Restez à jour: Articles | Commentaires

  • 26 février 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 25 février 1799 - La prise de Gaza dans EPHEMERIDE MILITAIRE Carte-de-la-campagne-de-Syrie-150x150

    La prise de Gaza

    D’après « Correspondance de Napoléon Ier, publiée par ordre de l’empereur Napoléon III » – 1870

     

    Le général Kleber, commandant l’avant-garde, partit le 22 février avant le jour. Il devait aller coucher au puits de Zàouy pour arriver le lendemain à Khan-Younès. Il avait ordre de pousser un avant-poste sur Khan-Younès, si cela lui était possible. D’El-A’rych à Khan-Younès, il y a quatorze lieues.

    Le général en chef partit le 23 à une heure après midi, avec 100 dromadaires et 200 gardes à cheval. Il marcha au grand trot pour joindre l’avant-garde. Arrivé au santon de Kharoub, il trouva un grand nombre de fosses où les Arabes enterrent des blés et des légumes ; aucune n’était fouillée. Arrivé au puits de Zàouy, il ne trouva pas de traces de l’avant-garde.

    Le temps était frais ; il arrivait souvent dans le désert que les soldats préféraient doubler la marche pour gagner un meilleur pays. Arrivé au puits de Reyfah, le soleil se couchait. Il ne trouva là non plus aucune trace de la division ; il arriva enfin sur la hauteur, vis-à-vis de Khan-Younès. Le village est dans le fond.

    Il faisait encore un peu jour, il aperçut une grande quantité de tentes. Le camp était beaucoup trop grand pour pouvoir ctre celui du général Kleber. Peu de moments après, le piquet d’escorte tira quelques coups de carabine contre les grand’gardes de l’ennemi. Un chasseur arriva au galop pour prévenir qu’il faisait le coup de carabine avec les Mameluks d’Ibrahim-Bey ; qu’on voyait un camp très considérable qui prenait les armes et dont la cavalerie montait à cheval. On se peindra facilement l’étonnement de l’état-major. Qu’était donc devenue l’avant-garde ?

    Les chevaux étaient très fatigués ; ils avaient, eu neuf heures de temps, fait douze lieues. On allait être poursuivi par une nombreuse cavalerie fraîche, il fallut battre promptement en retraite. Les puits de Reyfah étaient trop près, on arriva à celui de Zàouy à onze heures du soir. Les partis qui s’étaient dirigés le long de la mer et par le désert n’apportèrent aucune nouvelle.

    A trois heures après minuit, un piquet de 12 dromadaires, revenant de Gaïan, amena un Arabe qu’il avait trouvé dans une petite cabane ; il gardait un troupeau de chameaux. Il dit que les Français, à trois lieues d’El-A’rych, avaient quitté la route de Syrie pour suivre une route tracée, et s’étaient dirigés du côté de Gam : c’était le chemin de Karak. Le général en chef partit sur l’heure même, guidé par cet Arabe.

    A la pointe du jour, il rencontra trois ou quatre dragons de l’avant-garde qui lui donnèrent les nouvelles les plus déplorables. Kleber s’était égaré, il avait marché quinze heures sans s’apercevoir de son erreur. Mais, à cinq heures après midi, plusieurs soldats, étonnés de ne point trouver le santon de Kharoub, où les gens d’El-A’rych leur avaient dit qu’ils devaient trouver des fosses de légumes, communiquèrent leurs inquiétudes à leurs officiers, qui en instruisirent le général. Ainsi prévenu, Kleber s’orienta et s’aperçut qu’il s’était égaré.

    L’avant-garde n’avait à sa suite que quelques chameaux chargés d’eau. Elle avait fait la soupe, et immédiatement après elle s’était remise en marche au lever de la lune, pour revenir sur ses pas et regagner le puits de Zàouy. Elle savait que le général en chef devait la suivre, elle en était fort inquiète, lorsqu’à dix heures du matin il lui apparut. Aussitôt que les soldats reconnurent sa capote grise, ils la saluèrent par des cris de joie redoublés. Le découragement était tel que plusieurs avaient brisé leur fusil.

    Napoléon rallia la division, fit battre à l’ordre et dit aux soldats « que ce n’était point en se mutinant qu’ils remédieraient à leurs maux ; au pis aller, qu’il valait mieux enfoncer sa tête dans le sable et mourir avec honneur que de se livrer au désordre et de violer la discipline ».

    Il leur annonça qu’ils n’étaient point éloignés du puits de Zàouy, que des chameaux chargés d’eau venaient à leur rencontre. A midi, la division Kleber arriva au puits de Zàouy, au même moment où le reste de l’armée et les chameaux de réserve y arrivaient d’El-A’rych. Il ne lui manqua que cinq hommes morts de soif ou égarés.

    Lannes prit l’avant-garde et coucha le soir même à Khan-Younès. Des prisonniers dirent que, l’avant-veille, à la vue de l’escorte du général en chef, Abdallah était monté à cheval et avait poussé jusqu’à Reyfah avec toute sa cavalerie. Mais, la nuit était devenue très obscure, il avait cessé sa poursuite, de crainte de tomber dans quelque embuscade. Le grand désert était passé. Il y avait à Khan-Younès de grands jardins. L’eau des puits était bonne et assez abondante, non seulement pour suffire aux besoins du jour, mais encore pour remplir les outres, car de ce village à Gaza, il n’y a pas de puits.

