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  • 6 janvier 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Le 5 janvier 1675 - Le combat de Turckheim dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-marche-de-Turenne-150x150

    Le combat de Turckheim

    D’après la « Revue d’Alsace » – 1851

     

    Par le séjour de l’Electeur et de sa cour, Colmar était devenu la place d’armes et le centre de toute l’action politique des Impériaux. Irritée par le souvenir de son désarmement et entraînée par les promesses des princes, la bourgeoisie avait résolument, à la fin, embrassé le parti de l’empire.

    Frédéric-Guillaume s’était engagé à défendre la ville avec trois généraux et vingt pièces de canon. L’artillerie fut portée sur les remparts réparés à la hâte. Les tribus se reformèrent en milice et reparurent bien armées, dans les rues et à leurs postes de défense. Le magistrat tout entier donna énergiquement dans le projet d’une résistance opiniâtre et extrême. Deux Zunftmeister se signalèrent surtout par leur exaltation. Les moines du couvent des dominicains excitaient le peuple à se soulever ; deux d’entre eux, qui servaient d’agents et d’espions à l’Electeur, se compromirent si rudement dans cet office, qu’ils furent chassés de la province par l’intendant de La Grange, au mois d’avril suivant.

    Tous les généraux de la coalition arrivèrent au milieu de ce tumulte et de ces préparatifs de lutte. L’on était au 4 janvier.

    L’Electeur devait célébrer, le lendemain, dans un festin splendide, la veille des rois. Il espérait de rétablir, dans le sympathique abandon d’une fête à l’allemande, la concorde et la confiance entre les défenseurs de l’empire. La princesse Dorothée et les dames de la cour devaient assister à ce banquet militaire et disposer les cœurs à l’union et à l’oubli du passé.

    Tout était prêt ! Les retraites profondes de la Hardt avaient livré les cerfs et les sangliers, les rives du Rhin les faisans aux ailes d’or, les cimes des Vosges le coq de bruyère, l’oiseau des grandes solennités de la table alsacienne ; les celliers les plus secrets des monastères avaient envoyé les vins généreux et brûlans dont l’âge et le nom étaient un mystère connu d’eux seuls… Une seule chose allait manquer à cette fête, le temps.

    Le samedi, 5 janvier, avant le jour, Turenne leva le camp de Pfaffenheim. Il forma son armée sur trois colonnes parallèles, l’infanterie en tête, qui passèrent devant Eguisheim. Dix escadrons allemands se tenaient en observation, au-delà du ruisseau qui coupe la route de Belfort. A la vue de l’avant-garde française, forte de 2000 hommes d’infanterie, ils tournèrent bride et rentrèrent à Colmar. Les deux colonnes qui marchaient dans la plaine, commandées par le comte de Lorge ayant sous ses ordres le comte de Roye et le baron de Monclar, s’arrêtèrent au-delà de Wettolsheim, près d’une église (Feldkirch) qui existait alors sur le chemin de Colmar.

    Le comte de Lorge y appuya la droite de sa cavalerie, qu’il déploya sur deux lignes obliques jusqu’à Wintzenheim. Toute l’infanterie, formant la gauche, fut disposée devant le village, la face tournée vers le Rhin. Cinq escadrons s’avancèrent dans les vignes qui s’étendent au nord de Wintzenheim jusqu’au bras de la Fecht, appelée alors le Muhlbach, et aujourd’hui le Logelbach, et couvraient ainsi tout le flanc gauche de l’armée. Le poste extrême de cette cavalerie était à la chapelle de Saint Gilles.

    Dès la veille, les princes coalisés avaient massé leurs forces entre Colmar et Turckheim. Ils avaient fait rapidement élever des parapets derrière le Muhlbach, pour employer leur artillerie, qui était nombreuse ; vingt-quatre pièces de canon en défendaient le passage. D’autres batteries avaient été construites en tête de Turckheim, et à la sortie de Colmar, près d’une chapelle, sur la route de Schlestadt.

    C’étaient les deux extrémités de la ligne qu’ils se proposaient d’occuper et qui avait plus d’une lieue de développement. La gauche des impériaux était appuyée presque aux murs de Colmar, garnis de vingt pièces de canon ; leur droite s’étendait vers Turckheim, touchant à la Fecht et aux montagnes.

    Cette grande armée, ayant son front couvert par le Muhlbach, était formée sur deux lignes, la cavalerie aux ailes et l’infanterie au centre, suivant l’usage constant de cette époque, et que les généraux de l’empereur enfreignaient moins que d’autres. Elle était soutenue par une forte réserve disposée dans le même ordre. Colmar était défendu par un corps d’infanterie de Zell et par sa garde bourgeoise. Deux bataillons occupaient Turckheim, où le vieux duc de Lorraine, mieux inspiré que ses collègues, avait voulu faire placer un corps plus considérable. Toute la plaine, entre les Français et les Allemands, était sous le feu de l’artillerie ennemie.

    Jamais armée n’eut de position plus forte et plus avantageuse. Aussi la confiance de l’Electeur et de Bournonville en fut-elle démésurement accrue. Il ne leur parut pas possible que Turenne pût tenter de les attaquer autrement que par la plaine, dont ils étaient, sans contredit, les maîtres. Le duc de Lorraine, seul, ne donna pas dans cet excès d’assurance. Il connaissait mieux que les généraux allemands la fertilité de l’esprit militaire du maréchal, et, sans rien saisir de ses desseins, il appréhendait l’effet de quelqu’une de ces idées imprévues avec lesquelles Turenne paralysait les dispositions les plus habiles et les plus logiques de ses adversaires. Mais ses inquiétudes furent raillées et ses conseils de défiance méprisés. Il s’en vengea mal. Laissant ses lorrains dans l’armée impériale, il se retira presque seul sur son quartier de Saint-Hipolyte.

    Turenne, qui suivait le pied des montagnes avec la colonne de gauche, avait vu, des hauteurs de Wettolsheim, les Impériaux prendre leurs positions. C’est alors qu’il avait ordonné au comte de Lorge de mettre en bataille les deux colonnes qui formaient la droite de l’armée, depuis son départ de Pfaffenheim. Quant à lui, prenant brusquement à gauche, par les chemins escarpés des vignes, il s’engagea dans la montagne. Sa colonne était composée de 14 bataillons de vieille infanterie, de quelques escadrons de gendarmerie et de cavalerie légère et de quatre canons. Il tourna, en dedans de la montagne, par une gorge étroite ouverte à mi-hauteur, le sommet élevé que couronnait le château de Hoh-Landsperg, dévasté dans les guerres de Suède et ruiné par Louis XIV.

    Quand les troupes se virent resserrées dans ce défilé difficile, encombré de neige, et sur les pentes rapides duquel les chevaux et les hommes n’avançaient qu’avec une peine extrême, elles furent saisies d’un étonnement qui touchait au trouble et à la défiance. Quelques officiers, redoutant les effets de cette inquiétude générale sur le moral des soldats, délibéraient d’avertir le maréchal. Parmi eux se trouvait le jeune marquis de La Fare, qui servait dans la gendarmerie et qui était fort aimé du maréchal.

    « Etant sans conséquence », comme il le dit modestement lui-même, et pouvant « ainsi lui dire tout ce qui lui venoit dans la tête », La Fare se hasarda de parler à Turenne. Il gagna la tête de la colonne, où Turenne, tranquillement à cheval, rêvait à son dessein. L’abordant avec respect : « Je vous demande pardon, monseigneur, dit-il, si j’ose vous dire que nous sommes tous inquiets de la marche que vous nous faites suivre, et de voir que nous allons du nez dans cette montagne, et que nous sommes tous les uns sur les autres dans cette vallée… ».

    « Effectivement, répliqua le maréchal, vous n’avez pas tort ; mais j’ai compris que l’armée des ennemis qui a le ruisseau de Turckheim devant elle, et Colmar à sa gauche, où sont ses vivres et ses munitions, ne se déposteroit point d’un bon poste où elle est, pour tomber sur moi, et ne passerait point le ruisseau ; que d’ailleurs, elle n’abandonneroit pas Colmar, où sont ses magasins, de peur que je ne me jettasse de ce côté là et ne m’en saisisse ; que pourtant elle n’étoit pas assez grande pour tenir Turckheim autrement que par un détachement, et qu’ainsi me saisissant de ce poste, comme je vais tâcher de faire tout-à-1′heure, je me donnerai un passage dans leur flanc, qui les obligera à retourner leur armée, et à me combattre dans un terrain égal aux uns et aux autres ».

    Une allègre confiance se répandit dans la colonne, sitôt qu’elle connut le but où Turenne la menait. Elle acheva de franchir le défilé et déboucha, au-dessous du château ruiné de Plixbourg, par la gorge du Willspen, à l’entrée du val de Munster.

    Turenne traversa la Fecht, un peu en aval de Zimmerbach, à un endroit, où existait alors une grande cense, et qui porte le nom d’Elftäge. Il longea la rivière, appuyé à gauche à des côteaux de vignoble, et parut devant Turckheim.

