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  • 4 décembre 2011 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     Le 4 décembre 1852 - La prise de la ville de Laghouat dans EPHEMERIDE MILITAIRE Zouaves-150x150

     

    La prise de la ville de Laghouat

    D’après « La France guerrière : récits historiques d’après les chroniques et les mémoires de chaque siècle »
    Charles d’Héricault et Louis Moland – 1878

     

     

    L’Algérie est entourée d’une large bande de terre fertile que baignent les flots de la Méditerranée, que parcourent mille ruisseaux, et qui, au sud, pousse vers l’océan du désert ses promontoires verts, cultivés ou boisés. Cette bande de terre fertile s’étend à partir de la mer sur une profondeur qui varie entre quarante et soixante-dix lieues. C’est le Tell.

    Au-delà, s’étend le Sahara algérien, le commencement du désert, mais où il semble que la nature féconde ait voulu encore lutter contre le feu destructeur. Quelques ombrages, quelques oasis viennent çà et là tacheter la vaste plaine de sable.

    C’est le dernier effort de la vie et de la fraîcheur. Au-delà, s’étend le Grand Désert, l’immensité aride.

    Le Sahara algérien présente trois grandes oasis, et dans chacune d’elles une ville importante Gériville à l’ouest, Biskra au centre, Laghouat à l’est. Ces villes très fortifiées, pour pouvoir échapper au pillage, sont habitées par des populations dont le courage est mis à des épreuves fréquentes par leurs voisins les nomades.

    C’est contre la plus importante et la plus forte de ces villes, Laghouat, que le général Pélissier préparait une expédition en novembre 1852. Le schériff d’Ouargla, Mohammed-Ben-Abd-Allah, avait soulevé contre nous toutes les tribus sahariennes.

    Celles-ci, que le voisinage du désert et du Maroc, l’éloignement des Français et la protection des sables, rendaient très fières, commençaient à semer la révolte dans les tribus des provinces d’Oran et d’Alger. Il fallait aller attaquer l’insurrection dans son centre, c’est-à-dire à Laghouat, où était la base d’opérations des ennemis, qui croyaient avoir là une position inexpugnable.

    Le 1er décembre, après une série de combats contre les tribus qui défendaient les abords du Sahara, nous arrivions aux environs de Laghouat.

    Notre petite armée était divisée en trois colonnes, l’une sous les ordres du général Pélissier, qui commandait l’expédition, les deux autres commandées par les généraux Jusuf et Bouscarin.

    Le lieutenant-colonel Cler, qui commandait alors le 2e régiment de zouaves, va nous raconter cette expédition :

    « Le 2 décembre, vers trois heures de l’après-midi, la colonne légère du général Pélissier déboucha dans une plaine immense. Sur la gauche et à deux lieues vers le nord, les soldats aperçurent une longue ligne d’un vert sombre, légèrement dentelée par les branches d’une forêt de hauts palmiers. Au-dessus de cette verdure, chacun put distinguer encore les tours noirâtres d’une ville et le minaret blanc d’une mosquée. A cette vue d’un effet pittoresque qui n’avait pas encore frappé leurs yeux, les zouaves comprirent qu’ils touchaient au terme de leur long voyage.  C’étaient en effet la ville et l’oasis de Laghouat.

    Située à cent dix lieues au sud d’Alger, Laghouat est bâtie en double amphithéâtre sur les flancs de deux mamelons qui courent du nord-ouest au sud-est et se font face. Ces mamelons, terminés par des pentes roides et rocheuses du côté de la campagne, affectent des pentes douces et la forme en éventail du côté de la ville. Les deux parties de cette cité singulière sont séparées par une dérivation d’une petite rivière, sur les bords de laquelle la colonne avait campé la veille, l’Oued-Mzi.

    Laghouat, à l’époque où le général Pélissier arriva sous ses murs, avait deux mille mètres de longueur ; elle contenait sept cents maisons. Chacune de ces demeures, ayant une cour intérieure et une porte basse, était complétement indépendante des maisons voisines. Bâties de briques séchées au soleil, sans que la chaux y fût employée, les constructions conservaient une teinte brune qui jetait sur la ville entière comme un manteau de deuil.

    L’habitation la plus remarquable était la casbah de Ben-Salem. Elle formait une citadelle dans la partie sud-ouest de la ville. Elle contenait quatre grandes maisons quadrangulaires réunies, et à deux étages, dont les terrasses dominaient une partie de la cité. Quatre portes, ménagées dans les murs au bas de l’escarpement des mamelons, donnaient accès dans Laghouat. Les deux portes du nord et du sud étaient reliées par une grande rue qui coupait la ville dans toute sa longueur. Tout autour de la place, dont ils formaient les fortifications, régnaient un mur et des tours construits en briques séchées au soleil. Le mur avait quatre mètres d’élevation ; les tours, ayant la forme d’obélisques à larges bases, avaient de huit à dix mètres.

    Au nord et au sud, s’étendaient des jardins formant comme les ouvrages avancés du système de défense, système excellent du reste, car les jardins, coupés en tous sens par des murs de clôture élevés et nombreux, empêchent absolument d’approcher de la ville. Les jardins de Laghouat ont une superficie totale de mille à douze cents hectares ; leur plus grande largeur est de trois mille mètres.

    On voit donc que les colonnes d’attaque, en arrivant au bord de l’oasis, avaient encore mille à douze cents mètres à parcourir, à travers des jardins difficiles à enlever à l’ennemi, pour se trouver à portée de la place.

    La population de Laghouat était de quatre mille âmes. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, la ville est coupée en deux parties à peu près égales, reliées entre elles par une place assez vaste conquise sur l’oasis, et alors encore garnie de quelques palmiers. Les deux quartiers, séparés par une vieille porte, étaient habités par deux peuplades, deux tribus ayant chacune leur mosquée et leur administration civile distincte les uns s’appelaient les Hallaf, les autres les Serin. On comprend que les dissensions intestines devaient agiter souvent deux populations vivant aussi près l’une de l’autre et n’ayant ni les mêmes chefs ni les mêmes intérêts. Aussi les Hallaf et les Serin étaient-ils souvent en guerre ; mais ils n’appelaient jamais l’étranger pour s’en faire un auxiliaire ou régler en arbitre leurs différends. Le parti le plus habile, le plus actif ou le plus vigilant, se rendait maître du ruisseau qui alimente toute la cité, et alors il pouvait dicter, ses conditions à l’autre, car ce dernier se trouvait naturellement privé d’eau et à la merci du premier.

    Telle était la ville de Laghouat et son oasis, tels étaient ses habitants, lorsque le général Pélissier se présenta devant la place sur l’Oued-illzi, le 2 décembre. Le chef des troupes françaises s’aboucha immédiatement avec le général Jusuf, pour se former une première opinion sur l’état des choses et prendre une connaissance exacte des événements qui avaient eu lieu avant son arrivée.

    Il apprit alors que le commandant de la subdivision de Médéah avait fait des sommations inutiles aux habitants et au schériff ; que ses envoyés avaient eu la tête coupée ; que ses ouvertures avaient été repoussées avec l’expression du fanatisme le plus exalté, et que le schériff avait répondu à toutes les propositions par des fanfaronnades ridicules et par des menaces.

    Le lendemain, 3 décembre, à sept heures du matin, le général Pélissier se prépara à faire le tour de l’oasis et de la place, afin de pouvoir bien apprécier les difficultés de l’attaque. Cette reconnaissance eut lieu principalement avec les goums et la cavalerie des deux colonnes.

    Lorsqu’il fut en vue d’un marabout et d’un col portant le nom de Sidi-el-Hadj-Aïssa, les indigènes firent une sortie et garnirent l’arête de la montagne qui se trouve entre ces deux points. Deux compagnies du 1er régiment de zouaves reçurent à l’instant l’ordre de repousser cette sortie ; ces compagnies, après avoir éprouvé des pertes assez considérables, furent soutenues par une compagnie du 2e de zouaves, commandée par le capitaine de Fresne. Après cette première affaire, où furent engagées avec les zouaves une compagnie du 60e et une des tirailleurs indigènes, le général, ayant terminé sa reconnaissance des abords de la place et du front de la ville qu’il voulait attaquer, fit rentrer les troupes dans les camps.

    Le même jour, une heure avant la nuit, le lieutenant-colonel Cler partit du camp du général Pélissier, avec le général Bouscarin, pour aller former l’investissement de la place, à mille mètres au sud, en avant et sur la droite du marabout de Sidi-Aïssa. Cet officier supérieur avait sous ses ordres directs les deux bataillons du 2e de zouaves, le bataillon du 1er régiment et un petit bataillon formé de trois compagnies de zéphyrs et une de tirailleurs indigènes.

    Au moment où le lieutenant-colonel quittait le bivouac, le général Pétissier vint lui serrer la main, en lui souhaitant bonne et surtout prompte réussite.

    « Souvenez-vous, Cler, lui dit le général, que je veux vous donner à déjeuner demain, avant midi, sur la plus haute terrasse de la casbah de Ben-Salem ».

    Lorsque l’avant-garde de cette colonne fut arrivée en vue du marabout, et à deux cents mètres environ de la pointe la plus méridionale de l’oasis, cinq cents Arabes sortirent de la ville en poussant des cris. La colonne s’arrêta aussitôt et prit ses dispositions de combat ; mais l’ennemi, s’apercevant sans doute qu’elle était nombreuse et qu’elle occupait une bonne position, regagna la ville et les postes avancés. A partir de ce moment, la ville et l’oasis gardèrent ce morne silence qui contribue si puissamment à donner aux villes du désert l’aspect de vastes nécropoles.

    La nuit venue, le bivouac fut installé, et, à huit heures, deux petits mamelons à arètes rocheuses, qui se trouvaient sur le prolongement en avant de la partie sud de la ville, furent occupés par trois compagnies de zouaves. Ce mouvement terminé, la tête de nos positions ne fut plus séparée de la ville que par le mamelon à l’extrémité duquel s’élevait le marabout de Sidi-Aïssa, destiné à devenir le point important des attaques.

    A dix heures, les deux pièces de campagne furent conduites à trente pas des avant-postes du côté de la place, dix boulets ou obus furent lancés à toute volée sur la basse ville, afin de jeter le trouble chez ses habitants et de donner le change à ses défenseurs. A onze heures, une colonne fut dirigée, sous les ordres du commandant Morand, sur le mamelon et le marabout, afin d’enlever de vive force la position et de préparer ainsi la tête de l’attaque.

    L’opération était difficile, car l’ennemi occupait en force les positions à enlever, positions très fortes et sur lesquelles on devait se précipiter.

    L’ordre était de ne pas répondre au feu des Arabes. Toutes les recommandations ayant été faites aux soldats par le lieutenant-colonel, la petite colonne partit en silence et bien décidée à accomplir sa périlleuse mission. L’anxiété fut grande au bivouac pendant les dix minutes qui suivirent le départ des compagnies, car chacun savait que la plus légère hésitation compromettrait cette opération, qui était l’une des plus importantes du siège, et dont le succès devait, selon toute apparence, donner les clefs de la place.

    Le commandant Morand justifia complètement la confiance que son chef avait mise en lui : il enleva à la baïonnette les positions ennemies, et cette attaque fut conduite avec tant de promptitude et de résolution qu’elle ne coûta aux troupes engagées qu’un tué et trois blessés. Maître du mamelon, le commandant fit immédiatement occuper le marabout, commencer la construction de la batterie de brèche et celle du Nid de pie destiné à la protéger.

    Ces diverses opérations furent accomplies avec promptitude et résolution sous un feu croisé partant des jardins de droite et des tours du front d’attaque.

    La nuit, heureusement très sombre, rendit le tir des assiégés tellement incertain, que deux hommes seulement furent blessés. Les deux compagnies, après avoir établi les pièces dans la batterie de brèche, rentrèrent au bivouac. La fin de la nuit fut employée à terminer la construction de la batterie. Les assiégés n’inquiétèrent que faiblement cette dernière opération. Au point du jour, le travail était achevé.

