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  • 21 janvier 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Le 19 janvier 1871 - La bataille de Saint-Quentin dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bayaille-de-Saint-Quentin-150x150

    La bataille de Saint-Quentin

    D’après « Campagne de l’Armée du Nord en 1870-1871 » – Louis Léon César Faidherbe

     

    Le 18, nous fûmes attaqués plus sérieusement pendant que nous continuions notre marche dans la direction de Saint-Quentin. Dès huit heures du matin, la queue de la division du Bessol fut harcelée par la cavalerie de la division von den Grœben. A midi, elle fut attaquée près de Beauvois par l’avant-garde de la division von Kummer. Cela nous prouvait que le général von Gœben avait mis toute son armée à nous suivre, à marches forcées, en même temps qu’il appelait à lui des renforts de toutes parts.

    Une charge de hussards sur un bataillon de mobiles du Gard fut vigoureusement arrêtée par un bataillon de mobiles de Somme et Marne, sous les ordres du colonel de Brouard.

    Le général du Bessol, qui était déjà arrivé avec sa 2e brigade à Roupy, rétrograda avec un bataillon et quatre pièces de canon pour dégager sa première brigade. Mais il trouva la chose déjà faite par la division Payen, du 23e corps, qui, au bruit du canon, était revenue de Vermand vers Gaulaincourt et Trefcon et se trouvait aux prises avec l’ennemi. La division du Bessol reprit alors sa route vers les cantonnements indiqués au sud de Saint-Quentin.

    La 1ère brigade de la division Payen, lieutenant-colonel Michelet, avec les fusiliers-marins, avait rompu le premier effort de l’ennemi. Bientôt elle fut appuyée par la 2e brigade, commandant de la Grange. Le général Paulze d’Ivoy, voyant qu’il avait alors sur les bras des forces considérables, les divisions von Kummer et von den Grœben, dut prendre une position en conséquence. Il alla occuper avec de l’infanterie les bois qui s’étendent entre Caulaincourt et Vermand, et plaça la batterie Dupuich sur le plateau qui est au nord de ces bois. Dans cette position, il repoussa l’ennemi et tint bon jusqu’à la nuit close. La 2e division, celle des mobilisés du général Robin, venue au canon, prit parlà la fin de l’engagement. Cette division fut laissée en partie à Vermand, pendant la nuit, tandis que la division Payen venait prendre son cantonnement à Saint-Quentin même.

    Le combat de Vermand nous coûta peut-être 500 hommes tués ou blessés. De fortes pertes de l’ennemi peuvent seules expliquer qu’il n’ait pas fait d’efforts plus vigoureux pour nous enlever nos positions devant Vermand. Les Prussiens disent nous avoir pris un canon ce jour-là. Ils l’ont repêché du fond d’un abreuvoir de village où la maladresse d’un conducteur l’avait fait verser, et où on l’avait abandonné après de grands et inutiles efforts, pour ne pas retarder la marche de la colonne.

    Ce qui venait de se passer le 18 prouva que la concentration des forces prussiennes était déjà trop complète pour qu’il fût possible de tenter une marche vers le Nord, afin d’aller s’appuyer aux places fortes. On était obligé d’accepter la bataille autour de Saint-Quentin. Par une heureuse coïncidence, c’était le jour même où l’armée de Paris livrait la bataille de Montretout.

    La situation n’était, du reste, pas mauvaise. Avec toutes les ressources d’une grande ville à portée, nous trouvions, dans les hauteurs qui entourent Saint-Quentin à trois ou quatre kilomètres, d’excellentes positions de combat. La cause de cette avance de l’armée prussienne sur nos prévisions, c’est que le général von Gœben, en apprenant la reprise de Saint-Quentin par le colonel Isnard le 15, s’exagéra l’importance de ce fait. Ignorant que le colonel Isnard n’avait qu’une faible colonne composée presqu’entièrement de mobiles, il crut à l’existence de forces considérables autour de Saint-Quentin et commença son mouvement vers l’est, même avant de connaître notre propre mouvement dans cette direction. Les troupes eurent l’ordre d’être sur pied à la pointe du jour et leurs emplacements leur furent désignés. Nos forces montaient à près de 40 000 hommes.