    L’armée séjourna le 24 février à Khan-Younès ; elle partit le 25 avant le jour. A trois lieues, elle rencontra l’avant-garde d’Abdallah et lui fit quelques prisonniers.

    Ce général couvrait la ville de Gaza. Il avait reçu des renforts ; il comptait sous ses ordres 12 000 hommes, dont 6 000 de cavalerie. Il attendait à chaque instant l’armée de l’agha de Jérusalem, ainsi que quatorze pièces de canon du parc de campagne de Jaffa. Il aurait donc une armée d’une vingtaine de mille hommes.

    Son infanterie n’était pas disciplinée ; elle ne pouvait être de quelque considération qu’autant qu’elle se posterait derrière les murailles de Gaza.

    La cavalerie était composée :
    - des Mameluks d’Ibrahim-Bey : c’étaient des troupes d’élite, mais ce bey, qui était arrivé en Syrie avec 1 000 hommes, n’en avait plus que 5 ou 600 à cheval
    - des Arnautes de Djezzar-Pacha, au nombre de 3 000 chevaux
    - des Detelhs de Damas, au nombre de 2 000.

    Les Arabes augmentaient ou diminuaient au camp, selon leur usage ; les prisonniers calculaient qu’il y en avait constamment un millier.

    A trois heures après midi, les deux armées se trouvèrent en présence. Celle d’Abdallah avait sa droite appuyée au gros mamelon dit d’Hebron, où Samson porta les portes de Gaza. Ce mamelon est situé vis-à-vis de Gaza, dont il est séparé par une vallée de 7 ou 800 toises de largeur. Sa cavalerie était toute sur sa gauche ; il n’occupait pas la ville de Gaza, mais seulement le fort, où il y avait de grosses pièces d’artillerie.

    Napoléon donna la gauche à Kleber, le centre au général Bon. Toute la cavalerie, sous les ordres de Murat, tint la droite, et, comme elle était fort inférieure en nombre, il l’appuya par trois carrés de l’infanterie du général Lannes. Les hussards amenèrent quelques prisonniers, qui annoncèrent que l’agha de Jérusalem n’était pas encore arrivé, et que la division d’artillerie du parc de Jaffa n’était pas encore sortie de cette place, faute d’attelages.

    Abdallah n’avait donc que 10 à 12 000 hommes avec deux seules pièces d’artillerie : il n’était pas bien redoutable. Le général Kleber donna tête baissée dans la vallée, entre Gaza et la droite de l’ennemi, et se porta sur ses derrières. La cavalerie, soutenue par les carrés du général Lannes, tourna la gauche, tandis que le général Bon, avec le centre, marchait de front.

    Aussitôt que ces mouvements furent démasqués, les Turcs se mirent en retraite et évacuèrent toutes leurs positions. Les Mameluks d’Ibrahim-Bey se comportèrent seuls avec courage. Ils enfoncèrent trois escadrons de tête du général Murat, mais, pris en flanc, ils furent ramenés. Les Tchorbadjis étaient un peu meilleurs que les Arabes, toutefois très inférieurs aux Mameluks, et hors d’état de se mesurer, même en nombre triple, avec les dragons. Ces derniers poursuivirent l’ennemi pendant deux lieues, l’épée dans les reins. Mais les Turcs sont très lestes ; ils n’avaient aucun bagage, et seulement deux pièces d’artillerie qu’ils abandonnèrent. Les Mameluks d’Ibrabim-Bey soutinrent la retraite. Abdallah perdit 2 ou 300 hommes. L’armée française eut une soixantaine d’hommes tués, blessés ou prisonniers.

    Les cheiks et les ulemas de Gaza apportèrent les clefs de leur ville. Les proclamations du divan de Gàma el-Azhar, qui suivait l’armée, nous avaient concilié l’opinion des habitants ; ils ne se démentirent pas pendant toute la campagne.

    Le soir même le fort fut cerné, et, par l’influence des habitants, l’agha qui le commandait le remit à la pointe du jour. Il y avait de l’artillerie, des magasins et l’équipage d’outres de l’armée turque.

    Gaza est située à une demi-lieue de la mer. Le débarquement à la plage y est très difficile, il n’y a aucun havre ni aucun débarcadère. La ville est placée sur un beau plateau, qui a deux lieues de tour. Cette ville a été forte ; Alexandre l’assiégea, eut des difficultés à vaincre et y fut dangereusement blessé. Mais aujourd’hui, ce n’est plus que l’assemblage de trois bourgades, dont la population s’élève à 3 ou 4 000 âmes.

    La plaine de Gaza est belle, riche, couverte d’une forêt d’oliviers, arrosée par beaucoup de ruisseaux. Il y a un très grand nombre de beaux villages.

    L’armée campa dans les vergers autour de la ville ; elle occupa les hauteurs par de forts détachements. Au milieu de la nuit, elle fut réveillée par un phénomène auquel elle n’était plus accoutumée : le tonnerre gronda, l’atmosphère fut embrasée d’éclairs, la pluie tombait par torrents.

    Le soldat poussa des cris de joie ; depuis près d’un an, il n’avait pas vu une seule goutte de pluie : « C’est le climat de France » disait-il. Mais, la première heure passée, la pluie, contre laquelle il n’avait aucun abri, le fatigua ; la vallée fut bientôt inondée. Le général en chef fit porter ses tentes sur la hauteur d’Hébron.

    On se ressentit de l’abondance du territoire. L’armée se reposa quatre jours pour se refaire des fatigues du désert. Elle eut des vivres en abondance et de très bonne qualité.

     

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso