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  • 26 janvier 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     Le 23 janvier 1811 - Le siège et la prise d’Olivença dans EPHEMERIDE MILITAIRE Officier-du-27°régiment-de-chasseurs-à-cheval-150x150

     

    Le siège et la prise d’Olivença

    D’après « Relation des sièges et défenses d’Olivença, de Badajoz et de Campo-Mayor, en 1811 et 1812 »
    Jean Baptiste Lamare- 1825

    Le duc de Dalmatie, le duc de Trévise, et les états-majors, arrivèrent le 11 janvier 1811, à cinq heures du soir, devant Olivença, avec la 1ère division du 5e corps, et le 27e régiment de chasseurs à cheval. L’avant-garde avait repoussé tous les postes ennemis dans la place, qui fut dès ce moment étroitement cernée. Immédiatement après, le duc de Trévise envoya une sommation au gouverneur, dans laquelle il lui offrait les honneurs de la guerre. Mais celui-ci répondit qu’il se défendrait jusqu’à la dernière extrémité.

    Pendant que les troupes prenaient position, qu’elles fermaient les principales avenues par des chaînes de postes, et achevaient l’investissement, le général Léry faisait la reconnaissance des fortifications, et réglait le service pour une attaque çontre le front des bastions 8-9. Il détermina le nombre de travailleurs et de gardes à fournir pour l’ouverture de la tranchée.

    L’artillerie de la division était réduite à ses propres moyens, le grand parc étant encore en arrière : on n’avait même pu faire arriver qu’une compagnie de sapeurs et 200 outils, portés à dos de mulet. Dans cet état de choses, il aurait peut-être été convenable de hasarder une attaque de vive force. Les demi-lunes n’étaient point armées, et les chemins couverts étaient sans défense. Mais on fit observer que les remparts étaient revêtus en bonne maçonnerie et gardés par une nombreuse garnison, qu’une tentative d’escalade ne pouvait manquer d’être très sanglante, et que la prudence commandait qu’on fit le siège de la place.

    Toutefois, le gouverneur ayant négligé de faire occuper la lunette 13, il fut décidé qu’on s’en emparerait de suite. En conséquence, le capitaine du génie Vainsot reçut l’ordre de s’y établir. A sept heures du soir, une compagnie de voltigeurs du 64e dirigée par cet officier, escalada l’ouvrage. Le chef de bataillon du génie Cazin, le capitaine Coste, 40 sapeurs et 100 travailleurs des 64e et 88e régiments, y montèrent aussitôt après, et exécutèrent en dix heures de temps une rampe au saillant, le massif d’une batterie dans le terre-plein, et deux traverses dans le fossé. Ces travaux furent continués le matin par le capitaine du génie Andouau, avec 40 autres sapeurs et 100 travailleurs des mêmes régiments. Le général Léry les visita à la pointe du jour, et donna des ordres pour leur perfectionnement.

    Le 12, à dix heures du matin, le capitaine du génie Bagnac prit le service avec le même nombre de travailleurs que la veille. A onze heures, l’artillerie mit quatre pièces de 8 en batterie dans la lunette. A midi, elles commencèrent à tirer sur la ville.

    Le duc de Dalmatie et le duc de Trévise firent la reconnaissance de la place et des ouvrages d’attaque : ils témoignèrent leur satisfaction aux officiers du génie, sur l’activité qu’on avait déployée aux travaux. A quatre heures du soir, le capitaine Amillet, avec 18 sapeurs et 76 travailleurs, continua le perfectionnement des ouvrages. A huit heures, le capitaine Bagnac reprit le service, et fit faire une troisième traverse à gauche, pour couper la route qui longe le glacis. A minuit, tout le travail se trouva terminé.

    Tandis qu’on travaillait à la lunette, le chef de bataillon Cazin reconnaissait le bastion 8, qu’on croyait être revêtu en mauvaise maçonnerie. D’après le rapport de cet officier, le général en chef voulut l’examiner, et s’assurer par lui-même de l’avantage qu’il y aurait à diriger l’attaque de ce côté. La chose ayant été décidée, le capitaine Vainsot, avec 20 sapeurs et 72 travailleurs d’infanterie, fit ouvrir la tranchée, à 350 mètres environ de la crête du glacis du bastion 9, sur une longueur de 180 mètres. Les approches étaient protégées par une maison de campagne : ce fut à la faveur du masque qu’elle offrait, et de quelques accidents de terrain, que les travailleurs débouchèrent à la sape volante, et commencèrent la parallèle.

