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  • 12 janvier 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Le combat de Djellal

    D’après la monographie « L’Histoire de l’Algérie » – Comtesse Antoinette Drohojowska – 1848

     

    L’année 1847 s’ouvrait comme avait fini 1846. Abd-el-Kader, dans l’impuissance de recommencer la guerre, intriguait toujours, et, les populations étant sourdes à la voix de ses émissaires, il avait recours à d’odieux moyens pour susciter des embarras. C’est ainsi que des membres de sa deira, envoyés par lui, infestaient les routes de la province d’Oran, attaquaient les voyageurs isolés, les petits convois et interceptaient presque les communications. Grâce au concours des chefs indigènes, un grand nombre de ces brigands furent pris et dirigés, comme prisonniers, sur la France.

    La province d’Alger avait également ses malfaiteurs, excités aussi par l’émir ; mais ici ce n’était plus sur les grandes routes que se commettaient le vol et la violence, c’était dans les habitations, où chaque jour étaient enlevés de nouveaux troupeaux.

    Abd-el-Kader et Bou-Maza avaient définitivement rompu. Ils étaient désormais rivaux. Tous les deux voulaient bien toujours combattre la France, mais non plus ensemble et en se soutenant.

    On ignorait le motif de cette rupture, lorsqu’un serviteur de Bou-Maza, se lassant de suivre l’aventureuse carrière de son maître, rentra dans son pays, et donna au bureau arabe d’Orléansville les détails suivants :

    Il raconta que, presque dès l’abord, le chérif avait été l’objet de la jalousie et des persécutions du sultan, qui accueillait avec partialité les plaintes d’El-Hadj-Seghrir, son lieutenant, et de quiconque élevait la voix contre le sultan du Dahra, Bou-Maza. Celui-ci n’eût pas été un vrai chef de parti arabe s’il s’était retiré de la guerre sainte les mains vides ; or, en fuyant, il n’avait eu garde d’oublier son petit trésor, il pensa que le partager avec son hôte et son maître, serait le meilleur moyen de calmer ses ressentiments. Il se trompait, ce fut un sacrifice inutile. Sa position ne devenant pas meilleure, sa vie même lui paraissant menacée, il se décida à abandonner la deira. Suivi seulement de quinze à vingt cavaliers, sur la fidélité desquels il pouvait compter, il prétexta une absence de quelques jours et partit, laissant sa femme, sa tente, et ce qu’il avait de plus précieux. A peine son absence fut-elle connue que l’émir pénétra son projet. Aussitôt des ordres sont donnés en conséquence. Une troupe de cavaliers le poursuivit longtemps et vivement. Le fugitif ne dut son salut qu’à la vitesse de ses chevaux. Depuis ce moment, il a un ennemi bien autrement acharné à sa perte que les Français ; Abd-el-Kader ne cesse de le décrier dans ses lettres ; il va même jusqu’à exhorter les bons musulmans à se débarrasser de lui.

    C’est ainsi que, par leurs querelles aveugles, leur jalousie et leurs dissensions impolitiques, les chefs de parti appelés à agir de concert, ont toujours affaibli la cause qu’ils servaient. Au lieu de resserrer le faisceau, ils le séparent, et ce que n’aurait pu faire un homme pour le rompre quand il était lié, un enfant en vient facilement à bout lorsqu’il est détaché. Bou-Maza et Abd-el-Kader, même réunis, ne pouvaient résister ; séparés, leurs forces ont diminué, le terme de la lutte devient donc plus facile et moins éloigné.

    Le chérif tendait à soulever les populations des Zibans. Abd-el-Kader, toujours dans le Tell marocain, ne cherchait pas, pour le moment, à rentrer sur le théâtre de la guerre ; c’était donc contre le premier que devaient être dirigés les efforts.

    Bou-Maza parcourait les oasis du désert et ses prédications y avaient déjà fait une vive impression sur les esprits. Une colonne, sous les ordres du général Herbillon, quitta Bethna et, rejointe bientôt par le commandant de Saint-Germain, qui avait, peu avant, reçu les assurances pacifiques des tribus prêtes à s’insurger, elle s’avança vers le territoire des Ouled-Djellal.

    Le 10 janvier, les gens de Sidy-Khalled recevaient notre petite armée en amis, s’empressant de se mettre à la disposition de nos soldats et de leur offrir toutes les provisions dont ils pouvaient disposer.

    Les espérances, que fit naître ce début de bon augure, furent détrompées dans la journée même. Le général Herbillon s’étant présenté devant la principale oasis des Ouled-Djellal, apprit que le chérif Bou-Maza en était parti la veille, emmenant avec lui les goums des Ouled-Zid et des Ouled-Sassi. Il leur avait promis un prompt retour et n’avait négligé aucune précaution pour fortifier le village, que gardaient environ 1000 hommes bien armés dont 250 avaient même consenti à s’enrôler comme noyau de troupes régulières.

    Les Arabes, postés à l’entrée de l’oasis, reçurent la colonne avec des démonstrations hostiles. Cependant le général faisant la part de l’exaltation politique et religieuse, au lieu d’agir militairement, voulut essayer de les ramener à des sentiments plus pacifiques.

    A la suite d’une première sommation, des pourparlers s’engagèrent ; ils n’aboutirent qu’à une trêve de quelques instants. Le délai expiré, on songea à l’attaque. Le général avait confié à un officier du 31e, le commandant Billon, le soin de faire une reconnaissance autour du village. Celui-ci, animé par les cris de guerre et de défi des Ouled-Djellal, entraîné par l’ardeur et l’enthousiasme de ses soldats, oublia ses instructions et, pensant que le résultat d’une attaque ne pouvait être douteux, s’élança avec son bataillon à travers les jardins, enleva rapidement toutes les clôtures servant d’embuscade et parvint, avec la promptitude de la foudre, jusqu’au centre du village.

    Arrivé là, il rencontra une résistance que rendait plus terrible et plus acharnée, la présence des femmes et des enfants qui y avaient cherché un refuge. Au moment où il allait escalader la partie la plus basse de la mosquée, un coup mortel atteignit cet imprudent, mais vaillant officier. Sa mort donna une nouvelle impulsion au courage de sa petite troupe, le combat s’engagea presque corps à corps. Pendant une demi-heure, ces trois compagnies du 31e soutinrent une lutte que rendaient très difficile et très meurtrière, les avantages que donnait aux Arabes, la possession des maisons crénelées du village.

    Le général Herbillon ayant appris l’attaque, et comprenant à la vivacité de la fusillade que l’engagement était sérieux et qu’il était urgent de porter secours aux troupes qui y prenaient part, n’hésita pas. Quelque contrarié qu’il pût être de l’inexécution de ses instructions, il donna ordre de pénétrer dans l’oasis.

    Lorsqu’on arriva au lieu du combat, la nuit tombait, et le 31e s’était retiré. Le général, ne voulant pas bivouaquer dans ce lieu dangereux et peu sûr, commanda la retraite. Quand elle fut accomplie, les pertes de cette seconde troupe étaient déjà aussi fortes que celles de la première.

    Dès le soir même, les dernières lueurs du jour montrèrent le drapeau de paix arboré par les Ouled-Djellal sur leur minaret. Ce signal n’ayant pas été suffisamment compris, une députation nombreuse vint au camp implorer le pardon du général et l’assurer que la tribu avait cédé à l’influence de quelques chefs partisans du chérif, mais que ces chefs ayant pour la plupart succombé dans le double combat de la journée, tout le monde était disposé à la soumission.

     

     

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