• 3 janvier 2011 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Epinal - Quartier de la Colombière en mai et juin 1940 dans GUERRE 1939 - 1945 gthiriot10ans-150x150maisonju-150x150 dans GUERRE 1939 - 1945grandtantesaintdizier65ans-150x150

     

    Du quartier de la Colombière à Epinal
    le témoignage d’un enfant de l’époque, G. Thiriot,
    qui, avec quelques autres,
    a vécu la débâcle de mai et juin 1940.

    De cette période tragique, je voudrais apporter mon témoignage sur un vécu, qui se veut être un prétexte à rappeler à la mémoire de tous, le sacrifice de ces combattants du 18 juin 1940 et après. Rendre hommage aux populations, aux sinistrés, à ceux qui ont souffert dans la cité, à Jeuxey ou Dogneville.

    Pendant que certains étaient réfugiés, d’autres claquaient…

    A cette époque, je n’avais que 10 ans, et ma mère et mon jeune frère avaient rallié le Sud. J’étais resté avec ma grande-tante Elise Saint-Dizier, dans ce quartier dit de la Colombière (à proximité de l’actuel camping du Château).

    Il n’y avait que quelques maisons où seuls résidaient les Voldoire, Saint-Dizier, Pierrot, Bailly et Remy. De mai à juin, ceux-ci avaient quitté le quartier pour gagner le Sud. Il fallait fuir l’avancée allemande, c’était la Débâcle…

    Monsieur Pierrot était resté pour garder sa maison, soigner ses lapins. Il nous avait rejoint, ma grande tante Elise et moi. Nous étions sans informations sur l’avancée allemande….

    Vers les 18 et 19 juin, on entendait des fusillades et explosions, des fumées en provenance d’Epinal, Jeuxey, Dogneville. Des stocks de carburant en flammes à la Jeanne d’Arc à Golbey laissaient échapper d’épaisses fumées noires.

    Réfugiés dans notre maison, sur le chemin longeant le mur du parc du Château, nous aperçumes une troupe de soldats en rang par trois qui s’avançait. A la vue de ces soldats, Monsieur Pierrot, un ancien de 14-18, s’exclama : « Ce sont les Américains » mais, ma grande-tante, née en 1875, s’écria : « Non, regardez, ils sont tous verts, ce sont des Prussiens ».

    Cette femme, pourtant si réservée, prétexta d’aller aux toilettes dans le jardin, à l’époque, pour y voir plus clair… Elle en revint, toute excitée, en expliquant : « Ah les Salauds… il y en a partout, dans le jardin, dans le verger, ils creusent des trous… ».

    Aussitôt les Allemands arrivent, l’un d’entre eux, révolver au poing, ouvre brutalement la porte en vociférant : « soldates français » « soldates français ».

    La maison est vite occupée, ils visitent cave, chambres, grenier…. Monsieur Pierrot décide de repartir chez lui.

    Sur le même chemin où les Allemands sont passés, nous apercevons cinq à six soldats français qui arrivent en courant, l’un derrière l’autre, les bras en l’air, mouchoir blanc à la main…. 

    Des Allemands sortent des buissons, les rassemblent devant le mur du château (entrée du camping actuel). Rapidement tout ce monde disparait….

    Du 19 au 21 juin, un déluge de feu s’abat tout autour de la maison, nous nous sommes réfugiés dans la cave. A chaque accalmie, nous venons nous installer dans la cuisine et pour nous abriter, ma tante a tiré la porte et placé une planche à laver devant moi pour me protéger…

    Un obus explose devant la maison, les éclats traversent la porte d’entrée, des barres de bois de la rampe d’escalier sont arrachés, des éclats vont se ficher dans les contremarches de l’escalier qui conduit aux chambres….

    Je suis de plus en plus effrayé…..

    Un Allemand vient s’installer à la cuisine, il s’apprête à manger. Nous restons figés, debouts. Les sifflements d’obus, les explosions font un vacarme infernal…

    L’Allemand se lève, me prend par la main, m’assoit sur ses genoux. Il veut que je mange, j’ai trop peur, je n’ai pas faim.

    Il me montre des photos de sa famille, de sa maison, de ses enfants, il essaie de me rassurer….

    Une accalmie permet à monsieur Pierrot de nous rejoindre, c’est alors que les Allemands nous interpellent. Ils nous font comprendre que nous devons partir, cela devient trop dangereux pour nous.

    Monsieur Pierrot a de la parenté rue Abel Ferry à Epinal, il nous persuade de l’accompagner.

    A travers le chemin qui passe devant la ferme de la Colombière (Chambre d’Agriculture actuelle), nous cheminons : Faubourg d’Ambrail, rue des Soupirs.

    Dans la rue des Corvées, sur la gauche en descendant, existait une épicerie. Celle-ci est ouverte, des femmes sortent en courant avec, dans les bras, tout le ravitaillement qu’elles ont pu trouver. Des Allemands présents sur le trottoir d’en face, filment…

    Nous passons notre chemin. Enfin, nous atteignons la rue Abel Ferry, nous sommes accueillis chaleureusement, nous y resterons quelques jours.

    A notre retour à la maison, nous constatons que les Allemands ont sorti les tables et les chaises de la cuisine et de la salle à manger, la vaisselle, les couverts, les verres. Tout est resté sur les tables, ils ont du repartir précipitamment.

    En revanche, le chien que nous avions laissé attaché près de la maison, est entouré de tout un ensemble de récipients garnis de pâtes et autre nourriture. Il ne risquait pas de mourir de faim…

    Dans ce quartier de la Colombière, que je n’ai jamais quitté depuis, ces derniers jours de juin 1940 m’ont laissé d’évidents souvenirs.

    Lorsqu’on est un gamin de 10 ans, la guerre des grands, ça marque …

    G. Thiriot

  • 2 commentaires à “Epinal – Quartier de la Colombière en mai et juin 1940”

    • Louisette on 3 mars 2011

      Je trouve votre blog très intéressant : riche en articles et histoires anecdotiques!
      Félicitations!
      Cordialement

    • Georges Thiriot on 22 décembre 2012

      Les photos ci-dessus représentent de gauche à droite :
      1 – Georges Thiriot enfant, à l »age de 10 ans.
      2 – La maison comme elle l’était entre mai et juin 1940.
      3 – Elise Saint Dizier, ma grande-tante, née en 1875.

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