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  • 11 octobre 2011 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    D’après un article paru dans la revue « Le Pays Lorrain » – Année 1923

    La Mythologie a créé un personnage, Antée, qui reprend de nouvelles forces chaque fois qu’il touche la terre. La mise à la retraite produisait le même effet miraculeux sur la carrière de J. Brice. Il était retraité quand la Révolution de juillet en fit un colonel de cuirassiers, la Révolution de février 1848 devait le rappeler encore une fois à l’activité et lui donner enfin ce grade de général qu’il avait tant désiré.

    Le 28 février, le Gouvernement provisoire siégeant à l’Hôtel de Ville arrêtait que le colonel de cavalerie Brice (Joseph-Nicolas-Noël) est nommé général de brigade ». Une lettre autographe du ministre de la guerre Subervie lui annonçait l’heureuse nouvelle. Elle spécifiait que cette nomination récompensait les honorables services militaires et le patriotisme dont il avait donné des preuves réitérées.

    En réalité, le Gouvernement provisoire ne se souciait pas uniquement de réparer les injustices de la royauté constitutionnelle, il désirait surtout s’appuyer sur ceux qu’elle avait mécontentés. Les nombreuses protestations du colonel Brice le désignaient à l’attention des adversaires de Louis-Philippe. Elles lui valurent des étoiles qu’il avait, par ailleurs, bien méritées.

    Appelé d’abord au commandement militaire du département des Vosges (3 mars), le général Brice fut bientôt désigné (4 mai) pour exercer le commandement de la 4e subdivision de la 3e division militaire à Verdun. Le 10 décembre 1848, le prince Louis-Napoléon était proclamé par un plébiscite Président de la République.

    Le général Brice ne parut pas se réjouir de cet événement. Il n’était décidément pas bonapartiste, car sa rancune de l’équipée de Strasbourg ne s’effaçait pas devant le succès du prétendant. Le vieux soldat alliait le culte de Napoléon et les convictions républicaines selon la formule des premières années de l’Empire République Française Napoléon Empereur. Il avait passé de trop nombreuses années à maugréer contre le sort, à grogner contre les gens au pouvoir pour adresser au nouveau Président des félicitations enthousiastes.

    La lettre qu’il lui écrivit de Verdun, le 22 décembre 1848, est caractéristique de sa manière : « Vous avez une sublime et immense mission à remplir. Aussi ai-je la conviction qu’en vous entourant d’hommes politiques probes, nouveaux surtout, vous ne ferez pas défaut au mandat que vos concitoyens vous ont décerné à une si grande majorité. Contribuez de tous vos efforts à faire triompher la prédiction lancée du haut du rocher de Sainte-Hélène par le Grand Homme, pour que l’Europe, dans un temps donné, soit plutôt républicaine que cosaque. En agissant en vue de la réalisation de ce pronostic, vous aurez un jour droit à la reconnaissance du monde entier ».

    Ce sermon ne pouvait pas être agréable au prince ambitieux qui n’avait jamais considéré la Présidence de la République que comme un accès au trône.

    Les représentations du grognard ne furent pas de son goût. Il comprit qu’il ne pourrait pas l’utiliser pour le coup d’État qu’il projetait et il s’en désintéressa.

    Cependant, le général Brice se faisait encore illusion sur son avenir. Rappelé deux fois de la retraite, nommé officier général alors qu’il avait dépassé depuis deux ans la limite d’âge fixée par la loi, il croyait poursuivre le nouvel envol de sa carrière. Il éprouva une première déception lorsqu’il se présenta, en mai 1849, aux élections législatives dans la Meurthe. Il se flattait d’être populaire, et, à ce titre, comptait sur la réussite. Le comité dit napoléonien l’avait présenté en première ligne.

    Une circulaire faisait valoir ses mérites dans ces termes : « Le Souvenir des Corps francs de 1815 l’a placé haut dans l’estime de tous les hommes qui ont admiré les derniers efforts du peuple français pour défendre le sol de la patrie contre l’envahissement de l’étranger ; l’estime particulière que lui porte Louis-Napoléon, son exil, ses services en France et en Algérie depuis 1830 sont à la fois le meilleur éloge de son passé et la garantie de son avenir ».

    Malgré ces titres, le général Brice n’obtint que 20.163 voix sur 84.134 votants. L’échec était honorable, mais il s’en irrita. L’ingratitude de ses compatriotes s’ajoutait à la série nombreuse de ses ressentiments.

    Sa mise à la retraite d’office, le 15 mars 1850, dès qu’il eut accompli deux années dans le grade de général de brigade, fut le dernier coup qui l’accabla. De même que le gouvernement avait violé la loi en le nommant au-delà de la limite d’âge, de même Brice espérait une nouvelle promotion qui le maintiendrait dans les cadres. Le général d’Hautpoul, ministre de la guerre, lui écrivit une lettre de condoléances, expliquant qu’il était impossible de faire plus longtemps exception en sa faveur. Ce fut en vain le vieux brave crut à une disgrâce. Il l’attribua à la rancune du Prince-Président et déclara tout haut qu’il était victime de sa franchise.

    La croix de commandeur de la Légion d’honneur qui lui fut donnée par décret, le 4 avril 1850, ne suffit pas à le consoler d’une retraite qui allait être la dernière.

    Il revint à Nancy. Il prit un logement au n° 84 de la rue de l’Equitation et y vécut dans une paix bourgeoise. Il avait cessé de se plaindre des temps et des hommes. Ce soldat qui, au cours de trente-trois années de services, comptait dix-huit ans et demi de guerre, ne parlait jamais de son passé. Il ne souffrait pas qu’on l’interrogeât sur ses exploits. Il était devenu un grand silencieux.

    Peut-être ses heures de recueillement lui permettaient-elles de repasser les épisodes de sa vie la charge d’Eylau dans la tourmente de neige, l’aride Sierra espagnole et les glaces meurtrières de la Bérézina, les partisans embusqués dans les forêts ombreuses, les mystérieuses réunions des carbonari, le grand soleil d’Algérie éclairant le blanc minaret des mosquées ? Peut-être ne marquaient-elles que l’immense fatigue de celui qui, ayant vécu cette émouvante destinée, attendait de sang-froid l’assaut victorieux de la mort.

    Elle ne tarda pas. Une année ne s’était pas écoulée depuis sa retraite qu’il décédait, le 3 février 1851, dans cette maison sur laquelle le Souvenir Français a apposé, depuis, une plaque commémorative. L’inscription qu’elle porte est la plus brève des biographies.

    On aurait pu la compléter ainsi : « Ce Lorrain au coeur ferme, fut un ardent honnête homme et un héroïque soldat ».

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