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  • 12 février 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 8 février 1807 - La bataille d’Eylau dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-dEylau-La-défense-de-lAigle-150x150

     

    La bataille d’Eylau

    D’après « France militaire. Histoire des armées françaises de terre et de mer » – Abel Hugo – 1838

     

    Le matin du 7 février, l’avant-garde française rencontra, à un quart de lieue de Preuss-Eylau, l’arrière-garde russe, occupant un plateau en avant de cette ville. Deux régiments de ligne en chassèrent trois régiments russes qui le gardaient ; un régiment de cavalerie ennemie s’étant alors avancé au soutien de l’infanterie, le général Klein chargea ce régiment et le refoula sur Eylau.

    Les Russes avaient placé des troupes dans le cimetière et dans l’église de cette ville. Chargé de tourner la gauche de l’arrière-garde ennemie, le général de brigade Vivien, de la division Legrand, se trouva tout à coup en face de ces troupes : après un combat très meurtrier, le cimetière et l’église furent enlevés à dix heures du soir, la ville prise et les rues encombrées de cadavres russes et français.

    L’Empereur fit bivouaquer au-delà de la ville la division du général Legrand (corps du maréchal Soult). Le reste de l’armée fut mis en ligne en arrière et près de la ville : La division Saint-Hilaire à la droite, entre Eylau et Rothenen, ayant en seconde ligne la division Laval du même corps (maréchal Soult) ; le corps du maréchal Augereau en arrière sur la gauche ; la division de dragons du général Milhaud à la droite de la division Saint-Hilaire ; les divisions de dragons des généraux Grouchy et Klein, en arrière du centre de la ville ; la garde impériale, en seconde ligne et un peu à gauche ; la division de cuirassiers du général d’Hautpoul à gauche et un peu en arrière de la garde à cheval, ayant devant elle la cavalerie légère du général Lasalle.

    Le maréchal Davoust manœuvra pour tourner la gauche de l’ennemi, et le maréchal Ney pour opérer sur la droite le même mouvement. L’Empereur établit son quartier général sur le plateau, en arrière d’Eylau, au milieu de l’infanterie de la garde.

    L’armée française se composait de quatre corps, de la réserve de cavalerie et de la garde impériale ; en tout cent dix-huit bataillons et cent quarante-huit escadrons. L’infanterie montait à 55 000 hommes ; la cavalerie, à 10 000 chevaux et l’artillerie à 3 500 hommes, ce qui donne un total de 68 000 combattants.

    L’armée russe, forte de cent trente-deux bataillons, cent quatre-vingt-quinze escadrons et vingt-une batteries, se composait de sept divisions, formant un total de 70 000 hommes. Il faut y joindre le corps prussien qui avait été renforcé de deux régiments russes, et qui, par suite de ses pertes, ne peut être compté que pour 10 000 hommes, ce qui donne un total général de 80 000 combattants.

    La cavalerie était placée aux ailes et en réserve, réunie à deux fortes divisions d’infanterie ; le reste de l’infanterie était formé sur deux lignes, par bataillons alternativement déployés et en colonnes d’attaque. Soixante pièces d’artillerie légère formaient la réserve d’artillerie, et outre cette réserve formidable, cent cinquante pièces de douze et deux cent cinquante obusiers ou pièces de six étaient répartis sur le front des deux lignes.

    Le grand-duc de Berg avait annoncé à l’Empereur que les Russes battaient en retraite. La prise d’Eylau rendait cette supposition plausible. Napoléon y ajouta foi, et s’endormit excédé de fatigue. Depuis Varsovie, il marchait ou travaillait vingt heures par jour.

    L’armée française marchait depuis huit jours, sans magasins, au milieu des glaces et des neiges. Les troupes de Soult avaient emporté Eylau la nuit, de vive force ; le pillage d’une ville ainsi prise ne se peut guère éviter. La moitié des régiments s’était dispersée dans les maisons. Leur réveil fut terrible. L’Empereur, levé avant le jour, était déjà occupé à la visite de ses troupes lorsque la canonnade commença.

