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  • Le 28 février 1674 -  La prise de Gray dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-prise-de-Gray-par-les-Français-150x150

     La prise de Gray par les Français

    D’après « Deux époques militaires à Besançon et en Franche-Comté : 1674-1814 » – Léon Ordinaire – 1856

    De même que le comté de Bourgogne, relativement aux états du centre de l’Europe, pouvait être comparé à une vaste forteresse disposée contre la France, de même la ville de Gray tenait lieu à cette forteresse elle-même, tantôt de sentinelle avancée pour la défense, tantôt d’embrasure menaçante pour l’attaque. Aussi les lieutenants de Louis XIV s’étaient-ils efforcés d’en raser les défenses, en 1668, à l’instant de leur départ.

    De leur côté, les gouverneurs espagnols, pendant les six années qui venaient de s’écouler, en avaient activé la réédification de tout leur pouvoir. Outre les deniers affectés à ce travail par le trésor royal, presque toutes les communautés et les villes d’amont durent y entretenir des ouvriers. L’enceinte était donc de nouveau, sinon en état respectable de défense, du moins à l’abri d’une surprise et capable d’arrêter pendant quelques jours une armée de siège.

    Équivalente à un heptagone irrégulier, elle avait la forme générale d’un trapézoïde. Le plus grand côté s’appuyait, hors d’insulte, à la rivière, mais les trois autres, à peine protégés par des demi-lunes et des chemins couverts imparfaits, restaient exposés aux attaques de l’ennemi, maître de la rive gauche de la Saône.

    La garnison, composée de deux cents Allemands du régiment de Maras, d’un nombre égal de dragons Massiette, de cent Suisses, de cent cinquante Italiens, de quatre cents bourgeois et de plusieurs compagnies de milices, pouvait monter à deux mille hommes. Ce n’est pas la moitié du chiffre auquel conduit l’évaluation rigoureuse pour une enceinte de ce développement, cette enceinte fût-elle exempte de défectuosités majeures.

    Massiette était gouverneur de la place ; le major espagnol Hernando Hernandès en était le commandant d’armes. Celui-ci, prudent, actif et résolu, présent partout et puissamment aidé par le mayeur Hugon, organisait avec succès toutes les ressources d’une défense énergique. Nous connaissons l’autre comme plus apte à des coups de mains de corps francs, qu’aux opérations sérieuses de la guerre et surtout à la résistance d’une place forte. Brûlant toutefois de démentir ceux qui avaient dénigré son honneur ou sa capacité militaire, il était parvenu à inspirer aux bourgeois le courage du désespoir, en leur persuadant que les Français avaient juré de raser leur ville si elle tombait en leur pouvoir. Intérieurement, il n’espérait pas le succès, car il ne cessait de demander des renforts à Alveyda, et, sans la promptitude de l’investissement, il eût exécuté son intention secrète de courir la campagne avec sa cavalerie, en abandonnant la ville à son destin.

    Le duc de Navailles partit de Pesmes le 23 février à six heures du matin. Ses premières vedettes furent aperçues de Gray, dans la direction de l’ermitage Saint-Adrien. Elles éclairaient vingt escadrons de cavalerie qui s’avançaient principalement par Veley, Gray-la-Ville et les Capucins.

    L’infanterie arriva le même jour par les deux rives, et la place fut complétement bouclée, selon l’expression du temps. Cet investissement brusqué eut tous les résultats que Navailles en espérait. Les détachements de la garnison, qui commençaient à incendier les villages et les maisons propres à favoriser les établissements de l’armée assiégeante, durent se réfugier avec précipitation dans la place, abandonnant aux Français des abris contre la rigueur de la saison, contre les feux de la place, et des provisions contre la disette. Vainement les assiégés tentèrent-ils de réparer leur imprévoyance par une sortie lancée vigoureusement, vers deux heures du soir, dans la direction de la croix d’Apremont : il était trop tard. Massiette, avec sa cavalerie et un corps d’hommes de pied maniant assez habilement quelques fauconneaux, fut refoulé dans la place après un court engagement, rapportant en triomphe, il est vrai, la grande canne à grosse pomme d’argent d’un officier français blessé, mais laissant sur le terrain plusieurs bourgeois, entre autres M. Lonchamp, l’un des plus considérables.

    Navailles assistait en personne à cette affaire, où il eut deux de ses gens tués à ses côtés et son chapeaupercé d’une balle, si près de la tête, que les cheveux de sa perruque sortaient par les trous. « Je reçus en cette occasion, dit-il dans ses mémoires, un coup de mousqueton qui perça mon chapeau en trois endroits et m’emporta une partie de ma perruque ». Un bourgeois nommé Martin parvint, durant l’action, à passer à travers les Français pour porter une lettre à Alveyda dans laquelle on avouait ne pouvoir tenir plus de quatre jours, si l’on n’était promptement secouru.

    Navailles établit son quartier général au village de Gray-la-Ville, non loin de la Saône. Il fit remonter son pont volant jusqu’en cet endroit ; plusieurs bateaux arrivèrent d’Auxonne chargés de munitions et d’un renfort de deux pièces de 24. Mais si la communication entre les deux rives se trouva désormais établie, le débordement des eaux la rendit peu sûre et ne cessa de provoquer la sollicitude du général, ainsi qu’on le verra dans ses rapports.

    Dans la nuit du 23 au 24, les Français entreprirent la construction de trois batteries. La première contre le bastion des Capucins ; la seconde à l’endroit des Cordeliers ; la troisième, sur la rive droite, destinée à battre la Porte-Basse depuis la levée qui est en face.

    Le 24, l’assiégeant perfectionna ses batteries et construisit des places d’armes à proximité pour les protéger contre les sorties.

    La nuit suivante, il s’établit à la sape volante, au moyen de tonneaux pleins de terre et de sacs bourrés de laine et de foin, à l’extrémité du pont rompu seulement la veille, et commença, dès la pointe du jour, à inquiéter les défenseurs des bastions Précipiano et du Moulin. Mais ces braves remarquant à l’aube du jour que ce logement, à peine occupé par une trentaine d’hommes, n’était point encore relié en arrière aux établissements de la Folie, franchissent la rivière sur des barques, au nombre de soixante bourgeois et soldats, et, conduits par le lieutenant de dragons Duguay, abordent l’ennemi avec une vigueur telle que le poste est enlevé en un instant.

    Neuf Français parvinrent seuls à s’échapper : les autres et le sergent qui les commandait furent égorgés ; un seul, blessé au visage, fut ramené prisonnier dans la place.

    Le même jour 25, l’assiégé, enhardi par ce succès, tenta de petites sorties vers les Capucins et la Porte-Haute, mais il échoua contre les dispositions prises de ce côté, qui était la véritable attaque. Les Français, tout en faisant ressortir leur propre fermeté, rendirent justice à la bravoure déployée par la garnison dans ces combats. « Cependant les assiégés, dit la Gazette de France, continuèrent à montrer une constance à faire peur à des gens qui seraient plus susceptibles de cette passion que les Français ; lesquels au contraire sont bien aises de trouver des ennemis dignes qu’ils mesurent leurs armes avec eux ».

    Le premier bataillon des gardes françaises monta la tranchée, la nuit du 25 au 26. Un grand feu de mousqueterie fut échangé de part et d’autre : la place tira de quelques pièces en fer.

    Le 26, à la pointe du jour, l’assiégeant ouvrit son feu et tira, pendant cette journée, six cents volées de canon, nombre énorme si l’on considère qu’il n’avait alors en batterie que six pièces, deux de 24, deux de 14, deux autres de calibre inférieur, et qu’il fallait rétablir à chaque instant les plates-formes construites sur un terrain détrempé par le dégel et par les pluies.

    Cette artillerie se proposait deux buts distincts qui furent promptement atteints : raser les palissades et toutes les défenses apparentes, intimider la population en semant parmi elle la destruction et la mort. L’église paroissiale, celle des Carmes, le couvent des Carmélites et quantité de maisons particulières furent criblés de boulets. Sur le soir, on aperçut de la place un renfort d’infanterie française débouchant dans la direction de Champvans. Un nouveau messager, porteur d’une demande plus instante de secours, ne put parvenir à franchir les lignes qui bouclaient la place.

    La nuit du 26 au 27, le second bataillon des gardes françaises monta la tranchée. L’assiégeant, profitant d’un rideau de terrain qui le dérobait aux feux des remparts, s’établit à la sape volante en face de la courtine de la conciergerie. Après avoir reconnu cette position, Massiette et don Hernandès renoncèrent à en déloger l’ennemi.

    La journée du 27 vit l’assiégeant resserrer la place plus étroitement : l’agonie de la défense avait sonné. A la chute du jour, pendant qu’une fausse attaque du côté du collège divisait l’attention de la garnison, le régiment Lyonnais, qui avait relevé les gardes françaises, déboucha du logement exécuté la veille et attaqua le chemin couvert avec l’irrésistible impulsion de soldats français aguerris.

    La résistance fut digne de tels adversaires. Pendant les quatre heures que dura ce combat meurtrier, chacun des grenadiers du Lyonnais lança jusqu’à quatre-vingts grenades, et trois des plus habiles furent signalés comme en ayant lancé jusqu’à cent. De l’aveu même des Français, ce régiment perdit cent-vingt hommes et douze officiers.

    Mais les pertes de la garnison dépassèrent ces chiffres. Le sieurLambert, lieutenant-colonel des dragons Massiette, se signala par sa brillante valeur : on le rapporta couvert de blessures, dont une en pleine poitrine. Ce colonel ne cessa de combattre « l’épée à la main avant tout ce qu’il y avait de plus brave ».

    A minuit, la contrescarpe était au pouvoir de l’assiégeant. Il ne restait aux défenseurs, pour dernière ressource, qu’une escarpe sans relief, bouleversée, impropre à les soustraire à l’affreux destin d’un assaut imminent. Après une courte conférence avec le mayeur Hugon, Massiette voulut néanmoins tenter un dernier retour offensif. Les bourgeois, qui avaient partagé bravement tous les dangers du soldat, mêlés avec lui dans les postes les plus exposés, commençaient à rentrer en désordre. Massiette les arrête, ferme les barrières, jurant de faire tirer sur les fuyards. On combat encore quelques instants, mais sans succès et tout à coup le sauve qui peut devient général.

    En ce moment suprême, une protection providentielle sauva la ville du dernier des malheurs. Le courage déployé par les défenseurs se conciliait mal, aux yeux de l’assaillant, avec une retraite aussi précipitée : les officiers du Lyonnais, craignant que par un stratagème, on ne voulût attirer leur colonne d’attaque sur quelque fourneau de mine, arrêtèrent un instant leurs soldats prêts à s’élancer à l’assaut.

    C’est ainsi que le découragement subit des défenseurs, qui devait entraîner leur perte, devint au contraire la cause de leur salut. Ils eurent le temps de battre la chamade, et la capitulation fut conclue, vers deux heures du matin, non sans un commencement de désordres.

     

     

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