    Le 23e corps, renforcé de la brigade Isnard, s’établit en arc-de-cercle, tournant le dos à la ville, sa gauche au moulin de Rocourt, et sa droite au village de Fayet. Il s’étendait donc du canal à la route de Cambrai. Seulement, il était par inversion : sa 1ère division (Payen) formant sa gauche et sa 2e division (mobilisés Robin), formant sa droite. La brigade Isnard était entre les deux.

    Le 22e corps s’établit de l’autre côté du canal, s’étendant de Gauchy à Grugis, jusqu’à la route de Paris, face au sud. Notre armée formait ainsi une demi-circonférence autour de Saint-Quentin, au sud et à l’ouest. L’ennemi devait arriver sur le 23e corps à l’ouest par les routes de Péronne et de Ham, et sur le 22e corps au sud par les routes de Chauny (Paris) et de la Fère.

    Nos lignes de retraite étaient la route de Cambrai par le Catelet, et celle du Gateau, par Bohain. La brigade Pauly (mobilisés du Pas-de-Calais), qui se trouvait à Bellicourt, était à même de protéger ces lignes de retraite.

    La bataille commença du côté du 22e corps. La 2e brigade de la 1ère division (Derroja) était à peine rendue à Gauchy, et la 2e division (du Bessol), à Grugis, que de profondes colonnes d’infanterie prussienne, précédées de cavaliers, arrivèrent par la route de Paris, vers Castres. C’étaient les trois divisions von Barnekow, prince Albert de Prusse, et comte de Lippe ; une brigade de la cavalerie de la garde était commandée par le prince de Hesse.

    L’action s’engagea immédiatement entre les tirailleurs des deux armées et la batterie Collignon s’établit sur une excellente position, près du moulin dit « A-tout-vent ». On se disputa la possession des hauteurs en avant de Gauchy et l’ennemi mit aussitôt en ligne de nombreuses batteries.

    La 1ère brigade (Aynès) de la 1ère division, qui avait couché à St-Quentin, arriva alors au pas de course et vint se placer à la gauche des troupes engagées, étendant ainsi notre front de bataille jusqu’à la route de La Fère. Le général du Bessol venait d’être grièvement blessé.

    Pour combattre l’artillerie ennemie, les batteries de Montebello et Bocquillon, la batterie Gaignand de 12 et plus tard la batterie Beauregard vinrent se placer au centre de la position auprès de la batterie Collignon. Ces cinq batteries arrêtèrent pendant toute la bataille les efforts de l’ennemi, en lui faisant subir des pertes énormes.

    Pour s’opposer à l’attaque de colonnes considérables arrivant d’Ervillers et d’Itancourt, le colonel Aynès, avec une partie de sa brigade, s’avança sur la route de la Fère, où il tomba bientôt mortellement frappé. Il était environ trois heures.

    L’ennemi nous débordant en ce moment vers la Neuville-St-Amand, nos troupes se replièrent presque jusqu’au faubourg d’Isle.

    Le commandant Tramond arrêta ce mouvement rétrograde en se mettant à la tête de ses bataillons du 68e de marche et chargeant l’ennemi à la baïonnette. On regagna le terrain perdu jusqu’à hauteur des batteries qui n’avaient pas cessé leur feu.

    Cependant, la lutte continuait avec acharnement à la droite de la division. Les hauteurs avancées de Gauchy furent assaillies six fois par des troupes fraîches qui se renouvelaient sans cesse. Six fois, nos soldats, animés par le courage et l’intrépidité du colonel Pittié, repoussèrent ces assauts. Dans ces attaques, nos soldats se rapprochèrent plusieurs fois jusqu’à vingt pas de l’ennemi jonchant le terrain de ses morts.

    La cavalerie prussienne ne fut pas plus heureuse devant l’élan et la solidité de notre infanterie. Une charge faite par un régiment de hussards, fut, en peu de temps, arrêtée et brisée par des feux d’ensemble bien dirigés par le colonel Cottin. Dans cette lutte, les mobiles du 91e et du 46e, malgré l’infériorité de leur armement, rivalisèrent de courage avec les troupes de ligne, animés par l’exemple de la plupart de leurs officiers et particulièrement de leurs chefs de corps, MM. Povel et de Laprade.

    Mais comment résister indéfiniment à des troupes fraîches amenées incessamment, même de Paris, sur le champ de bataille, par le chemin de fer ?

    La 2e brigade, débordée par sa droite, se vit enfin obligée de céder le terrain. Elle battit en retraite en très bon ordre. Son mouvement entraîna celui de la gauche de notre ligne et les batteries, après avoir tiré jusqu’au dernier moment pour protéger la retraite, furent contraintes de se retirer à leur tour par le faubourg d’Isle, sous la protection des barricades établies dans ce faubourg et qui retardèrent la marche de l’ennemi. La nuit, du reste, était venue.

    Au 23e corps, l’action ne s’était sérieusement engagée contre les divisions von Kummer et von den Grœben qu’entre neuf et dix heures. La division Robin (mobilisés) avait occupé les villages de Fayet, Francilly, Salency, détachant un bataillon dans le village d’Holnon et garnissant par ses tirailleurs les bois en avant de son front.

    La brigade Isnard s’étendait de Francilly à la route de Savy, et la brigade de la Grange, de la division Payen, formait un échelon à la gauche de la précédente, jusqu’au canal.

    La 1ère brigade (Michelet) de la 1ère division était en réserve derrière le centre de la ligne de bataille. Dès le commencement de l’affaire, un escadron de nos dragons eût, près de Savy, avec un régiment de cavalerie prussienne, un engagement dans lequel le lieutenant-colonel Baussin reçut un violent coup de sabre à la tête et où nous eûmes une quinzaine de blessés.

    La batterie Halphen avait pris une excellente position à gauche de Francilly et y combattit d’une manière remarquable pendant toute la journée. Les batteries Dupuich et Dieudonné s’établirent en arrière de la droite de la division Robin pour défendre la route de Cambrai, par où il était à craindre que l’ennemi tentât de nous tourner et de nous couper la retraite ; c’était là en effet l’intention du général von Gœben.

    Les batteries de réserve furent placées à la gauche du 23e corps sur les hauteurs dominant la route de Ham. C’est à Ham que le chemin de fer amenait une partie des troupes venant d’Amiens et de Rouen. Il pouvait aussi en transporter par la Fère jusqu’à quelques kilomètres du champ de bataille.

    Pendant la première partie de la journée, la lutte ne consista qu’en un combat de tirailleurs et d’artillerie pour la possession des bois et des villages qui se trouvaient entre les deux armées. Mais, vers deux heures, des renforts ennemis venant de Péronne attaquèrent vigoureusement notre extrême droite et enlevèrent le village de Fayet à la division Robin, menaçant ainsi la route de Cambrai.

    La 1ère brigade du commandant Payen, envoyée sur ce point, aborda vivement le village sous la protection d’une batterie et demie d’artillerie de réserve envoyée par le général en chef. En même temps, la brigade Pauly des mobilisés du Pas-de-Calais, venant de Bellicourt au bruit du canon, prenait la part la plus honorable à cette opération. On réussit à repousser les Prussiens du village. Le 48e mobile s’y établit et l’occupa jusqu’à la nuit. Quant aux autres troupes, elles prirent position en arrière sur les hauteurs où se trouvaient les batteries Dupuich et Dieudonné et empêchèrent l’ennemi de faire des progrès vers la route de Cambrai.

    Sur la gauche, les brigades Isnard et de la Grange, déployant une grande valeur, pénétrèrent à plusieurs reprises dans les bois de Savy. Mais, vers quatre heures, par l’arrivée de la division Mémerly du 1er corps prussien, elles se trouvèrent en présence de forces trop supérieures et se virent obligées de céder peu à peu le terrain. Le général Paulze d’Ivoy reçut alors du général en chef, l’ordre d’envoyer des renforts à sa gauche, pour arrêter les progrès de l’ennemi sur la route de Ham.

    Malgré ces renforts, l’ennemi put bientôt s’avancer sur la route et le long da canal et ne fut plus arrêté, jusqu’à la chute du jour qui ne tarda pas à arriver, que par le feu qui partait des solides barricades construites au faubourg Saint-Martin. Monsieur le chef de bataillon du génie Richard, premier aide-de-camp du général en chef, resté jusqu’à la nuit à cette barricade pour y arrêter l’ennemi le plus longtemps possible, y fut cerné et ne parvint à s’échapper qu’après avoir été pris plusieurs fois et s’être débarrassé de plusieurs Prussiens à coups de revolver.

    Ainsi, à la nuit, du côté de l’ouest comme du côté du sud, nos troupes, épuisées par une journée entière de combat, succédant à trois journées de marches forcées et d’escarmouches, par un temps et des chemins épouvantables, se trouvaient rejetées sur Saint-Quentin par un ennemi dont le nombre augmentait à chaque instant par les renforts qu’il recevait de Rouen, d’Amiens, de Péronne, de Ham, de Laon, de la Fère et enfin de Beauvais et de Paris.

    La retraite fut alors ordonnée au 22e corps par la route du Gateau et au 23e corps par celle de Cambrai. Le général en chef et son état-major, après avoir suivi le 22e corps jusqu’à Essigny, prit avec la cavalerie la route intermédiaire qui passe à Montbrehain.

    Les têtes de colonnes prussiennes entrèrent à Saint-Quentin par les routes de la Fère et de Ham, lançant quelques obus sur la ville et faisant prisonniers tous les soldats débandés, perdus, éclopés et quelques compagnies qui se trouvaient cernées. Il resta entre leurs mains trois ou quatre petits canons de montagne, qui se trouvaient en position au faubourg d’Isle et deux pièces de 4 abandonnées dans la ville. Cette artillerie appartenait à la petite colonne auxiliaire qui était entrée à Saint-Quentin l’avant-veille.

    Mais les quinze batteries de campagne de l’armée du Nord furent ramenées intactes à Cambrai avec leurs caissons et notre convoi.

    L’ennemi eut, d’après nos informations, dans les journées des 18 et 19, à Vermand et à Saint-Quentin, environ 5 000 hommes hors de combat et nous environ 3 000. Cela tient à ce que nos coups portaient sur des masses de troupes doubles des nôtres. Grâce aux traînards qu’il ramassa sur les routes le 20 et le 21, l’ennemi dut avoir entre ses mains le surlendemain de la bataille plus de 6 000 prisonniers, la plupart mobiles et mobilisés. Mais la moitié se sauva et rejoignit les corps au bout de quelques jours.

    Le 20, un détachement prussien arriva à la suite de nos colonnes jusqu’aux portes de Cambrai et somma en vain la ville de se rendre. Une autre troupe alla bombarder Landrecies et en fut repoussée par l’artillerie de la place. Les ennemis se retirèrent ensuite vers Saint-Quentin et ils furent maintenus dans la limite du département de la Somme par l’armistice proclamé le 29 janvier et dont les conditions, en ce qui concerne l’armée du Nord, furent débattues à Amiens par le colonel de Villenoisy avec le général von Gœben, qui montra en cette circonstance la plus grande courtoisie.

    Malheureusement, par ordre supérieur, on nous forçait à livrer Abbeville, que la brigade Babouin avait su jusqu’alors protéger contre les diverses tentatives des Prussiens. Seulement, le général Faidherbe demanda et obtint qu’Abbeville ne pût être frappé d’aucune contribution de guerre.

    On procéda alors à l’échange de 6 à 700 prisonniers, dont une trentaine d’officiers, qui étaient entre nos mains.

     

     

  • One Response à “Le 19 janvier 1871 – La bataille de Saint-Quentin”

    • Pierre Douay on 8 février 2015

      Très bien expliqué.
      Sincère salutations

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