• La bataille de la Chipotte (1) dans GUERRE 1914 - 1918 colchipotte-150x150

     D’après un article de Louis Sadoul, paru dans « Le Pays Lorrain » – 1920

    Je n’ai point la prétention de faire de la stratégie, ni d’écrire ici le récit définitif de la bataille de la Chipotte. L’histoire, pour être vraie, doit laisser le temps s’écouler et lui abandonner le soin de fixer aux événements comme aux hommes la place qu’ils méritent.

    Pour être exact et fidèle, un tel récit devrait s’appuyer à la fois sur les documents allemands et sur les archives françaises. Or, si l’état-major français a laissé transpirer quelques renseignements, il garde encore secrets la plus grande partie de ses ordres de bataille. L’Allemagne n’a encore fait paraître sur les batailles des Vosges que quelques récits officieux, publiés au cours de la guerre et par conséquent suspects.

    Cependant, quelques précisions ont déjà été données, des publications fragmentaires ont paru, il m’a été permis de recueillir les souvenirs de ceux qui ont combattu à la Chipotte, et peut-être puis-je espérer pouvoir donner de la physionomie générale de la bataille et de ses phases principales une esquisse suffisante.

    Ces combats, dont la violence dépasse celle de tant de batailles qui ont fixé jadis le sort du monde, sont encore inconnus de la plupart de nos compatriotes.

    Si, en approchant de la vérité dans la limite relative qu’il est seule permis aujourd’hui de chercher à atteindre, je puis les intéresser en leur apprenant par quels efforts, avec quel héroïsme et quel courage ont été sauvées leur région et leur ville, mon ambition sera largement satisfaite.

     

    Les chefs et les troupes

     

    Dans cette bataille de trois semaines, quelles troupes allaient se trouver face à face ?

     

    Du côté français, au col même de la Chipotte et à ses abords immédiats, le 21e corps formait la masse principale, chasseurs de la 25e et de la 86e brigade, fantassins des 17e, 21e, 109e, 149e et 158e régiments.

    Au 21e corps, avaient été adjoints les coloniaux des 5e et 6e régiments formant la 2e brigade, celle de Lyon.

    Le 25 août, allait arriver d’Alsace, la 44e division qui comprenait notamment les 97e, 157e, 159e et 163e d’infanterie et les cavaliers du 4e chasseurs d’Afrique. Cette division, affectée d’abord à la garde des Alpes, avait été appelée en Alsace, dès que la neutralité de l’Italie était devenue certaine.

    Elle allait se compléter avec d’autres éléments, notamment avec les 54e, 57e, 60e et 61e bataillons de chasseurs. A la Chipotte, elle formera deux divisions, qui malgré l’anonymat de cette guerre, seront pendant quelque temps officiellement désignées sous le nom de leur chef. C’est la division de Vassart et c’est la division Barbot.

    En prolongement sur la gauche, combattirent non loin de la Chipotte, vers Ménil et Nossoncourt, des éléments du 13e corps. Sur la droite, le 21e corps se reliait au-dessus de Nompatelize et en direction de la « colline des eaux » avec le 14e corps (27e division).

    Dans les derniers jours, arriva d’Epinal la 71e division de réserve, au moment où partaient pour un autre point du front les derniers corps actifs.

    Du côté allemand, face à la Chipotte, se trouvait le XVe corps, appuyé par la 28e division de réserve. A sa droite, le XIVe corps prendra part à la bataille de la Chipotte et notamment la 58e brigade. Des fractions du Ier corps bavarois parurent aussi sur le front de Sainte-Barbe-Nossoncourt.

    Enfin vers le 6 septembre, le XVe corps de réserve remplacera le XVe corps actif, diverses formations de réserve entreront aussi en ligne sur le front Saint-Dié-Baccarat.

    Le XIIIe corps, affecté d’abord aux armées de Lorraine, ne tardera pas à être relevé et envoyé à l’aile droite allemande, il ne prendra pas part aux batailles de la Mortagne et de la Chipotte.

     

    Quel était l’effectif des troupes en présence ?

    Les allées et venues furent telles, les relèves si fréquentes qu’il est bien difficile de préciser jour par jour. Les archives du ministère de la guerre pourront elles même jamais apporter une précision journalière ?

    Tout ce qu’il m’est possible de dire, c’est que dans l’ensemble, sur les fronts de Lorraine et des Vosges, les forces en présence furent au moins équivalentes.

    Je sais que je heurte ici l’opinion à peu près unanimenent admise, et il est infiniment probable que la légende dira que les forces françaises étaient dans un état d’écrasante infériorité numérique. Rien n’est moins exact.

    L’histoire, qui doit être avant tout sincère et impartiale, n’aura pas besoin d’exagérer les faits pour dire l’héroïsme de nos soldats.  Leur gloire se suffit à elle-même, et c’est l’abaisser que de chercher à la grandir aux dépens de la vérité.

    La 1ère armée était commandée par le général Dubail, dont le quartier général, d’abord à Rambervillers, fut transféré bientôt à Epinal. Dubail était un chef énergique et si, parfois, certains ont cherché à diminuer son rôle au profit du commandant de l’armée voisine, il semble dès aujourd’hui que l’histoire rendra plus pleinement justice à sa ténacité et à sa vigueur.

    Son chef d’état-major était le général Demange. Le lieutenant-colonel Debeney dirigeait le 5e bureau, celui des opérations, il allait devenir un des grands chefs de la guerre et à la fin de la campagne, c’est lui qui commandera la Ière armée sur la Somme.

    Le 21e corps était sous les ordres du général Legrand, ancien sous-chef de l’état-major général, que les événements n’allaient pas tarder à éloigner de son commandement. Le chef d’état-major du 21e corps était le lieutenant-colonel de Boissoudy qui commandera plus tard l’armée des Vosges, devenue la 7e armée.

    Le général Bourdériat, qui sera le 31 août remplacé par le général Baquet, et le général Lanquetot commandaient les 13e et 43e divisions, le général Barbade et le colonel Hamon les 25e et 26e brigades. Tous deux, au dernier jour de la bataille de la Marne, seront tués par le même obus près de Sompuis, avec plusieurs officiers de leur état-major, parmi lesquels le lieutenant Petitcollot, inspecteur-adjoint des forêts à Senones.

    La 2e brigade coloniale avait pour chef le général Simonin, dont la parole colorée et émouvante m’a fait le récit de ces jours de bataille. Originaire des Vosges, engagé de 1870, soldat énergique et entraîneur d’hommes, le général Simonin sera atteint, le 25 août au soir, sur la route de Ménil à Anglemont, par un éclat d’obus et devra quitter ses hommes qu’il adorait.Son successeur sera le colonel Marchand, le héros de Fachoda, et c’est lui qui commandera les coloniaux à la Chipotte. De Vassart commandera sa division qui deviendra plus tard la 76e.Entre tous, se détache une figure de preux, celle du général Barbot. Il tombera dans l’Artois, le 10 mai 1915, après avoir donné à ses hommes une telle âme, que la 77e division reste pour tous, et notamment pour les Vosgiens des 57e, 60e et 61e bataillons de chasseurs, la division Barbot.A partir du 4 septembre, les deux divisions formeront à la Chipotte un corps d’armée provisoire, commandé par le général Delétoille. Voilà les généraux. Une pléiade de jeunes chefs les entourent.Le colonel Mordacq, qui commande un des régiments de la division Barbot, et dont l’attitude au feu fut si belle, que plus tard Clémenceau le prendra comme chef de cabinet dans le ministère de la Victoire ; le colonel Houssement, du 158e, originaire de Thiaville, un héros que la mort guette lui aussi et qui fut le modèle des chefs.Aux chasseurs, le commandant Rauch du 21e, le bataillon des Raonnais. Soldats et chef, dignes les uns des autres. Après les batailles des Vosges, Rauch disait « Mes chasseurs m’ont fait vivre les plus belles heures de ma vie ».En Artois, sur la sinistre et glorieuse colline de Lorette, nommé depuis quelques jours lieutenant-colonel, le commandant demandait comme faveur de marcher encore à la tête de son bataillon pour la dernière attaque. Ses chasseurs lui rendaient en estime et en affection l’amour qu’il avait pour eux.Au 1er bataillon, le commandant Tabouis, au 31e le commandant Hennequin.Le capitaine Madelin commandait le 3e. Le commandant Renaud était tombé à Pexonne, le capitaine Charpentier n’avait gardé le commandement que quelques heures, et avait été frappé à mort au pont de Thiaville. Le capitaine Madelin n’était pas le plus ancien. La confiance de tous lui donna le commandement. C’est dans l’Artois, qu’à son tour il trouvera la mort.

