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  • 4 janvier 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 2 janvier 1811 - La prise de Tortose dans EPHEMERIDE MILITAIRE Le-maréchal-Suchet-150x150

    La prise de Tortose

    D’après « La France militaire » – Abel Hugo – 1838

     

    Profitant des succès obtenus par les généraux Musnier, Montmarie et Boussard, Suchet passa sur la rive gauche de l’Ebre avec douze bataillons, pour compléter le blocus de Tortose. La position du col de l’Alba fut enlevée par une colonne française, tandis qu’une autre colonne, débouchant de la tête du pont de Xerta, s’avançait, sur le haut Èbre, jusqu’à portée de canon de la place, en faisant replier les postes ennemis.

    Après avoir laissé un régiment sur ce point, les Français tournèrent autour de la place à grande portée de canon, laissant des troupes de blocus sur tout le circuit que leur ligne parcourait, jusqu’au bas Èbre. En un seul jour, l’investissement se trouva complété, et le soir même, on bloqua étroitement la place, dans laquelle l’ennemi fut rejeté de tous côtés.

    Le terrain, accidenté et bouleversé, offrait aux assiégeants plusieurs couverts, dont ils profitèrent pour rapprocher les camps des ouvrages, et diminuer ainsi le circuit du blocus. Le colonel du 117e régiment de ligne, qui occupait la droite, profita d’un revers de terrain pour se camper à l’abri des feux de la place, à deux cents toises d’un ouvrage à cornes appelé les Tenailles (las Tenazzas). Les assiégés se trouvaient ainsi dans l’impossibilité de faire des sorties sur le haut Èbre.

    Deux régiments de ligne furent placés au centre ; un autre régiment et le 2e de la Vistule occupèrent la gauche. Cinq bataillons restèrent sur la rive droite pour le blocus de la tête du pont. Ces troupes, campées à six-cents toises seulement de cet ouvrage, se mirent à l’abri du canon des assiégés par des épaulements. On établit, sur le haut et sur le bas Èbre, des ponts volants protégés par des têtes, afin d’assurer les communications des deux rives.

    La rive de Tortose, baignée par les eaux de l’Èbre, s’appuie à une chaîne de montagnes. Elle est entourée par une enceinte bastionnée, dont une partie est dans la plaine ; l’autre partie s’élève sur des plateaux de granit, d’environ deux cents pieds de haut et presque partout dépouillés de terre. Le fort de la place (el Castillo) consiste en un vieux château bâti sur un roc élevé. Le bastion San-Pedro, du côté duquel les Français avaient attaqué la place en 1708, avait été renforcé par des retranchements.

    Les Espagnols avaient élevé en avant de ce bastion le fort d’Orléans, qui se compose d’une bonne lunette avec un fossé taillé dans le roc et un chemin couvert, et d’un ouvrage irrégulier sur la droite, qui domine toute la plaine du bas Èbre. L’ouvrage à cornes des Tenailles et l’ouvrage à cornes en avant del Castillo, couronnent les autres plateaux. Le point où est construit le fort d’Orléans avait été jugé, et par la présence même de ce fort, et par les difficultés du terrain, beaucoup plus difficile à attaquer que le demi-bastion Saint-Pierre, qui s’appuie sur le bas Èbre.

    Sur cette observation, faite par le général Rogniat, le général en chef décida que l’attaque serait dirigée sur ce demi-bastion. Partout ailleurs le terrain était fort mauvais, et l’on était forcé de s’emparer d’abord des forts avancés avant de pouvoir atteindre la double enceinte du corps de place. Cette attaque du demi-bastion Saint-Pierre était à cheval sur le fleuve, et, ce qui était un obstacle pour les assiégeants, elle était prise en écharpe par les batteries du fort d’Orléans.

    Pour paralyser l’action de ce fort et protéger les flancs de l’attaque principale, le général français résolut de faire deux fausses attaques ; l’une sur le plateau en avant du fort d’Orléans, l’autre sur la rive droite, devant la tête du pont.

    Tous les postes ennemis étaient, le 19 décembre, chassés dans la place, et déjà l’on s’était rendu maître d’un ouvrage que les assiégés avaient commencé sur le front du fort d’Orléans, mais qui n’était pas encore assez avancé pour être défendu. On ouvrit le soir, avec 500 travailleurs, une tranchée sur le plateau en avant du fort d’Orléans. La possession de ce plateau était indispensable avant de se hasarder dans la plaine au-dessous. On l’ouvrit à la sape volante, à quatre-vingts toises du fort, sur une longueur de cent quatre-vingts toises. Partout on rencontra du roc vif ou un terrain tellement dur, qu’on ne put s’enfoncer qu’à l’aide du pétard.

    Dans la nuit du 20 au 21, 2300 travailleurs ouvrirent la première parallèle devant le front des deux bastions Saint-Pierre et Saint-Jean, la gauche à quatre-vingts toises, se prolongeant depuis le bord du fleuve jusqu’au pied du plateau d’Orléans, sur une étendue de deux cent cinquante toises. On ouvrait en même temps sur la rive droite une tranchée, à quatre-vingt-dix toises de la tête du pont, pour y placer des batteries destinées à flanquer l’attaque principale.

    Le général Frère, faisant partie de l’armée de Catalogne, vint se réunir, le 22, avec sa division, à l’armée de siège. Le général en chef plaça cette troupe à une lieue au-dessous, sur l’Ebre, couvrant la route de la mer et de Tarragone.

    Les travaux furent poussés avec une activité incroyable : au centre, le chemin couvert était couronné dès la septième nuit, avant même l’établissement des batteries, exemple unique peut-être dans l’histoire des sièges.

    La garnison avait tenté sans succès une sortie dans la nuit du 17 décembre ; elle fut repoussée, et les tirailleurs parvinrent jusqu’au pied de la muraille. Le camp retranché et toutes les redoutes furent enlevés. De nouvelles sorties eurent lieu, le 23 au soir, dans presque toutes les directions ; les assiégés parvinrent à disperser les travailleurs de l’attaque d’Orléans.

    Les camps et les ouvrages furent attaqués, dans les nuits des 24 et 26, par des colonnes de 3 à 400 Espagnols, qui furent reçues partout à la baïonnette par les gardes de tranchée, et repoussées avec perte.

    L’ennemi, voulant préparer une sortie générale avant le feu des batteries assiégeantes, fit, le 28, un feu terrible des batteries de la place. A quatre heures du soir, les assiégés débouchèrent par la porte del Rastro, au nombre d’environ 2 000 hommes, et s’avancèrent sur le plateau pour prendre à revers les parallèles de l’attaque d’Orléans. Mais les deux régiments campés vis-à-vis de cette sortie, conduits par les généraux Habert et Bronikowski, se précipitèrent sur les Espagnols à la baïonnette, et les repoussèrent jusque dans le chemin couvert. Le général Abbé, commandant de tranchée, soutenu du colonel Lafosse, s’élança à leur poursuite par-dessus les tranchées, les culbuta, en tua un grand nombre et fit quelques prisonniers.

    Le front des parallèles était en même temps le but d’une attaque de l’ennemi, qui, dans la plaine, parvint à chasser les postes du couronnement du chemin couvert. Quelques sapeurs tentèrent en vain de s’opposer à la marche des Espagnols ; ceux-ci arrivèrent jusqu’à la seconde parallèle. Mais là, les troupes de garde les reçurent vigoureusement, et après les avoir repoussés, les forcèrent à rentrer dans la place avec une perte de 400 hommes.

    Malgré des obstacles sans cesse renaissants, et qui tenaient à la variation quotidienne de la navigation du fleuve, l’artillerie française était parvenue à transporter le parc de siège sur la rive gauche. La construction des batteries ne s’était faite qu’avec beaucoup de peine, à cause du feu terrible de la place qui écrasait surtout la rive droite.

    Le 29 décembre, à la pointe du jour, le général Vallée disposait de quarante-cinq bouches à feu, divisées en dix batteries sur l’une et l’autre rive. Ces batteries commencèrent un feu qui, en deux heures, prit une supériorité décidée, et éteignit celui du front attaqué. Le même jour, le pont fut coupé et le lendemain entièrement rompu, ce qui força l’ennemi d’évacuer dans la nuit la tête du pont, dont les Français s’emparèrent.

    Le 30, il n’y, avait guère que le château qui tirât ; aussi, le 31, les Français ralentirent leur feu, auquel on ne répondait pas. Les parapets étaient rasés, les embrasures hors d’état de recevoir du canon, et deux brèches commencées à l’avancée du fort d’Orléans et à la place. En même temps le général Rogniat exécutait la descente et le passage du fossé, et attachait le mineur à l’escarpe du corps de la place.

    Les choses en étaient là, lorsque, le 1er janvier 1811, au matin, un drapeau blanc se balança au sommet du château de Tortose. Les hostilités cessèrent aussitôt et les remparts se couvrirent de soldats et d’habitants.On amena au général Suchet deux officiers parlementaires autorisés à faire des propositions.

    L’adjudant commandant Saint-Cyr-Nugues, chef d’état-major du général Suchet, fut chargé de porter au gouverneur les bases d’une capitulation. Mais ce gouverneur, homme d’un caractère faible, était entouré de deux ou trois chefs qui s’étaient partagé son autorité, et qui demandèrent à être renvoyés à Tarragone tout de suite, ou à se rendre conditionnellement dans quinze jours s’ils n’étaient pas secourus auparavant. L’officier français rejeta ces propositions, et engagea le gouverneur à ne plus arborer de drapeau blanc, à moins qu’il ne voulût accepter une capitulation pure et simple.

    Les soldats français apprirent avec joie le résultat de l’entrevue, et demandèrent à grands cris l’assaut que le général Suchet leur promit pour le lendemain. On recommença à lancer des bombes et des obus sur la ville et le château.

    Le matin du 2 janvier, une nouvelle batterie de brèche, élevée avec une étonnante rapidité dans le chemin couvert sur la contre-escarpe du fossé, battait la muraille à quinze toises. D’heure en heure la brèche s’élargissait, et malgré trois drapeaux blancs qui flottaient à la fois sur les remparts, les Français redoublaient leurs feux. Enfin, à deux heures, tout fut prêt.

    Le général Suchet fit prendre les armes à la brigade Harispe, et on forma les compagnies d’élite en colonnes pour monter à l’assaut. Les parlementaires espagnols se présentèrent derechef.

    Mais le général Suchet avait défendu de les recevoir, à moins que, pour premier préliminaire, ils ne livrassent une porte de la ville. Ils hésitaient. Suchet s’avança et ordonna de baisser les pont-levis. Les soldats espagnols obéirent.

    Le général entra dans la place, et adressa au gouverneur et aux soldats des reproches sur leur conduite de la veille. Les forts se soumirent, les grenadiers français s’emparèrent des postes. A quatre heures, la garnison, forte de 6 800 hommes, défila prisonnière de guerre (en déposant neuf drapeaux, dont un offert à la ville par le roi d’Angleterre), et prit immédiatement la route de Saragosse.

    On trouva dans la place 177 bouches à feu, 9 000 fusils, et une grande quantité de munitions.

    Tortose était le principal point de communication entre les provinces de l’Est, et le grand dépôt de leurs ressources militaires. La perte de cette ville porta un coup fatal à l’insurrection dans les provinces. La Catalogne se trouvait privée de tout secours venant de l’intérieur, et n’avait d’espoir que dans ceux que l’on pourrait débarquer sur la côte. Ce fut pour s’y opposer, que le général Suchet, empressé de poursuivre le cours de ses opérations, se prépara à faire le siège de Tarragone.

    La prise de Tortose termina, en Catalogne, la campagne de 1810, qui n’eut point pour les Français les résultats qu’ils étaient en droit d’en espérer, bien qu’à cette époque, sur tous les points de l’Espagne, ils fussent victorieux.

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