• 26 février 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     Le 24 février 1525 - La bataille de Pavie dans EPHEMERIDE MILITAIRE François-Ier-est-fait-prisonnier-à-la-bataille-de-Pavie-150x150

     

    François Ier est fait prisonnier à la bataille de Pavie

    D’après « Histoire générale de France » – Abel Hugo – 1841

     

    En s’éloignant de Marseille, l’armée impériale rentra dans le Milanais. François Ier, sans être arrêté par la nouvelle que la reine Claude, sa femme (qui lui avait successivement donné trois fils et quatre filles), venait de mourir à Blois le 20 juillet 1524, se décida à franchir les Alpes et les Apennins, et à suivre l’ennemi dans les plaines de la Lombardie. Il confia de nouveau la régence à sa mère, prit Milan, et vint mettre le siège devant Pavie, dont la prise devait lui rendre et assurer la possession du Milanais.

    Pavie, place forte située sur le Tésin, était défendue par Antonio de Leyva, célèbre capitaine espagnol, ayant sous ses ordres une garnison nombreuse, aguerrie, et qui, pendant plus de quatre mois, quoique privée de vivres et presque de munitions, se défendit avec un courage opiniâtre, et donna ainsi au connétable de Bourbon le temps de rassembler une armée pour la secourir.

    François Ier, retenu devant la ville assiégée, envoya dans le royaume deNaples un petit corps d’armée sous les ordres du duc d’Albany, pensant que la conquête de ce royaume serait aussi facile sur les Espagnols qu’elle l’avait été sur les Napolitains. Le roi affaiblit ainsi son armée principale, qui, campée dans le parc de Mirabel, partageait les privations qu’elle imposait aux troupes renfermées dans la ville qu’elle assiégeait.

    Cependant le connétable de Bourbon, avec 12 000 lansquenets, vieux soldats presque tous, s’était rallié à Lodi, à Pescaire et à Lannoi, qui commandaient les débris de l’armée impériale. Ces forces réunies, s’élevant à 18 000 fantassins, 700 chevau-légers, et 700 lances (4 200 cavaliers), étaient supérieures en nombre à l’armée française, qui ne comptait pas plus de 14 000 fantassins et 700 lances (5 600 cavaliers).

    François Ier tint un grand conseil de guerre pour savoir s’il fallait exposer le succès de la guerre aux hasards d’une bataille générale.

    « Tous les vieux capitaines qui avoient acquis tant de gloire sous Charles VIII, sous François Ier, Lodis d’Ars, Saint-Severin, les Galiot de Genouillac, le maréchal de Chabannes, le maréchal de Foix lui-même, quoique plus jeune et plus bouillant, surtout le fameux La Trémouille, instruit par les succès et par les malheurs, osèrent proposer de lever le siège, d’éviter la bataille, et de se retirer à Binasco. Ils ne pouvoient soutenir l’idée des désastres que la perte d’une bataille alloit entraîner. Ils voyoient les troupes affaiblies, fatiguées, abattues ; ils sentoient qu’elles auraient affaire à des troupes qui n’avoient éprouvé ni les fatigues d’un siège, ni les rigueurs de la mauvaise saison. L’intérêt des impériaux étoit de combattre, parce que, n’ayant point d’argent, ils ne pouvoient se flatter de retenir longtemps les lansquenets, qui ne s’étoient engagés à servir que dans l’espérance d’une bataille prochaine. Les François, au contraire, dévoient attendre dans des postes assurés que ce torrent s’écoulât de lui-même. Ce sage délai, en procurant à l’armée françoise un repos dont elle avoit besoin, et en donnant le temps d’arriver aux renforts qu’on attendoit de la France, de la Suisse, et de l’Italie, mettrait le roi en état de conquérir facilement tout le Milanois aussitôt que le défaut de payement aurait dissipé les lansquenets. Tel étoit l’avis presque unanime des officiers expérimentés ».

    Mais ces conseils prudents avaient peu d’influence sur le roi, qui croyait son honneur attaché à la prise de Pavie. L’amiral Bonnivet, flattant les désirs secrets de son maître, s’opposa avec vigueur à toute retraite, et montra dans une bataille prochaine une victoire certaine que la présence du roi rendrait plus glorieuse. Le maréchal de Chabannes (La Palice) voulut répliquer et soutenir l’avis des vieux chefs. Bonnivet l’interrompit en lui disant : «Vous parlez plus selon votre âge que selon votre cœur ; mais le roi a plus de foi en votre valeur qu’il n’a besoin de votre prudence ». Il fut résolu qu’on attendrait l’ennemi.

    Le camp français, établi de manière à défendre de tous côtés l’entrée de Pavie, comprenait dans son enceinte le parc de Mirabel, où étaient placées l’artillerie et l’arrière-garde aux ordres du duc d’Alençon. On ne pouvait faire entrer de secours dans la ville sans forcer les retranchements du camp, ou sans renverser les murailles du parc. L’avant-garde, commandée par le maréchal de Chabannes, et le corps de bataille, commandé par le roi lui-même, occupaient la partie du camp voisine du parc, et qui dominait avec avantage toute la campagne.

    Les impériaux résolurent de pénétrer dans Pavie par le parc de Mirabel. Dans la nuit du 23 au 24 février, après avoir fait mettre aux soldats des chemises par-dessus leurs armes pour les reconnaître dans l’obscurité, ils s’avancèrent silencieusement vers le parc, tandis que, pour occuper les Français dans leur camp et détourner leur attention, ils faisaient deux fausses attaques appuyées par le feu de l’artillerie. A la faveur de ce bruit, les pionniers réussirent à saper sans obstacle les murailles du parc.

    Au point du jour, les Espagnols y entrèrent en foule par une brèche large de plusieurs toises, et tournèrent, les uns vers Mirabel, en se dirigeant vers Pavie, les autres vers le camp français, du côté où il communiquait au parc.

    Le roi, croyant que l’effort de l’ennemi allait se porter sur le château de Mirabel, sortit à la hâte du camp, et déploya sa gendarmerie dans le parc. Mais déjà le jeune marquis du Guast (Alphonse d’Avalos), digne cousin de Pescaire, avait forcé ce château, l’épée à la main, et surpris la garnison. Déjà même un détachement de sa troupe était arrivé aux portes de Pavie.

    Galiot de Genouillac, « qui avoit eu tant de part à la victoire de Marignan, et qui eut vaincu seul à Pavie, si on n’eût pas rompu toutes ses mesures », dirigea avantageusement son artillerie contre les impériaux qui entraient par la brèche, et les mit dans le plus grand désordre.

    « Le roi eût dû sans doute se contenter d’accabler les restes de la troupe de du Guast, enfermée dans le parc, et séparée du gros de l’armée ennemie. Il eût dû se reposer sur les batteries de Genouillac du soin de défendre la brèche ; mais il ne put voir de sang froid les ennemis s’ébranler, et présenter les apparences d’une défaite prochaine. Il crut qu’il se rendroit indigne des faveurs de la victoire, s’il les négligeoit : son courage l’emporta, il sortit du parc, et se répandit dans la campagne avec toute sa gendarmerie, faisant ainsi la faute énorme de masquer les batteries qui tonnaient par la brèche ».

    Les impériaux, à l’abri du canon, reprirent courage, et se rallièrent. Bourbon avec les Allemands, Pescaire avec les Espagnols, Lannoy avec les Italiens, s’avancèrent pour envelopper le roi, tandis que du Guast, quittant le parc de Mirabel, revenait attaquer les Français par derrière, et qu’Antonio de Leyva, faisant une sortie vigoureuse avec toute sa cavalerie, secondait les efforts des Impériaux.

    L’avant-garde du maréchal de Chabannes, et l’arrière-garde du duc d’Alençon, voyant l’affaire engagée en pleine campagne, accoururent au secours du corps de bataille, et lui formèrent deux ailes. « Le maréchal de Chabannes étoit à la droite, le duc d’Alençon à la gauche. Entre l’aile droite et le corps de bataille, formé de la gendarmerie françoise, etoient les célèbres bandes noires, réduites à 5 000 hommes, et conduites par le duc de Suffolk. A gauche, entre le corps de bataille et le duc d’Alençon, étoit un corps de 8 000 Suisses, conduits par le colonel Diespach ».

    Les impériaux divisèrent leur armée en plusieurs corps particuliers, prêts à se porter partout, et à s’entre-secourir. Leurs principaux efforts se portèrent contre le corps de bataille des Français et l’aile droite.

    « Les bandes noires, soutenues par leur propre courage, par les exhortations de Suffolk, et par le désespoir où on les avoit réduites (car, pour les punir d’avoir pris parti dans les troupes de France, on les avoit mises au ban de l’empire), les bandes noires avaient en tête les Allemands de Bourbon, qui, les regardant comme rebelles à la patrie, les combattoient avec cette horreur qu’inspire aux Allemands la rébellion, quoique eux-mêmes fussent alors commandés par un rebelle ». Bourbon fit faire à ses landsknechts un mouvement décisif. « Ils allongèrent les deux pointes de leur gros bataillon, et, serrant les bandes noires, dit Varillas, comme dans une tenaille, ils les écrasèrent, et les détruisirent entièrement ». Le comte de Vaudemont et le duc de Suffolk furent tués.

    Les landsknechts tournèrent ensuite leurs efforts contre l’aile droite des Français, séparée du corps de bataille. Cette aile était fort affaiblie par un combat qu’elle avait livré à un gros corps de cavalerie napolitaine, commandée par Castaldo, lieutenant de Pescaire. Le maréchal de Chabannes avait jusqu’à deux fois enfoncé cette cavalerie, et jusqu’à deux fois, elle s’était ralliée. Accablé par la multitude, il vit sa troupe se disperser sans pouvoir la retenir. Il eut son cheval tué sous lui, et, malgré son grand âge, s’en étant dégagé avec adresse, il allait se jeter dans une autre troupe pour combattre à pied, lorsqu’il fut fait prisonnier par Castaldo. Celui-ci, voulant le mettre en lieu de sûreté, rencontra un capitaine espagnol, nommé Buzarto.

    « Chabannes étoit le plus beau vieillard de son siècle : sa bonne mine, son air noble, et la magnificence de sa cotte d’armes, firent juger à Buzarto que c’étoit un prisonnier considérable, et dont la rançon serait forte ; il voulut être associé au profit de la prise. Castaldo allégua les droits de la guerre, et refusa de partager. Et bien, dit Buzarto, il ne sera ni pour toi ni pour moi, et il tua Chabannes d’un coup d’arquebuse ».

    Au corps de bataille, le roi combattait valeureusement. Une cotte d’armes de toile d’argent, un casque orné de grands panaches, le faisaient aisément reconnaître. Si tous les soldats de son armée eussent pu exécuter autant de coups de main qu’il en exécuta lui-même, jamais les impériaux n’auraient pu leur résister. Il blessa à la joue un gentilhomme franc-comtois, nommé d’Andelot, et tua de sa main Fernand Gastriot, marquis de Saint-Ange, dernier descendant des anciens rois d’Albanie, et petit-fils de Scanderberg.

    La troupe italienne, que commandait le marquis de Saint-Ange, fut aisément dispersée par la gendarmerie française et par les Suisses. Mais le marquis de Pescaire, s’étant avancé à la tête des Espagnols, arrêta leurs progrès. « Quinze cents arquebusiers basques, d une agilité extrême, et qu’il avoit dressés depuis longtemps, s’approchoient des rangs serrés de la gendarmerie françoise, faisoient contre eux une décharge, et, disparoissant tout à coup avec rapidité, alloient recharger, à l’abri du danger, pour revenir faire une nouvelle décharge ».

    Le roi crut offrir moins de prise à leurs coups en ordonnant à sa gendarmerie d’élargir ses rangs, le mal en devint plus grand. Les Basques se mêlaient parmi les cavaliers, choisissaient celui qu’ils voulaient frapper, miraient leur coup à loisir, et le faisaient toujours tomber sur les capitaines qui se distinguaient le plus par leur courage. Ainsi ce corps invincible de la gendarmerie française se vit presque entièrement détruit par cette troupe irrégulière, presque invisible, presque impalpable, dont toute la force consistait dans la fuite.

    « La Trémouille eut à la fois la tête et le cœur traversés par deux balles, comme si les Basques eussent choisi en lui les deux plus nobles parties, comme ils choisissoient dans sa troupe les plus vaillants hommes pour les frapper. Le grand écuyer Galéas de Saint-Severin tomba percé de coups. Louis d’Ars, le vaillant compagnon de Bayart, fut démonté, foulé aux pieds, et étouffé dans la presse, ainsi que le comte de Tournon. Le comte de Tonnerre fut si défiguré des coups qu’il reçut, qu’à peine on put le reconnoitre dans la foule des morts après la bataille ».

    Le baron de Trans, placé à l’aile gauche, où commandait le duc d’Alençon, se plaignait du sort qui lui enlevait les occasions de se signaler : son fils unique avait combattu avec beaucoup de courage au corps de bataille. Cédant à l’épuisement, à la fatigue, et poussé par la vicissitude du combat auprès de l’aile gauche, il crut pouvoir se retirer auprès de son père. Mais celui-ci, le regardant avec indignation, lui demanda : « Où est le roi ? » « Je n’en sais rien » répondit le jeune homme. « Allez l’apprendre, répliqua le vieillard, d’un ton sévère ; il a vous est honteux de l’ignorer ». Le jeune Trans rentra dans la mêlée, pénétra jusqu’au roi, et mourut sous ses yeux, d’un coup d’arquebuse.

    Cependant le duc d’Alençon, beau-frère du roi, et premier prince du sang, au lieu de voler au secours du corps de bataille avec l’aile gauche tout entière, qui n’avait pas encore donné, s’épouvantade la ruine de l’aile droite, du désordre du centre, et fit lâchement sonner la retraite.

    Les Suisses, qui comptaient être soutenus par sa cavalerie, s’épouvantèrent à leur tour, et crurent qu’on voulait les sacrifier à la haine des Allemands, qui s’avançaient en ce moment pour les presser, comme ils avaient fait des bandes noires. Ce fut en vain que Fleurante employa, pour retenir les Suisses, les plus fortes remontrances, les offres les plus sincères. Ce fut en vain qu’il voulut faire mettre pied à terre à sa compagnie d’hommes d’armes, et la faire charger au premier rang. Les Suisses n’étaient déjà plus en état de rien entendre : Diespach, leur chef, homme plein décourage et d’honneur, se précipita de désespoir au milieu des Allemands, et s’y fit tuer.

    Fleurange courut se ranger auprès du roi. La Roche du Maine, lieutenant de l’aile gauche, ayant en vain combattu l’étrange résolution du duc d’Alençon, le quitta, et, ainsi que le baron de Trans, rejoignit le corps de bataille. « C’étoit là que se rassembloient tous ceux qui aimoient l’honneur, le roi, la patrie. Les débris de l’aile droite s’y étoient réfugiés. On voyoit les seigneurs françois se faisant jour, l’épée à la main, à travers mille périls, vers l’endroit où combattoit leur roi, afin de lui faire un rempart de leur corps. Les pelotons épars de la gendarmerie presque détruite s’étoient rapprochés, et, combattant avec rage, étoient redevenus plus redoutables que jamais. Le roi les rallia. Ils s’élancèrent sur l’ennemi : la mêlée devint si forte, que l’escopeterie des arquebusiers cessa enfin ».

    Pescaire, pressé à son tour, reçut une blessure au visage ; il fut jeté à terre, foulé aux pieds des chevaux, et ne dut son salut qu’à la promptitude avec laquelle il fut dégagé. Lannoy s’avança pour le soutenir, et fut repoussé. C’était la première fois qu’il se trouvait à une bataille ; le moindre échec le déconcertait. On prétend que, dans son trouble, il oublia d’appeler à son secours le corps de réserve, mais il n’en eut pas besoin.

    Le lieu où se trouvait le roi étant le seul où l’on combattit encore, tous les impériaux s’y portèrent naturellement. Du Guast, Castaldo, de Leyva, arrivèrent successivement. Le corps qui détermina la victoire fut celui des landsknechts de Bourbon, auquel rien n’avait encore pu résister. Tous ces corps divers chargèrent ensemble avec tant d’impétuosité, que la gendarmerie qui combattait autour du roi fut rompue et ouverte sans pouvoir se rallier. Là périrent Chaumont, fils du fameux Chaumont d’Amboise, Hector de Bourbon, vicomte de Lavedan, François, comte de Lambesc, frère du duc de Lorraine et du comte de Guise, ainsi qu’une multitude d’autres braves chevaliers. Le maréchal de Foix et le bâtard de Savoie, oncle du roi, et grand maître de France, y furent blessés mortellement.

    Le malheureux Bonnivet, voyant les tristes effets du conseil qu’il avait donné, s’épuisait en vains efforts pour arracher son roi aux périls qui l’environnaient. Il ralliait tantôt quelques Suisses qui n’avaient pas suivi leur bataillon, tantôt quelques gendarmes qui ne pouvaient se résoudre à fuir ; il fut séparé du roi, et jeté hors de la mêlée par le choc violent des landsknechts. La fuite lui était possible « mais son âme était trop haute, et son repentir trop sincère ; jetant un triste regard sur le champ de bataille, il s’écria : Non, je ne puis survivre à un pareil désastre ; et, s’élançant sur le bataillon des landsknechts, tendant la gorge à toutes les épées et à toutes les piques, il se délivra de l’horreur de vivre ».

    Le connétable s’était flatté de le faire prisonnier ; il avait recommandé à ses soldats de s’attacher à le prendre vif. Lui-même il s’était armé en simple cavalier, pour que Bonnivet ne pût le distinguer ni tenter de lui échapper. Il passa à l’endroit où son ennemi venait d’être égorgé ; il y vit ses restes sanglants. A ce spectacle, sa colère ayant fait place à la compassion, il s’écria, en détournant les yeux : « Ah ! malheureux, tu es cause de la perte de la France et de la mienne ».

    Le roi seul combattait encore. Toute sa noblesse qui l’avait environné était massacrée ou prise. Il n’était plus défendu que par son courage et par un rempart effroyable de cadavres.

    « Tous les ennemis, dit Gaillard, qui osoient franchir cette barrière, payoient de leur vie leur témérité. Le combat romanesque d’Alexandre contre toute la garnison d’une ville des Indes, où il étoit seul entré par escalade, paroit moins incroyable que cette résistance opiniâtre du roi contre une armée entière. Alexandre, dans ce grand péril, tua trois Indiens qui le pressoient trop. François Ier avoit déjà tué de sa main cinq ou six de ses ennemis, lorsque son cheval, percé d’une balle, tomba mort, et, l’entraînant dans sa chute, se renversa en partie sur lui. Tous les soldats espagnols et allemands s’approchoient à l’envi, se disputant d’avance cette glorieuse prise.
    Le roi, blessé en deux endroits à la jambe, épuisé par le sang qui sortoit d’une autre large blessure qu’il avoit au front, froissé et presque écrasé par sa chute et par le poids de son cheval, eut assez de courage pour se relever, pour combattre à pied, et pour tuer encore deux de ses ennemis. Mille voix lui crioient de se rendre, et menaçoient de le tuer ; mais il lui étoit moins affreux de mourir que de se voir exposé à la brutale insolence des soldats ; il alloit sans doute se faire tuer, lorsque Pompérant, ce gentilhomme françois, qui avoit seul accompagné Bourbon dans sa fuite, arriva en cet endroit, et reconnut le roi à son courage, car le sang dont il étoit couvert avoit confondu tous ses traits. Pompérant eut assez d’autorité pour écarter les soldats, et pour pénétrer jusqu’au roi. Plein de respect pour ce grand prince, se souvenant qu’il étoit né son sujet, il se jeta à ses pieds, le conjurant de ne point s’obstiner davantage à sa perte, et de céder au sort qui trahissoit sa valeur ; il lui proposa de se rendre au duc de Bourbon. François, à ce nom, frémit de colère, et protesta qu’il mourrait plutôt que de se rendre à un traître ; mais il demanda le vice-roi. Pompérant l’envoya chercher ; il vint, et le roi lui remit son épée. Lannoy la reçut à genoux, baisa la main du prince, et lui donna une autre épée ».

    Après la bataille, le roi fut conduit dans un couvent de chartreux, près duquel il avait été pris, et dont les murailles avaient été renversées par le canon. Les religieux étaient en prières dans l’église. François Ier y entra par une brèche. Il se mit à genoux devant le grand autel.

    On achevait le 70e verset du 118e psaume. Le roi, dans le silence qui suivit son arrivée, reprit lui-même à haute voix, et récita le 71e verset : Bonum mihi quia humiliasti me, ut discam justificationes tuas, « Il est bon pour moi (ô Seigneur), que je sois humilié, afin que j’apprenne (à suivre) vos commandements ». Ce verset, dit de Thou, se rencontrait à propos pour sa consolation. Le calme des religieux, au moment où une terrible bataille venait d’être livrée aux portes de leur couvent, fit une profonde impression sur le roi.

    François Ier fut ensuite conduit dans le camp du vice-roi, où ses blessures furent pansées. Ce fut alors, s’il faut en croire l’auteur espagnol Antonio de Vera, historien de Charles-Quint, qu’il écrivit à sa mère ce billet, devenu célèbre : « Madame, tout est perdu, fors l’honneur ».

    La bataille était perdue. Les Français avaient eu 8 000 hommes hors de combat, les Impériaux n’avouèrent que 700 hommes tués.

    Parmi les prisonniers de marque, se trouvaient le jeune Henri d’Albret, roi de Navarre, et le prince de Bossolo, qui, peu de temps après, réussirent à s’échapper du lieu où on les gardait renfermés, suivant l’usage du temps ; le bâtard de Savoie ; le maréchal de Montmorency, qui avait été pris en accourant à la bataille ; les favoris du roi, Saint-Marsault, Brion-Chabot, Montchenu ; des capitaines qui valaient mieux que des favoris, Fleurange, de Lorges, Guillaume du Bellay, Longey, La Roche du Maine, Montejan, d’Annebaut, Boulières, Laval, et une foule d’autres non moins braves.

    Le comte de Saint-Pol avait été laissé pour mort sur le champ de bataille. L’avarice d’un soldat espagnol lui sauva la vie : ce soldat, pour lui ôter une bague, ayant essayé de lui couper un doigt, il poussa un cri aigu, revint à lui, et se nomma. Le soldat, craignant que si les généraux de l’empereur apprenaient qu’il eut un prince de la maison de France en son pouvoir, ils ne le lui enlevassent pour profiter de sa rançon, le conduisit secrètement à Pavie. Dès que le comte de Saint-Pol, guéri de ses blessures, put monter à cheval, il revint en France avec le soldat auquel il paya sa rançon, et donna une récompense.

    Le roi captif reçut avec un visage serein et une bonté calme les témoignages d’intérêt des soldats impériaux, qui, pour le voir, se pressaient autour de sa tente, et qui comparaient avec admiration la valeur et l’activité guerrière du noble prisonnier à la vie oisive de leur empereur.

    Un d’entre eux lui présenta, dit Antonio de Vera, une balle d’or qu’il disait avoir fait fondre exprès pour le tuer dans la bataille s’il l’avait rencontré ; il en avait aussi fait fondre six d’argent pour les principaux capitaines de l’armée française, et il les avait, disait-il, employées.

    François Ier accueillit les officiers généraux de l’armée impériale, et le connétable lui-même, avec dignité et affabilité.

    Celui qu’il reçut avec le plus de distinction fut le marquis de Pescaire. « Ce général, dès que ses blessures le lui permirent, s’empressa d’aller faire sa cour au roi ; mais alors que les autres officiers étalaient, depuis la bataille, une magnificence injurieuse aux Français, et due en partie à leurs dépouilles, il affecta de ne paraître devant François Ier qu’avec un simple habit de drap noir, comme s’il eût voulu marquer, par cette apparence de deuil, la part qu’il prenait au malheur d’un si grand prince. Son compliment, assorti à cet extérieur, fut simple et respectueux. Pescaire était un juste estimateur des vertus militaires. Il avait été le témoin de la valeur du roi ; elle avait fait naître en lui une vive admiration. Le roi l’embrassa, le fit asseoir à côté de lui, le combla d’éloges, lui attribua l’honneur de la victoire, et ils causèrent familièrement ensemble sur les circonstances de la bataille, comme deux grands artistes qui s’entretiennent de leur art ».

     

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso