; ils dérivent de l’italien abandonare, quitter le bandon, le drapeau, la bande (bandum deserere).

     

    Les anciennes ordonnances françaises ont appelé abandon et abandonnement, certaines absences prohibées résultant de l’éloignement spontané, ou du départ illicite des enrôlés. Ce cas implique ou faute, ou délit, ou crime.

    Il aurait dû être fait principalement distinction de deux sortes d’abandon : l’abandon de corps ou du corps, et l’abandon de postes ou du poste. Mais ces matières n’ont pas été éclaircies encore, et tous les détails qui vont accompagner les mots abandon, sont des souvenirs retracés à défaut de règles satisfaisantes. Ce sont les débris d’une législation décousue et marchant au hasard. Ils rappellent et accusent des époques diverses qui ont donné naissance à des lois pénales dépourvues d’harmonie.

    Les abandons se distinguent en abandon d’armes, de brêche, de camp, de corps, de drapeau, de garnison, de poste, de rangs, devant l’ennemi, de voitures, en marchant, en masse, en temps de paix.

    Abandon d’armes : Sorte d’abandon dont se rendrait coupable un militaire qui, dans une affaire avec l’ennemi, jetterait lâchement ses armes (c’est-à-dire les armes d’uniforme de troupe). Ce délit serait, aux termes de la loi, puni de trois ans de fers.

    Abandon de brêche praticable : Une Brèche n’était, autrefois, réputée praticable en style de jurisprudence militaire, que quand elle pouvait donner issue aux assiégés emmenant les pièces de canon qui leur étaient octroyées, et se rendant prisonniers après avoir été réduits à évacuer la forteresse qu’ils défendaient. La possibilité d’en sortir, en descendant, mèche allumée, par une telle route, fut longtemps la seule excuse que l’ex-commandant de la llace assiégée put donner, pour justifier sa reddition. Un gouverneur se fut déshonoré en sortant par les portes. Cette vieille coutume en avait produit une autre ; celle d’abattre un pan de muraille, pour recevoir, au sein d’une ville de passage, d’une ville compatriote, un prince, un général revenant vainqueur d’une expédition où il avait triomphé. On ne croyait pas pouvoir lui rendre un plus insigne honneur.

    La langue de la justice militaire a consacré le mot brèche praticable, dans un décret de 1792 (26 Juillet) et dans un arrêt de l’an VI (16 Messidor), pour indiquer la criminalité d’un gouverneur qui capitulerait avant l’extrémité où le réduit le perfectionnement de la brèche et l’impossibilité d’y soutenir l’assaut en élevant un arrière-retranchement.

    La loi a consacré aussi l’expression abandon de la brèche pour définir le crime du militaire qui, mené à l’assaut, y trahirait ses devoirs, et s’éloignerait volontairement de ce poste, pour piller ; le cas entraîne peine de mort.

    Abandon de camp : Sorte d’abandon qui, en conformité des décrets de 1792, 16 mai, et de l’ordonnance de 1816, 21 février, est réputé désertion, et puni comme tel.

    Abandon de corps : Voir abandon de drapeau

    Abandon de drapeau, ou abandon de corps, ou abandon de rang : Sorte d’abandon qui, sous François Ier, était puni de mort, ainsi que l’abandon d’une brêche praticable. Mais les édits promulgués ne déterminaient pas le genre du Supplice. Sous Henri II et sous Henri III, l’abandon du drapeau était un crime, puni par la dégradation et l’expulsion de l’homme de troupe qui s’en était rendu coupable. Louis XIV et Louis XV (ordonnance de 1727, 1er juillet), ont maintenu ces ordonnances, mais donnaient aux conseils de guerre une latitude entière quant au choix de la peine à appliquer aux déserteurs.

    Maintenant, l’abandon du drapeau en temps de paix constitue un délit ou un crime dont les peines se modifient suivant l’ancienneté de service du coupable, et suivant la durée plus ou moins longue de l’absence. Lorsque l’abandon n’est pas accompagné de circonctances aggravantes, il est considéré comme une désertion simple. Il y a abandon de la part d’un homme de troupe, quand il fait, sans autorisation, une absence de vingt-quatre heures ou de quarante-huit heures. L’absence des officiers est réputée abandon, après quinze jours révolus depuis la disparition.

    Abandon de faction : Sorte d’abandon de poste qui était considéré, sous Louis XIV, comme égal au délit d’une sentinelle endormie. Ces deux cas étaient également punis de mort, quelles que fussent les circonstances accessoires. La loi modifiait la peine, suivant que l’abandon avait lieu devant l’ennemi ou en temps de paix. Elle punissait de mort toute sentinelle qui, devant l’ennemi rompait sa consigne, et abandonnait son poste, pour songer à sa propre sûreté.

    L’expression abandon de faction est consacrée, mais c’est une des impropriétés de la langue militaire française, puisqu’il ne peut être fait abandon que d’objets matériels.

    Cet abandon qui, dans presque toutes les circonstances, eût dû être réputé criminel au premier chef, n’a été que vaguement défini par notre législation. Elle n’a pas prévu le cas où une sentinelle abandonne sa faction, sans que ce soit pour songer à sa sûreté, ou sans se rendre coupable de désertion, ni celui où elle l’abandonne, en temps de guerre, sans être en présence de l’ennemi.

    Abandon de garnison : Sorte d’abandon qui, suivant le décret de 1792, 11 mai, l’arrêté de l’an XII, 19 vendémiaire, l’ordonnance de 1816, 21 Février, était réputé désertion et puni comme tel.

    Abandon de poste : Sorte d’abandon par lequel un militaire se sépare ou s’éloigne du poste à la garde duquel il est commis. Dans la milice romaine, ce crime était puni par la peine capitale nommée fustuarium, Bastonnade à mort.

    Dans nos usages modernes, il est difficile de définir l’abandon de poste, à cause de l’acception vague que notre législation donne au mot poste. Signifie-t-il place de guerre, position militaire, lieu de résidence légale, ou bien signifie-t-il corps de garde ? Car les abandons dans ces divers cas devraient être envisagés, les uns comme fautes, les autres comme délits, ou comme crimes. L’abandon de poste sans volonté de déserter, n’est qu’une faute, il n’emporte qu’une punition de discipline. Mais s’il s’y joint des circonstances aggravantes, telles que 1′abandon en marchant à l’ennemi (il est visible qu’il n’est plus question ici de corps de garde), et pour songer à sa propre sûreté, la faute devient un crime puni de mort.

    L’abandon du poste, si l’on prend le mot poste pour corps de garde, eût dû se distinguer en abandon, étant de faction ou n’étant pas de faction.

    L’abandon du poste, pris dans son sens général, se distingue en abandon de faction, en troupe, pour piller.

    Abandon de rangs : Voir abandon de drapeau.

    Abandon de voitures : Sorte d’abandon dont se rendraient coupables des conducteurs d’artillerie, soit en se séparant de leurs canons, caissons, voitures, etc., soit en les livrant ou les vendant à l’ennemi. Ce crime est puni de mort.

    Abandon devant l’ennemi : Sorte d’abandon dont un militaire se rend coupable pour songer à sa propre sûreté. Notre justice militaire considère ce crime comme punissable de mort.

    Abandon en marchant à l’ennemi : Voir abandon de poste.

    Abandon en temps de paix : Voir abandon de faction.

    Abandon en troupe ou abandon en masse : Sorte d’abandon de poste considéré comme acte séditieux. Toute troupe qui abandonne en masse, et sans ordres supérieurs, son poste, est déclarée en état de révolte. Les officiers ou sous-officiers, ou à leur défaut, les six plus anciens de la troupe, sont traduits au conseil permanent et punis de dix ans de fers, à moins qu’ils ne déclarent les véritables auteurs du crime qui, dans ce cas, sont punis de mort, comme chefs de révolte. La loi semble, en s’exprimant ainsi, avoir conçu le mot poste sous l’acception de localité militaire et non de lieu où l’on monte la garde, mais rien de moins clair que le mot poste.

    Abandon pour piller ou abandon pour butiner : Sorte d’abandon de poste que mentionne un article irréfléchi d’une loi restée sans exécution. Elle voulait que, dans une place prise d’assaut, l’assaillant qui quitte son poste pour se livrer au pillage, fût puni de cinq ans de fers.

    Le règlement de 1792 (5 avril) voulait que s’il se joint à cet abandon des circonstances aggravantes, le coupable fût puni de mort. Mais en vertu d’autres dispositions non abrogées, ce délit ou ce crime pouvaient et devaient être poursuivis en conformité des dispositions du règlement particulier du général.

    Abandonnement : Mot tombé en désuétude et dont le terme abandon est la racine. L’ordonnance de 1705 (20 mai) indiquait, par l’expression abandonnement, la coupable conduite de certains capitaines propriétaires qui, après avoir diverti dans les quartiers d’hiver l’argent destiné à l’administration et à la solde de leur compagnie, abandonnaient leurs soldats à l’instant d’entrer en campagne et les laissaient dans le dénuement. Cet abus subsista dans l’armée française jusqu’en 1762, époque où les compagnies passèrent au compte du Roi.

    Pendant le règne de Louis XV, l’expression abandonnement entrait encore dans le libellé des commissions des capitaines. L’imprimé en blanc qui se remplissait au ministère, portait : étant nécessaire de pourvoir à la compagnie vacante par la mort, ou abandonnement, ou retraite. Redire aujourd’hui le mot abandonnement, c’est témoigner combien était vicieuse alors l’administration des capitaines de l’infanterie française.

     

     

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