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  • 1 janvier 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     Le 29 décembre 1674 - Le combat de Mulhouse dans EPHEMERIDE MILITAIRE Le-maréchal-Jean-de-Turenne-150x150

     

    Le combat de Mulhouse

    D’après « Batailles françaises » – Colonel Hardy de Périni

     

    Turenne avait besoin de cavaliers endurcis et de fantassins infatigables pour longer tout le versant lorrain des Vosges, à travers les fondrières et la neige sous laquelle les routes avaient disparu, et marcher directement de Phalsbourg sur Belfort sans autre repère que les clochers.

    La retraite des Français en Lorraine fit croire au Grand Electeur et au duc de Bournonville que la campagne était terminée. C’est avec une vive satisfaction qu’ils prirent largement leurs quartiers d’hiver entre le Rhin et les Vosges, et qu’ils levèrent des contributions dans cette belle Alsace, que l’Empereur croyait sienne désormais. Madame l’Electrice transporta sa cour de Strasbourg à Colmar.

    Charles IV, en attendant la reprise des hostitités, fit des incursions dans son duché. Ses troupes occupèrent tous les passages des Vosges, prêtes à s’élancer sur les villes et les villages restés fidèles : ses chevau-légers occupèrent Remiremont et Epinal où l’on entreprit des travaux de défense.

    « Le 29 novembre, Turenne, après avoir laissé des garnisons suffisantes dans Saverne et dans Haguenau, commença à faire défiler ses troupes vers la Petite-Pierre. Il quitta lui-même Ingwiller avec l’arrière-garde le 1er décembre, passa la montagne le 2, et s’arrêta à Lixheim, dans les quartiers de la Gendarmerie. Le 4, il rejoignit le comte de Sault à Lorquin et le lança, le 5, sur Epinal avec la Gendarmerie, les dragons et la cavalerie légère, pour faire croire à l’ennemi que toute l’armée y marchait. L’armée suivait lentement par des routes différentes, cantonnant, chaque soir, dans des quartiers, disposés de manière que tout pouvait se rassembler en moins de vingt-quatre heures ». (Mémoires de Maubeuge).

    Le 6, Turenne logea dans une abbaye près de Blamont ; le lendemain, sous la neige, il passa la Meurthe à Baccarat et prit son quartier à Domptail. Là, il apprit qu’à l’approche du comte de Sault, les Lorrains avaient abandonné Epinal pour se retirer à Remiremont.

    Remiremont, petite ville sans défense par elle-même, située sur la Moselle, au pied des montagnes qui séparent l’Alsace de la Franche-Comté, était un point de passage indispensable à Turenne. Il y détacha la brigade de cavalerie du chevalier de Sourdis avec 200 fantassins, et il vint établir son quartier général à Padoux (6 lieues N.-E. de Remiremont).

    Le 12, à la pointe du jour, il fit marcher sur cette ville la Gendarmerie, les dragons et deux bataillons de Gardes-françaises, qu’il suivait avec Navarre, Les Vaisseaux, Vermandois, Bourlemont et 6 canons. Il s’arrêta à Eloyes, sur la Moselle, à une lieue de Remiremont, d’où il somma les chevau-légers lorrains de se rendre à discrétion sous peine de la corde. Leur chef envoya un officier à Eloyes pour s’assurer que c’était bien M. de Turenne qui faisait cette sommation. Quand il en fut sûr, il plia bagage.

    Turenne, en arrivant le lendemain dès l’aube à Remiremont, trouva les cavaliers de Charles IV à cheval, attendant leur passeport. Il le leur donna, en les chargeant de ses compliments pour Son Altesse. Dans la journée, Sourdis, en battant l’estrade le long de la Moselle, apprit que 1200 Allemands, venus au secours de Remiremont, avaient rebroussé chemin en découvrant que les Français y étaient entrés.

    Turenne concentra son armée sur la Moselle, en avant de Remiremont, afin de démontrer aux Lorrains que leur pays était et resterait au roi de France, et il fit rayonner sa cavalerie légère et ses dragons de Sainte-Marie-aux-Mines jusque Belfort pour s’emparer de tous les passages des Vosges et préparer sa rentrée en Alsace.

    L’intendant de Lorraine Charuel avait bien pourvu aux approvisionnements, en ce pays riche que la guerre épargnait depuis longtemps. Aussi, quand Turenne quitta la Moselle, le 23 décembre, pour marcher vers Faucogney et Melisey, les soldats étaient reposés, les chevaux en bon état, et la confiance illimitée qu’il inspirait à ses troupes, lui permettait de tout entreprendre.

    L’armée prit à Champagney la route d’Alsace et s’arrêta, le 27, à Valdoye à une demi-lieue de Belfort. Le duc de Duras, gouverneur de Franche-Comté, avait assuré la neutralité du prince de Montbéliard et des Suisses. En apprenant le danger qui le menaçait, Bournonville rallia sur lui, d’Altkirch à Ensisheim, les régiments autrichiens dispersés dans la haute Alsace. Mais il était trop tard. Déjà la cavalerie française parcourait la plaine de Cernay, et Turenne, marchant directement sur Mulhouse, s’arrêtait le 28, à Burnhaupt sur la Doller.

    Le 29 au matin, le marquis d’Harcourt, aide de camp de Turenne, allait à Mulhouse avec 50 cavaliers, pour remettre au bourgmestre une lettre du maréchal, quand il aperçut sur la rive droite de l’Ill un gros de cavalerie impériale. Mulhouse s’était séparée depuis longtemps de l’Alsace pour se déclarer ville libre sous le protectorat de la Confédération suisse.