    A huit heures, le général Pélissier, qui venait d’arriver à la batterie de brèche, fit ouvrir le feu par les deux pièces et par des tirailleurs. A la même heure, le lieutenant-colonel Cler reçut l’ordre de préparer une colonne destinée à livrer l’assaut et de la conduire à la queue des attaques, entre le premier et le deuxième mamelon.

    A peine établi à la queue des attaques, le lieutenant-colonel Cler reçut l’ordre d’aller prendre le commandement des troupes à la place du général Bouscarin, qui venait d’être blessé grièvement en se portant avec le général en chef à la batterie de brèche. Pour arriver à ce point extrême de l’attaque, il fallait suivre une longue crête rocheuse, découverte et battue de flanc et de face par le feu des assiégés.

    Pendant le trajet, le trompette de spahis d’ordonnance près du lieutenant-colonel fut tué à l’endroit même où, quelques minutes auparavant, le général Bouscarin et le trompette du général en chef avaient été blessés. Le lieutenant-colonel arriva à la batterie de brèche avec le capitaine adjudant-major de service près de lui. Le feu des deux pièces, appuyé un instant par celui d’un obusier de montagne, dura trois heures environ.

    Le 4 décembre 1852, à onze heures du matin, le général Pélissier, ayant reconnu la possibilité d’enlever la ville de vive force, puisque les deux brèches faites aux courtines étaient praticables, ordonna la formation immédiate de trois bataillons destinés à donner l’assaut.

    Douze compagnies de zouaves furent immédiatement réunies. La première de ces colonnes, commandée par le chef de bataillon Barois, du 1er de zouaves, et formée par les quatre compagnies de ce régiment, eut l’attaque de droite. Les zouaves du 3e bataillon du 2e régiment, sous le commandant Malafosse, formèrent la colonne de gauche, et les compagnies du 2e bataillon de ce même régiment, sous le commandant Morand, composèrent un bataillon de réserve ayant pour mission d’appuyer l’attaque de droite. Cette dernière colonne, prise en grande partie parmi les hommes de garde à la batterie de siège, reçut l’aigle du 2e régiment. Une section de travailleurs, commandée par le capitaine Brunon, du génie, marchait avec ces colonnes.

    Au signal convenu, parti de la batterie de brèche, les clairons sonnèrent la marche des zouaves. Tandis que le général Jusuf, qui opérait au nord de la ville, était prévenu, par l’éclat d’un grand feu, que l’attaque commençait au sud, les deux colonnes de droite et de gauche et la réserve s’ébranlaient pleines d’ardeur.

    C’est un moment solennel que celui qui précède un assaut. Chacun de ceux qui doivent s’élancer sur la brèche, l’œil au guet, l’oreille attentive, la bouche muette, appelle de tous ses vœux l’instant du combat. Chacun de ceux qui doivent remplacer sur la brèche le compagnon tué par l’ennemi ou enterré sous de sanglants décombres, n’est pas moins impatient. Pas un soldat qui ne désire voir son existence avancée de vingt-quatre heures ; pas un soldat, quelque brave qu’il soit, qui ne jette un rapide regard sur le passé, qui ne donne un adieu intérieur à sa famille, à sa fiancée bien-aimée et à ses amis, et qui ne se trouve fier et heureux, malgré les dangers qui le menacent, de faire partie de la colonne d’attaque.

    Le 4 décembre 1852, douze belles compagnies de vieux soldats d’Afrique, mille deux cents de ces zouaves à qui rien n’avait encore résisté, attendaient donc, près de la batterie de brèche de Laghouat, le signal du clairon.

    Bientôt, retentit dans les airs la marche des zouaves, cette marche guerrière qui avait sonné pour la prise de Constantine, aux redoutes du Teniah de Mouzaïa et à Zaatcha. A cette fanfare éclatante, le bataillon de droite s’élance, franchit au pas de course et sans éprouver presque de perte, tant son mouvement est rapide, l’espace qui le sépare du bas du talus rocheux à l’extrémité duquel commence la brèche. Le bataillon de gauche, précédé des zouaves de section de la 2e compagnie du 3e bataillon, jetés en enfants perdus, traverse le terrain rocailleux qui s’étend entre l’oasis et la basse ville.

    Sous le feu des Arabes embusqués sur ces deux points, et dont les balles se croisent sur tout l’espace à parcourir, cette colonne d’attaque arrive au pied du mamelon, ayant dix-huit hommes hors de combat. Le bataillon formant réserve suit de près la colonne de droite sans éprouver de pertes sérieuses. Il arrive à son tour jusqu’au talus qui précède le mur ruiné de la courtine.

    Au même instant, le général Pélissier, suivi des officiers de son état-major, du lieutenant-colonel du 2e zouaves et d’une section de gardes de tranchée, se porte lui-même vers la brèche pour imprimer une direction à l’attaque générale.

    Les douze compagnies de zouaves, ainsi que nous l’avons dit, étaient au pied du mamelon, glacis naturel de la place. Arrivés là, ces braves soldats prennent immédiatement le pas de course, escaladent tous les obtacles, franchissent, à l’aide de courtes échelles, les brèches faites par le canon, et, passant par les armes tout ce qui essaye de résister, ils se précipitent comme une avalanche, avec cette furia francese tant redoutée de nos ennemis dans les mouvements offensifs, jusque sur la partie haute de la ville.

    Intimidés par la marche rapide des colonnes d’assaut, les Laghouats abandonnent la défense de la haute ville et se jettent, par les pentes de droite et de gauche, sur les bas quartiers. Les Arabes postés dans les jardins, craignant de voir leur retraite coupée, abandonnent également leurs positions de combat et se replient des bords extérieurs de l’oasis jusque dans le dédale inextricable des plantations de palmiers.

    La haute ville ne tarde pas, à la suite de ces circonstances et de la vigueur de l’attaque, à rester en notre pouvoir. Le général Pélissier, voyant l’heureux résultat de l’assaut, prescrit à la colonne de réserve de se jeter à gauche, à la colonne de gauche de se diriger vers la casbah de Ben-Salem, tandis que le lieutenant-colonel Cler, à la tête de quelques compagnies, se portera également sur cette citadelle pour l’assaillir de face et par la droite.

    La casbah ne peut résister aux efforts des assaillants. Le capitaine Fernier et ses zouaves, avec lesquels marche le lieutenant-colonnel de Ligny, directeur des affaires arabes de la province d’Oran, enfoncent la porte et se précipitent dans l’intérieur de la forteresse. Les défenseurs sont poursuivis à la baïonnette dans la cour, aux étages supérieurs et sur les terrasses.

    Le lieutenant-colonel du 2e zouaves, se souvenant des paroles du général Pélissier, hisse l’aigle de son régiment sur le dôme du minaret, au moment où le chef, chargé d’organiser la défense pour le schériff, tombe mort à ses pieds, sous les balles de la garde du drapeau français.

    La ville était prise, mais ce brillant fait d’armes coûtait cher au 2e de zouaves. Soixante hommes mis hors de combat et le commandant Morand atteint d’une blessure mortelle, lorsqu’il conduisait la tête de sa colonne sur la casbah, payaient ce succès de leur sang. C’était un glorieux, mais un sanglant baptême, pour l’aigle du nouveau régiment.

    Le général Pélissier ne tarda pas à arriver lui-même sur les terrasses de la casbah de Ben-Salem. Il prescrivit au lieutenant-colonel du 2e de zouaves de rallier les tronçons épars de son régiment et d’achever la prise de possession de Laghouat, en donnant la main à la colonne Jusuf. Ce dernier, escaladant à la tête de ses troupes les murs nord de la place, venait d’y pénétrer. Le colonel Cler avait l’ordre, une fois cette jonction opérée, de rejeter jusque dans les jardins de l’oasis les Arabes qui chercheraient à résister encore.

    Les instructions du général en chef furent suivies ponctuellement. La place des Bains maures, au centre de la ville, fut prise. Les zouaves, après avoir franchi des rues étroites, tortueuses, dont plusieurs étaient couvertes par les étages supérieurs des maisons, après s’être mis en communication avec les troupes du général Jusuf, firent tête de colonne à gauche et occupèrent les bâtiments donnant accès sur les jardins. Cette partie de la ville fut à peine défendue.

    Lorsque la colonne revint du côté de la casbah de Ben-Salem, l’attention des soldats fut attirée par une maison fortifiée de laquelle s’échappaient de grands cris, et où paraissait s’être réfugié beaucoup de monde. Cette maison, ayant appartenu aux Ben-Salem, et pour ce motif appelée maison du Khalifat, était alors remplie des familles de nos amis, les principaux partisans de l’ancien chef de Laghouat, que le schériff d’Ouargla, y détenait en otages. Les Mzab du schériff, chargés par lui de garder ces malheureux, ayant fait feu sur les colonnes d’attaque de la grande casbah, avaient attiré sur eux, l’attention d’abord, la vengeance bientôt après des assaillants.

    Une fois la grande casbah enlevée, nos soldats s’étaient précipités sur cette maison dite du Khalifat. Une première cour avait été envahie. La défense, tout en continuant à tirer, s’était rejetée dans une grande cour entourée de terrasses et d’appartements occupés par des juifs, des femmes, des enfants et des vieillards.

    Dans ce moment, le lieutenant-colonel du 2e de zouaves, qui venait de faire enfoncer une petite porte de derrière, et de pénétrer par là dans l’intérieur de la maison avec quelques officiers et zouaves, comprit ce qui se passait. Reconnu à son uniforme pour un chef par les malheureux Laghouats nos partisans, il fut bientôt entouré, ainsi que les officiers, par ces victimes de la guerre, qui s’attachaient à leurs vêtements pour échapper à la fureur des assaillants.

    A moitié étouffés par ces dernières étreintes du désespoir, séparés de leurs soldats par cette masse mouvante de chair humaine, les officiers du 2e zouaves qui avaient pénétré dans la grande cour parvinrent difficilement à se dégager, à se faire reconnaître des vainqueurs et à arrêter le carnage. Enfin, grâce à leurs énergiques efforts, ils purent sauver plus de 300 Laghouats, qui tous appartenaient à l’aristocratie de la ville. Ils furent transférés dans la grande casbah. On y porta également 5 drapeaux pris dans la maison du Khalifat.

    Il était deux heures de l’après-midi. La ville de Laghouat était entièrement occupée par les troupes françaises. Ainsi qu’il l’avait dit la veille, le général Pélissier était entré avant midi dans la place. Il rappela au lieutenant-colonel Cler, qui le rejoignit après la délivance des otages et l’entèvement de la maison du Khalifat, la promesse de déjeuner sur la terrasse la plus élevée de la grande casbah.

    Là, au milieu des sanglants débris du combat, entouré des drapeaux pris à l’ennemi, assis sur de riches tapis arabes, dominant l’oasis et l’immense horizon du désert, un repas tout militaire fut servi au généralen chef et au général Jusuf qui venait d’arriver dans la casbah. Bien des choses y manquaient. L’argenterie fut représentée par les couteaux des sapeurs du 2e de zouaves, que ces braves soldats prêtèrent à leurs chefs. Le café fut ensuite préparé dans leurs marmites de campement. Ce déjeuner improvisé, assaisonné par l’appétit que donnent trois heures de combat et par la joie d’une victoire éclatante, fut trouvé délicieux par tous les convives.

    Le soir, un peu avant l’entrée de la nuit, les enfants de Ben-Salem et ses principaux officiers ou partisans, réfugiés dans le camp du général Jusuf, ayant appris que leurs femmes et leurs familles avaient été miraculeusement sauvées, s’empressèrent de les venir réclamer.

    Un des bataillons du 2e de zouaves (le 2e) passa la nuit dans la maison du Khalifat, au milieu des débris de meubles, des restes de vivres, des vêtements et des dépouilles de toute nature qui encombraient les cours. Les zouaves que les balles de l’ennemi n’avaient pas atteints, accroupis autour des feux de bivouac, racontaient à haute voix leurs prouesses de la journée.

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