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  • 11 août 2011 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Marie et Alfred SAUTET dans A NOS ANCIENS mariesautet-150x150legionhonneurmariesautet-150x150 dans GUERRE 1914 - 1918

     

    Marie et Alfred Sautet, un couple dont plus personne ne parle et que personne n’honore. Peut-être, quelques Messins ont-ils entendu parler de Marie Sautet, une rue de la ville de Metz lui étant dédiée.

     

    Nous voulons leur rendre hommage.

    Cet article est élaboré à partir d’extraits de différents journaux : « Le Journal des mutilés, réformés et blessés de guerre », « Le Petit Parisien », « Le Gaulois », « La Croix » et « La voix du combattant ».

     

    Le 13 janvier 1937, s’éteignait à la maison de retraite des Petits-Ménages à Issy-les-Moulineaux, madame Marie Sautet, née Etienne, originaire de Metz. Son mari, monsieur Alfred Sautet, était décédé un an auparavant, le 1 janvier 1936 à Paris.

    Le 14 janvier 1937, les anciens combattants, qui avaient accompagné son mari à sa dernière demeure, avaient tenu, à lui rendre aussi nombreux un ultime hommage. Dans l’assistance, on remarquait notamment la présence du général Gouraud, du général Brissaud-Desmaillet, des présidents des associations d’anciens chasseurs à pied, d’anciens chasseurs cyclistes, d’anciens chasseurs alpins, accompagnés de délégations avec leurs drapeaux. Le président de la République et le général Gamelin, chef d’état-major général de l’armée, s’étaient fait représenter.

     

    Madame Marie Sautet, une française au grand cœur, une « bonne vieille dame » qui n’appartenait ni au monde des lettres, ni au monde de la politique, et qui ne laissait derrière elle, d’autres œuvres que celles que lui inspirèrent un patriotisme sans affectation et une immense bonté naturelle.

    Restée seule dans sa petite chambre, Marie Sautet n’avait gardé qu’une grande malle bourrée de témoignages émouvants de la gratitude suscitée par son inépuisable bonté : 125 000 lettres, dont une revêtue de 2 000 signatures, toutes émanant de soldats à qui elle avait apporté réconfort et joie.

     

    En 1914, M. et Mme Sautet furent surpris par la guerre dans leur vie laborieuse. Ils n’avaient pas d’enfants et, depuis quarante ans, après l’option de 1870, ils confondaient leur vie, toute de travail et d’épargne, avec les mille autres existences semblables qui font du quartier du Temple une ruche séculaire de la capitale.

    Le ménage Sautet était parvenu, avant la guerre, à une très belle aisance grâce à leur commerce de maroquinerie. Mais, dès le jour où le sacrifice patriotique eut inscrit, en traits de sang et de feu, à leur foyer sans descendants, le mot « Devoir », ils cessèrent d’être des commerçants.

    « Pas d’enfants, se dirent-ils. Nous allons adopter ceux qui combattent ».

    Avec son mari, et alors que tant d’autres ne songeaient qu’à s’enrichir à l’arrière, elle a puisé sans ménagement dans sa fortune, pour adoucir le sort de plusieurs centaines de Poilus appartenant à toutes les armes, et plus particulièrement au 1er bataillon de chasseurs. Sa générosité lui avait valu d’être appelée la « Marraine des chasseurs à pied ».

    Pendant cinquante mois, en effet, Mme Sautet s’employa à adresser, généreusement, victuailles, tabac, linge, et vêtements aux soldats du front, devenant ainsi la marraine de guerre de quarante régiments d’infanterie, de dix bataillons de chasseurs à pied, de plusieurs batteries d’artillerie, d’escadrons de cavalerie, ainsi que de huit régiments d’infanterie belge.

    Pendant cinquante mois, elle a adressé, chaque semaine, quatre cents colis à des chefs de corps, et mille paquets à des combattants. Tout soldat qui répondait par un mot recevait un nouvel envoi, et tous ceux qui, en permission, ou de passage à Paris, venaient remercier de vive voix leurs bienfaiteurs, ne parvenaient pas à quitter la boutique de la rue Reaumur sans un nouveau don.

    Souvent, elle alla distribuer elle-même au front ses dons appréciables, notamment aux chasseurs à pied, qui la nommèrent « marraine des chasseurs » puis « chasseur de première classe ».

    Et c’est un de ces régiments, le 152e R.I. qui voulut revoir Mme Sautet, le 29 janvier 1927, à Colmar, pour commémorer en sa présence, toutes ses gloires et tous ses souvenirs.

    Le 21 avril 1927, Marie Sautet était nommée au grade chevalier de la Légion d’honneur. Alfred Sautet, qui a refusé la Croix, disait simplement : « C’est ma femme qui a tout fait ! ».

    Marie Sautet ne cessait de répondre à toutes les félicitations : « Nous sommes des patriotes. Pendant la guerre, nous allions souvent dans les cantonnements. Les soldats orgarnisaient des fêtes inoubliables pour nous recevoir. Le 152e d’infanterie, m’a nommée sa marraine officielle, et il y a peu de temps, à Wissembourg, j’ai eu l’honneur de passer en revue, comme caporal honoraire, le 1er bataillon de chasseurs. Car, pour que la portée de nos dons fût réelle, il avait fallu en sérier l’envoi. Et nous avions, peu à peu, à mesure que le ravitaillement officiel s’organisait, consacré nos expéditions aux chasseurs. Aussi c’en est un, et un grand, le général Gouraud, qui me remettra la croix, en présence du drapeau mutilé des « diables bleus » sorti tout exprès du Musée de l’Armée ».

     

    Et c’est le 29 octobre 1927 que la « marraine de guerre des chasseurs à pied », reçut les insignes de son grade, au cours d’une imposante prise d’armes aux Invalides. C’est le général Gouraud, gouverneur militaire de Paris, qui procéda au cérémonial habituel. Ce jour-là, elle déclarait que « cette récompense payait suffisamment de ce qu’elle avait fait pour nos soldats ».

    La citation, qui valut à Mme Sautet le ruban rouge, était ainsi conçue : « A consacré, pendant toute la guerre, son activité et sa fortune à l’amélioration du sort de nombreux soldats au front, ainsi que des blessés et des malades en traitement dans les formations sanitaires ».

     

    Mme Sautet et son mari s’étaient ensuite rendus à l’Arc de Triomphe, où ils avaient déposé des chrysanthèmes sur la tombe du Soldat inconnu. Le soir même, un banquet, auquel assistaient plus de 600 anciens combattants, eut lieu avenue de Saint-Mandé, sous la présidence de M. et Mme Poincaré. Le président du Conseil, rappelant qu’il fut officier de chasseurs à pied, apporta à Mme Sautet l’hommage officiel du pays.

    Les insignes en diamant de la Légion d’honneur furent offerts à la « bonne marraine », ainsi qu’une plaquette portant ces mots « Des filleuls de guerre et admirateurs de Mme Sautet, en témoignage de leur reconnaissance » par les chasseurs. Une plaquette artistique fut également remise à M. Sautet.

     

    Quelques temps plus tard, le sort injuste frappait M. et Mme Sautet. La misère s’était installée au foyer de ces deux braves Français qui ne voulaient s’ouvrir à personne de leur infortune.

    L’écho de leur détresse parvint cependant aux oreilles de leurs anciens filleuls… Les survivants de la grande guerre, qui avaient bénéficié de la charité de Mme Sautet et de son mari, s’en émurent et les adoptèrent à leur tour…

    Ils ouvrirent une souscription et recueillirent une telle somme, que M. et Mme Sautet qui étaient à la veille d’être mis à la rue, auront pu finir leurs vies, l’un et l’autre, dans des conditions plus que décentes.

     

    Alfred Sautet, surnommé le « Parrain des Chasseurs », fut poilu honoraire du 152e R.I. Il fut aussi le président de la fédération nationale des Anciens Chasseurs à Pied.

     

    « La Marraine nationale des chasseurs », chasseur de 1ère classe des 1er et 26e B.C.P., avait participé, en compagnie de son mari, à l’inauguration de la rue de colonel Driant à Paris, le 22 avril 1926. Elle a été inhumée au cimetière du Père Lachaise.

    Elle était chevalier de la Légion d’honneur, décorée de la croix de guerre, avait reçu la médaille de Verdun, la médaille de la reconnaissance française et la croix de l’ordre d’Elisabeth de Belgique.

     

    Bien des Poilus les ont pleurés comme leurs père et mère. Lorsque Marie Sautet disait « Mes régiments », on aurait dit qu’elle parlait de ses enfants.

    Alors, peut-être aurons-nous, à l’occasion de la commémoration du centenaire de la Grande Guerre, le plaisir de découvrir qu’un coin de France honore à nouveau Marie et Alfred Sautet : un monument, une statue, une avenue, un musée ? Qui sait ?

     

    Nous, nous avons déjà fait un grand pas, les sortir de l’oubli !

     

  • 3 commentaires à “Marie et Alfred SAUTET”

    • Simon Carrère on 20 mars 2015

      J’ai eu connaissance de la plaque qui se trouve à l’entrée de la rue Marie Sautet à Metz et j’ai été très vivement intéressée par l’œuvre accomplie par ce couple et par la personnalité de la « marraine des chasseurs ». J’ai commencé à travailler sur les lettres des ses filleuls et aimerais lui consacrer une place de choix dans un ouvrage qui évoquerait l’institution des marraines de guerre: La Grande Guerre de Marie Sautet en quelque sorte.
      Je serais ravie d’entrer en contact avec ceux qui s’intéressent à cette histoire…
      Anne Simon
      Docteur en histoire, auteur de Chanter la Grande Guerre. Les « Poilus » et les femmes (janvier 2014 ChampVallon éditeur/Harmonia Mundi)

    • Alain Masson on 6 avril 2016

      C’est au hasard d’une promenade dans le vieux Metz que nous avons découvert mon épouse et moi cette petite plaque d’une ruelle « Marie SAUTET marraine des Poilus 1859-1937″
      Ce nom a retenu mon attention , il trouve son origine en Périgord Noir, je crois, où je compte quelques amis qui le portent..
      Ayant eu un père combattant de la Grande Guerre et un oncle tué à « l’ennemi »" à Verdun (il y aura un siècle en septembre), je suis très intéressé par ce qui a trait à cette tragédie humaine et participerais volontiers à toute action visant à apporter de nouveaux éclairages.

    • PIERRON Claude on 11 septembre 2018

      Marie SAUTET sera honorée le 13 octobre 2018 lors du rassemblement de la V° cohorte de la Légion d’Honneur à Metz avec notamment une conférence de Mme Anne SIMON, historienne agrégée de lettres.

    Répondre à Alain Masson


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