Restez à jour: Articles | Commentaires

  • 27 décembre 2011 - Par Au fil des mots et de l'histoire
    Le 26 décembre 1806 - Les combats de Pultusk et de Golymin dans EPHEMERIDE MILITAIRE Maréchal-Jean-Lannes-150x150

    le maréchal Jean Lannes

    Les combats de Pultusk et de Golymin

    D’après « Histoire du Consulat et de l’Empire » – 1846

     

    Le 26 au matin, Lannes arriva en vue de Pultusk. Il y découvrit une masse de forces bien supérieure à celle dont il pouvait disposer. Les quatre divisions russes, quoique deux fussent incomplètes, ne comptaient pas moins de 43 000 hommes.

    Lannes, avec les dragons du général Becker, n’en possédait guère que 17 000 ou 18 000. Il en arrivait sur sa gauche 5 000 à 6 000, avec la division Gudin. Mais Lannes n’en était que très confusément averti, et dans l’état des routes, ce renfort, bien qu’à une distance peu considérable de Pultusk, ne pouvait parvenir que fort tard sur le champ de bataille.

    Lannes n’était pas homme à s’intimider. Ni lui, ni ses soldats ne craignaient d’affronter les Russes, quel que fût leur nombre, quelque éprouvée que fût leur bravoure. Lannes rangea sa petite armée en bataille, ayant soin d’envoyer un avis au maréchal Davoust, pour l’informer de la rencontre imprévue qu’il venait de faire à Pultusk, et qui l’exposait à une situation des plus critiques.

    Une vaste forêt couvrait les environs de Pultusk. En sortant de cette forêt, on trouvait un terrain découvert parsemé çà et là de quelques bouquets de bois, détrempé par les pluies comme tout le reste du pays, s’élevant peu à peu en forme de plateau, et puis se terminant tout à coup en pente brusque sur Pultusk et la Narew.

    Le général Benningsen avait rangé son armée sur ce terrain, ayant le dos tourné à la ville, l’une de ses ailes appuyée à la rivière et au pont qui la traverse, l’autre à un bouquet de bois. Une forte réserve servait de soutien à son centre. Sa cavalerie était platée dans les intervalles de sa ligne de bataille, et un peu en avant. Quoiqu’ils eussent perdu une partie de leur artillerie, les Russes en menaient avec eux, une si grande quantité, depuis la campagne d’Austerlitz, qu’il leur en restait suffisamment pour couvrir leur front d’une ligne de bouches à feu, et rendre l’accès de ce front extrêmement redoutable.

    Lannes n’avait à leur opposer que quelques pièces d’un faible calibre, qu’on avait traînées à travers les boues avec de grands efforts, et en leur appliquant tous les attelages de l’artillerie. Il disposa la division Suchet en première ligne, et garda la division Gazan en réserve sur la lisière de la forêt, pour avoir de quoi faire face aux événements, qui menaçaient de devenir graves, dans l’incertitude où tout le monde était plongé. Peu d’hommes bien conduits pouvaient suffire pour enlever cette position, et avaient l’avantage de présenter moins de prise à la formidable artillerie des Russes.

    Lannes déboucha donc de la forêt avec la seule division Suchet, formée en trois colonnes, une à droite, sous le général Claparède, composée du 17e léger et de la cavalerie légère du général Treilhard, une au centre sous le général Vedel, composée du 64e de ligne et du premier bataillon du 88e, une à gauche, sous le général Reille, composée du second bataillon du 88e, du 34e de ligne et des dragons du général Becker.

    Le projet de Lannes était d’attaquer par sa droite et vers la Narew, car s’il parvenait à percer jusqu’à la ville, il faisait tomber d’un coup la position des Russes, et les plaçait même dans une situation désastreuse. Il porta ses trois petites colonnes en avant, sortant audacieusement des bois, et gravissant le plateau sous une pluie de mitraille.

    Malheureusement, le sol détrempé et glissant ne permettait guère l’impétuosité d’attaque, qui aurait pu racheter le désavantage du nombre et de la position. Néanmoins, tout en avançant avec peine, on joignit l’ennemi, et on le repoussa vers les pentes abruptes qui terminaient le terrain en une espèce de chute du côté de la Narew et de Pultusk. On marchait avec ardeur, et on allait précipiter du plateau dans la rivière les troupes russes du général Bagowout, lorsque le général en chef Benningsen, envoyant en toute hâte une partie de sa réserve au secours du général Bagowout, fit aborder en flanc la brigade Claparède, qui formait la tête de notre attaque.

    Lannes, qui était au plus fort de la mêlée, répondit à cette manœuvre en reportant de son centre vers sa droite la brigade Vedel, composée, comme nous venons de le dire, du 64e et du premier bataillon du 88e. Il prit lui-même en flanc les Russes venus au secours du général Bagowout, et, les poussant les uns sur les autres vers la Narew, il aurait terminé la lutte sur ce point, et peut-être la bataille, si, au milieu d’une bourrasque de neige, le bataillon du 88e, surpris par la cavalerie russe avant d’avoir pu se former en carré, n’avait été rompu et renversé.

    Mais ce brave bataillon, rallié sur-le-champ par un de ces officiers dont le danger fait ressortir le caractère, le nommé Voisin, se releva immédiatement, et, profitant à son tour des embarras dela cavalerie russe, tua à coups de baïonnette ces cavaliers plongés comme nos fantassins dans une mer de boue.

    Ainsi, à la droite et au centre, le combat, quoique moins décisif qu’il n’aurait pu l’être, tourna néanmoins à l’avantage des Français, qui laissèrent les Russes acculés à l’extrémité du plateau, et exposés à une chute dangereuse vers la ville et la rivière. A gauche, notre troisième colonne, composée du 34e de ligne, du second bataillon du 88e, et des dragons du général Becker, avait à disputer à l’ennemi le bouquet de bois auquel s’appuyait le centre des Russes.

    Le 34e, dirigé par le général Reille, et accueilli par des batteries démasquées à l’improviste, eut cruellement à souffrir. Il enleva le bois cependant, secondé par les charges des dragons du général Becker. Mais quelques bataillons du général Barclay de Tolly le reprirent. Les Français s’en rendirent maîtres de nouveau, et soutinrent pendant trois heures un combat acharné et inégal. Enfin, sur ce point comme sur les autres, les Russes, obligés de plier, furent réduits à s’adosser de plus près à la ville.

    Lannes, débarrassé du combat à droite, s’était porté à gauche, pour encourager ses troupes de sa présence. Si dans ce moment il eût été moins incertain de ce qui se passait ailleurs, et plus assuré d’être soutenu, il aurait pu faire agir la division Gazan, et alors c’en était fait des Russes, qui auraient été précipités sur le revers du terrain, et noyés dans la Narew. Mais Lannes voyait par delà sa gauche, et à l’extrême droite des Russes, la division Tolstoy, bordant le ravin de Moczyn, et formant un crochet en arrière pour couvrir l’extrémité de la position. Il crut plus sage de ne pas engager toutes ses troupes, et, par son ordre, la brave division Gazan resta immobile à la lisière de la forêt, essuyant à trois cents pas les boulets de l’ennemi, mais rendant le service de contenir les Russes, et de les empêcher, eux aussi, de combattre avec toutes leurs forces.

    La journée s’achevait lorsque la division Gudin arriva enfin sur notre gauche, cachée par des bois à notre armée, mais aperçue par les Cosaques, qui en avertirent aussitôt le général Benningsen. De toute son artillerie, la division Gudin n’amenait que deux pièces, péniblement traînées jusqu’au lieu du combat. Elle donna contre l’extrême droite des Russes, et sur la pointe de l’angle que présentait leur ligne repliée.

    Le général Daultanne, qui ce jour-là commandait la division Gudin, après quelques volées de canon, se forma en échelons par sa gauche, et marcha résolument à l’ennemi, en prévenant le maréchal Lannes de son entrée en aetion. Son attaque obtint un effet décisif, et força les Russes à se replier. Mais cette division, déjà séparée par des bois du corps de Lannes, agrandit en s’avançant l’intervalle qui l’en séparait.

    Une rafale de vent qui portait la pluie et la neige au visage de nos soldats, soufflait en cet instant. Les Russes, par une superstition de peuple du Nord, qui leur fait voir dans la tempête un augure favorable, coururent en avant, avec des cris sauvages. Ils se jetèrent dans l’intervalle laissé entre la division Gudin et le corps de Lannes, ramenèrent l’une et débordèrent l’autre. Leur cavalerie se précipita dans la trouée, mais le 34e, du côté de la division Suchet, le 85e, du côté de la division Gudin, se formèrent en carré, et arrêtèrent tout court cette charge, qui était plutôt de la part des Russes, une démonstration pour couvrir leur retraite, qu’une attaque sérieuse.

    Les Français avaient donc sur tous les points conquis le terrain qui domine Pultusk, et il ne leur restait plus qu’un dernier effort à faire pour précipiter les Russes dans la Narew, lorsque le général Benningsen, profitant de la nuit, déroba son armée, en la faisant passer par les ponts de Pultusk.

    Tandis qu’il donnait ses ordres de retraite, Lannes, plein d’ardeur, rassuré par l’arrivée de la division Gudin, délibérait s’il fallait livrer immédiatement la seconde attaque, ou la remettre au lendemain. L’heure avancée, la difficulté de communiquer dans ce chaos de boue, de pluie, d’obscurité, décidèrent la remise du combat.

    Le lendemain, la brusque retraite des Russes enleva aux Français le prix mérité de leur lutte audacieuse et opiniâtre. Ce combat acharné, où 18 000 hommes avaient été pendant toute une journée en présence de 43 000, pouvait certainement être appelé une victoire. Grâce à leur petit nombre, à la supériorité de leur tactique, les Français avaient à peine perdu 1 500 hommes tués ou blessés. (Nous parlons d’après des états authentiques.) La perte des Russes, au contraire, s’élevait en morts ou blessés à plus de 3 000 hommes. Ils nous laissèrent 2 000 prisonniers, et une immense quantité d’artillerie.

    Dans cette même journée du 26, les deux divisions restées au maréchal Davoust, ainsi que les deux divisions composant le corps du maréchal Augereau, arrivaient en face de Golymin. Ce village était entouré d’une ceinture de bois et de marécages, entremêlée de quelques hameaux, derrière laquelle les Russes étaient établis, avec une forte réserve au village même de Golymin.

    Le maréchal Davoust débouchant par la droite, c’est-à-dire par la route de Pultusk, fit attaquer les bois qui formaient de son côté l’obstacle à vaincre, pour pénétrer dans Golymin. Le maréchal Augereau débouchant par la gauche, c’est-à-dire par la route de Lopaczym, avait à traverser des marécages, semés de quelques bouquets de bois, et au milien de ces marécages un village à emporter, celui de Ruskovo, par où passait la seule route praticable.

    L’infanterie du maréchal Davoust repoussa, non sans perte, l’infanterie russe des corps détachés de Saken et de Gallitzin. Après une vive fusillade, elle la joignit à la baïonnette, et la contraignit par des combats corps à corps à lui abandonner les bois auxquels elle s’appuyait. A la droite de ces bois si disputés, le maréchal Davoust forçait la route de Pultusk à Golymin, et lançait sur les Russes une partie de la réserve de cavalerie, confiée à Rapp, l’un de ces aides de camp intrépides que Napoléon tenait sous sa main pour les employer dans les occasions difficiles. Rapp culbuta l’infanterie russe, tourna les bois, et fit ainsi tomber l’obstacle qui couvrait Golymin. Mais exposé à un feu des plus vifs, il eut le bras cassé.

    A gauche, Augereau franchissant les marécages, malgré les forces ennemies placées sur ce point, enleva le village de Ruskovo, et marcha de son côté sur Golymin, but commun de nos attaques concentriques. On y pénétra ainsi vers la fin du jour, et on s’en rendit maître, après un engagement des plus chauds avec la réserve de la division Doctorow. Comme à Pultusk, on recueillit beaucoup d’artillerie, quelques prisonniers, et on joncha la terre de cadavres russes.

    Dans cette journée du 26, nos colonnes étaient partout aux prises avec les colonnes russes, sur un espace de vingt-cinq lieues. Par un effet du hasard, impossible à prévenir quand les communications sont difficiles, tandis que Lannes avait trouvé devant lui deux ou trois fois plus de Russes qu’il n’avait de Français, les autres corps rencontraient à peine leur équivalent, comme les maréchaux Augereau et Davoust à Golymin, ou aucun ennemi à combattre, comme le maréchal Soult dans sa marche sur Cicchanow, et le maréchal Bernadotte dans sa marche sur Biezun.

    Toutefois, le maréchal Bessières, servant d’éclaireur à notre aile gauche avec la seconde réserve de cavalerie, avait joint les Prussiens à Biezun, et leur avait fait un bon nombre de prisonniers. Le maréchal Ney, qui formait l’extrème gauche de l’armée, avait marché de Strasbourg à Soldau et Mlawa, poussant devant lui le corps de Lestocq. Arrivé le 26 à Soldau, au moment même où Lannes combattait à Pultusk, où les maréchaux Davoust et Augereau combattaient à Golymin, il avait dirigé la division Marchand sur Mlawa, afin de tourner la position de Soldau, précaution nécessaire, car on pouvait y trouver d’insurmontables difficultés. En effet, le bourg de Soldau était situé au milieu d’un marais impraticable, qu’on ne traversait que par une seule chaussée, longue de sept à huit cents toises, reposant tantôt sur le sol, tantôt sur des ponts que l’ennemi avait eu soin de couper.

    Six mille Prussiens avec du canon gardaient cette chaussée. Une première batterie l’enfilait dans sa longueur ; une seconde, établie sur un point bien choisi dans le marais, la battait en écharpe. Ney, avec le 69e et le 76e, y marcha impétueusement.

    On jeta des madriers sur les coupures des ponts, on enleva les batteries au pas de course ; on culbuta à la baïonnette l’infanterie qui était rangée en colonne sur la chaussée, et on entra pêle-méle avec les fuyards dans le bourg de Soldau. Là, une action des plus vives s’engagea avec les Prussiens. Il fallut leur enlever Soldau maison par maison. Nous n’y parvînmes qu’après des efforts inouïs, et à la chute du jour. Mais à ce moment, le général Lestocq, ralliant ses colonnes en arrière de Soldau, fit jurer à ses soldats de reprendre le poste perdu.

    Les Prussiens, traités par les Russes depuis Iéna comme les Autrichiens l’avaient été depuis Ulm, voulaient venger leur honneur, et prouver qu’ils n’étaient inférieurs à personne en bravoure : ils tinrent parole. Quatre fois, depuis sept heures du soir jusqu’à minuit, ils attaquèrent Soldau à la baïonnette, et quatre fois ils furent repoussés. Leur courage avait toute la violence du désespoir. Ils finirent cependant par se retirer, après une perte immense en morts, blessés et prisonniers.

    Ainsi dans cette journée, sur un espace de vingt-cinq lieues, depuis Pultusk jusqu’à Soldau, on s’était battu avec acharnement, et les Russes, défaits partout où ils avaient essayé de nous résister, ne s’étaient sauvés qu’en abandonnant leur artillerie et leurs bagages. Leur armée se trouvait affaiblie de près de 20 000 hommes sur 115 000. Beaucoup d’entre eux étaient hors de combat, ou prisonniers. Un grand nombre d’origine polonaise avaient déserté. Nous avions recueilli plus de 80 pièces de canon de gros calibre, et une quantité considérable de bagages. Nous n’avions perdu ni un prisonnier, ni un déserteur, mais le feu de l’ennemi nous avait enlevé 4 000 à 5 000 hommes, en morts ou blessés.

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso