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  • La guerre dans les Vosges (3) dans GUERRE 1914 - 1918 positiondasnlesmontagnesvosgiennes-150x150

     

    D’après un article de Louis Sadoul, paru dans « Le Pays Lorrain » – 1921

    « A la mémoire des soldats du canton de Raon-l’Etape morts pour la patrie »

    Guerre Vosges n° 2

    Le Donon 

    Au Donon, rien n’imposait encore cette retraite. Les chasseurs du 21eoccupaient les pentes du Donon et les forêts qui les entourent. Le 20 août, dès les premières heures, ils avaient aperçu au loin dans la plaine lorraine de grands rassemblements de troupes et durant tout le jour, le canon ne s’était point tu.

    Mais la bataille, qui faisait rage de Morhange à Sarrebourg, s’était affaiblie en gagnant la montagne qui ne se prêtait guère à de grands mouvements de troupes.

    Un combat assez vif, allait cependant s’engager le 20 août en avant du Donon. Le dispositif est assez simple à relater. Le général Barbade a lancé en avant, peut-être avec quelque imprudence, trois compagnies du 20ebataillon. Les chasseurs ont pour point de direction les montagnes au nord du grand et du petit Donon, le Noll, le Katzberg et le Grossmann, c’est-à-dire les premières pentes du grand massif, qui du Donon s’étend jusqu’à Dabo et Saverne. Les chasseurs se heurtent à des forces supérieures et sont ramenés assez durement.

    La situation semble compromise et on peut craindre l’encerclement des trois compagnies.

    La position principale est au Donon et elle est tenue par le 21echasseurs. Le bataillon a une compagnie à Grandfontaine, une à l’est du grand Donon, une autre enfin avec le général Barbade à la plate-forme de Velléda. Le commandant Rauch a les trois autres compagnies, la section de mitrailleuses et la compagnie du génie du capitaine Petit. Dans l’après-midi, il est renforcé par deux compagnies et demie du 57e bataillon, très éprouvées au cours des journées précédentes.

    Avec ces forces, le commandant doit assurer la défense du grand et du petit Donon et des avancées à droite et à gauche. La disposition des bois ne permet pas de compter sur une longue résistance des avancées. C’est au col qui sépare les deux Donon que le commandant organise des tranchées et des abattis qui arrêteront l’ennemi le soir du 20.

    Les Allemands se sont considérablement renforcés. Les chasseurs ont devant eux la 28e division de réserve commandée par le général von Pawel avec les 40e, 109e et 111e régiments. Dans la matinée, l’artillerie allemande entre en action et prend sous son feu le petit Donon et le col. Des obusiers lourds de campagne tirent à obus explosifs. Mais, si la canonnade, répercutée par les échos de la montagne, s’étend formidable, les effets matériels sont à peu près nuls. Quelques blessés et pas de morts. Le terrain se prête peu d’ailleurs à l’action de l’artillerie.

    Notre 62e, colonel Griache, réuni autour du Donon, manque d’objectifs. La 9e batterie peut cependant prendre sous son feu et disperser un bataillon allemand qui monte de Wische vers le petit Donon.

    Dans l’après-midi, comptant sur l’effet de leurs obus de 105 et utilisant le couvert de la forêt, les colonnes allemandes attaquent le petit Donon et les autres avancées.

    Dès le début de l’attaque, le capitaine Zuber tombe, gravement blessé, et le lieutenant Fumay prend le commandement. Les pertes sont lourdes, tous les chefs de section sont tués et la compagnie doit se replier sur le col. A droite du petit Donon, le sous-lieutenant Sanguet avec une section, tient pendant des heures contre un bataillon allemand et à la chute du jour seulement il se replie sur le col, blessé, mais marchant le dernier de sa section.

    Quand la nuit tombe, les Allemands essayent, grâce à l’obscurité, d’emporter le col. En vain, ils chargent au son de leurs clairons dont les notes tristes montent de la forêt. Ils s’avancent jusqu’aux défenses du col, mais sont reçus si vigoureusement qu’ils remontent en hâte au petit Donon, où ils creusent des tranchées et posent des fils de fer.

    Pendant la même journée, plus à droite, on avait vu l’ennemi marcher vers les Minières et le 21e régiment d’infanterie, mais l’attaque ne s’était pas produite.

    Dans la nuit, le 60e chasseurs et un bataillon du 21e régiment d’infanterie livrent un combat assez vif vers Grandfontaine et réussissent à maintenir l’ennemi. Au jour, la lutte va reprendre et devenir plus violente.

    Le 21 août, à 4h15, le commandant Rauch reçoit du général Barbade l’ordre d’attaquer le petit Donon à 4h30. Un bataillon du 21e d’infanterie lui est envoyé en renfort, en outre la compagnie de la plate-forme rejoint le bataillon.

    De préparation d’artillerie, il n’est point question. Il faudrait deux heures pour amener deux pièces au grand Donon, où elles auraient des vues suffisantes. Impossible d’y songer, et l’infanterie seule va entrer en action.

    Il ne s’agit point d’ailleurs d’une opération de grand style. Le but poursuivi est de dégager les trois compagnies du 20e coincées depuis la veille, et ce but on l’atteindra.

    Le dispositif d’attaque est le suivant. Trois compagnies du 21e bataillon, appuyées par deux compagnies du 57e attaqueront le petit Donon, le bataillon du 21e régiment se portera sur la « basse » entre le petit Donon et la côte de l’Engin.

    Encore plus à gauche, les chasseurs du capitaine Gaitet et la compagnie du génie Petit, tiendront les deux flancs du défilé de la route d’Abreschwiller pour empêcher qu’une contre-attaque ennemie ne vienne couper tout le dispositif et prendre à revers les assaillants du petit Donon.

    La section de mitrailleuses du 210 et une demi-compagnie du 57e, établies sur les pentes du grand Donon appuyeront l’attaque de leurs feux ou, en cas d’échec, soutiendront le ralliement au grand Donon.

    A 4h30, les chasseurs escaladent les pentes du petit Donon sous une grêle de balles, qui au début passent au-dessus de leurs têtes. Les mitrailleuses appuyent merveilleusement l’assaut. Avec un entrain superbe, le 21e enlève les premières tranchées qui sont pleines de blessés et de morts allemands.

    Mais le petit Donon est une position formidable. Les pentes escarpées, couvertes de rochers arrêteraient tous autres soldats que nos chasseurs. La résistance allemande se fait plus tenace. A l’abri des rochers et des tranchées creusées pendant la nuit, les tirailleurs ennemis rectifient leur tir. Les pertes sont lourdes.

    Le capitaine Lapointe, le képi ensanglanté, maculé de la cervelle d’un de ses hommes, vient exposer, avec un calme impressionnant, qu’à droite, il est impossible d’avancer, que tout homme qui se montre est immédiatement abattu. Les agents de liaison envoyés sur la gauche, vers le bataillon du 21e d’infanterie, tombent sans avoir pu remplir leur mission.

    Les Allemands contre attaquent alors au son de leurs clairons et de leurs tambours, la situation devient critique. Dans le groupe du commandant Rauch, onze chasseurs sont tués dont l’adjudant Renaud. Le chasseur Fillioud, ordonnance du commandant, tire sans arrêt sur les Allemands à dix mètres, les abat comme dans un horrible jeu de massacre. Il tire et tire sans cesse, jusqu’au moment où percé de quatre balles, son fusil brisé, il reçoit l’ordre d’aller au poste de secours. En route, une cinquième balle lui érafle le cou.

    Le lieutenant Lavocat et le sous-lieutenant Montenot sont tués, ce sont les premiers de la longue et glorieuse liste des officiers du bataillon qui tomberont au champ d’honneur.

    S’entêter serait folie. Ce serait, dans une entreprise impossible, faire détruire le bataillon. Ce serait aussi exposer le grand Donon à être enlevé dans le dos des compagnies qui gardent la face est et la direction de Grandfontaine. Le but principal n’est-il d’ailleurs pas atteint, les chasseurs du 20e sont dégagés et peuvent rentrer dans nos lignes.

    Ordre est alors donné de battre en retraite sur le grand Donon, dont le sous-lieutenant Lemarchand a organisé la défense. Le sergent-major Schwindenhammer va porter à la section de mitrailleuses, établie sur le grand Donon face au col et au petit Donon, l’ordre de se replier. L’ennemi vient de repérer les mitrailleuses et de les prendre sous son feu. La section est très éprouvée. Son chef, le lieutenant Madon tombe le cou traversé d’une balle. Laissé pour mort sur le terrain, par une énergie surhumaine, il parvient à se relever et à rejoindre le bataillon. Le sous-lieutenant Erpine est blessé sur les pentes du Donon au moment où il rend compte de sa mission au commandant.

    L’ennemi déborde la montagne, il entoure presque le Donon. Du sommet, les chasseurs aperçoivent au loin, au delà de la plate-forme de Velléda, les camarades de leur division. Parviendront-ils à les rejoindre ?

    Des patrouilleurs trouvent un passage libre. On prend comme point de direction la plate-forme et enfin les éléments qui viennent d’attaquer peuvent rejoindre la division.

    Ce qui a permis la retraite, il faut le signaler, c’est la belle défense du débouché de la route d’Abreschwiller. Les chasseurs du capitaine Garitet et les sapeurs du capitaine Petit ont tenu là jusqu’au bout, sauvant ainsi leurs camarades. A la tête de ses hommes, le capitaine Petit a été tué au cours du combat.

    Dans le même temps s’était poursuivie une lutte d’artillerie. Le 2ème groupe du 62e (commandant Pajot), occupe la partie sud de la plate-forme. Le 3ème groupe (Brossé) est à sa gauche, sur les pentes en arrière des fermes et des villas. Le 1er groupe (Tourdes), est en réserve près de la maison forestière de la Tête du Cerf.

    L’artillerie allemande est installée vers Fréconrupt. Trois batteries de 77 sont visibles en avant de la crête et nos artilleurs en ont bientôt raison, le matériel est démonté, le personnel détruit ou mis en fuite. Restait l’artillerie lourde allemande, une batterie de 105 et une de 150, invisibles derrière la crête de Fréconrupt. Vers 9 heures, l’observateur de la 3e batterie parvint à apercevoir les lueurs et à repérer les canons lourds. Les 75 tirent par rafales et les canons allemands se taisent. Pendant toute la journée, ils ne reprendront plus leur tir.

    Tel fut dans ses grands traits le combat du Donon. Il a laissé dans l’âme de nos populations vosgiennes des impressions profondes et le Donon restera un lieu de patriotique pèlerinage.

    C’est là que le 21e chasseurs et les soldats du canton de Raon ont commencé leur glorieux, mais sanglant sacrifice. 114 français sont tombés au petit Donon, 94 à la route d’Abreschwiller. Ils appartenaient presque tous au 21e chasseurs. Les pertes allemandes étaient sensiblement égales.

     

    C’était le premier des sacrifices sanglants qui allaient commencer et, se poursuivre de ce 20 août au jour de l’armistice.

    Au cours de la guerre, 64 officiers, 157 sous-officiers, 1729 caporaux et chasseurs du 21e bataillon allaient tomber face à l’ennemi et cette liste funèbre, tout le fait craindre, si elle est officielle, est loin d’être complète. J’y ai relevé de nombreuses omissions.

    Cinq chasseurs raonnais étaient parmi les morts, le sergent Paul Boudot, le caporal Maurice Larue, les chasseurs Camille Jeandel, Emile Grandjean, Henri Receveur. Grande fut l’émotion à Raon quand on apprit qu’ils étaient tombés.

    On ignorait encore qu’ils n’étaient point les premières victimes de la guerre. Le premier Raonnais, mort au champ d’honneur, est le jeune Paul Ferry, caporal au 37e, tué le 14 août au combat d’Arracourt en avant de Nancy. Son nom ouvre la longue et douloureuse liste des 225 Raonnais morts pour la patrie.

    J’aurais voulu faire passer dans ces lignes, l’émotion qui étreint, aujourd’hui au sommet du Donon, demain au col de la Chipotte, celui qui vient rêver aux lieux où sont tombés les soldats de la France. Mais ma plume inhabile peut-elle faire revivre ces souvenirs de sacrifice et de gloire. Le poète peut seul évoquer et ceux de Friedland et ceux de Rivoli.

    Que n’écrirait du soldat des Vosges et de la Marne, de l’Artois et de Verdun, celui qui, dans une envolée superbe a dit des soldats de l’an II :

     

    « Ils eussent sans nul doute escaladé les nues
    Si ces audacieux,
    En retournant les yeux dans leur course olympique,
    Avaient vu derrière eux la grande République
    Montrant du doigt les cieux« 

    (Victor Hugo. – Les Châtiments).

    Le soldat de 1914 était digne de ces grands ancêtres. Ne les a-t-il même point dépassés ?

    Suite…

  • One Response à “La guerre dans les Vosges (3)”

    • LANGUILLAT HUBERT on 17 août 2016

      J’ai lu avec émotion votre article. Mon père a combattu pour la défense du Donon, jusqu’au 25 juin, il a ensuite été fait prisonnier. Il avait relaté ses faits de guerre sur un petit carnet, que j’ai repris, mais il manque des noms.

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