    Le 13, à midi, on travailla à prolonger la parallèle de 70 mètres. Un pli de terrain protégeait les ouvriers, qui continuèrent leur travail pendant le reste de la journée, malgré le feu des assiégés et une pluie qui tombait par torrents. Pendant la nuit, 20 sapeurs et 130 travailleurs poussèrent la parallèle à 160 mètres plus loin, et travaillèrent en même temps à approfondir et à élargir les parties de cet ouvrage, que les difficultés que fit naître la nature du sol avaient retardées. Le maréchal Mortier visita les travaux et encouragea les troupes par sa présence.

    Le 14, à quatre heures du matin, le capitaine du génie Amillet monta la tranchée avec 220 travailleurs. La pluie tombait toujours abondamment et inondait la parallèle : cet officier fut obligé de faire exhausser les banquettes avec des fascines, et creuser des rigoles pour l’écoulement des eaux. A midi, le capitaine Vainsot le releva, et ce fut avec beaucoup de peine qu’il opéra le dessèchement de la parallèle, et qu’il la rendit praticable. Malgré toutes ces contrariétés, il parvint à la prolonger de 12 mètres, ce qui portait sa longueur totale à 432 mètres. A minuit, le capitaine Andouau ouvrit 68 mètres de boyau, et atteignit une butte devant la face droite de la place d’armes rentrante des bastions 8 et 9. Les eaux ayant encore dégradé les ouvrages, il dut s’occuper à faire de nouvelles rigoles pour leur écoulement, ce qui retarda le travail. Le général Léry reconnut la parallèle, et donna l’ordre de la pousser plus avant.

    Le 15 au matin, de nouveaux travailleurs, dirigés par le capitaine Bagnac, reprirent l’ouvrage, et perfectionnèrent ce qui avait été exécuté pendant la nuit. Le temps était toujours très mauvais. Les eaux pluviales occasionnèrent encore de nouveaux retards, et quoique le feu des assiégés fût des plus vifs, le travail ne fut pas interrompu. Le général en chef vint à la tranchée encourager les travailleurs.

    Le soir, le chef de bataillon Cazin reconnut les glacis du bastion 8, sur lequel on se proposait d’établir les batteries de brèche. Et, pendant la nuit, les capitaines Vainsot et Amillet ouvrirent un boyau de 170 mètres, qui dépassait de 60 mètres la capitale du bastion. La pluie n’ayant point discontinué, ils furent encore obligés d’employer une partie des travailleurs à faire écouler les eaux et dessécher la parallèle. Il existait aussi sur plusieurs points des espaces sans parapet qui ne purent être remplis avant le jour. Les outils manquaient, et par conséquent le nombre des travailleurs était insuffisant pour perfectionner tout ce qui était commencé. Le zèle des soldats du 34e et du 88e leur fit entreprendre de remblayer ces espaces, et, comme ils manquaient de pelles, ils jetèrent la terre avec les mains. Le général Léry, pour récompenser ces braves militaires, leur fit donner une gratification.

    Le 16, on continua à dessécher et à perfectionner la parallèle. On forma des banquettes en fascines sur une longueur de 120 mètres. Le soir, le capitaine Andouau ouvrit 160 mètres de boyau, mais les travailleurs étaient en si petit nombre qu’il eut beaucoup de peine à se couvrir avant le jour. Le général Girard passa une partie de la nuit à la tranchée.

    Le 17, à la pointe du jour, le général Léry inspecta les travaux, et donna de nouveaux ordres pour les continuer. Le général en chef y passa une partie de la matinée, et reconnut, avec les officiers du génie, l’emplacement des deux batteries qu’on se proposait d’établir aux points B et C, dans le dessein de ricocher le terre-plein des deux faces du bastion. Le soir, le capitaine Vainsot traça les batteries à ricochets pour six pièces de 8, et les fit commencer sur-le-champ. En outre, il fit ouvrir à la sape un boyau de 60 mètres de long pour s’approcher du glacis, et il dirigea en capitale un second boyau de dix mètres. En même temps le capitaine Coste prolongeait la parallèle de 70 mètres, et s’avançait ainsi vers la route de Jurumenha, à la gauche de laquelle on établissait la batterie C.

    Les assiégés, de leur côté, dégorgèrent plusieurs nouvelles embrasures aux deux faces du bastion 8, et redoublèrent leur feu. On découvrit, de la lunette 13, qu’ils avaient élevé une grande traverse perpendiculairement à la face droite du bastion, pour se défiler des feux de la batterie établie dans cette lunette.

    Malgré la faiblesse de nos moyens, les travaux furent poussés le 18 avec beaucoup d’activité. Le général Léry en témoigna sa satisfaction au capitaine Vainsot, qui les avait dirigés. A huit heures du matin, le capitaine Andouau reprit le service de la tranchée, et continua les batteries à ricochets, ainsi que le perfectionnement de la parallèle. Il fut encore obligé de détourner un certain nombre d’ouvriers pour les employer à faire écouler les eaux, qui ne cessaient d’inonder les ouvrages. L’artillerie commença les plate-formes, et prépara tout ce qui lui était nécessaire pour faire des embrasures aux batteries. Le soir, le capitaine Amillet ouvrit 150 mètres de parallèle, coupa le chemin de Jurumenha, établit une communication pour aller à la batterie C, et continua ces travaux pendant toute la nuit avec la plus grande activité.

    La compagnie de sapeurs du grand-duché de Varsovie arriva au camp avec un caisson de 300 outils, ce qui fut d’un très grand secours, les travailleurs fournis par l’infanterie ayant souvent été renvoyés faute d’outils pour les employer.

    Le 19, on répara la parallèle, dégradée par les pluies et par le feu de la place. On épaissit encore les parapets, et on élargit plusieurs parties, de la tranchée qui en avaient besoin. L’artillerie de son côté travailla avec activité à ses batteries. Le général en chef et le général Léry restèrent longtemps sur les travaux pour encourager les ouvriers.

    A la chute du jour, le capitaine Vainsot commenta le couronnement du chemin couvert à droite et à gauche de la place d’armes saillante du bastion 8, et fit masser pendant la nuit deux batteries de brèche destinées à battre les deux faces de ce bastion, ainsi que les flancs des bastions 7, 9. L’artillerie entreprit en même temps le travail qui la concernait. Au jour, l’ennemi dirigea contre ces batteries une canonnade qui eut peu, de succès, car il ne put jamais contraindre les travailleurs à quitter leur poste.

    On continua le 20 le couronnement du chemin couvert entrepris dans la soirée du 19, et on l’étendit de trente mètres de chaque côté du glacis. A huit heures du matin, la batterie B commença le feu contre le bastion 8. Outre les trois pièces dont elle était armée, qui battaient de plein fouet les embrasures et ricochaient la face droite de ce bastion, deux petits mortiers tiraient sur divers points. Au bout de quelque temps, le feu des assiégés se ralentit, et l’on entendit beaucoup de bruit dans le bastion 7, ce qui fit présumer qu’ils y préparaient quelque nouveau moyen de défense.

    Pendant la journée, le général en chef et le duc de Trévise visitèrent les travaux de couronnement ainsi que ceux des batteries de brèche. Le général Léry fit prendre des dispositions pour renverser la contrescarpe au moyen d’un globe de compression.

    L’artillerie de siège, dont la marche avait été retardée par le mauvais temps et l’état affreux des routes, arriva successivement avec la 2e compagnie de mineurs et la 9e de sapeurs.

    Pendant la matinée, le gouverneur de Badajoz tenta de faire une diversion en faveur d’Olivença, en attaquant avec sa cavalerie celle du général Latour-Maubourg placée en observation, mais elle fut repoussée.

    Le 21, au matin, le chef de bataillon du génie Lamare, avec 500 travailleurs, termina le couronnement du chemin couvert, et fit réparer les dégradations occasionnées par le feu des assiégés. Le soir, il fit un puits de mine au point D, de huit pieds de profondeur, et entreprit un rameau qu’il dirigea sur la contrescarpe, pour y mettre un fourneau et la renverser. A minuit, le capitaine du génie Lemut prit le service et continua les travaux jusqu’au jour. On apporta dans la tranchée les fascines, les gabions et les blindes nécessaires pour effectuer le passage du fossé aussitôt que la contrescarpe aurait été renversée. Sur ces entrefaites, le capitaine d’artillerie l’Espagnol faisait armer les deux batteries de brèche de pièces de 12 et d’obusiers de 8, les seuls qu’on avait pu faire arriver avec des peines infinies.

    Le 22, au matin, tous les ouvrages d’attaque étaient achevés, la mine était prête, et les travailleurs n’étaient plus employés qu’à réparer les dégâts que faisait le canon de la place.

    A dix heures, notre artillerie commença de toutes ses batteries un feu vif et soutenu. Les batteries de brèche tirèrent sur les revêtements des deux faces du bastion 8, et sur les flancs des bastions latéraux. Les maçonneries des escarpes étaient déjà fortement entamées, lorsqu’on entendit tout-à-coup un bruit sourd dans la ville, qui annonçait une espèce de révolte. En effet, on vit bientôt après une foule de paysans et de soldats effrayés se présenter sans armes sur les parapets du bastion 9, et sur ceux de la courtine de droite du côté de la porte San Francisco, en demandant qu’on cessât le feu, et annonçant l’intention de se rendre.

    Quelques instants après, le gouverneur se présenta avec son état-major en avant de la porte que nous venons de nommer, et déclara qu’il avait résolu de capituler. Mais s’étant refusé le premier jour de l’investissement aux propositions qui lui furent faites, le duc de Trévise rejeta toute espèce de condition. Cependant, on convint ensuite d’une capitulation, et la garnison sortit de la place le lendemain 23 janvier, à huit heures du matin, devant les assiégeants, déposa les armes sur les glacis, et fut conduite prisonnière en France.

    Son effectif était de 4141 hommes, parmi lesquels on comptait de bons artilleurs et sapeurs, un maréchal de camp gouverneur, un brigadier, neuf colonels ou lieutenants-colonels, et plus de 150 officiers de divers grades. On ne trouva que 18 pièces d’artillerie et beaucoup de projectiles. Malgré la part que les habitants de la ville avaient prise à la défense, ils furent traités avec des égards et une modération à laquelle ils étaient loin de s’attendre.

    Après que la garnison eut évacué Olivença, le général en chef et le duc de Trévise y firent leur entrée à la tête des troupes françaises. Ils y séjournèrent les 24 et 25, et en partirent le 26 au matin pour se rendre devant Badajoz.

    La cavalerie de réserve, qui était restée en observation dans ses cantonnements, se mit également en mouvement, et précéda la division d’infanterie. Le général en chef laissa dans la place l’adjudant commandant baron Forestier avec un petit détachement de canonniers, la 2e compagnie de mineurs, et 3 à 400 hommes d’infanterie. Il donna les ordres nécessaires pour faire rétablir l’escarpe du bastion 8, et pour mettre la place en état de protéger ses opérations ultérieures.

    Les pertes des Français furent légères. Les précautions prises par les officiers du génie, dans la conduite des travaux d’attaque, épargnèrent beaucoup de sang. Ils méritèrent aussi les plus grands éloges pour l’activité qu’ils y apportèrent. Les troupes de toutes les armes se conduisirent avec beaucoup de zèle et de valeur.

    Cette défense fut regardée comme très médiocre, quoiqu’elle eût duré pendant dix jours de tranchée ouverte. Les Espagnols, qui dans d’autres circonstances avaient défendu leurs remparts avec tant de courage et d’opiniâtreté, montrèrent une pusillanimité inexplicable dans celle-ci. On objectera peut-être que leurs moyens étaient bornés, mais on répondra à cela que ceux des assiégeants l’étaient encore davantage. Quelques sorties bien dirigées sur la tête des tranchées auraient certainement prolongé la durée du siège. La force numérique de la garnison était plus que suffisante pour employer ce moyen avec succès. En général, on peut chercher la cause d’une mauvaise défense dans l’incapacité du gouverneur et le défaut d’intelligence et d’industrie des officiers qui sont destinés à le seconder. Ce n’est pas assez de payer de sa personne dans une place assiégée, il faut encore avoir les connaissances de l’art, et savoir faire agir les ressorts qui élèvent les hommes au-dessus des plus grands dangers.

    Olivença (Oliventia), ville espagnole fortifiée, dans l’Alentejo, appartenait jadis au Portugal. Les Espagnols la prirent en 1658, et la rendirent par le traité de Lisbonne en 1668. Elle fut de nouveau cédée à l’Espagne en 1801, avec son arrondissement. Les Français s’en emparèrent le 23 janvier 1811, les alliés la reprirent dans le mois d’avril suivant. Elle fut réoccupée par les Français le 21 juin de la même année, la démolition de ses fortifications fut résolue et exécutée le 27. Enfin, elle rentra sous la domination espagnole dans le mois de mars 1812. Elle est située au milieu d’une vaste plaine, sur une hauteur qui commande le terrain environnant, excepté du côté du sud. Olivença renferme deux casernes, un magasin à poudre, et deux fontaines abondantes. Ses fortifications formaient un polygone irrégulier de neuf bastions, revêtus en maçonnerie, de 7 à 8 mètres de hauteur, avec sept demi-lunes imparfaites et une lunette ; le tout entouré de bons fossés avec contrescarpe en maçonnerie de 2 à 3 mètres de hauteur, et de chemins couverts également revêtus.

     


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