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  • 1 décembre 2011 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Le 30 novembre 1870 - La bataille de Villiers et Coeuilly dans EPHEMERIDE MILITAIRE bataillevilliers-150x150

    La bataille de Villiers sur Marne

    La bataille de Villiers et Coeuilly

    D’après « Histoire de quatre ans : 1870-1873. La Défense Nationale » par Théodore Duret

     

     

    Les sorties opérées par les défenseurs de Paris pendant le mois d’octobre n’avaient été que des affaires de détail. Elles avaient surtout pour but d’aguerrir les soldats et de les préparer à une grande attaque faite en vue de percer le cercle d’investissement.

     

    Pour se promettre la réussite d’une semblable opération, il fallait pouvoir mettre en ligne de grandes masses, aussi le général Trochu règle-t-il la distribution définitive de ses troupes après le 31 octobre.

    Le 8 novembre, la totalité des forces militaires renfermées dans Paris sous le commandement supérieur du général Trochu a été répartie en trois armées :
    -
    la 1èresous les ordres du général Clément Thomas se compose des 266 bataillons de la garde nationale sédentaire ;
    - la 2esous les ordres du général Ducrot, destinée à la grande attaque que l’on médite pour s’ouvrir un passage au dehors, a été formée des meilleures troupes, soit des 13e et 14ecorps, auxquels on a joint tous les fragments de corps organisés dans Paris depuis le début du siège et les bataillons de mobiles considérés comme les meilleurs. Ces divers éléments ont été répartis à nouveau en trois corps d’armée, à trois divisions chacun, le 1ersous les ordres du général Blanchard, le 2esous ceux du général Renault, le 3esous ceux du général d’Exea.
    La 3ème armée sous les ordres du général Vinoy, forte de six divisions conservées isolées, est presque exclusivement formée de garde nationale mobile.

    Les généraux Trochu et Ducrot devaient diriger leur grande attaque du côté de la presqu’île de Gennevilliers, pour se mettre en communication avec le dehors et se ravitailler par la basse Seine. Ils avaient étudié un plan dans cette donnée, fait construire des ponts de bateaux, disposé des batteries fixes pour commander le cours de la Seine ; ils étaient sur le point de passer à l’action, lorsque le 14 novembre arriva la nouvelle de la bataille de Goulmiers et de la reprise d’Orléans par l’armée de la Loire.

    L’annonce de ces succès produisit à Paris un effet immense, on ne put songer désormais qu’à rejoindre l’armée de la Loire, que tout le monde voyait s’avancer d’Orléans, pour faire lever le siège de Paris.

    Les généraux Trochu et Ducrot, forcés de renoncer à leur premier projet, se mirent le plus rapidement possible en mesure d’effectuer leur grande sortie sur la Marne dans une direction à pouvoir donner la main à l’armée de la Loire. Ils construisirent de nouvelles batteries fixes de ce côté, destinées à soutenir l’effort des troupes, et ils occupèrent le plateau d’Avron qui commande le cours de la Marne.

    Des coteaux où sont situés les redoutes de la Faisanderie et de Gravelle, on domine la Marne, et par delà une plaine basse qui s’étend jusqu’à Champigny. Les Français commandaient donc de face la plaine de Champigny ; en même temps, ils occupaient sur un de ses flancs la presqu’île de Saint-Maur, et sur l’autre le fort de Nogent et le plateau d’Avron. Ils pouvaient de la sorte diriger une telle masse de feux croisés sur la plaine, qu’il serait impossible à l’ennemi de s’y maintenir pour disputer le passage de la rivière.

    Aussi, est-ce sur ce point que les généraux résolurent de franchir la Marne dans l’intention, après avoir rompu les lignes ennemies en enlevant les villages de Champigny et de Bry en première ligne, de Noisy-le-Grand, Villiers, Coeuilly en seconde ligne, d’atteindre Lagny et de se porter à la rencontre de l’armée de la Loire du côté de Fontainebleau.

