• 27 février 2011 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    La guerre dans les Vosges (2) dans GUERRE 1914 - 1918 attaquebureaudouanesparchasseursalpins-150x150chasseursalpins-150x150 dans GUERRE 1914 - 1918

    D’après un article de Louis Sadoul, paru dans « Le Pays Lorrain » – 1921

    « A la mémoire des soldats du canton de Raon-l’Etape morts pour la patrie »

    Guerre Vosges n° 1

    Les premiers combats

    Dans la nuit du 30 au 31 juillet, les troupes des Vosges reçurent l’ordre de prendre leurs positions de couverture. Le 21e bataillon de chasseurs quitta sa caserne de Raon aux premières heures du jour. L’historien Louis Madelin, alors en vacances à la Trouche, le vit passer.

    « Le 31 juillet, écrit-il dans son beau livre le Chemin de la Victoire, nous fûmes réveillés à l’aube d’une façon magnifique et pathétique. Dans la vallée toute scintillante et rosée sous le premier soleil, un chant splendide s’élevait, le plus beau que j’eusse jamais entendu c’était, chantée très exactement par mille bouches à la fois, la Sidi-Brahim. Son chef en tête, le commandant Rauch, qui, droit sur son cheval, tout le premier, chantait, les fanions flottant à la brise du matin, les clairons et tambours soutenant le chant inspiré, le 21e chasseurs marchait vers la ligne bleue des Vosges, il marchait d’un pas élastique et comme vibrant. Et longtemps après qu’il eut passé, on entendait, répercutéé par les échos de l’étroite vallée, cette belle Sidi-Brahim, évocatrice d’un des exploits héroïques de l’arme et faisant comme éclater le cirque des monts. Dans notre hameau, secoué jusqu’aux moëlles, tous les cœurs s’élançaient derrière ces enfants qui allaient à la gloire et marchaient à la mort ».

    Du « Chemin de la Victoire », le 21e chasseurs, à cette aube radieuse du 31 juillet 1914, commençait la première étape.

    Ce chemin, nul alors ne se l’imaginait ni si sanglant, ni si glorieux, nul n’aurait osé penser qu’il faudrait plus de quatre années pour le parcourir en entier. Mais, sur ce chemin, le 21e bataillon trouvera une gloire impérissable, il va être un bataillon d’élite.

    « Mes chasseurs, écrivait leur commandant après les batailles des Vosges, m’ont fait vivre les plus belles heures de ma vie ». Fut-il jamais plus bel éloge. Mais le chef, le commandant Rauch, était digne de ses chasseurs qui lui rendaient, en estime et en affection, l’amour qu’il avait pour eux.

    Le soir de ce jour, la mobilisation commença. Convoqués par appels individuels, les réservistes rejoignirent dans la nuit. Sur notre frontière, personne n’avait désiré la guerre, personne n’aurait imaginé l’expression impie d’une « guerre fraîche et joyeuse ». Mais chacun avait souvent pensé au grand conflit et le voyait venir avec sang-froid et résolution.

    Si le 31 juillet, les troupes de couverture ont marché en avant, un ordre formel les maintient à dix kilomètres de la frontière. Le gouvernement veut, en évitant tout incident, ménager, si invraisemblable soit-elle, la dernière chance d’éviter la guerre. II montre en tout cas au monde que la provocation ne vient point du côté français, et cette attitude pacifique et prudente précipita, dit-on, la décision de l’Angleterre de se ranger à nos côtés.

    Le 3 août, la guerre est déclarée à 6h45 de l’après-midi. Nous avions toujours attendu sur notre frontière de l’est, une attaque foudroyante. Celle-ci ne se produit pas.

    Pendant les premiers jours, je ne puis guère signaler que des rencontres de patrouilles, quelques coups de feu échangés ça et là. Le premier coup de fusil de la guerre dans notre région a été, je le crois bien, tiré par le douanier Mengin, de la brigade de Luvigny. Le 3 août, près du cimetière de Raon-les-Leau, il abat un cavalier allemand en reconnaissance, un chevau-léger, dont les armes et l’équipement sont remis au commandant Rauch.

    A ce moment, le 21e corps est ainsi réparti : la 13e division occupe la vallée de Celles et la région de Badonviller-Montigny, la 43e D. I., à sa droite, tient le Ban-de Sapt et la vallée de la Fave. Dans chacun des secteurs, il se produisit un mouvement inverse. La 43e marche en avant pour s’emparer des cols. Le 7 août, elle s’installe aux cols de Sainte-Marie et du Bonhomme, non sans avoir éprouvé des pertes assez sérieuses, surtout au col de Sainte-Marie d’où elle ne peut déboucher pour s’emparer de la ville.

    Le 9 août, renforcée par les 21e et 109e de la 13e D. I., la 43e pénètre dans la vallée de la Bruche. Le 12 août, Saâles est occupé. Le 14, la division livre à Plaine et à Saint-Blaise-la-Roche, un brillant combat. Le 1er bataillon de chasseurs s’empare du drapeau du 132e allemand. Les prisonniers sont nombreux, plus de 500 sont envoyés à l’arrière. Le moral de nos troupes est superbe.

    Dans la région de Badonviller, ce sont les Allemands au contraire qui ont prononcé un mouvement en avant. Ils ont envahi Blâmont, Cirey, la vallée de la Vezouze, signalant leur passage par de sanglantes atrocités. Le 12 août, ils entrent à Badonviller, brûlent la ville, fusillent des habitants. Un frisson d’horreur secoue le pays.

    Les troupes de l’intérieur arrivent. Le 13e corps passe à Raon et se dirige sur Badonviller. La population acclame les 92e, 105e, 121e, 139e régiments, qui défilent de la gare aux Maisons Rouges au milieu d’un enthousiasme indescriptible. Le 14e corps, venu des Alpes, gagne les cols des Vosges, partout on va marcher en avant.Le 14 août, le 21e chasseurs s’empare du Donon assez mal défendu par quelques cavaliers.Sur la roche qui domine la montagne, en avant du temple, un chasseur marqua sa conquête. Dans la pierre, il grava « 14 août 1914. Prise du Donon par le 21e bataillon. Signé Clément ». C’était le nom du lieutenant qui commandait le détachement. Le nom du commandant Rauch fut gravé à côté par un ciseau plus habile.Au-dessous du sceau des chasseurs, les Allemands ont écrit le leur : « Le 21 août, les 109, 111 et 40e régiments de réserve l’ont pour toujours repoussé vers la France ».Voici le texte allemand : „Am 21 August durch die 109,111 et 40 für immer deutschen Reserve Regt nach Frankreich zurück geworfen ». Ce pour toujours était peu prophétique. Plus tard, beaucoup plus tard, une troisième inscription fut tracée, c’est le fier mot de Pétain à Verdun « On les a eus, 11 novembre 1918 ». Ces trois dates, ces défis que semblaient se jeter les soldats au sommet de la légendaire montagne druidique forment aujourd’hui une des curiosités du Donon.Dans les jours qui suivirent, se produisit un changement de troupes, assez peu compréhensible d’ailleurs. La 43e D. I. quitte les Vosges et le terrain dont elle connaît tous les détails, elle est remplacée par le 14e corps, venu des Alpes. La 43e glisse à gauche. Le 18 août, renforcée de la 2e brigade coloniale, elle se rassemble vers Abreschwiller, St Quirin et Walscheid, c’est-à-dire dans la vallée de la haute Sarre, en direction de Sarrebourg.

    La 13e division, enlevée au 21e corps, est rattachée au 14e, elle va opérer dans la vallée de la Bruche. Le 18 août, la 2e brigade (les chasseurs) est au Donon, la 26e brigade, (21e, 109e R. I. et aussi le 17e R. I. prélevé sur la 2e brigade) campe à Schirmeck.

    L’objectif est une avance dans la vallée de la Bruche. C’est cette opération qui fit, dans le pays, courir le bruit que le grand fort de Molsheim était tombé. Je ne crois pas qu’il ait jamais été question de l’attaquer. La tâche plus modeste de la 36e brigade semble avoir été seulement d’avancer dans la vallée, d’y inquiéter l’Allemand et de lui faire amener des troupes prélevées ailleurs.

    Le 18 août, la brigade marche en avant par les deux rives de la petite rivière. Sur la rive gauche, elle entre à Wisches aux premières heures du jour, sans rencontrer grande résistance, elle va pousser dans la direction d’Urmatt. Mais les renforts allemands arrivent le soir, une contre attaque nous fait perdre Wisches.

    Sur la rive droite, le combat a été plus dur et plus sanglant. Le 17e R. I. se porte sur Grendelbruch, il est appuyé par le 1er groupe du 62e d’artillerie (commandant Tourdes) dont les batteries sont en position sur les hauteurs au sud de Wisches. Les Allemands ont organisé défensivement le piton qui domine le village (côte 748), ils ont là des forces importantes, le mouvement du 17e échoue.

    Le régiment, qui a subi des pertes élevées en hommes et surtout en officiers, recule malgré l’appui des 21e et 109e régiments. La bataille va continuer dans la vallée même, vers Russ et Hersbach.

    Le lendemain 19, les Allemands attaquent vigoureusement dès sept heures du matin. Le 21e livre dans Hersbach un combat de rues et combat pied à pied avec le colonel Frisch. Le 109e va être débordé, il se dégage par une contre attaque énergique, au cours de laquelle tombe mortellement blessé son chef, le colonel Aubry.

    L’ennemi progresse, il parvient jusqu’aux batteries du 62e en position à l’ouest d’Hersbach, et qui doivent se replier en abandonnant deux caissons. On ne pourrait plus se maintenir qu’au prix de sacrifices trop sanglants. Le colonel Hamon ordonne la retraite de la brigade, le 109e se replie sur la plate forme du Donon où il bivouaque, le 21e se porte en arrière sur le col de Prayé.

    Les artilleurs du commandant Tourdes bivouaquent à la lisière de la forêt, sur la plateforme du Donon où ils retrouvent leurs camarades des 2e et 3e groupes. Schirmeck est abandonné ; nous avons encore des avant-postes à Grandfontaine.

    20 août. Ce fut la journée tragique, le jour de Morhange et de Sarrebourg.

    Sous un resplendissant soleil d’été, la nature semblait s’être faite plus radieuse et plus belle, insoucieuse de la souffrance et de la mort. Morhange, Sarrebourg, les deux batailles qui ont meurtri la Lorraine et dont elle parlera toujours avec douleur, mais aussi avec fierté. Si c’est là que les premiers de ses fils sont tombés, c’est là aussi qu’ils sont morts en héros, donnant à leur grande comme à leur petite patrie, le sacrifice suprême et se montrant déjà ce qu’ils devaient toujours être dans la longue et glorieuse campagne : des soldats parmi les meilleurs.

    Il n’entre point dans mon projet de raconter les batailles de Morhange et de Sarrebourg. Encore ici, je n’exposerai de la situation générale que les faits indispensables pour faire comprendre les événements locaux.

    Les VIe et VIIe armées allemandes étaient établies sur les collines entre la Sarre et la Seille. Elles venaient d’être renforcées. Les XIVe et XVe corps se trouvaient en Haute-Alsace, région de Mulhouse. Le 15 août, le XIVe corps avait été transporté en chemin de fer à la droite de la VIIe armée, le XVe corps avait gagné Saverne à marches forcées.

    La résistance allemande, faible le 14 août, s’était accrue à mesure que nous avancions, elle avait été particulièrement tenace le 17. Dubail occupe Sarrebourg le 18, avec la division de Maud’huy (8e corps). Le 19, il débouche assez péniblement en avant de Sarrebourg.

    Le 20 au matin, les Allemands résistent vigoureusement, ils ont accumulé devant Sarrebourg une formidable artillerie. A 11 heures, les Bavarois partent à l’attaque. C’est une lutte furieuse, les pertes sont lourdes dans les deux armées. Sur le soir, nous devons évacuer Sarrebourg. Mais le repli se fait en bon ordre. Le 95e, qui a tenu tant qu’il avait fallu avec le colonel Tourret, défile dans Sarrebourg, au son de ses clairons, et la musique jouant la Marche lorraine.

    A sa droite, la première armée a repoussé l’attaque allemande. La 43e division a même obtenu un succès marqué. Si la brigade coloniale, partie de Vallérysthal et de Trois-Fontaines sur Haarberg est très éprouvée et ne peut déboucher vers son objectif, si le 31e chasseurs, malgré des charges brillantes ne parvient pas à enlever le col de St Léon, l’entrée en scène du 17e à Munichhof, des 149e et 138e à Abreschwiller rejette les Allemands au delà du col de St Léon. La victoire de la 43e division est incontestable et compense en partie l’échec de l’aile gauche.

    Sarrebourg est dans l’ensemble une bataille indécise. Une grande partie des forces françaises n’a pas encore été engagée. Le général Dubail donne l’ordre de reprendre le lendemain une attaque méthodique, pied à pied.

    Mais la 2e armée, à Morhange, a subi un échec plus grave. Sans doute Morhange ne fut point, ainsi que l’ont dit avec une ridicule exagération certains récits officieux allemands, la plus grande bataille de l’histoire du monde. Mais l’échec était indéniable, les pertes sérieuses.

    Castelnau doit prendre du champ pour se réorganiser et recommencer la lutte. Il recule jusque Nancy, au delà de Lunéville et à son extrême droite jusqu’aux abords de la Moselle vers Bayon et Charmes. La 1ère armée ne peut plus dès lors conserver ses positions désormais trop avancées de Sarrebourg et du Donon.

    Dans la nuit du 20 au 21, à minuit trente, ordre lui est donné par le grand quartier général de battre en retraite et de s’aligner sur la 2e armée.

     

    Suite…

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso