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  • 7 novembre 2011 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    La 72e division à Verdun (21-24 février 1916) (3ème partie) dans GUERRE 1914 - 1918 gloiredelafrance1-150x150

    D’après un article du lieutenant-colonel Grasset, extrait
    de la « Revue militaire française publiée avec le concours de l’État-major de l’armée » – Décembre 1925

     

    2ème partie

    La 72e division

     

    Histoire et composition de la division.

    La 72e division de réserve est dans la région de Verdun depuis la mobilisation, et depuis plus d’un an dans le secteur qu’elle occupe, tantôt agrandi, tantôt rétréci, à cheval sur la Meuse ou seulement sur une rive, la droite ou la gauche, de Malancourt à Ornes.

     

    Sous le général Heymann, elle a pris part, dans le 3e groupe de divisions de réserve, à la bataille d’Étain, les 24 et 25 août 1914 ; du 6 au 10 septembre, aux affaires de Julvécourt. Le 29 septembre, elle s’est battue au Mort-Homme et à Cumières, avec le groupe Durand et depuis lors, elle n’a jamais été employée tout entière à des opérations actives.

     

    Sa composition a sensiblement varié depuis la mobilisation. Le dernier remaniement, motivé par la menace de l’attaque sur Verdun, lui a laissé :

    • - la 143e brigade, commandée par le colonel Parès. Avec 2 compagnies de mitrailleuses de brigade, ce sont les 351e et 362e régiments d’infanterie, chacun à 2 bataillons et à une compagnie de mitrailleuses de régiment; les 56e et 59e bataillons de chasseurs, du lieutenant-colonel Driant, chacun à 4 compagnies et à une compagnie de mitrailleuses; un bataillon de gardes-voies de communications relevés (G.V.C.R.), à 4 compagnies, rattaché au 44e régiment territorial;
    • - de la 244e brigade, seulement le 165e régiment actif à 3 bataillons et à 2 compagnies de mitrailleuses ;
    • - de la 107e brigade, l’état-major du colonel Clédat de Lavigerie, commandant la brigade, avec seulement le 324e, à 2 bataillons et à 1 compagnie de mitrailleuses et 2 compagnies de mitrailleuses de brigade;
    • - 4 groupes d’artillerie de campagne, pris le 1er au 61e régiment d’artillerie de campagne, de la 72e division; le 2e au 15e et le 3e au 41e de la 51e division; le 4e au 18e de la 67e division;
    • - 18 pièces de 90 mm.
    • - Comme artillerie lourde, 2 batteries de 155 court et 1 batterie de 120 court, destinées aux destructions.

     

     L’artillerie de la 72e division, ainsi constituée d’une manière provisoire, se trouve commandée par le colonel Ulhrich, commandant l’artillerie de la 51e division. Il y a aussi de l’artillerie lourde longue dans ce secteur, mais elle relève du général commandant le 30e corps. C’est un groupement placé sous les ordres du commandant Gros, comprenant 6 pièces de 95 mm, 20 pièces de 120 mm, 12 pièces de 155 mm.

     

    Les troupes.

    La 72e division est donc, le 20 février 1916, une réunion d’éléments, pour la plupart hétérogènes et tout nouvellement assemblés, entre lesquels les liens tactiques sont mal établis.

     

    • Le 351e (lieutenant-colonel Bernard) est un bon régiment de réservistes picards, bretons et meusiens, durs à la fatigue et disciplinés. Bien en main, il est capable d’un effort sérieux.
    • Le 362e (lieutenant-colonel Bonviolle), avec ses contingents de la Meuse et du Nord, est solide aussi et son esprit est excellent, bien que l’aspect de ce régiment soit moins bon que celui du 351e.
    • Les 56e et 59e bataillons de chasseurs (lieutenant-colonel Driant) sont formés de réservistes venus des dépôts des 16e et 19e bataillons qu’alimentent la région meusienne, Paris et le Nord. Ces chasseurs sont de « mauvaises têtes » mais des gars vigoureux, chez qui l’esprit guerrier a été surexcité et que l’esprit de corps exalte, au point de dresser les deux bataillons l’un contre l’autre et de créer entre eux de petites difficultés journalières. Tout cela s’oubliera devant l’ennemi, et ce groupe turbulent, dont la discipline semblait douteuse en période calme, se révélera un magnifique instrument de combat, sous la direction ferme et souple d’un chef d’une haute valeur, que tout le monde vénère.

    C’est la brigade Parès ainsi constituée qui s’est vaillamment battue à Étain, au Mort-Homme, au bois de Cumières, aux Jumelles d’Ornes, à Warcq. Mais depuis novembre 1914, elle est en secteur au nord de Verdun, tantôt à cheval sur la Meuse, tantôt étendant son front jusqu’à Fromezey, tantôt le rétrécissant jusqu’au ravin de Ville, jamais sérieusement attaquée, jamais au repos ou à l’instruction autrement qu’à portée de l’artillerie lourde ennemie.

    • Le 324e, de la 107e brigade, compte des réservistes de la Mayenne, de l’Eure et de l’Orne, un peu mous, mais solides, disciplinés et d’un bon esprit.
    • Le 165e, de la 144e brigade, est un régiment actif, l’un de ceux qui, dès la mobilisation, étaient affectés à la défense de Verdun. Ce sont des hommes de la Meuse, avec des contingents de réservistes bretons, parce que le dépôt du régiment avait été transféré en Bretagne, au moment de l’invasion. Unité bien en main et capable d’un effort sérieux.
    • Le bataillon du 44e régiment territorial avait été formé, le 18 juin 1915, avec des gardes-voies de communications relevées et était indépendant de son régiment. Ces hommes, très âgés, étaient de braves gens disciplinés, travaillant avec ardeur aux terrassements et capables de se battre dans des tranchées.

     

    Les unités alternaient tous les huit jours dans les tranchées de première ligne ou de soutien, dans les villages nègres du camp Roland, du camp Flamme ou dans les ruines souvent visitées par les « marmites » à 4 ou 5 km de la ligne de feu. Au cours des périodes de demi-relève, on exécutait quelques tirs dans le ravin de Louvemont mais l’importance des travaux de terrassement à exécuter ne laissait ni le temps, ni la possibilité de remettre la troupe à l’instruction, de sorte qu’officiers et soldats ignoraient à peu près tout de l’évolution des idées tactiques ; ils en étaient encore aux méthodes de 1914.

     

    Ces hommes, ainsi maintenus sans détente dans une existence misérable et très dure, n’entrevoyant aucun terme rapproché à cette situation, avaient du fatalisme dans l’esprit, et leur aspect, même celui des chasseurs, naturellement cocardiers, n’évoquait plus que de fort loin celui des soldats de 1914.

    C’étaient des vêtements sans couleur, élimés, troués ou grossièrement rapiécés, sous lesquels débordaient les manches et les cols d’épais gilets de laine, dons de particuliers ou de sociétés diverses. Peu de képis, à moins que d’informes, mais des polos, des bérets et d’énormes cache-nez entortillant la tête, et enfin recouvrant le tout, des couvertures sans teint et en loques, des tapis de table, des bâches de cuir ou des peaux de mouton trouvés dans les ruines. Le sac était monumental et les objets les plus imprévus y étaient arrimés avec des cordes. Brodequins et guêtres, lacés avec des ficelles, soigneusement graissée, ne connaissaient plus le cirage.

    Mais la culasse du fusil était toujours enveloppée dans un mouchoir et le canon de l’arme muni d’un bouchon qui le protégeait contre la boue, car le fusil était l’objet des soins les plus attentifs.

     

    La démarche était lourde et traînante, sauf quand retentissaient la Marche lorraine ou la Sidi Brahim qui, du coup, relevaient les têtes et redonnaient pour quelques minutes leur élasticité de vingt ans à ces hommes dont une bonne moitié étaient des quadragénaires.

     

    Le général Bapst commandait, depuis le 3 novembre 1914, cet ensemble bigarré et ce secteur. C’était un artilleur que la soixantaine avait laissé très allant et cavalier fin et vigoureux. Très doux, très simple, d’un solide bon sens et d’un merveilleux équilibre intellectuel et moral, vénéré et aimé de tous ses officiers, il était certainement le chef le plus apte que l’on pût souhaiter pour limiter les effets du cataclysme qui allait s’abattre sur Verdun.

     

    L’organisation défensive du secteur de la 72e division.

    Les quatre positions de défense. Le secteur de la 72e division affecte la forme d’un éventail dont le manche serait à Vacherauville et dont les branches seraient la Meuse et la route de Ville.

    Dans cet éventail, il y a, achevées, ébauchées ou simplement piquetées, quatre positions de défense :

     

    • La première position englobe Brabant, la corne sud-est du bois de Consenvoye, le bois d’Haumont et le bois des Caures, et son développement est de 12 km.

    Elle comporte trois lignes de défense :

    1. Une ligne de tranchées pour sections ou demi-sections, ligne irrégulière née des vicissitudes du combat, tranchées plus ou moins mal conditionnées, plus ou moins éloignées les unes des autres, quelquefois à proximité immédiate de l’ennemi, reliées par un boyau bouleversé et couvertes par une ligne continue de défenses accessoires réseaux de fil de fer, abatis, etc.
    2. Une ligne de soutien, la ligne des S, constituée par des ouvrages en terre se flanquant à bonne distance. Ces ouvrages sont reliés en terrain découvert, par des défenses accessoires ; à travers bois, par de grandes coupures rectilignes déboisées, larges de 15 à 20 m. Du côté de l’ennemi, ces coupures sont protégées par des fils de fer de fer entrelacés, fixés aux arbres et à des piquets ; du côté de l’intérieur, elles sont bordées par un maillage de fils de fer de 2 m 50 de hauteur, qu’appuie un épais bourrage d’abatis de transport, formant à la fois obstacle et protection. L’ennemi ne pourra pas ainsi franchir d’un bond l’espace découvert et il devra y séjourner un temps appréciable, sous le feu des mitrailleuses des ouvrages, qui prennent d’enfilade la coulée sur toute sa longueur.
    3. Une ligne de réduits, ligne des R, constituée d’après les mêmes principes que la précédente, mais comprenant des ouvrages plus importants.

     

    Tout le long de la première position, l’ensemble des trois lignes de défense réalise quatre points d’appui encerclés de réseaux de fils de fer et se flanquant les uns les autres :

     

    • - le point d’appui de Brabant : tranchées de première ligne avec réseaux de fils de fer à 300 m en avant de la lisière du village; village avec lisière organisée et réduit; à 600 m au sud-est, les ouvrages des R, sur la côte des Roches, le tout enveloppé de réseaux de fils de fer. C’est le commandant actuel de ce secteur, le commandant Lehujeur, du 351e, qui en a conçu et dirigé l’organisation avec un soin minutieux.

    Tranchées et ouvrages ont dû être construits ici à contre-pente, parce que toute cette région est vue de l’observatoire allemand du bois d’Ormont. Les mouvements des renforts n’y sont pas moins fort difficiles par le boyau insuffisamment creusé du ravin de Samogneux.

     

    • - le point d’appui du bois de Consenvoye : labyrinthe des tranchées de première ligne, à la corne sud-est du bois; labyrinthe de tranchées et de boyaux de communications aménagés, englobant le mamelon 280, jusque dans le ravin d’Haumont; à 800 m à l’ouest d’Haumont, le réduit R2, R3, R5, avec le petit bois de Samogneux, le tout enveloppé de fils de fer.

    Les tranchées de première ligne de ce point d’appui sont, dans le bois, en contact immédiat avec les tranchées allemandes. Ses ouvrages des S et des R sont en butte aux vues et aux feux convergents de l’ennemi. En outre, la nature du sol est telle, de ce côté, que quelques heures de pluie suffisent pour y anéantir le travail de plusieurs journées. C’est donc lui dont l’organisation a coûté le plus d’efforts et qui laisse le plus à désirer.

     

    C’est pourquoi un point d’appui secondaire a été constitué sur la croupe à 1 km à l’est de Brabant, formé par une série d’ouvrages (9, 10, 11, 12 et 12 bis), flanquant à l’est le bois de Consenvoye et à l’ouest les tranchées avancées de Brabant.

     

    • - le point d’appui du bois d’Haumont : ligne de tranchées le long de la lisière, couvertes par des fils de fer; ouvrages S1 S2 S3 S4 et S5 dans le bois; groupe d’ouvrages A et B, à contre-pente, encadrant le ravin du bois d’Haumont ; tout ce système établi dans les conditions les plus satisfaisantes.

