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  • 26 novembre 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Extraits de la notice de l’abbé Idoux, publiée en 1911 et 1912,
    dans les Annales de la société d’émulation du département des Vosges

    Canton de Bruyères
    (Prévôté de Bruyères)

     

    En remontant la Vologne, on trouve une localité qui a subi le sort de la cité d’Arches. Demangechamp, sur le territoite actuel de Xamonrupt, était une seigneurie et formait un village détruit par la peste et la guerre. Il ne s’y voit plus qu’une ferme autour de laquelle on voit les ruines des maisons d’autrefois.

    Le château de Faulcompierre était déjà abandonné en 1594, mais celui de Château-sur-Perles était debout au XVIIe siècle. Le cataclysme de l’époque lui fut très funeste. Toutefois, l’ouragan une fois passé, il fut restauré et transformé en maison de campagne, la révolution seulement le fit disparaître.

    En 1639, la région de la basse Vologne était infestée par les Suédois, ils avaient des postes à Cheniménil, et s’étaient emparé du château de Girecourt.

    Mais nous voici à Bruyères. Cette ville que dominait son château, témoin au XVe siècle des exploits de Varin Doron (*)  et des gentilhommes de Laveline (**), vit d’abord sa forteresse décrêtée de démolition par ordre de Richelieu. Mais là, était le moindre mal. Avec les Suédois, fondirent sur la bourgade toutes les calamités. Bruyères qui, en 1618, possédait 730 habitants, n’en pouvait plus compter que 60 à la fin de la tourmente.

    Quoi d’étonnant ? Le 29 mai 1635, les Suédois, en faisant le siège du château, livrèrent la ville aux flammes, l’église fut incendiée, le couvent des Annonciades fut détruit. Pour ne pas mourir de faim, les religieuses durent se retirer, les unes en France, les autres dans le Barrois. A leur tour, les habitants s’enfuirent, et quand ils rentrèrent dans leurs ruines, ce fut pour subir les multiples réquisitions qu’Epinal avait à exiger, afin d’entretenir les troupes françaises ou lorraines qui, successivement, encombraient les bords de la Moselle.

    Comme la sénéchaussée de Remiremont et la prévôté d’Arches, Bruyères et les villages de son ressort eurent un peu de répit grâce à la neutralité de 1639. Après la reprise de Remiremont et d’Epinal en 1638, Bruyères, néanmoins, fut occupé par les soldats de Cliquot et dut contribuer à l’entretien des soldats lorrains logés à Epinal.

    Mais bientôt, les tribulations reprirent. La petite paix une fois rompue, Epinal enlevé par Du Hallier en 1641, la prévôté de Bruyères fut largement mise à contribution. A la garnison d’occupation, il fallut des vivres, des fourrages, des convois, de l’argent pour la solde des gens de guerre. Ce fut là un prélude de maux.

    En 1643, survient une nouvelle horde de Suédois. Le régiment de Streff envahit le bourg, et pendant qu’à son approche les habitants s’évadent dans les montagnes, les soldats ravagent et pillent tout ce qu’ils trouvent dans les maisons encore debout. Rien n’échappe à leurs investigations. Le receveur du domaine, ayant enterré dans un fournil, l’argent qu’il avait levé, eut sa cachette éventée, lui-même fut saisi avec tout ce qu’il possédait encore, fut trainé au château de Wildenstein où il mourut peu de temps après, sans qu’on put savoir comment.

    Dans la même circonstance, les habitants de Dompierre furent également fourragés et s’enfuirent aussi pour garder leurs vies sauves.

    L’année suivante, les troupes destinées au siège de La Mothe, furent d’abord cantonnées en différentes places des Vosges. A Epinal, échut le logement des compagnies des dragons de Traxy, et par ordre de Turenne, Bruyères et Corcieux durent alimenter une de ces compagnies.

    Mais, ruiné par l’incendie de 1635, épuisé par le pillage de 1643, comment notre bourgade pouvait-elle faire face à cette réquisition ? On ne se le demanda pas à Epinal. Pour lever l’imposition prescrite par Turenne, 40 mousquetaires furent envoyés à Bruyères. En fut-il de même à Corcieux ?

    Alors les réquisitions étaient féroces. C’était le temps où se menait la campagne contre Fontenoy-le-Château, où l’on trouve une saisie de bétail à Xamonrupt, où l’on voit la razzia opérée sur le bétail à Hadol.Après la destruction de La Mothe, on vint à la période de l’occupation sauvage des régiments d’Erlach, Kanofski, Roze et autres. Ce fut le doublement des impôts de guerre, ce fut le logement des Suédois jusque dans les moindres villages, ce fut la tyrannie pillarde et barbare. Les années se succédaient avec des impositions de plus en plus lourdes, pour un pays de plus en plus décimé, appauvri, ruiné par les soudards.

    Quand arriva la campagne de Lignéville en 1650, il fallut, encore et toujours, pourvoir aux besoins d’Epinal. Le comte alla même jusqu’à condamner les prévôts d’Arches, Saint-Dié et Bruyères, à payer aux « quatre » gouverneurs spinaliens 3000 francs, pour indemniser la ville des frais qu’elle avait supportés lors du siège qu’en avait fait le baron de Belrupt, et l’assaut qu’en avait donné le colonel Lhuillier (de Spitzemberg).

    Mais cette imposition n’alla pas seule. Arches, Saint-Dié, Bruyères se refusèrent à la payer, dès lors, elle devint matière à procès, et la Cour souveraine de Lorraine trancha le litige, en donnant gain de cause à Epinal. Enfin, arriva la neutralité négociée par le chapitre de Remiremont et M. d’Hagécourt.

    Cet adoucissement aux douleurs passées ne fut pas sans amertume, car la garnison française restait à la charge des prévôtés, et naturellement, celle de Bruyères dut fournir sa contingente. Mais en 1657, les habitants épuisés, refusèrent de plus contribuer au quartier d’hiver.Il va sans dire que ce refus ne fut pas du goût des officiers d’Epinal.

    En conséquence, ils expédièrent de la troupe, pour s’emparer de tous les bestiaux qui se pourraient rencontrer. Est-il à croire que la rafle fut infructueuse ? A quelque temps de là, un autre détachement, commandé par le lieutenant La Ramée, arriva à Bruyères pour forcer les habitants à payer ce qu’ils devaient pour le quartier d’hiver. On sait ce qu’étaient ces courses, où l’impôt se levait manu militari.

    On était au temps où, par ordre de Le Jay, la prévôté de Bruyères devait verser 8000 francs et fournir journellement 30 rations, à 1 franc la ration, où le quartier d’hiver coûta à tous les « lieux contribuables » rattachés à Epinal la somme énorme de 110 072 francs. Vraiment peut-on dire qu’une neutralité était un soulagement ? Et pourtant, les populations qui en bénéficiait, la considérait comme une heureuse aubaine, tant avait été épouvantable la période comprise entre 1633 et 1650.

    Le rôle pour 1646 mentionne sans cesse, que dans la prévôté « les maisons sont brûlées de la guerre » dans les villages de Corcieux, Seroux, Fiménil, Bayecourt, etc… Gugnécourt est abandonné, Pierrepont est désert.

    Les Suédois s’emparèrent deux fois de Laveline et l’incendièrent. Les meubles, les titres et papiers des gentilshommes furent consumés, les registres de la paroisse de Champ le Duc disparurent également.

    Les moulins de Laveline, Yvoux, Cheniménil étaient en ruines depuis 1635, tout comme celui des Cours de Corcieux. De 1633 à 1647, les habitants de Beauménil et de Fiménil furent tellement ruinés par le passage des gens de guerre, que le gruyer de Bruyères dut leur faire abandon complet pour la redevance qu’ils payaient jadis pour leurs bois.

    Si pour ce pays, la première période des guerres de Lorraine fut désastreuse, la seconde ne le fut guère moins. En 1674, Nonzeville ne comptait plus que 4 feux. Or, sur ces 4 ménages, en décembre, pendant 13 jours, plus de 3 500 hommes de l’armée de Turenne pesèrent lourdement. Tout fut pillé, les meubles, les grains, les fourrages furent enlevés et 143 pieds d’arbres fruitiers furent coupés et brûlés.

    A Padoux, les malheurs de la guerre diminuèrent tellement le nombre des habitants et causèrent de telles pertes, qu’en 1651, le receveur des quartiers de Remiremont dut faire remise des fermages.

    Le village voisin, Bult, dès 1641, n’avait plus que 4 conduits et demi.

    Il ne fallait plus que la présence des dernières troupes lorraines pour complèter la ruine de ces villages. Nous les avons vues au Ban de Vaudicourt en 1650. On les rencontre à Bult et à Vomécourt, car le comte de Lignéville y eut, pendant quelques jours, son quartier général, ainsi qu’aux alentours de Rambervillers.

    La prévôté de Bruyères fut oppressée et saccagée, comme sa voisine d’Arches, le bailliage d’Epinal et la sénéchaussée de Remiremont.

    La mort, le feu, les exactions y causèrent les mêmes ruines. Le donjon de Bruyères fut rasé, Demangechamp disparut, Château-sur-Perles fut très endommagé. Seul, le château de Girecourt-sur-Durbion resta debout, non sans avoir eu quelques unes de ses tours fortement entamées et même entièrement anéanties.

     

    (*) Varin Doron : Marchand de Bruyères, connu pour avoir aidé le duc de Lorraine René II dans la guerre qu’il livra contre le duc de Bourgogne Charles le Téméraire en 1476.
    (**) Gentilshommes de Laveline : René II, pour récompenser Varin Doron et les habitants de Laveline, qui ont joué un rôle décisif dans la reconquête de Bruyères, les fait tous gentilshommes, titre héréditaire, pour eux et pour toute leur descendance, hommes et femmes.

     

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