    Les rangs des officiers, des hommes, de tous, hélas, étaient delà bien décimés. Le commandant Eveno, le capitaine Brunet du 10e, que d’autres encore, étaient tombés, au soir du 25 août, en avant de Sainte-Barbe.

    Leur sacrifice n’avait pas été inutile. Il avait arrêté l’avance allemande, il allait tremper plus vigoureusement encore l’âme de ceux qui continuaient à combattre.

     

    Les troupes allemandes des Vosges formaient la VIIe armée, sous les ordres du colonel-général Josias von Heeringen. Celui-ci avait été jusqu’en 1915 ministre de la guerre et avait présidé aux premières réformes qui annonçaient la grande lutte de 1914. A la VIIe armée, il avait pour chef d’état-major le général-lieutenant von Haenisch.

    Le commandant du XVe corps était un des rares chefs allemands dont la France connût le nom. Ancien colonial, le général von Deimling avait apporté dans l’affaire de Saverne, la morgue et la raideur prussiennes. Son quartier général était à Raon.

    Chacun sait qu’au début de la guerre, les commandants des grandes unités tant dans l’armée allemande que dans l’armée française, restèrent fort peu de temps dans le poste qui leur avait été confié, que les uns, tels Foch ou Pétain, commencent de suite une carrière brillante, que, dans les deux camps, des généraux aussi nombreux se virent retirer leur commandement et que Limoges eut son pendant dans quelque ville allemande.

    Deimling demeura, je crois bien, le doyen des commandants de corps des deux armées. Il commandait encore le XVe le 21 février 1916, lors de la grande attaque sur Verdun. Il disparut par la suite, sans avoir été placé à la tête d’une armée.

    Au XIVe corps, sous les ordres du général von Heeringen, le général Stenger commandait la 58e brigade, avec les 112e et 142e régiments. C’est lui qui, le 25 août, dans la forêt de Thiaville, dicta l’ordre sauvage d’achever les blessés.

    « A partir de ce jour, commanda-t-il, il ne sera plus fait aucun prisonnier, les blessés, armés ou non, seront abattus. Les prisonniers, même en grandes unités constituées, seront mis à mort. Il ne doit pas rester un ennemi vivant derrière nous ». (Enquête officielle, 3e volume, pages 66 et suivantes).

    Les Bavarois du Ier corps étaient sous les ordres du général Xylander. La 28e division de réserve, division badoise, était commandée par le général von Pabel, celui dont les troupes avaient fusillé les maires et les curés des villages de la vallée de Celles.

    Au XVe corps, manquait un de ses chefs, celui de la 85e brigade et des 105e et 126e d’infanterie. Ce sera de tous, le plus illustre, et il entrera bientôt dans l’histoire. Il sera le maître incontesté de l’armée et de la nation allemandes, au-dessus d’Hindenburg, au-dessus de l’Empereur, et la chute de Ludendorff ne précédera que de très peu la défaite de l’Allemagne.

    Erich Ludendorff, le futur quartier-maître général des armées allemandes, le « Kriegsherr » de la grande lutte, était général de brigade à Strasbourg. Il quitta la ville le 2 août, désigné comme premier quartier-maître de la IIe armée (von Bulow). Mis à la tête du premier détachement qui pénétra en Belgique le 4 août, il commanda le hardi coup de main qui, avant la reddition des forts, fit arriver les Allemands jusqu’à la citadelle de Liège.

     

    Suite…

  • One Response à “La bataille de la Chipotte (1)”

    • barrabé on 12 janvier 2017

      il y avait aussi le 20 Bataillon de chasseurs à pied, car j’ai trouvé un soldat d e mon village Landisacq (Orne) Camille René Graindorge André classe 1912 matricule 538 recrutement Argentan, Orne

      Il a été blessé entre le 24 et 26 août 1914 au col de la Chipotte mais est mort des suites de ses blessures à l’hôpital mixte de beaune (Côte d’Or) d’une septicémie péritonéale suraiguüe le 24 janvier 1916

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