    Turckheim est une petite ville, assise au pied de la chaîne des Vosges, à l’entrée de la vallée de Munster. Elle était une des dix villes libres impériales d’Alsace, mais la moins importante de cette association célèbre, qui lutta si obstinément contre la France, pour la conservation de ses privilèges. Sa bourgeoisie n’était composée que d’agriculteurs et de vignerons.

    Quoiqu’elle fût munie d’une bonne muraille, et couverte, du côté de la plaine, par le torrent de la Fecht, elle était incapable d’une résistance sérieuse. Les impériaux, qui y avaient été reçus avec la sympathie ouverte de la population, l’occupaient avec deux bataillons, moins pour la protéger que pour se défendre eux-mêmes, car ils s’étaient retirés, lorsque, à la vue des lignes françaises, déployées devant Wintzenheim, les généraux allemands jugèrent que Turenne les attaquerait de front par la plaine.

    Turenne avait « abordé cette ville petit à petit », et tout-à-fait à l’insu de l’ennemi. Un coup de mousquet unique fut tiré sur sa troupe, depuis les murailles. Arrivé devant la porte qui regarde sur la vallée, il la trouva fermée. Les dragons l’enfoncèrent immédiatement à coups de haches, et Tilladet, à la tête de 200 grenadiers et dragons, que suivaient 300 mousquetaires, se jeta dans la ville, la traversa et s’empara de la porte qui donne vers Colmar. Elle était ouverte ; les Français la fermèrent sur eux, après avoir fait occuper le grand moulin (aujourd’hui le moulin Schanno) et le cimetière, qui est devant la ville. Ce ne fut point un combat, mais une surprise, dans laquelle on fit prisonniers 36 soldats impériaux, qui n’avaient pas eu le temps de rejoindre leur corps.

    Pendant que Tilladet s’établissait à Turckheim, le maréchal traversa la ville et sortit par l’Oehlthor. Le brigadier de Mouchy prit position dans les vignes, à gauche de la ville, sur le Steinglitz, avec 3 régiments d’infanterie et une compagnie de mousquetaires. Le marquis de Saint Aoust avec sa cavalerie légère et le comte de Bocquemar avec deux bataillons des gardes françaises, se placèrent à la tête de l’avenue principale de Turckheim. Le marquis de Genlis devait, avec la réserve, se porter où le besoin des circonstances l’exigerait.

    Foucault demeura auprès du maréchal, qui donna ordre à de Lorge et à Monclar d’avancer avec une partie de leurs escadrons, en veillant sur la plaine, où le comte de Roye resta avec le gros de l’infanterie.

    Le plan de Turenne avait admirablement réussi. Tandis que l’électeur et Bournonville l’attendaient sur leur front, il se trouvait alors sur leur flanc droit, qui n’était pas appuyé, et le reste de son armée, formée hors de la portée du canon, dans la plaine, contenait le centre et la gauche des impériaux, dont l’action était ainsi entièrement paralysée.

    L’électeur, qui comprit alors combien le duc de Lorraine avait eu raison de vouloir garder fortement le poste de Turckheim, entreprit de réparer sa faute.

    Rompant la seconde ligne de sa droite et de son centre, ainsi que toute la réserve, il en forma deux colonnes, qu’il lança sur Turckheim pour le reprendre. Elles étaient formées d’infanterie impériale, lunebourgeoise et de Munster, de trente escadrons de cavalerie et de six pièces de canons. Le marquis de Genlis, à la tête de 100 mousquetaires avait reconnu l’ennemi, pendant que Turenne faisait avancer jusque dans le bas des vignes les régiments de la Marine et de Bandeville.

    Là, « on sçut par un homme que l’on avait fait monter sur un arbre qu’il filoit force troupes de l’ennemi vers Turckheim ». Il marchait, en effet, droit sur la ville. Arrivé sur la Fecht, des dragons et le régiment de Dörflinger franchirent la rivière, et leurs vives décharges ayant étourdi et fait reculer les postes français, ils se rendirent maîtres du grand moulin, de la chapelle de Saint-Symphorien et du cimetière.

    Soupçonnant alors que cette avant-garde ne forçait les abords de la ville que pour s’emparer des passages qui mènent aux vignes, et pour frayer la route à l’armée, Turenne fit retourner Bocquemar avec les gardes et le brigadier de Saint-Aoust avec sa cavalerie, pour chasser les impériaux et regagner les postes perdus. Après un combat opiniâtre, les Français dégagèrent la chapelle et rentrèrent dans le moulin qu’ils incendièrent. L’ennemi repassa le pont, et Saint-Aoust reprit position sur le chemin de Colmar.

    Malgré ce premier échec, les Allemands s’établirent le long de la rive droite de la Fecht, dans les prairies, et mirent leur artillerie en ligne, pour en forcer le passage. Il était alors deux heures. Turenne fit prendre huit bataillons à Foucault et lui ordonna de les attaquer, mais dans une heure seulement sur leur gauche, afin de les déloger de la rivière.

    Le marquis de Mouchy s’étendit sur la rive gauche, dans les vignes, avec les régiments de Navarre, des Vaisseaux, de la Reine, d’Anjou, d’Orléans et un bataillon de Monmouth. Quand il commença son mouvement, le régiment de la Marine, vigoureusement commandé par de Lamotte, avait déjà engagé le feu et souffrait beaucoup, combattant seul, et l’infanterie française n’arrivant que lentement le long de la Fecht, « car c’estoit tout défilés pour y aller ».

    Le feu de la mousqueterie fut très vif de part et d’autre ; l’artillerie surtout incommoda beaucoup les Français, qui étaient dans les vignes, où l’on n’avait pu conduire du canon, à cause de la raideur du terrain, et où « les grands échalas empeschoient de se mouvoir aussi librement qu’il l’eût fallu ».

    A l’heure convenue, Foucault commença l’attaque contre la gauche des Impériaux. Un combat sanglant s’engagea et se continua opiniâtrement. L’avantage du terrain était devenu égal, car les Français étaient descendus dans une prairie resserrée entre les vignes et la rivière. Mais le feu de l’ennemi, soutenu par la canonnade, était supérieur au leur.

    L’on se battait depuis une heure environ, lorsque Foucault, qui courait d’un point à l’autre, donnant ses ordres, fut tué. Ses troupes, encore animées de la fermeté énergique que l’âme de ce rude soldat leur avait communiquée, firent des efforts inouïs pour entamer la ligne ennemie. Tout l’effort de la bataille s’était porté à cet endroit. Turenne surveillait et suivait en personne l’action. Il était derrière l’infanterie de Foucault, et beaucoup trop « exposé pour l’intérêt de roy ». Il eut son cheval blessé sous lui. « Cela devenant violent de part et d’autre », le maréchal rallia vers lui une partie de l’infanterie du marquis de Mouchy, lequel avait aussi été glorieusement tué au pied du Blumenberg.

    Le jour commençait à baisser. A la dernière extrémité, et pour ne pas laisser échapper le fruit de cette laborieuse journée, Turenne était résolu à franchir la Fecht. Mais il redoutait, en s’étendant vers Colmar, de donner dans le reste de l’armée ennemie et d’engager une bataille générale. Réunissant alors toute l’infanterie disponible près de lui, il forma un plus grand front que l’ennemi pour déborder ses flancs, et fit recommencer le feu, qui devint plus vigoureux et plus meurtrier encore qu’auparavant. Les régiments qui s’étaient le moins fatigués, comme celui de Navarre, conduit pard’Albret, celui des Vaisseaux, commandé par l’Aubarède, les deux bataillons des gardes de Bocquemar et du chevalier de Figueras, avancèrent tout au bord de la Fecht ; deux escadrons du régiment de Florensac les soutenaient, placés en arrière. Le major-général Cézen portait partout les ordres de Turenne, ainsi que le marquis de La Fare.

    La nuit était venue et pressait le maréchal de finir. « Ils marchèrent tambour-battant droit à la rivière, à la gauche, et toute l’infanterie qui étoit dans les vignes marcha aussi et vint sur le bord de l’eau. Les ennemis y étoient avec grand bruit de tambours, de timballes et de trompettes. L’on alla à eux de mesme, le feu fut grand. Il se trouva que le feu des gardes prenoit leur infanterie en flanc, de façon que de cette charge les ennemis plièrent et s’en allèrent en désordre » (Lettre de Cézen à Louvois).

    La fougue française, si longtemps contenue par les fatigues de cet opiniâtre combat, se donna carrière dès que l’ennemi eût commencé à faiblir. D’Albret et l’Aubarède, entraînant les fantassins de Navarre et des Vaisseaux, se jetèrent dans le torrent rapide et glacé, et le traversèrent, ayant de l’eau jusqu’aux genoux, pour poursuivre les impériaux. Les autres régiments allaient tous franchir la rivière, lorsque le maréchal envoya, par Cézen, l’ordre aux premiers de rétrograder, ne voulant pas les exposer à la nombreuse cavalerie allemande, qui pouvait avoir l’inspiration de les envelopper, dans ces vastes prairies. Il était sept heures du soir ; le combat était fini.

    Les impériaux, quoiqu’on ne les poursuivît point, étaient si abattus par l’épouvante que leur inspirait Turenne et par le sentiment de leur défaite, qu’ils se replièrent en désordre sur leur armée et y répandirent une inconcevable confusion.

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