     

    • - le point d’appui du bois des Caures. Là, les tranchées de première ligne, celles du Chauholy, au contact immédiat de l’ennemi, forment un labyrinthe inextricable avec des boyaux aménagés plus ou moins sommairement, des réduits en sacs à terre, des fils de fer entrelacés, et comme défenses accessoires, des chevaux de frise, lancés au hasard, la nuit, par-dessus les parapets. Les S et les R sont dans l’intérieur du bois, soigneusement organisés et enveloppés de fils de fer.

     

    Le ravin profond du bois des Caures, séparant le bois des Caures du bois d’Haumont, est un point faible de la défense. Ce dangereux couloir n’est barré que par quatre lignes de réseaux de fils de fer, destinées à maintenir l’ennemi sous le feu de batteries avancées de flanquement.

    Aux quatre points d’appui, le village d’Haumont, solidement organisé, doit servir de réduit.

     

    Sur chacune des lignes, de multiples emplacements de mitrailleuses ont été préparés, flanquant leurs diverses parties. Les machines placées en première ligne sont dans des abris bétonnés ou blindés. Il y en a à l’écluse de Brabant, enfilant le canal ; sur la ligne avancée de Brabant ; à la lisière nord du bois d’Haumont et à l’angle nord-ouest du bois Carré, enfilant la route de Flabas ; un peu partout dans les S et dans les R, interdisant les coupures dans les bois, balayant les ravins d’Haumont, de Samogneux et du bois des Caures. Elles ne sont pas extrêmement nombreuses, mais leur emploi a été méticuleusement étudié.

     

    • La deuxième position est jalonnée par le village de Samogneux, organisé défensivement, la cote 344 (338 du plan directeur), et la ferme de Mormont. Elle se relie à l’est aux ouvrages de Beaumont. Ce sont des groupes d’ouvrages isolés auxquels on travaille encore, enveloppés de fils de fer et se flanquant. De Samogneux à Mormont, ils sont à contre-pente, pour échapper aux vues directes de l’artillerie ennemie.

     

    • Quant à la troisième position, qui devait s’appuyer aux côtes du Talou et du Poivre, elle était à peine ébauchée et ne pouvait en aucune manière, le 20 février, appuyer la défense d’une manière efficace.

     

    Depuis quelques jours, il existe une position intermédiaire entre les première et deuxième positions. Elle a été construite suivant les indications données par le général de Castelnau au cours de sa visite du 23 janvier, et grâce au renfort de la 101e brigade que cette visite avait valu à la R.F.V. Ce précieux renfort, avec des outils supplémentaires, n’est arrivé, il est vrai, que le 2 février, mais, en dépit du mauvais temps, il a travaillé.

     

    De sorte que depuis Samogneux, la nouvelle ligne, déjà à peu près achevée, suit à contre-pente le versant septentrional du ravin du bois des Caures, jalonnée par les ouvrages C1, E1, C2, E2, E3, puis le ravin au sud de la ferme d’Anglemont, par E4 et C4, et couronne le mamelon 324, au nord de la ferme de Mormont.

     

    Cette ligne, l’ennemi l’ignorait, le 21 février. Une carte trouvée sur un officier allemand tué ce jour-là, mentionnait tous les ouvrages français, même les abris les plus infimes, mais non la ligne des C. E. Ce fut une surprise pour les assaillants, dont l’élan fut longtemps arrêté là.

     

    En somme, partout, sauf sur la troisième position, ouvrages et tranchées sont à peu près terminés dans le secteur de la 72e division, le 21 février. Malheureusement, défenses accessoires et boyaux de communications sont encore insuffisants.

     

    Pour mieux faire, et pour mener à bien une tâche aussi gigantesque, il aurait fallu quatre fois plus de bras. En outre, nous l’avons dit aussi, le commandement supérieur avait été dans l’impossibilité de doter Verdun du nécessaire en matériel, outils et fils de fer.

     

    Verdun, comme tout le front, était victime à cette époque, non pas de l’incurie du commandement et de la paresse des troupes, mais de l’impuissance de notre industrie et de sa non-adaptation dès le temps de paix aux oeuvres de guerre. Il faudra un effort considérable et une adaptation plus sérieuse pour que puisse se réaliser la victoire, en 1918.

     

    La répartition des troupes. Ce secteur a été partagé, le 13 février, entre deux groupements à peu près égaux.

    Le sous-secteur Ouest, confié au colonel Parès, commandant la 143e brigade, a comme garnison le 351e, le 362e et le bataillon du 44e territorial (G.V.C.R.), au total 5 bataillons pour tenir les points d’appui de Brabant et du bois de Consenvoye, et la moitié de celui du bois d’Haumont jusqu’à la route de Flabas incluse.

     

    Le sous-secteur Est, confié au colonel Vaulet, commandant le 165e, est occupé par le groupe des 56e et 59e bataillons de chasseurs, par 1 bataillon du 165e (les deux autres bataillons de ce régiment ayant été laissés en arrière comme réserve de la division) et par une formation irrégulière de travailleurs, dite bataillon Brocard, réduite à moins de 100 hommes.

     

    Le colonel Vaulet doit défendre la moitié du point d’appui du bois d’Haumont et le point d’appui du bois des Caures.

     

    A observer que cette nouvelle répartition des troupes relâchait encore les liens tactiques, puisque la 143e brigade, intacte jusque-là depuis le début de la guerre, s’en trouvait disloquée, mais pour garder un front aussi étendu, il n’avait pas été possible d’agir autrement, d’autant que l’attaque ennemie était annoncée comme tout à fait imminente.

     

    Depuis le 12 février, sous les rafales de pluie et de neige, l’infanterie était alertée. Elle attendait le choc.

     

    L’artillerie de campagne. Les renforts d’artillerie de campagne commencèrent d’arriver le soir de ce jour-là pour constituer ainsi l’armement des sous-secteurs :

    Au sous-secteur Ouest, le groupement du commandant Roumeguère devait comprendre un groupe de 3 batteries du 15e régiment ; les 27e et 28e batteries d’un groupe du 41e ; 2 pièces détachées de la 25e batterie du 61e dans des batteries avancées ; 12 pièces de 90 mm réparties dans cinq emplacements de batterie.

     

    Au sous-secteur Est, le groupement du commandant Gillier allait donner l’appui de la 29e batterie du 41e ; des 24e et 26e batteries du groupe du 61e, la 25e batterie de ce groupe armant les batteries avancées ; un groupe du 18e ; une batterie de 6 pièces de 90 mm et 3 pièces de 80 en flanquement.

     

    Celles des batteries qui étaient en position depuis longtemps étaient installées à peu près confortablement, mais elles étaient parfaitement repérées par l’ennemi. Quant aux nouvelles venues, elles ne purent guère que prendre position, sans avoir le temps d’exécuter aucun travail sérieux. Des trous furent creusés, non loin des pièces, pour abriter le personnel dans les moments de crise. Les servants s’ingénieront pendant la bataille à trouver mieux pour se mettre à couvert et ils y réussiront fort bien en faisant un parapet avec les caisses de cartouches vides de projectiles et remplies de terre.

     

    La liaison entre les groupes et les troupes qu’ils appuyaient avait été soigneusement étudiée pour les batteries déjà placées. Les nouveaux venus n’eurent qu’à se renseigner auprès de leurs camarades. Pour assurer ces liaisons, on comptait sur le téléphone, sur des coureurs et sur des appareils optiques de 24. Un officier par groupe était détaché auprès du commandant de chaque bataillon de première ligne. Il y avait des postes optiques avant à la lisière sud du bois des Caures, à Haumont, aux R de la côte des Roches ; des postes intermédiaires à Samogneux, à 344 (338) à Mormont ; des postes arrières aux côtes du Talou et du Poivre, communiquant avec Bras. Téléphones, coureurs, postes optiques semblaient devoir donner de bons résultats, au moins en période normale et sous des bombardements semblables à ceux déjà vus.

     

    Des barrages avaient été prévus devant les tranchées, et n’attendaient pour se déclencher que l’appel de fusées rouges pour le point d’appui de Brabant ; blanches pour celui de Consenvoye ; une rouge et une blanche pour celui du bois des Caures.

     

    Le signal lancé, confirmation devait en être donnée aux batteries par téléphone et le tir de barrage s’abattre aussitôt en principe sur les tranchées de première ligne de l’ennemi. Si la fusillade continuait après un premier tir, un second, puis un troisième devaient se déclencher automatiquement, jusqu’à la fin de la crise.

     

    L’artillerie lourde. Encore le 12 février, dans la fièvre des derniers préparatifs, un ordre du 30e corps d’armée plaçait sous les ordres du général commandant la 72e division, l’un des deux groupements d’artillerie lourde longue du corps d’armée, celui du commandant Blanck, du 102e régiment, dont le P. C. vint s’installer à Vacherauville.

    Ce groupement comptait trois groupes qui prirent position, les jours suivants.

    1er groupe (capitaine Neltner) P. C. à la cote 344 (338)
    Batterie A, 6 pièces de 95, dans le ravin de la Cage.
    Batterie B, 4 pièces de 120 long, au moulin des Côtelettes.
    Batterie C, 4 pièces de 120 long, 1.500 m au nord-ouest de Louvemont.
    Batterie R, 2 pièces de 120 long, dans le ravin de Samogneux.
    Batterie A.T, 2 pièces de 120 long, à l’ouest de Vacherauville.

    2e groupe (capitaine Augustm), P. C. à Bras
    Batterie n° 27, 4 pièces de 155 long, à 1.200 m nord-est de Bras.
    Batterie n° 28, 4 pièces de 155 long, à 1.200 m nord-est de Bras.

    3e groupe (capitaine Lautraibecq), P. C. à Beaumont
    Batterie D, 4 pièces de 120 long, à la lisière nord du bois des Fosses.
    Batterie E, 4 pièces de 120 long, à la lisière ouest du bois des Fosses.
    Batterie L, 4 pièces de 155 long, à 700 m à l’ouest de Beaumont.
    Batterie N2, 4 pièces de 155 long sud-est du bois des Fosses.

    A ces trois groupes, se joignit le groupe de canons courts du commandant Dewals, dont le P.C. était à Beaumont
    Batterie H, 4 pièces de 155 court, à Mormont.
    Batterie H1, 4 pièces de 155 court, dans le ravin de Mormont.
    Batterie F, 4 pièces de 120 court, dans le bois Le Fays.

     

     

    Situation de la 72e division le 20 février au soir.

    Du 13 au 16 février, la 72e division demeura alertée. L’infanterie massée dans les tranchées de première ligne et de soutien, l’artillerie s’installant et cherchant, malgré les bourrasques de pluie et de neige, à fixer les éléments de son tir. Ce fut une période de fièvre et d’angoisse, et nous savons combien les appréhensions des défenseurs de Verdun étaient légitimes.

     

    Le 16 février, pour ménager les troupes, le général Bapst donna l’ordre de ne laisser que des garnisons de sûreté sur la ligne des R et sur les deuxièmes positions.

    Seules, les compagnies terrées dans les tranchées de première ligne demeurèrent au complet, et vigilantes.

    Justement, ce jour-là, un ordre arrivait du groupe des armées du Centre, daté du 15, qui prescrivait, conformément aux nouvelles méthodes, de réduire à un strict minimum les effectifs des premières lignes. Il s’agissait de ne laisser par sous-secteur qu’une demi-compagnie de guetteurs dans les tranchées de première ligne, une compagnie sur la ligne des S et une compagnie ou une compagnie et demie sur celle des R. Une compagnie devait tenir la ligne des C.E. Les mitrailleuses des S du bois d’Haumont devaient, en presque totalité, être ramenées sur la ligne des R.

    Mais ni le général Bapst, ni le général Chrétien n’osèrent, dans des circonstances dont ils appréciaient toute la gravité, assumer la responsabilité d’un pareil affaiblissement d’une ligne de combat déjà bien dangereusement ténue, et aucune modification ne fut apportée au dispositif adopté.

     

    Aviation.

    Il y avait aussi des avions à Verdun et le secteur du 30e corps en possédait quelques-uns, mais à cette époque, notre industrie aéronautique, encore mal outillée, traversait une crise, de sorte que nos aviateurs, n’avaient ici que de vieux Maurice Farman, des Caudron G3 et G4 pour lutter contre les avions blindés et ultra-rapides de l’ennemi, Fokker ou Aviatik. Quelques excellents Nieuport ne viendront les renforcer qu’au moment de l’attaque.

     

    Pourtant, sous la direction du capitaine de Marmies, chef du service aéronautique de la R.F.V., on faisait depuis longtemps à Verdun un essai de secteurs aériens qui, en familiarisant pilotes et observateurs avec la région où ils devaient évoluer, donnait d’excellents résultats.

    L’escadrille C18, composée de 8 G3 et de 4 G4, du capitaine Delafond, était affectée, depuis le mois de novembre, à la surveillance de la région nord. Le 15 février, elle fut renforcée par les escadrilles N23 et MF63.

    Mais du 15 au 20 février, le temps resta si mauvais qu’aucune opération aérienne sérieuse ne put être tentée, ni par les nôtres, ni par l’ennemi.

     

    Le 20, le ciel s’étant éclairci un instant, 14 avions allemands exécutèrent des reconnaissances de front, et 4, des vols de réglage. L’escadrille G18 entra en chasse et, en dépit de l’infériorité du nombre et de l’insuffisance des appareils, attaqua hardiment les oiseaux à croix noire. Il y eut 6 combats ce jour-là, tandis que deux reconnaissances exécutées au-dessus de Romagne éventèrent une masse d’au moins deux corps d’armée dans la région de Damvillers-Romagne-Écurey.

     

    La nuit du 20 au 21 février. Arrivée du 50e.

    Nuit calme, profondément. Un ciel clair et constellé d’étoiles. Les flaques d’eau des pluies de ces derniers jours se figeaient dans les boyaux et dans les trous d’obus, sous une gelée vigoureuse.

     

    Les artilleurs nouvellement arrivés ont profité des dernières lueurs du jour pour régler leur tir et, jusque très tard, des coups de canon se sont égrenés, nonchalants, dont les bois se renvoyaient indéfiniment l’écho.

     

    On compte bien profiter du beau temps pour réparer les tranchées détériorées par l’eau et pousser les travaux sur la deuxième position de défense. Le 60e régiment d’infanterie, de la 14e division, est chargé de cette mission.

    Il était cantonné à la caserne Chevert et au fort de Belrupt. A 20 h 20, il reçoit l’ordre de se rendre immédiatement dans le secteur de la 72e division.

     

    Le bataillon Duffet (1er), embarqué dans des camions automobiles, partit : les 1e et 2e compagnies à minuit 30, les 3e et 4e à 2h30 du matin.

     

    Les 1e et 2e compagnies, conduites par le commandant Duffet, creusaient des tranchées dans le bois de Consenvoye le 21 dès 2 heures du matin. Jusqu’au petit jour, elles travaillèrent. A 6h30, elles rentraient à Samogneux.

    Arrivées à Samogneux vers 4 heures, les 3e et 4e compagnies, sous la direction du capitaine du génie Henry, s’employèrent aux ouvrages C, à l’est du village. Au petit jour, elles rentrèrent, elles aussi, à Samogneux.

    Les bataillons Peyrotte (2e) et Falconnet (3e), embarqués en chemin de fer, ne débarquèrent à Charny qu’à 4 h30. Le lieutenant-colonel de Pirey, commandant le régiment, les conduisit à la cote 344 (338), où ils arrivèrent à 6h30, comme le jour se levait. Le colonel amena ses chefs de bataillon reconnaître le terrain qu’ils avaient à organiser.

     

    Les ordres pour la journée du 21 février. Ces ordres visent la reprise du travail journalier habituel.

    Seules, les escadrilles ont des missions spéciales, parce que deux corps d’armée ennemis ont été signalés dans la région Damvillers-Romagne-Écurey et des tranchées nouvelles dans la région du bois de Consenvoye.

    En conséquence :
    a) L’escadrille C18 doit prendre des vues photographiques de la région bois de la Wavrille-Étraye-bois de la Grande-Montagne ;
    b) L’escadrille MF63, prendre des vues des bois d’Ormont, de Consenvoye et de Brabant, ainsi que des premières lignes françaises des bois d’Haumont et des Caures ;
    c) L’escadrille N23, protéger les reconnaissances photographiques et exécuter des barrages sur la région Flabas-Azanne.

     

    Au point du jour, par un ciel clair, les avions prenaient l’air.

     

    Suite…

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