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  • 10 décembre 2011 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 10 décembre 1710 - Le combat de Villaviciosa dans EPHEMERIDE MILITAIRE Louis-Joseph-de-Vendôme-à-la-bataille-de-Villaciosa-150x150

    Louis-Joseph de Vendôme

     

    Le combat de Villaviciosa

    D’après la monographie « Batailles françaises » – Colonel Hardy de Périni

     

    La situation de Philippe V en Espagne paraissait désespérée. Le 7 mars, il rejoignait devant Lérida l’armée d’Aragon, commandée par le capitaine-général Villadarias, qu’avait déjà renforcé le corps français d’Estramadure du marquis de Bay. Le maréchal autrichien Stahremberg se jeta inopinément au milieu des quartiers espagnols et obligea Philippe V à se replier sur Saragosse.

    Il attaqua, le 20 août, avec ses vieilles troupes, les milices espagnoles de nouvelle levée, qui jetèrent leurs armes sans combattre. Les gardes wallonnes et quelques troupes régulières, la cavalerie surtout, ne purent à elles seules soutenir le choc. L’artillerie, le bagage, tout fut perdu, et la déroute complète. Bay put cependant rallier 18 000 hommes et battre en retraite sur Tudela.

    Au lieu de le poursuivre, Stahremberg fut forcé d’obéir au général anglais Stanhope, qui déclarait avoir ordre de la reine Anne de conduire d’abord l’archiduc Madrid.

    Tous les coalisés marchèrent sur Madrid, à travers un pays stérile, afficionado aux Bourbons, où les traînards hérétiques et sacrilèges étaient impitoyablement massacrés. Philippe V se réfugia à Valladolid, avec la reine, la cour, les ministres et les conseils.

    L’archiduc Charles entra dans Madrid désert et hostile avec des Allemands, des Anglais, des Hollandais, et se fit proclamer roi d’Espagne. Mais, dix jours après, il lui fallut quitter la capitale et marcher sur Tolède, menacée par Philippe V.

    Louis XIV, sur le désir de son petit-fils, lui avait envoyé Vendôme, qui trouva, en rejoignant Philippe à Valladolid, 15000 Espagnols bien armés, nourris et payés, qui demandaient marcher aux hérétiques pour prendre la revanche de Saragosse.

    Le roi et Vendôme étaient, le 8 décembre, à Guadalaxara, quand ils apprirent que Stahremberg avait réparti ses troupes entre les sources du Hénarès et du Tage, au pied des montagnes qui séparent la Castille de l’Aragon, dans des quartiers dont tous les accès étaient faciles, et qui étaient assez rapprochés pour se secourir mutuellement avec promptitude et facilité.

    Stanhope avait 8 bataillons et 8 escadrons anglo-hollandais, dans Brihuega, petite place forte dont le château était bon, et qui se trouvait à la tête de tous les quartiers ennemis, à l’entrée du pays que Philippe V était forcé de traverser pour faire sa jonction avec le marquis de Bay.

    Stahremberg avait rappelé et attendait à toute heure le corps allemand détaché en Estramadure pour tenir tête au marquis de Bay.

    Vendôme convainquit Philippe V de la nécessité d’attaquer brusquement Stanhope dans Brihuega, de l’envelopper et de lui faire mettre bas les armes, avant que Stahremberg, qui était à 5 lieues de Brihuega, ait eu le temps d’intervenir.

    Le 9 décembre, à une heure du matin, 6 régiments de dragons et 2 de cavalerie, conduits par le capitaine général marquis de Valdecanas, et tous les grenadiers de l’armée, réunis par le marquis de Thouy, se mirent en marche. Ils arrivèrent, à la pointe du jour, à Turica. Philippe V et Vendôme suivaient avec l’armée.

    « A midi, raconte le chevalier de Bellerive, capitaine de dragons, nous étions devant Brihuega. Valdecanas nous fit ranger en bataille dans un champ de vigne fort pierreux. L’ennemi n’avait même pas de batteurs d’estrade en campagne, mais il nous criait des fenêtres de la ville : Où allez-vous, pauvres gens ? Venez-vous demander raison de votre défaite de Saragosse. Nous allons vous achever. Nous répondîmes : On va vous donner les violons à la Vendôme ».

    Le roi fit passer les deux ponts de la Tajuna. A sept heures du matin, les batteries commencèrent à jouer. Mais les Anglais faisaient, par les fenêtres et les toits, un grand feu auquel les généraux étaient fort exposés.

    Les grenadiers, 100 hommes choisis dans chaque bataillons des gardes espagnoles et wallones, 50 volontaires fournis par chacun des 22 autres bataillons, donnèrent l’assaut à la porte de Brihuega quand le canon et la mine y eurent fait une broche suffisante.

    Le feu terrible des Anglais fit reculer les assaillants. Vendôme prit un pistolet à l’arçon de sa selle et monta sur la broche, en disant au roi qui l’accompagnait : « Si ces gens là tiraient juste, Votre Majesté et moi serions déjà morts ! ».

    Thouy, Gormaz et Rupelmonde passèrent par la porte renversée. Les Anglais mirent le feu aux premières maisons et luttèrent de rue en rue, de maison en maison, jusqu’à la place. Ils voulurent gagner le château mais ils en furent coupés par les gardes wallones. A sept heures du soir, Stanhope battit la chamade.

    Philippe V chargea le comte d’Aguilar de régler les conditions de la capitulation. Stanhope, les lieutenants-généraux Fernandès, Carpentar et Vils se rendirent prisonniers de guerre avec leurs troupes, leurs canons, leurs munitions, leurs bagages et l’énorme butin rapporté d’Aragon.

    Le lendemain à dix heures, les prisonniers n’avaient pas encore évacué le château de Brihuega, quand ils entendirent le canon de Stahremberg, qui venait à leur secours, en bataille, lentement et méthodiquement à la manière anglaise. Stanhope, esclave de sa parole, ne rompit pas la capitulation, malgré la peur qu’en avait Philippe V, et il se laissa conduire avec ses troupes jusqu’à la ville où il avait ordre de se retirer.

    Pendant que l’infanterie espagnole obtenait ce beau succès, la cavalerie, postée sur les hauteurs de Villaviciosa, barrait la route à Stahremberg.

    Entre deux et trois heures de l’après-midi, les armées se faisaient face sur deux lignes aux environs de Villaviciosa, à 2 lieues au nord de Brihuega. L’armée espagnole appuyait sa droite à un grand ravin, sa gauche à un petit bois d’oliviers. Elle avait devant son centre, uniquement composé d’infanterie, un terrain désavantageux, coupé de ravins et de murs en pierres sèches de deux pieds et demi de haut, très gênants pour la cavalerie. L’artillerie, des deux côtés, était répartie sur tout le front.

    Le comte de Las Torres, maréchal de bataille, qui s’était donné beaucoup de mouvement pour ranger l’armée, vint dire à Vendôme :
    Nous sommes postés avantageusement grâce à ces murailles.
    Voilà qui est bien, Monsieur, lui répondit Vendôme, mais marchons d’abord à l’ennemi !
    Impossible ces murailles coupent le chemin.
    Et bien renversons-les !

    Vendôme descendit de cheval et donna le premier coup de pioche. Messieurs, dit-il aux généraux, que chaque bataillon fasse une trouée devant lui et, à mesure qu’on aura ouvert le passage, on se formera en bataille pour gagner du terrain.

    Il laissa le roi à l’aile droite et il alla, après avoir inspecté le centre, à l’aile gauche où était son poste de combat. Il trouva sa cavalerie fort bien rangée par Aguilar. Stahremberg, en l’apercevant, lui fit tirer deux coups de canon.

    Ces messieurs viennent de nous saluer, dit-il à Mathamor, chef de l’artillerie espagnole. Rendons-leur la politesse par une salve générale ! Et la canonnade commença. Vendôme indiqua à chaque général le poste à occuper, la mission à remplir et donna le mot de ralliement : Philippe Quinto.

    Les deux armées étaient à portée de carabine et ne pouvaient pas faire un mouvement qui ne fut vu de l’adversaire.

    Vendôme passa d’escadron en escadron, de bataillon en bataillon pour juger de la contenance des soldats. Ceux qui souffraient du froid ou que les longues marches avaient éclopés, les conscrits de nouvelle levée qui voyaient le feu pour la première fois, tous rivalisaient d’ardeur avec les vieilles moustaches. On lisait dans leurs yeux qu’ils étaient impatients d’en venir aux mains et de venger l’affront de Saragosse.

    Stahremberg avait 2 mortiers et 20 canons. Il en plaça 9 en batterie devant son aile droite, dont il avait pris le commandement. Cette batterie, où l’on voyait un officier à manteau rouge, monté sur un cheval blanc, fit de larges trouées dans les dragons irlandais de Kilmaloch, qui cependant restèrent impassibles sous la grêle des boulets. Le capitaine d’Heilly eut deux chevaux tués sous lui, et son jeune frère, volontaire dans sa compagnie, fut coupé en deux à côté de lui.

    Vendôme s’était avancé à 100 pas en avant de ses troupes pour mieux reconnaître les dispositions de l’ennemi. Il envoya par Buffet, son écuyer, l’ordre au lieutenant-général de Lavera, de faire avancer 6 canons devant le centre pour tirer sur les gardes de l’archiduc et sur la cavalerie qui les soutenait. Ces 6 pièces, avantageusement postées par Mathamor, incommodèrent terriblement l’ennemi. Chaque coup tuait beaucoup de monde dans les bataillons. Les boulets ricochaient sur la cavalerie, la prenant d’écharpe.

    Après le duel d’artillerie, les trompettes, les tambours sonnèrent la charge générale et particulière. Philippe V, l’épée la main, conduisit la cavalerie de l’aile droite à l’attaque des escadrons de l’aile gauche ennemie. Il les culbuta et les obligea à se replier derrière l’infanterie et l’artillerie du centre qui, à bout touchant, faisait de terribles décharges. Mais les cavaliers espagnols, animés par l’exemple du Roi, renversèrent l’infanterie ennemie et s’emparèrent des canons. Stahremberg forma alors sa meilleure infanterie en carré, comme l’avait le comte de Fontaine à Rocroy. Il y intercala les canons de la première batterie et disposa ce qui lui restait de cavalerie sur les ailes du carré, les dragons derrière. On ne pouvait voir plus belle ordonnance (Bellerive).

    Vendôme lança contre le carré les gardes wallones, commandées par leur lieutenant-colonel, le comte de Mérode. Accueillis par 5000 coups de fusil et de carabine, les gardes fléchirent ; Stahremberg les chargea et, pendant deux heures de grand carnage, le succès fut balancé.

    Vendôme se jeta dans la mêlée avec la Maison du Roi et la cavalerie de l’aile gauche. Stahremberg lui tint brave- ment tête. Sans l’intervention de Philippe V, accouru de l’aile droite avec ses gardes espagnoles et le régiment de la Reine, qui achevèrent d’envelopper le carré, il aurait fallu renoncer à le rompre.

    Vendôme déborda enfin la face droite et enleva les 9 canons. L’infanterie allemande et portugaise décimée « se rallia par petits pelotons et opéra fièrement sa retraite, s’obstinant à mourir plutôt que de se rendre ». Les dragons de Caylus envahirent le camp ennemi et s’emparèrent de 80 chariots de butin.

    Il y avait un grand nombre de carrosses. Le butin enrichit non seulement les dragons, mais encore les paysans d’alentour, qui étaient venus avec des chariots pour charger tout ce qu’ils pourraient emporter. Les religieux du couvent de Villaviciosa ne s’oublièrent pas. Vendôme, pour sa part, recueillit un petit chien blessé et abandonné qu’il appela Déroute et qui ne le quitta plus. (Bellerive).

    La nuit venait. Le colonel général des dragons Mahoni envoya à Stahremberg un tambour pour le sommer de se rendre. Stahremberg retint le tambour et profita d’un épais brouillard et des sinuosités du terrain pour rallier ses bataillons et ses escadrons et se retirer à Cifuentès. Il abandonnait à Philippe V son artillerie, 14 étendards, 54 drapeaux, 10 paires de cymbales, 6000 morts, 3000 blessés, 3200 prisonniers.

    Dans les deux journées, 2500 Espagnols avaient été tués ou blessés.

    Philippe V avait vingt-sept ans. Malgré le froid et la fatigue, sa robuste constitution avait résisté aux marches forcées de jour et de nuit que Vendôme lui avait fait faire de Madrid à Alcala et Guadalaxara. Mais, le soir de la bataille, après être resté quarante-huit heures à cheval sans presque en descendre, il était rompu et, selon l’expression vulgaire, il tombait de sommeil. On jeta un manteau sur la neige durcie et il s’y étendit pour dormir.

    Vendôme fit apporter les 54 drapeaux et les 14 étendards anglais, hollandais, palatins et catalans. Il en couvrit le dormeur et en pavoisa sa tente. Le lendemain, à l’aube, il dit à son vaillant élève de guerre, tout surpris de s’éveiller sous des couvertures de soie, brochées d’armoiries et de devises d’or et d’argent : Votre majesté a dormi dans le plus beau lit où jamais roi ait couché !

    Dès le l2 décembre, Philippe V et Vendôme marchaient sur Saragosse, où ils ramenèrent prisonniers 11257 vainqueurs du 25 août. Ce fut une entrée triomphale.

    Stahremberg, vigoureusement poursuivi par la cavalerie espagnole de Bracomonte et de Vallejo, eut grand’peine à rejoindre l’archiduc à Barcelone avec les 5 ou 6000 soldats harassés qui lui restaient.

    Don Pedro de Veca alla porter à Marly la nouvelle de ces victoires inespérées, qui assuraient définitivement la possession du trône d’Espagne à la maison de Bourbon. Louis XIV était à table, entouré de ses courtisans. Pour ce surprenant changement dans les affaires d’Espagne, leur dit-il, il n’a fallu qu’un homme de plus, mais cet homme était Vendôme.

    Philippe V voulut donner 120000 piastres à Vendôme pour les frais de sa campagne. Donnez-les, Sire, répondit Vendôme, aux braves et fidèles Espagnols qui, en 24 heures, vous ont conservé 14 royaumes ! (Bellerive).

    Vendôme mourut à Vinaros, dans le royaume de Valence, le 11 juin 1712, d’une indigestion. En faisant l’autopsie, on trouva dans son rein droit trois grosses pierres, qui le faisaient, depuis longtemps, cruellement souffrir et expliquaient son besoin de repos après les fatigues qu’il s’imposait pour marcher ou combattre.

     

    Biographie de Louis-Joseph de Vendôme 

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