     

    Le 8 février, à la pointe du jour, l’armée russe, rangée en colonnes, se montra à une demi-portée de canon d’Eylau. La nombreuse artillerie qui couvrait son front, dirigea son feu sur la ville, qui paraissait être le but de l’attaque.

    L’Empereur se porta aussitôt à la position de l’église, et, indépendamment de l’artillerie des deux corps des maréchaux Soult et Augereau, déjà placée en batterie, fit avancer les soixante pièces d’artillerie de sa garde pour répondre à la canonnade des Russes. Les troupes du maréchal Augereau vinrent se ranger sur deux lignes à la gauche de la division Saint-Hilaire, postée à droite de la ville. Elles prirent place entre cette division et le cimetière.

    La canonnade éclata alors des deux cotés avec un épouvantable fracas. Les trois divisions du corps du maréchal Soult, rangées en bataille, supportèrent avec une fermeté inébranlable la mitraille de l’ennemi, à laquelle leur artillerie et celle de la garde ripostaient avec vigueur.

    L’Empereur voulant manœuvrer par son aile droite (le corps du maréchal Davoust), pour envelopper l’aile gauche de l’ennemi, ordonna au général Saint-Hilaire de se porter en avant avec sa division formée en bataillons déployés, pour seconder par sa droite l’attaque du maréchal Davoust.

    L’Empereur, après avoir débordé l’aile gauche russe, voulait la prendre en flanc et sur ses derrières pour la rejeter sur le centre, qui devait en ce moment être attaqué par Augereau, soutenu par la garde impériale et par la grande réserve de cavalerie.

    Le général Benningsen, général en chef de l’armée ennemie, avait tenté, dès le commencement de l’action, d’enlever la ville d’Eylau pour hâter et assurer le ralliement du corps prussien. Mais empêché dans ce projet par l’attaque du maréchal Augereau, il changea ses dispositions, ce qui dégagea la gauche de l’armée française, qui prit bientôt un ordre oblique, par rapport à la position générale de l’ennemi. La ville d’Eylau servit de pivot à ce demi-changement de front. Le succès de l’attaque sur le centre des Russes paraissait assuré.

    Un accident imprévu faillit compromettre gravement l’armée française. Une neige épaisse, poussée avec violence par le vent du nord, obscurcit tout à coup l’horizon et enveloppa les deux armées. Mais avec cette différence, que les Français la recevaient en face et en étaient aveuglés, tandis que les Russes l’avaient à dos. La tête des colonnes du maréchal Augereau perdit, dans cette soudaine obscurité, son point de direction, et se porta trop à gauche. Le maréchal se trouva ainsi engagé entre les troupes de l’aile droite des Russes et celles du centre et de la réserve, ce qui lui fit éprouver de grandes pertes. On se battit corps à corps, et le maréchal, grièvement blessé, fut emporté du champ de bataille.

    Par bonheur, Napoléon s’aperçut promptement de la position critique des troupes d’Augereau, il ordonna aussitôt à Murat de se mettre à la tête de toute la cavalerie, le fit soutenir par le maréchal Bessières, avec la garde à cheval, et commanda une charge générale sur le centre. Murât partit au galop avec les quatre divisions de cavalerie des généraux Klein, d’Hautpoul, Milhaud et Grouchy. Le maréchal Bessières le suivit avec les grenadiers à cheval, les dragons et les chasseurs de la garde.

    La cavalerie russe fut culbutée au premier choc ; Murat et Bessières chargèrent l’infanterie. Les deux lignes furent enfoncées et deux fois traversées ; elles abandonnèrent leur artillerie.

    Cette charge de la cavalerie française changea la face des choses. Mais, dans cette horrible mêlée, le général d’Hautpoul fut blessé mortellement. Les Russes ne prirent pas la fuite. Après une perte immense, ils furent acculés à des bois situés près du village de Sansgarten, où ils se rallièrent et se déployèrent.

    Pendant l’obscurité causée par la neige, une colonne russe de 5 à 6 000 hommes, détournée aussi de sa direction, avait filé sur le flanc gauche de la colonne du maréchal Augereau, et s’était présentée devant le Cimetière. L’Empereur ordonna au général Dorsenne, commandant un bataillon des grenadiers de la garde, de se porter sur cette colonne. A la vue des grenadiers, l’arme au bras, les Russes s’arrêtèrent. Mais l’escadron de service près de l’Empereur les chargea avec impétuosité. Ils plièrent, et furent bientôt dans une déroute complète, déterminée par une charge en queue qu’exécuta le général Bruyères, à la tête d’une brigade de chasseurs. Rompue et dispersée, cette colonne fut presque entièrement détruite.

    Pendant que ces événements se passaient, le maréchal Davoust arrivait à la hauteur de Klein-Sansgarten. Il se réunit bientôt à la droite de la division Saint-Hilaire, qui avait forcé la gauche des Russes à évacuer le plateau en avant de Sansgarten. Il couronna cette position que l’ennemi tenta trois fois de reprendre, mais sans succès.

    L’armée française se trouvait alors placée obliquement par rapport à Eylau, sa gauche, appuyée à cette ville, et sa droite au plateau et aux bois que les Russes avaient occupés pendant la journée. Elle se trouvait ainsi en possession du champ de bataille, et les Russes étaient en pleine déroute.

    La division prussienne du général Lestocq, poursuivie la baïonnette dans les reins par l’avant-garde du maréchal Ney, arriva à quatre heures du soir vers le village d’Althoff, à l’extrême gauche de l’armée française, et défila le long du bois qui est à gauche du chemin d’Althoff à Scbmoditten. Les grenadiers prussiens, qui formaient la tête de colonne, aperçurent les Russes se retirant vers Kœnigsberg, et coururent pour les soutenir. L’arrière-garde ennemie voulut s’arrêter et prendre position au village de Schmoditten pour que les blessés et l’artillerie eussent le temps de filer. Mais ce village était déjà occupé par l’avant-garde du maréchal Ney.

    Six bataillons de grenadiers russes voulurent y entrer. Mais le 6e d’infanterie légère et le 69e de ligne les reçurent par une décharge à bout portant, à la suite de laquelle ils croisèrent la baïonnette et les culbutèrent. L’arrière-garde ennemie continua alors sa retraite en désordre.

     

    Les pertes de cette journée furent énormes des deux côtés. Outre le général d’Hautpoul, les Français eurent encore à regretter le général Corbineau, aide de camp de l’Empereur, le général Dablmann, commandant les chasseurs à cheval de la garde, le général Desjardins, le colonel Boursier, du 11e de dragons, les colonels Lacuée et Lemarrois, et un grand nombre d’autres officiers.

    Un fait pourra donner une idée du carnage effroyable qui signala la journée d’Eylau. Le capitaine Louis Hugo (aujourd’hui maréchal de camp, commandant les départements du Cantal et de la Corrèze) commandait dans le cimetière une compagnie de grenadiers du 56e de ligne, qui fut exposée au premier feu de l’artillerie russe. Cette compagnie, composée de 85 hommes, eu perdit 81. Tous les officiers furent tués, et le capitaine Hugo revint seul avec trois hommes, blessé lui-même d’un biscaïen, et si grièvement que sa guérison dura dix-huit mois.

     

    Le lendemain, l’Empereur parcourut successivement toutes les positions qu’avaient occupées, pendant la bataille, les différents corps français et russes.

    La campagne était couverte d’une couche épaisse de neige que perçaient çà et là les morts, les blessés et les débris de toute espèce. Partout de larges traces de sang souillaient la blancheur passagère du sol. Les endroits où avaient eu lieu les charges de cavalerie se faisaient remarquer par la quantité des chevaux morts, mourants et abandonnés. Des détachements de soldats français et de prisonniers russes parcouraient en tous sens ce vaste champ de carnage, et enlevaient les blessés pour les porter aux ambulances. C’était un horrible spectacle : des lignes d’armes, de cadavres, de blessés, de mutilés, dessinaient le plan de chaque bataillon. Les morts étaient entassés sur les mourants, au milieu des caissons brisés et des canons démontés.

    Napoléon s’arrêtait à chaque pas, faisait questionner les blessés, leur donnait des consolations et des secours. On pansait ces malheureux ; les chasseurs de la garde les transportaient sur leurs chevaux, les officiers de sa maison s’empressaient d’exécuter ses ordres dictés par l’humanité.

    Les Russes, au lieu de la mort qu’ils attendaient, d’après l’absurde crainte qu’on leur avait inspirée, trouvaient un vainqueur généreux. Dans leur étonnement, ils se prosternaient devant lui, ou lui tendaient leurs bras défaillants en signe de reconnaissance. Le regard consolateur et la pitié de l’empereur des Français semblaient adoucir pour eux les horreurs de la mort.

     

    Cette lugubre visite avait sensiblement affecté Napoléon. L’homme dominait le général, le cœur parlait plus haut que la tête. Un de ses généraux, le voyant si affligé de la perte de tant de vieux soldats, qui lui avaient donné dans tous les temps les plus constantes preuves d’attachement et d’intrépidité, lui fit l’observation que ce malheur avait été exagéré, et chercha à faire valoir, pour le lui faire oublier, la gloire nouvelle que la journée d’Eylau lui avait donnée.

    « Un père qui vient de perdre ses enfants, lui répondit l’Empereur, ne goûte aucune des chances de la victoire. Quand le cœur parle, la gloire même n’a plus d’illusions ».

     

    Nobles et touchantes paroles qui expriment un sentiment vrai et profond. Les Bulletins de l’armée offrent d’ailleurs la trace des pénibles pensées qui déchiraient le cœur du vainqueur.

    « Après la bataille d’Eylau, disent-ils, l’Empereur a passé tous les jours plusieurs heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, mais que le devoir rendait nécessaire. Il a fallu beaucoup de travail pour enterrer tous les morts. On a trouvé un grand nombre de cadavres d’officiers russes avec leurs décorations. Il parait que parmi eux il y avait un prince Repnin. Quarante-huit heures encore après la bataille, il y avait plus de 5 000 Russes blessés qu’on n’avait pas encore pu emporter. On leur faisait porter de l’eau-de-vie et du pain, et successivement on les a transportés à l’ambulance.

    Qu’on se figure, sur un espace d’une lieue carrée, 9 à 10 000 cadavres, 4 ou 5 000 chevaux tués, des lignes de sacs russes, des débris de fusils et de sabres, la terre couverte de boulets, d’obus, de munitions ; vingt-quatre pièces de canon auprès desquelles on voyait les cadavres des conducteurs, tués au moment où ils faisaient des efforts pour les enlever. Tout cela avait plus de relief sur un fond de neige. Ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l’amour de la paix et l’horreur de la guerre ! ».

     

    La bataille d’Eylau, où l’armée française perdit 16 généraux, tués ou morts des suites de leurs blessures, est, eu égard au nombre des combattants, la plus sanglante qui ait eu lieu sous l’empire. On ne peut, de toutes celles de la Révolution, lui comparer que la fatale bataille de Novi.

    Dans les deux armées, on chercha à cacher la perte de la journée. Mais d’après la durée de l’action, l’acharnement du combat, le nombre des pièces d’artillerie mises en batterie, les pertes ne peuvent avoir été, pour les Russes, moindres de 30 000 hommes tués ou blessés, et pour les Français, moindres de 16 000. Chaque armée ne comptait que 80 000 combattants.

     

     

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