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  • 28 janvier 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 28 janvier 1921 - La mise au tombeau du Soldat Inconnu dans EPHEMERIDE MILITAIRE Arrivée-au-tombeau-150x150Tombeau-du-soldat-inconnu1-150x150 dans EPHEMERIDE MILITAIRE

     

    La mise au tombeau du Soldat Inconnu

    D’après un article écrit par Stéphane Lauzanne dans le journal Le Matin du 29 janvier 1921

     

    28 janvier 1921, 8 heures du matin, place de l’Etoile.

    Une vague de brume recouvre Paris comme d’un linceul. Cependant, des lueurs roses s’allument dans le ciel matinal, un étrange soleil d’hiver profile son disque rougeâtre. Les troupes font le cercle, immobiles et figées par le froid. Une assistance silencieuse se presse sons l’arche de gloire.

    Entre les deux piliers qui font face aux Champs-Elysées et sur lesquels sont plaqués le Triomphe de David et le Départ de Rude, un caveau a été creusé et, près de ce caveau, sur deux trépieds, le cercueil du Soldat Inconnu a été posé. Il est recouvert d’une draperie tricolore frangée d’or, et, à ses pieds, sur un coussin de velours, les trois croix ont été épinglées : Légion d’honneur, Médaille militaire, Croix de guerre.

    II y a là tout autour, simples et graves, les chefs de l’homme qu’on va mettre au tombeau, ceux devant lesquels, non loin du champ de bataille, il défila sans doute, quelque jour de parade ou quelque veille de combat.

    Il y a Joffre dans son manteau sombre de troupier, Foch et Pétain, dans leurs capotes bleu horizon, et Nivelle et Gouraud. Il y a le mutilé Maginot, chef des mutilés de France. Il y a des femmes en deuil, pleurant des fils qu’elles ont perdus et qu’on n’a pas retrouvés.

    Il y a trois des peuples qui combattirent côte à côte avec nous pour la cause du droit : l’Angleterre, représentée par M. Lloyd George ; l’Italie, par le comte Sforza ; la petite et si grande Belgique, par M. Jaspar et M. Theunis. Il y a surtout la piété émue de la foule lointaine que nous sentons, dans cette âpre matinée de janvier, flotter doucement autour de nous tous.

    A 8h30, un bref commandement retentit. Les troupes présentent les armes, les clairons sonnent aux champs.

    Du brouillard des Champs-Elysées, on voit émerger un cortège très simple, quelques automobiles escortées par des pelotons cyclistes. De la première voiture descend le ministre de la guerre. Il apparaît tête nue, des gants blancs aux mains. Il s’avance rapidement vers le groupe officiel, qui a fait cercle autour du cercueil, rend aux maréchaux leur salut et s’approche de M. Lloyd George, qu’il voit au premier rang. « Je vous remercie, dit-il voix basse, d’être venu. La France entière sera touchée de votre présence ».

    Puis, s’étant incliné devant le cercueil, M. Louis Barthou, face à la voie triomphale des Champs-Elysées, prononce les paroles suivantes :

    « Au nom de la France pieusement reconnaissante et unanime, je salue le Soldat Inconnu qui est mort pour elle.
    Cette Légion d’honneur, cette Médaille militaire, cette Croix de guerre que je dépose sur son cercueil sont plus et mieux qu’un symbole.
    Elles sont l’hommage suprême de la patrie aux héros obscurs et anonymes qui sont tombés pour elle.
    Les morts, surtout ces morts, commandent aux vivants. Obéissons à leur voix pour faire dans la paix qu’ils ont conquise, une France unie et laborieuse, consciente et forte ».

    Les premières paroles ont été dites sur le ton claironnant, habituel à M. Louis Barthoti mais, peu à peu la voix du ministre de la guerre, sous l’empire d’une émotion dont il n’était pas le maître, est devenue quelque peu martelée et tremblante. Cependant, chaque mot a résonné sous la voûte de gloire et est tombé dans la foule, immobile comme les arches de pierre.

    Alors, les tambours battent nouveau, les clairons sonnent encore et tandis que la Marseillaise se fait entendre, six soldats du 1er génie se mettent en devoir de descendre le corps à sa demeure dernière. Ils passent une corde autour du cercueil et d’un effort à la fois puissant et souple le laissent glisser dans le caveau.

    On le recouvre de la draperie tricolore, on y met le coussin avec les croix et on y dépose aussi les gerbes de fleurs et les couronnes qu’ont apportées les trois délégations de Belgique, d’Italie et d’Angleterre.

    « Vive la France » crie une dernière fois M. Barthou, tandis que M. Lloyd George brandit son chapeau.

    Puis, c’est fini.

    Les troupes défilent en jouant la Marche lorraine. L’assistance officielle s’écoule. La foule s’approche.

    Je me penche une dernière fois sur le trou sacré que n’a pas encore couvert la dalle et je regarde les fleurs qui recouvrent le chêne où dort un peu de poussière et tant de gloire. Il y a, parmi elles, une gerbe de roses écarlates qui est de grande beauté et où est épinglé un simple carré de papier.

    On y lit ces quatre lignes écrites à la main : « In gratitude to the brave soldiers of France, who saved Civilization by their sacrifices ». David Lloyd George.

    « En reconnaissance pour les braves soldats de France, qui sauvèrent la civilisation par leurs sacrifices ».

    Et alors l’immortelle parole de Lincoln, penché sur les tombeaux de la bataille de Gettysburg, me revint à la mémoire « Pourvu que le sacrifice n’ait pas été inutile ! ». Oui, pourvu que ce mort inconnu, emblème des quatorze cent mille morts de France, ne soit pas mort en vain !

     

     

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