    Le 28 novembre au soir, les trois corps de la 2earmée bivouaquent dans le bois de Vincennes et derrière le fort de Nogent ; ils doivent traverser la Marne la nuit même. Les ingénieurs Krantz et Ducros avaient été chargés de placer une série de ponts de bateaux. Pour dérober le secret des opérations à l’ennemi, les ponts avaient été tenus en arrière. La nuit venue, ils sortiront du canal de Saint-Maur, remorqués par des bateaux à vapeur, et remonteront la Marne, pour venir se fixer sous le fort de la Faisanderie, aux points du rivage où des rampes d’accès ont été préparées. A onze heures du soir, les ponts débouchent du canal de Saint-Maur, mais une crue subite s’est produite dans la Marne, et, sous le pont de Joinville, un courant violent arrête la flottille. En insistant, on fait couler les premiers pontons attachés aux remorqueurs. Il faut revenir, refaire les convois. On met plus d’intervalle entre les pontons, on charge les soupapes, on force la vapeur et on parvient à passer.

    Toutefois, la nuit s’est avancée et il sera maintenant impossible de placer les ponts en temps voulu pour que l’armée puisse franchir la Marne assez matin. Les ingénieurs courent informer de ce contre-temps le général Ducrot qui se rend aussitôt auprès du général Trochu au fort de Rosny pour tenir conseil.

    Après examen, il fut reconnu que, quelque préjudiciable à l’entreprise que dût être tout retard pouvant permettre à l’ennemi de prendre éveil, on était cependant obligé de renvoyer à la nuit suivante le passage de la Marne. On avait combiné, pour tromper l’ennemi, un certain nombre de feintes et d’affaires secondaires venant s’ajouter à l’attaque principale sur la Marne. On pensa qu’il convenait de les laisser exécuter au moins en partie, on détournerait ainsi, autant que possible, l’attention de l’ennemi de la grande agglomération d’hommes, opérée dans le bois de Vincennes.

    Le 29 dans la matinée, une pointe vigoureuse était faite sur l’Hay par des troupes de la 3earmée sorties des Hautes-Bruyères ; mais le village était fortement retranché et occupé par les Prussiens, et les assaillants repoussés durent se replier avec perte. En même temps, des fusiliers-marins soutenus par des gardes nationaux parisiens mobilisés, enlevaient la Gare-aux-Boeufs en avant de Choisy et, après l’avoir gardée quelques heures, revenaient sans être inquiétés.

    Dans la nuit du 29 au 30 novembre, les préparatifs sont enfin terminés et les 1er et 2e corps de la 2earmée franchissent la Marne sur sept ponts en avant des forts de Nogent et de la Faisanderie. Les Français s’avancent sous la protection de toutes leurs batteries qui tirent à l’extrême portée par-dessus les têtes des colonnes. Ils ne rencontrent d’abord presque aucune résistance, traversent la plaine de Champigny et abordent les pentes. A 10 heures, ils ont enlevé Bry, Champigny et l’espace intermédiaire, et doivent maintenant attaquer Villiers et Coeuilly.

    Mais si les Allemands n’avaient occupé que faiblement les premiers villages situés trop près des forts de Paris, ils avaient en seconde ligne accumulé les obstacles. Face à Bry, le mur du parc de Villiers donne un front de 400 mètres, il a été crénelé, renforcé de levées de terre, soutenu de redoutes et d’épaulements pour l’artillerie, flanqué d’abattis. Le parc de Villiers est ainsi devenu un ouvrage redoutable. Le château et le parc de Coeuilly situés par-devant de grands bois, sur un mamelon, en face de Champigny, ont été de même soigneusement fortifiés.

    A trois reprises, les Français s’élancent pour aborder Villiers et Coeuilly et chaque fois, arrivés à découvert, sous le feu des positions retranchées derrière lesquelles se tient l’ennemi, ils sont contraints d’abandonner l’attaque. On essaye d’ouvrir une brèche à Villiers, le mur du parc est situé un peu en contre-bas d’un pli de terrain. L’artillerie, pour le découvrir et tirer sur lui avec effet, doit tellement se rapprocher que le feu des défenseurs lui rend la position intenable. Les Allemands avaient à plusieurs reprises profité des mouvements de recul des Français pour passer eux-mêmes à l’offensive et tenter de reprendre Bry et Champigny. Ils avaient été à leur tour repoussés et ramenés.

    Pendant que les 1er et 2ecorps attaquaient directement Villiers et Coeuilly, le 3etraversant la Marne à Bry et Neuilly, au-dessous du plateau d’Avron, devait enlever Noisy-le-Grand, pour passer entre lui et Villiers, et prendre à revers ce dernier village. Cette partie de l’opération avait complètement manqué. La pose des ponts en arrière de Bry s’opéra sous le feu de l’ennemi et éprouva des retards. Puis, lorsqu’il fallut traverser la rivière, le général d’Exea vit à plusieurs reprises l’ennemi réapparaître, dans ses retours offensifs, sur les hauteurs qui commandaient le débouché des ponts. Il n’osa pas risquer le passage dans ces conditions et resta inactif pendant que les deux autres corps combattaient.

    A 2 heures seulement, une des divisions du 3ecorps sous les ordres du général de Bellemarre franchit la Marne. Au lieu de se diriger sur Noisy, pour prendre à revers la position de Villiers, selon les instructions du général Ducrot, le général de Bellemarre, se portant sur le terrain où il voyait le combat, vint donner directement sur Villiers. Cette nouvelle tentative, quoique soutenue par le général Ducrot avec des troupes du 2e corps, demeura aussi infructueuse que les précédentes.

    Pour seconder le grand effort fait sur le plateau de Villiers-Champigny, deux diversions avaient été ménagées, l’une en face de Créteil, entre la Seine et la Marne, l’autre du côté de Saint-Denis. Le général Susbielle avec une division, partant de Créteil, s’était élancé sur Mont-Mesly et l’avait enlevé aux Prussiens.

    Le général, s’il réussissait à s’avancer suffisamment, devait se rabattre sur Ormesson pour chercher vers Chennevières à prendre à revers les forces ennemies opposées à la 2e armée ; mais il n’avait pu dépasser Mont-Mesly. Un retour vigoureux de l’ennemi l’avait même contraint à l’abandonner, et il était revenu occuper ses premières positions à Créteil après avoir subi de grandes pertes. Les opérations entreprises dans la direction de Saint-Denis, sur Epinay et en avant d’Aubervilliers n’étaient que des feintes, destinées à inquiéter l’ennemi pour l’empêcher d’envoyer des renforts sur la Marne.

    A 2 heures de l’après-midi, des colonnes formées de marins, de troupes de ligne et de mobiles, sortaient de Saint-Denis, s’élançaient sur Epinay et s’en emparaient. Le village ne devait pas être gardé et les Français rentraient à Saint-Denis sans être inquiétés.

    La sortie décisive que l’on préparait dans Paris depuis le début du siége pour rompre le cercle d’investissement, s’était effectuée dans la journée du 30 novembre, et elle avait échoué. Sur tous les points où ils avaient opéré des attaques secondaires, les défenseurs de Paris avaient été ramenés ou s’étaient repliés d’eux-mêmes. Seule la 2earmée se maintenait au-delà de la Marne sur un terrain conquis à l’ennemi, mais en face d’elle Villiers et Coeuilly lui opposaient des obstacles infranchissables.

    Comment en effet, maintenant que les Allemands, informés du véritable objectif de l’armée sortie de Paris, allaient faire affluer les renforts sur le point menacé, pouvait-on se promettre d’attaquer avec succès des positions qu’on n’avait pu enlever lorsqu’elles n’étaient encore défendues que par des forces peu nombreuses ?

    Aussi, le 1er décembre, la 2earmée ne faisait-elle aucun effort pour se reporter en avant. Elle demeurait au contraire immobile sur le champ de bataille de la veille et s’y établissait pour recevoir à son tour le choc de l’ennemi. Bry et Champigny étaient barricadés, les maisons crénelées, sur le terrain découvert entre les deux villages, on élevait des retranchements et des épaulements de batteries. L’ennemi restait lui-même sur la défensive et dans la journée, on concluait un armistice de quelques heures pour enlever les blessés et enterrer les morts.

    Les Allemands faisaient pendant ce temps arriver des renforts. Ils n’avaient eu d’engagés dans la journée du 30 novembre que la XXIVe division du XIIe corps (saxon) et deux brigades de la division wurtembergeoise. Ils grossissent ces forces de fractions nouvelles du XIIe corps, de la troisième brigade wurtembergeoise et du IIe corps prussien.

     

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