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  • 6 février 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 6 février 1840 - La défense de Mazagran dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-défense-de-Mazagran-150x150

     

    La défense de Mazagran

    D’après « Le Magasin pittoresque » – 1840

     

    Mazagran est situé à l’ouest et à une distance d’environ 7 000 mètres de Mostaghanem, ville de la province d’Oran. Deux routes conduisent de Mostaghanem à Mazagran ; l’une à l’est, très élevée, domine à pic celle de l’ouest qui tourne les hauteurs et se répand dans une plaine d’une longueur immense, resserrée entre les hauteurs et la route de l’est, et la mer au sud-est. Mazagran, petite ville ruinée, occupe le versant d’une colline assez roide, et forme un grand triangle, au sommet duquel se trouve un réduit. Ainsi exposé, ce réduit domine la plaine, la mer et le bas de la ville. Il commande en même temps la campagne et la route de l’est.

    Depuis le 13 décembre jusqu’à la fin de janvier, des partis de 4 à 300 cavaliers se présentèrent plusieurs fois devant Mazagran. Sur la nouvelle apportée de tous côtés par les Arabes de l’intérieur d’une attaque prochaine et générale, les habitants s’étaient retirés à Mostaghanem. En même temps, des vivres et des munitions étaient envoyés à Mazagran. Le détachement chargé de la garde de ce poste était porté à 123 hommes sous les ordres du capitaine Lelièvre, et une pièce de canon ajoutée à celle qui s’y trouvait déjà.

    Le 30 janvier, une colonne forte de 2 à 5 000 hommes traversa le Doubdaba, se dirigeant sur la Slidia. Le 1er février, un nombre à peu près égal de cavaliers prit position dans la vallée aux environsdu village des Hachems. Le 2 février, des bandes nombreuses vinrent occuper le pays entre le blockhaus Schauenbourg et Mazagran. Elles y bivouaquèrent, et allumèrent leurs feux au village de Zaouia. Ce ne fut que le 3, vers neuf heures du matin, qu’une quantité prodigieuse d’Arabes, descendus des montagnes du Schélif, se ruèrent sur Mazagran.

    L’insuffisance de nos moyens de défense n’ayant pas permis d’occuper le bas de la ville, l’infanterie régulière des Arabes put s’y loger facilement, en créneler les maisons, et diriger une fusillade extrêmement vive contre le réduit où s’était réfugiée la garnison. La première attaque fut tellement impétueuse et brusque, que le lieutenant Magnien, qui était hors de l’enceinte, fut obligé de se faire hisser dans l’intérieur à l’aide d’une corde. Ici commence l’action.

    Le réduit qui sert d’asile à nos soldats n’est défendu du coté de la ville que par une faible muraille, ou plutôt une simple chemise de douze à quinze pieds de hauteur sur un pied et demi de largeur au plus. Pour la première fois, les Arabes ont traîné à leur suite deux pièces de canon, qui, placées sur un plateau de 5 à 600 mètres, battent incessamment le mince rempart qui les arrête. La cavalerie ne reste pas non plus inactive, et dirige ses attaques du côté de la plaine.

    Dans cette position critique, et n’ayant qu’une pièce en batterie sur deux, les défenseurs de Mazagran se multiplient, répondent à tous les feux, et portent l’indécision dans les rangs ennemis. La nuit seule met un terme au combat. Le lendemain 4, au point du jour, la lutte recommence. Le canon gronde de nouveau. Mais les boulets arabes, mal dirigés, n’occasionnent que de faibles dégâts, et les brèches sontaussitôt réparées que faites.

    Des deux parts, l’intrépidité est la même. Les Arabes montent à l’assaut, et avec des perches armées de crochets enlèvent les sacs à terre qui couvrent les deux pièces de la garnison. Les assiégés les mitraillent à portée de pistolet, ou les tuent à coups de baïonnettes et même à coups de pierres. Les grenades surtout, lancées à propos dans les rangs ennemis, y font de grands ravages. La journée finit laissant les adversaires en présence, sans rien diminuer de leur mutuel acharnement.

    Dans la nuit, de nouveaux renforts arrivent aux assiégeants. Leur nombre s’élève jusqu’à douze ou quinze mille hommes appartenant à cent onze tribus, dont quelques unes du désert. Les plus braves, ceux qui sont déterminés à vaincre ou à périr, se font inscrire sur un registre ouvert pour l’assaut. On n’en compte pas moins de deux mille. En cas de succès, une forte récompense est assurée à leur saint dévouement : ils recevront chacun cent boudjoux (180fr.).

    Le 5, au signal donné, tous se précipitent, en poussant des hurlements sauvages, contre les faibles murailles de la petite citadelle. A défaut d’échelles, ils y appliquent d’énormes poutres. Ils montent, pénètrent jusque sur la crête, et déjà se croient maîtres de la place.

    Le capitaine Lelièvre, pour mieux les recevoir, conçoit et exécute une habile manœuvre. Il ordonne à ses soldats de se tenir couchés au pied du mur, et d’attendre, le fusil armé, lesdeux mille fantassins qui arrivent sur la brèche avec une insolente confiance. Quand les plus acharnés se présentent, nos soldats se lèvent tout-à-coup, font pleuvoir sur eux une grêle de balles, les renversent sans vie dans les fossés, et remplacent par des remparts de cadavres les remparts de terre et de pierres qui viennent de s’écrouler. Chaque coup tiré presque à bout portant foudroie un homme, et cependant ces masses fanatiques sont animées d’un tel acharnement, que trois drapeaux, plantés à quarante pas du réduit, restent constamment entourés de défenseurs, et que ceux-ci, toujours décimés, se renouvellent toujours.

    Cette troisième tentative ne fut pas la dernière : un quatrième assaut est donné, le 6 au matin, sans plus de succès que les précédents. Convaincus enfin de l’inutilité de leurs efforts, et complétement découragés par les pertes immenses qu’ils ont faites, les Arabes n’écoutent plus la voix de leurs chefs. Ils refusent de retourner au combat, même de continuer le blocus de Mazagran. En vain, Mustapha ben Tami fait appel à leur fanatisme. En vain, il invoque le nom du prophète : « Tu nous as trompés, répondent-ils ; Allah combat contre nous ». Et ils se débandent, et le drapeau vert s’enfuit devant le drapeau tricolore !

    Déjà, dans la nuit qui précéda la retraite, de grandes lamentations s’étaient fait entendre dans leur camp en signe de deuil, et comme un douloureux témoignage de la mort de quelques chefs considérables.

    De son côté, la garnison de Mostaghanem prit part à cette lutte. Séparée de Mazagran par une masse de sept à huit mille cavaliers qui en barraient tous les abords, elle ne négligea rien de ce qui pouvait diviser les forces de l’ennemi, et lui prouver que Mazagran ne serait point abandonné. Dans ce but, elle effectua plusieurs sorties conduites avec autant d’habileté que de résolution. Elle éprouva des pertes sensibles, mais en fit éprouver de plus sensibles encore à l’ennemi. Ses efforts n’ont pas été sans fruit. Ils ont contribué à le démobiliser, à lasser sa constance, à abattre son courage.

    Le 6, à une heure après-midi, la plaine était déserte. Une partie de la garnison de Mostaghanem se rendit en toute hâte à Mazagran. A la place illustrée par tant d’héroïsme, nos soldats redoutaient de ne plus trouver que des ruines, et, sur leurs débris, que des cadavres mutilés. Quelles furent leur surprise et leur joie, quand ils virent leurs camarades debout, l’arme à l’épaule, le visage noirci de poudre et de fumée. Trois hommes seuls avaient été tués, et seize blessés.

    Ainsi, pendant quatre jours consécutifs, cent vingt-trois braves se sont battus un contre cent, ont tenu tête à plus de douze mille hommes, brûlé quarante mille cartouches, et vaillamment repoussé quatre assauts. Réduits à leur dernière caisse de munitions, ils ont pris la résolution de se faire sauter, et lorsqu’après un combat de cent heures, on leur demande ce qu’ils veulent, ils répondent par acclamations : du biscuit, des cartouches et l’ennemi !

    Les calculs les plus modérés évaluent la perte des Arabes à cinq ou six cents morts, et à cent chevaux tués. Après leur retraite, on a découvert plusieurs silos remplis de cadavres.

    Dans ces quatre journées, où tous les défenseurs de Mazagran ont rivalisé de constance et d’intrépidité, on cite, comme s’étant plus particulièrement distingués :
    le capitaine Lelièvre au 1er bataillon d’Afrique, qui commandait la place, et dont les bonnes dispositions, autant que l’énergie, ont assuré le succès de cette mémorable défense ; le lieutenant Magnien, commandant la 10e compagnie ; le sous-lieutenant Durand ; le sergent-major Villemot ; le sergent Giront ; le fourrier Taine ; le caporal Muster ; les chasseurs de la 10e compagnie Leborgne, Courtès, Edet, Gagfer, Vomillon, Renaud, Hermet, Marcot, Varent, Flarnon.

    M. le lieutenant-général Guéhéneuc, commandant supérieur de la province d’Oran, a autorisé la 10e compagnie du 1er bataillon d’Afrique à conserver, comme un glorieux trophée, le drapeau qui flottait sur le réduit de Mazagran pendant les journées des 3, 4, 5 et 6 février, et qui, tout criblé qu’il est par les projectiles de l’ennemi, atteste à la fois l’acharnement de l’attaque et l’opiniâtreté de la défense.

    En outre, il a ordonné que, le 6 février de chaque année, lecture de l’ordre du jour qui rend compte de cet éclatant fait d’armes serait faite devant le bataillon réuni, et que, dans le cas où cette réunion ne pourrait avoir lieu, chaque commandant de détachement en ferait lecture devant tous les hommes assemblés sous les armes.

     

     

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