• 17 avril 2011 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    La bataille de la Chipotte (3) dans GUERRE 1914 - 1918 chasseurpied-150x150

    D’après un article de Louis Sadoul, paru dans « Le Pays Lorrain » – 1920

    De cette lutte, s’il est permis de donner la physionomie générale, il est plus difficile de fixer les détails. Dans la forêt, la bataille échappait souvent aux chefs eux-mêmes, et son histoire restera toujours un peu vague. Il me parait pourtant possible de relever, dès aujourd’hui, les grandes lignes des engagements journaliers.

    Le 25 août, vers le milieu du jour, Raon était pris et les troupes françaises se retiraient en combattant vers les bois et la Chipotte. Dès ce jour, une tentative avait été faite pour arrêter l’avance des Allemands sur la Meurthe.

    Le 14e corps n’avait pas encore repassé la rivière et tenait la région Moyenmoutier-le Ban-de-Sapt. L’ordre de la 1ère armée, pour la journée du 25 août, portait que la 13e division tiendrait les ponts de Raon-l’Etape et de Thiaville et que le 14e corps déboucherait de Moyenmoutier à 6 heures, dans une attaque de flanc fort bien conçue.

    J’ai dit plus haut l’arrivée des Allemands à Raon et la bataille dans les rues. Les 20e et 21e bataillons se sont repliés et les Allemands ont passé la Meurthe. L’attaque du 14e corps, commencée le 25 août et qui se continuera encore le 26, n’a donné que des résultats incomplets.

    Le 14e alpins s’est pourtant avancé jusqu’à la lisière de la forêt, à la Sapinière, tout prés du pont du chemin de fer. Il a eu un vif engagement près de la roche des Corbeaux, sur la crête qui se dirige vers la Pierre d’Appel. Les tombes des chasseurs marquent encore aujourd’hui leur ligne de bataille. Les 75e et 140e ont attaqué sur la côte de Saint-Blaise, les tombes sont nombreuses au-dessus de Chavré et à la carrière du Couvent.

    L’attaque du 14e corps n’a réussi qu’à ralentir l’avance allemande, la bataille de la Chipotte va commencer.

    Cette journée du 25 août avait été décisive dans les opérations de Lorraine. Après leur retraite, les 1ère et 2e armées ont repris l’offensive. Sur tout le front, la bataille a fait rage, partout les Allemands se sont brisés contre les troupes françaises. Désormais, ils n’iront pas plus loin.

    Devant Nancy, c’est Courbesseaux et Vitrimont, au centre tout près de la Moselle, victoire de Borville et de Rozelieures qui ferme définitivement la trouée de Charmes.

    Le 25 août, la ligne de bataille présente une forme assez étrange. C’est un immense triangle dont la pointe est vers Rozelieures, non loin de la Moselle et de la trouée de Charmes, et dont les côtés se coupent presque à angle droit. Le front de la 1ère armée occupe sensiblement le Ban-de-Sapt, le sud de Raon, Ménil-sur-Belvite, Doncières, la côte d’Essey, Rozelieures. Là, le second côté du triangle, formé par la 2e armée, se relève brusquement vers le Nord par Einvaux, Mehoncourt, Damelevièvres, Vitrimont et la forêt, les avancées de Nancy, Courbesseaux et la forêt de Champenoux.

    Certains auteurs et parmi eux Monsieur Hanotaux ont voulu voir dans cette disposition au matin du 25 août, une géniale inspiration. Ce triangle, ils l’ont comparé, tantôt une nasse où allait se faire prendre l’immense poisson qu’était l’armée allemande, tantôt à une enclume et à un marteau, Dubail, on ne sait trop pourquoi, étant l’enclume et Castelnau le marteau.

    Etranges comparaisons, auxquelles il est bien difficile d’attacher une valeur. La réalité semble beaucoup plus simple. Le centre avait reculé plus loin que les deux ailes, et l’on s’est battu, là où les troupes étaient arrivées, quand l’ordre de reprendre la bataille a été donné.

    Voir dans cette disposition la suite d’un plan savamment arrêté, c’est aller vraiment trop loin dans la voie de l’admiration à tout prix.

    Sur la Chipotte même, les Allemands ont dessiné un grand mouvement tournant. Ils ont traversé les bois par Baccarat et Sainte-Barbe et attaqué en direction de la route Chipotte-Saint-Benoit-Rambervillers. Ce sera d’ailleurs la direction générale de la bataille.

    Les attaques de front, venant de Raon, seront rares, presque toutes partiront de l’Ouest, viendront de la ligne Thiaville, dépôt de Merrain, Sainte-Barbe, Nossoncourt, perpendiculairement à la route Raon-Rambervillers, dont elles auront pour but de s’emparer. Le 25 août au soir, le 21e corps tient la ligne bois d’Anglemont, Saint-Benoit la Chipotte.

    « Vers la tombée du jour, quand nous regagnons Saint-Benoit, écrit le lieutenant Varenne, officier interprète à la 13e division, dans son journal de route inédit qu’il a eu l’amabilité de me communiquer, l’horizon du sommet du col est tragique. Partout de sinistres flamboiements. C’est d’un côté Raon-l’Etape qui brûle, de l’autre c’est Sainte-Barbe. Les Allemands se vengent sur le village de leur échec de la journée. Vision douloureuse de la patrie foulée aux pieds par les Allemands qui procèdent systématiquement à la série de crimes sur lesquels ils comptent pour abattre plus aisément notre résistance ».

    Pour le 26 août, l’ordre de Dubail est d’attaquer. Ce sera d’ailleurs l’ordre de tous les jours, qui se résume dans l’instruction n° 45 de la 1ère armée. « Continuation de l’offensive qu’il faut entretenir à tout prix et avec la dernière énergie pour durer et gagner du temps nécessaire à nos succès par ailleurs ».

    Les instructions allemandes prescrivent, elles aussi, l’offensive et les deux attaques vont se heurter l’une à l’autre.

    Le 26, dès 5 heures du matin, la bataille est commencée. L’ennemi attaque en masses épaisses venant du dépôt de Merrain, de Thiaville et du vallon des Grands Fourchons, il cherche à tourner le col par la Croix Rouge. Ce sont les troupes de Stenger qui tentent ce mouvement débordant qui s’étend jusqu’à Saint Benoit.

    L’attaque française se produit à son tour. Le 1er bataillon du 21e d’infanterie se porte vers la Haute-Neuveville, à 10 heures, le 21e bataillon de chasseurs attaque et pousse ses éléments avancés jusqu’à la Haute-Neuveville, le lieutenant Sengeler est tué en faisant le coup de feu.

    Mais les Allemands gagnent du terrain, menacent le col et bientôt s’y installent. Le 109e se replie sur Saint-Benoit. Les chasseurs et le 21e R. I. rétrogradent. La retraite est envisagée. Le 21e B. C. P. est encore sur les pentes qui descendent vers Raon, il est presque cerné.

    Tout-à-coup, à 15 heures, il entend derrière lui, vers le col, les sonneries entraînantes de la charge. Ce sont les clairons des chasseurs, c’est la musique du 21e régiment qui joue la Marseillaise. C’est la lutte corps à corps de la Chipotte au pont de Raon près de Saint-Benoit. La charge a réussi, le col est dégagé. Les 20e et 21e bataillons montent vers la Chipotte, le lieutenant Lemarchand est tué en tête de sa section en chargeant l’ennemi.

    « Le col est disputé avec acharnement, écrit le lieutenant Varenne dans son journal. En avant de nous, le long des pentes, c’est un feu roulant continu de mousqueterie. Les mitrailleuses moulent la mort avec leur bruit sinistre d’horlogerie. Les charges à la baïonnette se multiplient, les notes des clairons s’élèvent, alertes et pressées dans les accalmies du tir. Très peu de coups de canons, sinon dans le lointain, mais ici la mêlée d’infanterie la plus ardente, avec ses alternatives d’avance et de recul ».

    Et le lieutenant continue : « Le 26 août, nous apprenons que Nancy tient toujours et que la vague allemande s’est brisée contre nos lignes. Cette nouvelle, communiquée aussitôt aux troupes leur donne confiance ».

    A 17 heures, les chasseurs ont rétabli la liaison avec la brigade. Ils reçoivent l’ordre de dégager Saint-Benoit. Quand ils arrivent, les coloniaux sont déjà rentrés dans le village où les Allemands avaient pénétré. Dans la soirée, le col est à nous, la garde en est confié au 109e qui tient la ligne cote 421- la Chipotte. Après avoir repris Saint-Benoit, nos troupes se retranchent le long de la route de Rambervillers.

    La matinée du 27 fut assez calme. Vers 13 heures, les Allemands attaquent à nouveau, en dessinant le même mouvement, tournant en arrière de la Chipotte, vers Saint-Benoit et la sortie de la forêt. Ils refoulent le 109e et vers 15h30, arrivent au col qu’ils ne peuvent dépasser. Le feu ennemi devient moins intense.

    Un bataillon du 6e colonial relève le 109e épuisé. A la chute du jour, dans une dernière attaque, les coloniaux refoulent les Allemands qui, une fois de plus, abandonnent le col. Dans la nuit qui suivra, la position n’appartiendra à personne, elle sera un « no mans land », suivant l’expression qu’on n’employait pas encore.

    La situation n’en restait pas moins sérieuse. Ce jour, l’ennemi a marqué quelques succès, il est entré à Saint-Dié.

    Sous sa pression, la 27e division a dû abandonner le massif de Repy et se replier sur Nompatelize et Saint-Remy. Il menace la route Saint-Benoit-Rambervillers et peut-être un dernier effort lui permettra-t-il d’atteindre le but, forcer le col et la route, couper en deux la 1ère armée et s’ouvrir le chemin de la Moselle et d’Epinal.

    Les 28 et 29 août, la situation va rester critique. Les Allemands ont enlevé au 13e corps, la position de la Grande-Pucelle entre Doncières et Xaffévillers et menacent Rambervillers. Après la prise de Saint-Dié, ils pénètrent dans le massif du Haut Jacques vers Brouvelieures et la Haute Mortagne. Un vaste mouvement enveloppant se dessine autour des défenseurs de la Chipotte.

    Tout près d’eux, la 27e division a perdu Nompatelize, mais elle tient encore la lisière de la forêt, derrière le village. A force de courage, ils vont maintenir cette situation difficile.

    Le 28 août, le 13e corps enlève les positions perdues à la Grande-Pucelle près de Doncières, le 21e corps reprend l’offensive, la 44e division vers Sainte-Barbe, la 43e vers Nossoncourt, la 26e brigade et la 2e brigade coloniale sur la Chipotte.

    Les Allemands ouvrent un tir d’artillerie lourde de Sainte-Barbe sur Saint-Benoit et un des premiers obus atteint le poste de commandement de la 26e brigade. Au soir, les positions sont sensiblement maintenues. La brigade coloniale est au col et à ses abords, et si, à 21 heures, les Allemands sont entrés dans Saint-Benoit, le 21e corps garde ses avants-postes devant le village, à Bru et près de Rambervillers. La 44e division tient toujours le bois d’Heurtemanche.

    L’enchevêtrement des positions rend bien difficile toute description qui voudrait atteindre une précision de détails.

    Le 29 août, au matin, la brigade coloniale a repris Saint-Benoit, mais n’a pu que faiblement progresser dans la forêt vers Sainte-Barbe. Tout le jour, la bataille a continué sans amener nulle part de changements appréciables. Il semble que les Allemands ont donné leur effort maximum.

    Le 30 août va amener un retour de fortune. Sur toute la ligne des Vosges, l’armée française marche en avant.

    A l’extrême droite, la 41e division progresse sur Mandray et les Alpins au col des Journaux, la 28e division développe son action dans le massif du Kemberg, la 27e division reprend la Salle, la Bourgonce et en fin de journée Nompatelize et Saint-Remy.

    A la Chipotte, le 21e corps fait des progrès appréciables, malgré l’extrême fatigue des troupes. Ce fut une des journées les plus sanglantes, ce fut aussi une des plus belles.

    Dix fois les charges héroïques se multiplièrent, dans des corps à corps si violents qu’on retrouva, dit-on, les corps de deux ennemis qui s’étaient, l’un l’autre, traversé la poitrine de leurs baïonnettes. Ces charges, il est facile d’en fixer le terrain par les tombes nombreuses qui le parsèment.

    C’est le plateau à gauche de la route la Chipotte-Saint-Benoit, non loin de l’endroit où s’élève le monument des chasseurs, derrière le grand cimetière qui réunit aujourd’hui dans le repos éternel, les restes sacrés des défenseurs du col. Si les grands sapins, morts eux aussi sous les balles, ont du être abattus et si leur chute a enlevé à ces lieux un peu de leur majesté tragique, le terrain de la charge n’en reste pas moins un pieux et patriotique pèlerinage.

    Cette charge, en voici l’histoire qui m’a été dite par des chasseurs du 21e bataillon.