    C’était l’avant-garde d’un corps de 5 à 6000 chevaux de l’Empire, de Lorraine et de Munster, commandé par le prince de Bade, qui se rendait d’Altkirch à Ensisheim, avec un gros convoi de bagages, escorté par le régiment d’infanterie autrichienne de Portia.

    Harcourt revint aussitôt prévenir Turenne, qui envoya le maréchal de camp de jour, Montauban, reconnaître l’ennemi, à la tête des deux escadrons de piquet. Lui-même monta à cheval avec son neveu, le comte de Lorge, lieutenant général de jour, et deux maréchaux de camp, Roye et Montclar. Il se fit suivre par les brigades de cavalerie Sourdis et Catheux, et la Gendarmerie du marquis de la Trousse.

    Quand Turenne rejoignit Montauban, il vit, assez près de la rivière, deux escadrons ennemis, soutenus à une centaine de pas, par cinq autres. Il y avait un gué en cet endroit, de sorte que M. de Turenne commanda à Montauban de passer l’Ill, avec ses 2 escadrons pour charger les 2 escadrons les plus avancés de l’ennemi. Montauban les enfonça d’abord, mais comme les autres escadrons de la brigade Sourdis passaient le gué et qu’il venait aussi des escadrons frais à l’ennemi, il se livra à cette tête un combat, fort vigoureux de part et d’autre.

    « Sur notre droite, un coteau longeait la rivière. M. de Turenne y envoya la Gendarmerie, qui suivait la brigade Sourdis. Elle fit un très bon effet, parce que les gros escadrons, descendant, sur un assez grand front, le coteau qui dérobait la vue de ce qui pouvait suivre, firent croire aux ennemis que c’était la tête d’une seconde colonne et que toute l’armée marchait contre eux.
    Le gué heureusement se trouvant assez large en cet endroit, M. de la Trousse put le faire passer par escadron à ses Gendarmes avec assez de diligence pour soutenir les nôtres qui, deux contre sept, commençaient à être fort pressés. Les Gendarmes donnèrent aussitôt, et l’on combattit avec beaucoup de valeur des deux côtés ». (Mémoires de Maubeuge).

    Le comte de Roye survint, l’épéc à la main, à la tête des Gendarmes-Dauphin, au moment où un escadron des Gendarmes de Bourgogne était aux prises avec 2 escadrons de chevau-tégers lorrains. Il les fit plier d’abord, mais, comme il s’aperçut que 3 gros escadrons des cuirassiers de l’Empereur venaient, par derrière les haies, pour le prendre de flanc, il s’arrêta et prit les escadrons les plus proches de Sourdis pour faire face du côté menacé.

    Le comte de Lorge, qui, jusque-là, était resté auprès de M. de Turenne, passa alors le gué avec la brigade Catheux et la mena à l’ennemi à grand bruit de cymbales et de trompettes. « Les cuirassiers de l’Empereur, raconte La Fare, après avoir fait leur décharge, d’assez près à la vérité, tournèrent tout d’un coup le dos et furent poursuivis jusqu’à Mulhouse. A leur exemple, toute la cavalerie ennemie se débanda ; une partie s’enfuit vers Bâle, où elle passa le Rhin pour se réfugier en Suisse ».

    Montauban s’acharna à la poursuite des chevau-légers lorrains et se fit prendre par eux, mais il les terrifia en leur racontant que c’était à Turenne en personne, suivi de toute son armée, qu’ils avaient eu affaire. La vérité, c’est que Turenne avait engagé cette belle action de cavalerie avec 2000 maîtres et qu’il avait renouvelé l’exploit d’Henri IV à Aumale.

    Quand les brigades de Lançon et de Lucinge arrivèrent au gué de l’Ill, le combat était terminé. Turenne envoya Lucinge explorer le Rhin jusqu’aux environs de Brisach, dont le blocus était levé. Il chargea Lançon d’investir le château de Brunstatt, où le régiment de Portia s’était réfugié après avoir abandonné le convoi, qui gagna tant bien que mal Ensisheim.

    Vers midi, Turenne rapportait à son camp de Burnhaupt 17 étendards. Le combat avait coûté à l’ennemi 300 morts et un millier de prisonniers. Les Français n’avaient eu que 60 cavaliers hors de combat. A ce prix, ils avaient répandu l’épouvante parmi les Impériaux, qui, sans coup férir, reculèrent jusqu’au camp de Sainte-Croix-en-Plaine où l’Electeur de Brandebourg avait concentré ses troupes, à deux petites lieues au sud-est de Colmar.

    Le 30 décembre, M. de Lançon, à qui on avait envoyé de l’infanterie et du canon, fit mettre bas les armes aux 1500 Autrichiens du château de Brustatt, puis il rejoignit l’armée avec ses prisonniers et un énorme butin.

    Turenne quitta Burnhaupt, le 1er janvier. Contournant Mulhouse, il s’arrêta, le 3, à Ensisheim, abandonné par Bournonville, et y rassembla toute son armée. Le 4, il marcha vers Pfaffenheim, où la cavalerie demeura en bataille jusqu’à ce que l’infanterie eut rejoint. Le château de Rouffac, gardé par 400 dragons et 150 maîtres de Brandebourg, était sur la route. Turenne le fit bloquer par la brigade Lançon et, dans la soirée, il prit ses dispositions pour livrer bataille.

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