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    La guerre dans les Vosges (4) dans GUERRE 1914 - 1918 20bataillondechasseurs-150x150

    D’après un article de Louis Sadoul, paru dans « Le Pays Lorrain » – 1921

    « A la mémoire des soldats du canton de Raon-l’Etape morts pour la patrie »

    Guerre Vosges n° 3

    La retraite

    Le soir du 21 août, la retraite commence, elle va se faire bien entendu par la vallée de la Plaine, avec ordre et méthode, sans qu’à aucun moment, elle dégénère en panique.

    La 26e brigade (colonel Hamon) couvre le repli. Le 1er bataillon du 109e occupe des tranchées face au Donon et au ravin de Grandfontaine, les deux autres sont en arrière sous bois. Le 21e R. I. à la source de la Plaine et à la tête du Cerf, surveille la route qui descend du Donon vers Raon sur Plaine. Puis les régiments se replient, le 21esur Raon sur Plaine et le 109e sur Raon-les-Leau.

    Le 22 août, au matin, le bruit se répandit parmi les troupes, qu’un Zeppelin venait d’être abattu. C’était exact. Vers 4 heures, des territoriaux en service à la gare de Badonviller, avaient aperçu le dirigeable géant. Un hasard curieux m’a permis de retrouver celui qui les commandait. C’était le sergent Fricaudet, dans le civil alors substitut au tribunal de Bourges et l’obligeance de ce collègue me permet de donner le récit fidèle de l’incident.

    Le sergent Fricaudet était arrivé la veille à Badonviller avec un détachement du 62e territorial. Depuis 4 heures du matin, on entendait des bruits de moteur, quand vers 4 heures et demie, le dirigeable sortit des nuages qui le cachaient. Il naviguait à très faible hauteur, 6 à 800 mètres, et dès ce moment semblait déjà ne plus obéir à la manoeuvre de ses pilotes.

    Une de ses hélices donnait mal, elle s’arrêtait après avoir fait quelques tours, et il était visible que l’appareil manquait de stabilité. A l’ordre du sergent Fricaudet, les territoriaux berrichons ouvrirent le feu avec entrain sur cette cible superbe.

    Un millier de cartouches furent rapidement tirées par 63 fusils, pendant qu’une pièce d’artillerie lançait quelques obus. A si faible distance, les balles vinrent cribler le dirigeable et tout à coup celui-ci se dressa, tout droit, dans une position absolument verticale. Bientôt, on le vit se coucher, descendre lentement, puis, précipitant sa chute, venir s’abattre lourdement dans la forêt.

    Le Zeppelin, le L Z 8, était tombé à la place des Charbons, en haut de la cote des Collins, un peu à l’est de la Chapelotte. L’équipage put s’enfuir, chose facile dans l’immense forêt. Tout le jour, les soldats et les habitants vinrent contempler le géant mort et s’en partager des débris avec une curiosité joyeuse.

    Les principaux appareils furent enlevés et envoyés à Epinal, puis un détachement du 11e génie fit sauter le Zeppelin.

    L’hélice du dirigeable fut remise au préfet Mirman, qui en fit hommage à la ville de Nancy. L’hélice figure aujourd’hui au Musée lorrain, dans le vieux palais ducal, à coté des souvenirs des temps anciens, le lit légendaire du duc Antoine, et le sabre du général Drouot que Bonaparte a porté dans la campagne d’Egypte.

    Quand les Allemands occupèrent le pays, sous le prétexte que des civils avaient dévalisé le ballon, ils frappèrent Celles et Allarmont d’une contribution de guerre.

    Chacune des deux communes fut taxée à 14 000 francs. A Celles, on eut tout d’abord quelque difficulté à réunir la somme. Les Allemands ne s’embarrassèrent pas pour si peu. Ils acceptèrent la combinaison que, pour sortir d’embarras, leur avait proposée le maire, M. Cartier-Bresson. La commune de Celles livrerait du bois de ses forêts et ce bois serait, par les soins des habitants, rendu en gare de Schirmeck. Finalement, une collecte faite dans le village permit de trouver les 14 000 francs et Celles garda ses bois.

    Les Allemands démontèrent et emportèrent ce qu’ils purent de l’appareil, mais des débris demeurèrent sur place pendant fort longtemps, car, par un singulier hasard, les lignes de tranchées se fixèrent juste à l’endroit où était tombé le ballon.

    La journée du 22 août fut l’une des plus pénibles. La poursuite de l’ennemi est molle, assez irrésolue, mais il faut rompre le contact dans un pays boisé, découpé où toutes les surprises sont possibles. Les troupes vont d’une allure très modérée.

    Lentement, la 26e brigade se replie de Raon-sur-Plaine sur Luvigny qu’elle n’abandonne qu’à 14 heures. A la nuit, nos arrières-gardes tiennent encore la région entre Vexaincourt et Allarmont.

    Le 20e bataillon de chasseurs a eu un vif engagement au Nord-Est de Vexaincourt, près de la Corbeille et de la Croix Brignon, à l’endroit même où le samedi 24 septembre 1887, un forestier allemand avait tiré sur un groupe de chasseurs inoffensifs, tuant l’un, blessant l’autre. Et cet incident, suivant de quelques mois la retentissante affaire de Pagny-sur-Moselle et l’arrestation du commissaire de police Schnaebelé avait tendu les rapports franco-allemands jusqu’à faire croire à la possibilité d’une guerre.

    L’escarmouche du 20e bataillon a été sanglante : à la Corbeille sont tombés le capitaine Jacques et seize chasseurs. Huit jours après, un bûcheron de Vexaincourt, Georges Cuny, dit le manchot, releva les cadavres. Au milieu d’eux, se trouvait un chasseur, atteint au ventre, et qui vivait encore. Attendant la mort, il était là, depuis huit jours, au milieu des morts. Le bûcheron ramena le blessé à la scierie de la Chouette, près Vexaincourt, où le sagard le soigna et le cacha aux recherches des Allemands.

    Les soldats français qui, le 16 septembre, après la Marne et la Chipotte, allèrent jusqu’à Vexaincourt ramenèrent le blessé. Celui-ci guérit et put rejoindre son bataillon. Il fut malheureusement tué à la fin de la campagne, peu avant l’armistice.

    Nul doute que nos troupes eussent pu facilement se maintenir dans la vallée de la Plaine vers Allarmont ou Celles et y contenir l’ennemi. Mais elles doivent obéir à l’ordre général, et venir prendre leur place dans la grande bataille qui se prépare à l’arrière, à la Chipotte et sur la Mortagne.

    La retraite de la 2e armée, nous l’avons vu, a été plus précipitée, et son aile droite se trouve très à l’arrière, vers la Moselle et Bayon. La défense de la vallée de Celles n’est plus possible.

    Le 23 août, au matin, la 13e division est chargée du barrage Celles-Pierre-Percée. Les chasseurs de la 25e brigade, alors à Celles, Allarmont et le Grand-Brocard se replient par Pexonne et Neufmaisons. La 26e brigade s’arrête dans la vallée de la Plaine et fait tête. Mais l’ennemi ne prononce pas d’attaques, le soir seulement, vers la Planée, il esquisse une poussée qui s’arrête assez vite.

    La nuit du 23 au 24 devait être plus agitée. Vers minuit, l’ennemi attaque Celles. Le colonel Hamon alerte le 21e d’infanterie, lance au combat ses hommes rassemblés à la hâte. Les 5ème et 6ème compagnies occupent des barricades établies à l’entrée de Celles. Elles brisent par un feu violent l’élan de l’ennemi qui se replie, laissant sur le terrain de nombreux morts. Pendant ce temps, le 17e s’est rassemblé, mais l’ennemi ne renouvelle pas son attaque.

    Le 24 à 4h30, les 1er et 2ème bataillons du 21e attaquent à leur tour en avant de Celles. Le 3e bataillon est en réserve à la Planée, le 17e tient Celles et les tranchées. L’ennemi accentue sa pression. Devant son attaque plus vigoureuse, nos troupes doivent abandonner Celles, sous la protection de l’artillerie.

    A 6h15, le 20e bataillon de chasseurs, débouchant de Pierre-Percée, vient appuyer la brigade, le 60e bataillon arrive à Lajus. Désormais, la retraite va se faire en bon ordre, en-dehors de toute pression de l’ennemi. Celui-ci s’arrête d’ailleurs essoufflé, la bataille lui a causé des pertes sensibles.

    Un chasseur allemand nous a laissé dans le Frankfurter-Zeitung du 18 septembre 1914, un récit du combat de Celles.

    « Le 24 août, écrit-il, un dur combat à Celles. La lutte commence à 6 heures du matin. Nous devons traverser des espaces découverts et on nous tire dessus de trois côtés. Nous avançons par bonds. Les obus et les shrapnells éclaircissent nos rangs. Un camarade près de moi a la tête enlevée, je suis renversé par la pression de l’air et n’en reviens pas d’avoir encore tous mes membres. Nous nous glissons dans une tranchée préparée par les Français. Impossible d’aller plus loin, le feu de l’ennemi est trop violent. Nous y restons deux heures. A midi, les chasseurs entrent les premiers dans Celles-sur-Plaine ».

    Nos troupes se sont repliées sur la Trouche. Le 17e chasseurs en arrière-garde va y établir un barrage. Une partie de la 26e brigade se dirige par ordre sur Etival, où elle rencontre la 27e division du 14e corps. C’est un chasse-croisé de régiments, de parcs d’artillerie et de convois. Enfin, tout se tasse à peu près.Le 109e a gagné Thiaville. Il doit défendre le vallon de Fagnoux. Les chasseurs de la 25e brigade sont à Raon et à la Neuveville.Le soir du 24 août, toute l’armée a passé la Meurthe, de Raon-1′Etape à Mont-sur-Meurthe et Blainville. Le 14e corps tient encore la rive droite dans la région Moyenmoutier, le Ban de Sapt, les avancées de Saint-Dié.

    Le lendemain, une grande bataille va se livrer.

    Suite….

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