    Le 21e bataillon a cantonné à Bru le 26 août au soir, le 27 à Housseras. Le 28, il a été placé aux avants-postes à la passée du Renard et il y est demeuré une partie de la journée du 29. Ensuite, marche par les bois sur la Chipotte. Le 3 août à 6 heures, le 17e bataillon, attaque au centre, le 20e à droite, le 21e à gauche (2e, 5e et 6e compagnie en première ligne, 1e et 4e en renfort).

    Le lieutenant Meyer est tué en tête de sa compagnie au moment où elle entre en ligne. Après plusieurs attaques de front ou en se rabattant, les chasseurs reprennent très vivement la poussée, avec leurs camarades des 1er, 10e et 31e bataillons.

    L’ennemi cède quelque peu, mais nous n’arrivons pas à l’enfoncer. Au 21e, le lieutenant Fonfreyde est tué en enlevant sa section à l’attaque, le lieutenant Fumay tombe en tête de sa compagnie au dernier bond. La lutte se poursuit une grande partie du jour. A 15 heures 30, le général donne l’ordre de cesser l’attaque, le 21e reste sur la crête pour s’opposer à un mouvement de l’ennemi, les autres bataillons vont au repos.

    La journée avait été dure. Les pertes étaient sensibles et ce n’est point sans émotion que je retrouve aujourd’hui la lettre d’un parent, le capitaine Pasdeloup, du 10e bataillon, qui devait tomber le 5 novembre en Belgique.

    Cette lettre porte une date émouvante : « Devant la Chipotte, le 3 septembre 1914. Des nouvelles, vous en voulez, dit-elle. Nous sommes depuis quatre jours sous bois devant la Chipotte. Je commande deux compagnies qui, réunies, fournissent 190 fusils au lieu de 500. Le commandant tué, 4 capitaines morts ou blessés, dont Brunet. Il reste 4 lieutenants de l’active et 3 de la réserve, plus d’adjudant, 2 sergents-majors tués. En somme, nous avons trinqué, mais le moral est bon.
    Le 30 août, à l’attaque de la Chipotte, ma compagnie a perdu en 8 minutes, dans une charge, 1 sergent-major, 4 sergents et 41 chasseurs. Nous espérons les chasser bientôt de l’autre côté de la Meurthe, ce qui nous permettra d’attendre les succès de l’armée du Nord ».

    Que d’héroïsme dans ces quelques lignes si simplement écrites. De tels faits, de tels sentiments, ne seraient-ce point risquer de les amoindrir que de les commenter. Ils allaient avoir une première consécration.

    Le 31 août, Dubail, dans l’ordre général n° 19, communique aux troupes la note de Joffre « qui exprime aux 1ère et 2e armées la satisfaction pour l’exemple de courage et d’endurance qu’elles ont donné ».

    Ces exploits, la division Barbot allait les renouveler. J’en emprunté le récit au beau livre du capitaine Humbert « La division Barbot ».

    « Le 1er septembre, Barbot avait résolu de percer à l’ouest de la Chipotte et par une avance rapide vers la vallée de la Meurthe de forcer les Allemands à abandonner les positions qu’ils tenaient sur la crête. La journée avait bien commencé, l’ennemi avait été surpris. Le 159e, dans une attaque brillante, avait enlevé des canons, la crête était franchie. Soudain, des colonnes sont signalées débouchant de Ste-Barbe, suivant l’allée sommière. Elles vont arriver sur les derrières de la brigade. Ce danger, Barbot le connaît, il l’avait prévu et s’il se produit, c’est que les bataillons chargés d’y parer n’ont pas exécuté à temps la mission qu’ils ont reçue. Maintenant, il faut, en hâte, arrêter cette avance, permettre à la brigade de se dégager. Aura-t-on le temps ?Barbot rappelle tout son monde vers le col. Il s’y trouve, impassible. Les premières compagnies, il les jette sur l’allée sommière. Allez, marchez droit devant vous, il ne s’agit pas de se défendre, il faut repousser l’ennemi, dit-il de sa voixcalme et impérieuse. Il y a là des unités du 97e et du 159e, elles avancent de part et d’autre de l’allée. Bientôt, une fusillade, de tout près, les arrête. En vain, certaines tentent à la baïonnette, de renverser l’obstacle. Toutes sont immobilisées avec des pertes lourdes. Elles se terrent, elles ouvrent le feu, elles tiennent assez longtemps pour sauver la brigade. C’est à ce moment que le colonel Roux, commandant le 97e, tomba grièvement blessé ».

    Le terrain de l’affaire du 1er septembre se place le long et à l’ouest de la route qui descend de la Chipotte vers Raon, sur les pentes du vallon boisé des Grands-Fourchons, où coule le ruisseau qui descend à Thiaville.L’allée sommière dont parle le capitaine Humbert, est la tranchée forestière qui se détache de la route près du monument colonial, et à travers la forêt, gagne le dépôt de Merrain et Sainte-Barbe.

    Dès ce moment, 30 août – 1er septembre, on a la sensation que cela va mieux. Les Allemands ne passeront pas, ils semblent reconnaître eux-mêmes l’inutilité de leurs sacrifices. Ce n’est pas encore le recul, mais il y a quelque chose de changé. L’ennemi se fortifie, appelle des réserves et envoie ailleurs ses troupes de l’active.

    Ce changement, Joffre le constate dans son instruction du 2 septembre datée de 00h15 : « Grâce aux efforts de vos troupes, écrit le généralissime à Dubail, et aux succès que vous avez presque journellement obtenus, la situation est devenue bonne devant votre armée. Il me semble maintenant que les forces actives de l’ennemi font de plus en plus place à des formations de réserve et de landwehr. Il est donc possible de recouvrer un corps d’armée au moins de votre armée pour être transporté sur un autre point du théâtre des opérations. Je vous prie de désigner à cet effet un de vos corps. Vous remédierez à la diminution de vos forces par une organisation plus solide des positions acquises ».

    Le général Dubail désigna le 21e corps dont l’embarquement commença le 4 à Bruyères, Darnieulles, Epinal et Thaon. Le corps d’armée débarqua le 6 dans la région de Wassy, et avec la 4e armée de Langle de Cary, était engagé à partir du 9, dans les dernières journées de la bataille de la Marne.

    Il avait laissé à la Chipotte la 86e brigade, celle des chasseurs de St-Dié, alors en ligne dans les ravins qui dominent la ferme même de la Chipotte. Les chasseurs avec la 2e brigade coloniale et la 44e division, devenue division de Vassart et division Barbot, formèrent une nouvelle unité qu’on appela le corps provisoire et qui eut pour chef le général Delétoille.

    Le départ du 21e corps allait modifier la physionomie de la bataille. Désormais, il ne pouvait plus être question d’offensive à tout prix, d’attaques poussées à fond.

    L’ennemi, de son côté, semblait avoir abandonné foute idée de percer, le principal était de maintenir les positions actuelles.

    L’instruction du 4 septembre prévoit donc qu’en raison des prélèvements, il faut adopter désormais une attitude défensive et se borner à maintenir les forces que l’armée a en face d’elle. S’organiser défensivement, constituer des réserves, prévoir et commencer une seconde ligne de défense par Ortoncourt, Moyemont, Romont, Destord, Bruyères, la Vologne, telle est la nouvelle tactique adoptée.

    Les combats ne cessèrent point cependant et dans les jours qui suivirent, ils eurent parfois un caractère d’extrême violence. La division de Vassart doit se replier quelque peu au cours de la nuit du 3 au 4 dans le bois de Bru, les Allemands prennent pied à nouveau dans Saint-Benoit, mais à notre gauche ils ne dépassent pas le bois d’Heurtemanche.

    Dans la journée du 4, l’ennemi tente encore un grand effort. Un fait nouveau se produit, l’Allemand attaque par les vallées de Munster et de la Poutroye avec les troupes d’Alsace du groupement von Gaede. La brigade Claret de la Touche, de la 66e division, est portée vers Longemer.

    Le même jour, la 27e division, violemment attaquée, perd à nouveau Nompatelize, la Salle et le Petit Jumeau. Le 5 et le 6, les attaques allemandes continuent, en rapport, semble-t-il, avec la nouvelle bataille que l’ennemi a commencé devant Nancy, sur les positions du Grand-Couronné. La 27e division abandonne la passée du Renard, la croix Idoux, le Haut-Jacques. Peut-être le repli sur Brouvelieures et l’encerclement de la Chipotte sont-ils à craindre.

    Le 6, la situation s’améliore, la 27e division reprend l’offensive et marche en avant. L’ennemi est à bout de souffle.

    Le XVe corps quitte Raon, il va s’embarquer dans la région d’Avricourt. Par Trèves et Maubeuge, il est transporté dans le massif de Saint-Gobain, où il prendra part, après la Marne, à la première bataille de l’Aisne. Le général von Heeringen est aussi appelé à l’Ouest, la VIIe armée est transférée vers Laon et Saint-Gobain, ses éléments qui restent dans les Vosges vont être rattachés à la VIe. Le XVe corps de réserve remplace les troupes de l’active, les relèves vont encore s’accentuer.

    De notre côté, elles s’opèrent aussi rapidement, la 6e division de cavalerie est partie le 6 septembre. Le 9, le 13e corps est relevé, laissant ses positions à la 71e division de réserve (général Kaufmant). Désormais, il n’y aura plus à la Chipotte de grandes actions.

    Le 10, l’ordre du jour de Joffre à Dubail semble clore la bataille, en consacrant l’héroïsme de la 1ère armée : « Depuis près d’un mois, votre armée combat presque journellement, montrant des qualités remarquables d’endurance, de tenacité et de bravoure. Vous avez su vous-même, insuffler à tous, l’énergie dont vous êtes animé. Malgré les prélèvements importants qui ont été successivement opérés sur vos forces, vous avez su maintenir l’ennemi et vos troupes ont compensé la diminution de leurs effectifs par une activité toujours croissante. Je tiens à vous témoigner, à vous et à la 1ère armée, toute ma satisfaction pour le résultat obtenu ».

    Aux soldats de la Chipotte, Dubail adressait aussi son hommage.

    Ce même jour, il écrivait dans son Journal de campagne : « J’avais pour nos hommes la plus vive affection, cette affection se double aujourd’hui d’une admiration sans réserve. Tout mouvement de retraite nous est interdit. Il faut tomber sur place plutôt que de reculer. Et chefs et soldats ont tenu et tiendront, étonnant le monde par cette magnifique endurance, par ce stoïcisme qu’on se refusait généralement à reconnaître au Français aimable et léger ».

    Le 10 septembre, on constate de plus en plus que l’ennemi va se déclarer vaincu. Les rapports des aviateurs, les multiples reconnaissances d’infanterie disent qu’il se prépare à la retraite.

    Le 11 septembre, à 11h45, Dubail donne l’ordre de faire partout pression sur l’Allemand et de marcher en avant. A 13h10, il fait connaître que les troupes françaises viennent de rentrer à Saint-Dié. La poursuite va commencer.

    Ce n’est point sans amers regrets que la 1ère armée va s’arrêter assez vite. Au moment où elle s’ébranle, un de ses derniers corps actifs, le 8e, lui est enlevé. Une nouvelle mission lui est attribuée. La 2e armée est envoyée en Woëvre et la 1ère armée s’étendra désormais des Vosges à la Moselle.

    La 71e division, dans le secteur de Baccarat, est insuffisante pour combler les vides et il faut renoncer à l’espoir de bousculer l’ennemi au-delà de la frontière.

    La vallée de la Meurthe et ses avancées de Lunéville à Saint-Dié vont seules être libérées. La bataille continuera quelques jours dans la région du Ban-de-Sapt et de Senones comme dans la vallée de Celles, et bientôt les tranchées et les fils de fer fixeront des positions qui resteront sensiblement les mêmes pendant plus de quatre années.

     

  • One Response à “La bataille de la Chipotte (3)”

    • Marijo Richard on 25 août 2014

      Très intéressant ! mais j’aurais souhaité une carte!
      j’ai assisté dimanche à une visite du cimetière avec un guide très intéressé par l’aspect humain et qui nous a décrit les combats, les blessés achevés: j’en ai fait des cauchemars mais il ne faut pas se voiler la face, ça doit être dit .
      Ensuite à Etival avait lieu un défilé qui m’a choquée: le défilé des poilus , formation d’anciens militaires d’Epinal qui défilent en musique en tenue de « poilus »! après avoir entendu ce guide, le contraste était saisissant: que la guerre est jolie en costume propre, en musique et en défilé!
      Ailleurs, on faisait une « reconstitution  » de bataille avec des vrais allemands amateurs d’histoire et une assos de bénévoles qui font un excellent boulot par ailleurs
      Mais ce jeu de petits soldats … étrange…
      D’autre part j’aimerais savoir qui a rédigé ce texte.
      En effet je pense peut-être l’utiliser pour un article et j’aime connaitre et citer mes sources.
      cordialement

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