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    D’après un article de Louis Sadoul, paru dans « Le Pays Lorrain » – 1921

    « A la mémoire des soldats du canton de Raon-l’Etape morts pour la patrie »

    Guerre Vosges n° 4

    La journée du 25 août

    Le 25 août, la ligne de bataille présente une forme assez étrange. C’est un immense triangle dont la pointe est vers Rozelieures, non loin de la Moselle et de la trouée de Charmes et dont les côtés se coupent presque à angle droit. Le front de la Ière armée occupe sensiblement le Ban-de-Sapt, le sud de Raon, Ménil-sur-Belvitte, Doncières, la côte d’Essey, Rozelieures.

    Là, le second côté du triangle, formé par la 2e armée, se relève brusquement vers le nord, par Einvaux, Méhoncourt, Damelevières, Vittimont et sa forêt, les avancées de Nancy, Courbesseaux et la forêt de Champenoux.

    Certains auteurs ont voulu voir dans cette disposition au matin du 25 août une géniale inspiration. Ce triangle, ils l’ont comparé tantôt à une nasse où allait se faire prendre l’armée allemande, tantôt à une enclume et à un marteau, Dubail, on ne sait trop pourquoi, étant l’enclume et Castelnau le marteau.

    Etranges comparaisons auxquelles il est bien difficile d’attacher une valeur. La réalité semble beaucoup plus simple. Le centre avait reculé plus loin que les ailes et l’on s’est battu là où les troupes étaient arrivées quand l’ordre de reprendre la bataille a été donné. Voir dans cette disposition la suite d’un plan savamment arrêté est aller vraiment trop loin dans la voie de l’admiration à tout prix.

    Cette journée du 25 août allait être décisive dans les opérations de Lorraine.

    La retraite est arrêtée, les Ière et 2e armées vont reprendre l’offensive. Sur tout le front, la bataille fera rage, partout les Allemands se briseront contre les troupes françaises, désormais ils n’iront pas plus loin. Devant Nancy, c’est Courbesseaux et Vitrimont, au centre, tout près de la Moselle, victoire de Rozelieures qui ferme définitivement la trouée de Charmes.

    L’ennemi, après Morhange et Sarrebourg, croyait ne plus trouver devant lui que des troupes démoralisées, il va se heurter à des soldats dont les premiers combats ont grandi l’énergie.

    Le 26 août, je vis arriver dans un hôpital de Nancy, où j’essayais de rendre quelques services, un soldat du 26e. Une balle lui avait traversé le genou.

    Simplement, sans éclat, il me raconta la bataille. Le 25 août, son régiment, le 26e d’infanterie, était devant Vitrimont. Le soir, ordre avait été donné de se coucher dans un champ, sous la mitraille. 

    Tout à coup, un cri s’éleva. En avant, ceux qui restent du 26e. Et le régiment s’était levé. Ceux qui restaient avaient bondi en avant. Le soldat qui était tombé s’appelait Ruthard. Qui avait lancé le cri sublime, cri de bravoure et de sacrifice ? En avant, ceux qui restent du 26e. Je ne sais. Mais ce que je sais, c’est que dans toute la Lorraine, de Nancy aux Vosges, tous l’avaient répété.

    Tous avaient dit : En avant, Lorrains des 20e et 21e corps, Savoyards et Alpins du 14e,enfants de Paris qui comptaient parmi les meilleurs, Auvergnats, Tourangeaux et Vendéens, au 9e et 13e corps, Bourguignons du 8e, Provençaux et Languedociens des 15e et 16e corps, tous marchaient vers la victoire. Et c’est ce qui déconcerta l’Allemand.

    Le plus bel éloge de ces soldats, c’est Ludendorf qui l’a tracé. « De la Belgique nous marchions vers Paris, a-t-il dit, la victoire était sûre et prochaine. Nous avions tout prévu, tout, sauf le sursaut du soldat français. Que des hommes vaincus tout le long de la frontière, brisés par une retraite rapide, tombés de fatigue, de faim et de soif, le long des routes de France, aient pu se relever au son du clairon, prendre un fusil et marcher en avant, nous avions tout prévu, tout, mais pas cela ».

     

    Et voilà ce qu’a été le miracle de la Marne. Le 25 août a été, en Lorraine, le jour du miracle.

    A Raon-l’Etape, la nuit du 24 au 25 août avait été sinistre. Ne restaient dans la ville que quelques petits postes, extrême-pointe d’arrière-garde et quelques traînards dont la plupart allaient tomber aux mains de l’ennemi. Il était dix heures du soir, quand la fusillade commença dans les rues.

    Les Allemands, arrivés par le faubourg de Lunéville, se heurtaient aux derniers soldats français. Le régiment qui entrait ainsi dans Raon était le 99e, l’ancien régiment de Saverne, celui du colonel Reuter et du lieutenant Forstner. Les soldats frappent à toutes les portes, enfoncent à coups de crosse celles qui ne s’ouvrent pas assez vite, officiers revolver au poing, soldats baionnettes en avant se ruent brutalement dans toutes les maisons.

    Tout le long de la nuit, on tiraille dans les rues, le jour va se lever quand les premiers incendies éclatent à l’entrée du faubourg de Lunéville, la destruction de Raon commençait.

    Vers 4 heures du matin, la bataille reprend avec plus de vigueur. Le grand pont de la Neuveville est défendu par des éléments du 20e bataillon de chasseurs qui a fait de l’Hôtel du Pont, le réduit de la défense. Des gardes forestiers et des chasseurs à la boucherie Fix, gardent le passage de la passerelle au bas de la ville.

    Le 21e bataillon, celui de Raon, a reçu à trois heures du matin l’ordre de défendre la Neuveville. La 2e compagnie est à la passerelle des Châtelles, la 1e compagnie, capitaine Sérenis, tient le pont du chemin de fer ou plutôt son débouché. La 5e compagnie, capitaine Cuncq, est au passage à niveau de la gare, la 4e en réserve, de même les 3e et 6e compagnies, maintenues à la Haute-Neuveville.

    Les Allemands ont placé des canons sur le quai Adrien Sadoul et dans la rue Chanzy. De la maison Joinard, les mitrailleuses tirent sans arrêt sur nos troupes qui tiennent les maisons de la Neuveville, du cimetière au grand pont. De nombreux Allemands tombent dans la rue Thiers.

    L’ennemi n’arrive pas à forcer le passage du pont, il change alors de tactique et va tourner nos troupes par les ailes. Une colonne allemande passe la Meurthe à la hauteur de la papeterie Mettenett et cherche à progresser en direction du chemin de fer et de la Haute-Neuveville. En amont, les Allemands font la même manœuvre vers l’hôpital et la Sapinière, ils traversent la passerelle et le pont du chemin de fer au Plein-de-la-Roche.

    Pour appuyer leur mouvement, ils ont, au mépris du droit des gens, placé des mitrailleuses sur le perron de l’hôpital qui abrite des blessés français et porte le drapeau de la Croix-Rouge.

    Très inférieures en nombre, nos troupes ne peuvent résister à ces attaques de front et de flanc, et à la fin de la matinée, les Allemands parviennent à passer la ligne du chemin de fer au Malfaing, entre les chantiers Lecuve et la papeterie Mettenett.

    Les chasseurs du 20e et du 21e doivent évacuer la Neuveville et se replier vers les bois. Dans le plus grand ordre, ils se retirent en combattant sous le feu croisé des mitrailleuses allemandes et des tirailleurs installés sur les berges de l’étang Amos, dans des maisons de Raon et à l’hôpital. Au 21e bataillon, les sections Fonfrède, Bonhotel, de Minbel et Lemarchand forment les derniers éléments. Les pertes sont élevées. C’est là que tombent le capitaine Cuncq et parmi les chasseurs raonnais, le jeune caporal Albert Ferry.

    Les chasseurs se sont vaillamment comportés. Tous peuvent répéter les mots, sublimes dans leur simplicité, du capitaine Sérenis que les hommes emportent dans une couverture, la poitrine traversée. Nous avons fait ce que nous avons pu.

    Toujours façe à l’ennemi, nos soldats gagnent le Joli-Bois, la Haute-Neuveville et la forêt.

    La bataille de la Chipotte va commencer. 

    Suite…

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