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  • 27 septembre 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Extraits de la notice de l’abbé Idoux, publiée en 1911 et 1912,
    dans les Annales de la société d’émulation du département des Vosges.

    Canton d’Epinal
    (Bailliage d’Epinal)

     

    Après avoir été menacé par la peste en 1626, désolé par le fléau en juillet, août, septembre, et décembre 1629, de nouveau contaminé en 1632, Epinal fut cette année-là même, occupé successivement par les compagnies de Belrupt, Mitry, Lenoncourt. Comme dans la prévôté d’Arches, ces troupes furent à Epinal une calamité par les scandales et les vexations qu’elles y commirent.

    Pendant que, dès le début des guerres de Lorraine, Saint-Dié et Raon tombaient, en 1633, aux mains du rhingraf Othon-Louis, Epinal était pris par le maréchal de Caumont-la-Force, qui s’y maintint jusqu’en 1635. En cette année, eut lieu le premier siège. Défendue énergiquement par Lamezan, la ville fut prise d’assaut par l’armée de Charles IV qui termina sa victoire en emportant la citadelle, et en taillant en pièces la garnison française.

    A la suite de ce fait d’armes qui produisit les premières ruines matérielles, la peste frappa de nouveau et la population, épouvantée, déserta la ville. La comptabilité d’Epinal n’existe plus pour les années 1635 et 1636, celle de l’hôpital apporte seule le témoignage d’une épouvantable désolation.

     

    Charles IV, ayant quitté la Lorraine pour porter la guerre, en 1636, en Franche-Comté, Epinal retomba aux mains des Français, qui y établirent pour gouverneur et commandant de place, monsieur de Juncet ou de Juncès, autrement dit La Jonchette. En 1637, survint la première occupation suédoise, alors ce fut l’oppression, l’exaction à jet continu, avec toutes les horreurs de la famine, et la difficulté inouïe de trouver des vivres à des prix exorbitants.

    Mais Charles IV reparut dans les Vosges en 1638. Le marquis de Ville fit lever le siège de Remiremont, et se présenta devant Epinal. Les portes de la ville lui furent ouvertes par un officier municipal. Après leur entrée dans Rualménil, les troupes lorraines, s’abritant avec des planches, entreprirent l’escalade du château, « par les barbacanes (meurtrières pratiquées dans le mur des forteresses), du côté du faubourg d’Ambrail ». La Jonchette, constatant qu’il ne pouvait lutter, dut se rendre le 19 août.

    Dès ce moment, Epinal resta aux Lorrains et bénéficia de la première neutralité négociée par l’abbesse de Remiremont, en prenant à sa charge l’entretien de 100 hommes de Lorraine sous le gouvernement de monsieur de Mitry.

    C’est alors qu’on mit une activité fébrile à réparer, avec les matériaux des nombreuse maisons vides d’habitants ou ruinées par les accidents de la guerre, les différentes brèches que les sièges précédents avaient faites dans les remparts et au château, à y accumuler des munitions que, de là, le duc faisait parvenir dans toutes les directions.

    Les années 1638 et 1639 virent les Cravates rôder aux environs d’Epinal. Dès le mois de mars 1639, on en trouvait aux environs de Mossoux, et ce fut à la fin de novembre, que 15 voleurs sortis de Jonvelle, vinrent à Chantraine, enlever des charrettes chargées de blé. En janvier 1640, les Loups de Jonvelle avaient encore dépouillé un marchand. La misère était affreuse. De plus, tant que la neutralité ne fut pas octroyée, la ville fut garnie des régiments de Le Poivre, Saint-Baslemont, Bornival, etc.

    Arriva le traité de Saint-Germain-en-Laye, où Charles IV, le 2 avril 1641, se laissa duper par Richelieu, comme il avait été dupé à Charmes en 1633. Mais le 28 avril, à Epinal, le duc signa devant notaire une protestation qui resta quelque temps secrète. Toutefois, Richelieu ne tarda pas à prendre ombrage de certaines démarches du duc de Lorraine, et bientôt, Du Hallier reçut de Paris l’ordre de recommencer les hostilités. La « petite paix » était finie.

    Dans les Vosges, ce fut un branle-bas général des troupes lorraines. Avec la disparition de la petite paix, la neutralité sombra. Bientôt, apparurent devant Epinal, les régiments de Du Hallier, et le 23 août, le canon battit les remparts et la citadelle. Le 25, la ville, défendue par les soldats du baron de Clinchamp, demanda à capituler. Il fallut subir les exigences du vainqueur, et même payer aux officiers de son artillerie 400 francs, « parce que le canon avait tiré ».

    Le siège avait été funeste à la ville et au château. Un certain nombre de maisons du faubourg d’Ambrail furent la proie des flammes, la toiture fut « grandement endommagée et rompue », au point qu’en 1644, monsieur de Montesson, gouverneur français d’Epinal dut faire construire un corps de garde, « et ce au sujet que les soldats ne savaient plus où se loger ni mettre à couvert, pour être ledit château sans aucun bâtiment ou logement, étant tout ruiné et n’ayant que les murailles autour d’icelui ». En 1642, après le siège, la ville n’avait plus que cent conduits et demi, environ cinq cents habitants.

    Dès 1641, ce fut l’occupation et les quartiers d’hiver, dans lesquels toute soldatesque fut la plaie d’Epinal. Les troupes de Turenne, de Magalotti, les Suédois d’Esme, Erlach, Kanofski, Roze, Schult, les soldats de Mazarin, La Ferté, Flekestin, Toubarre (Toubadel), vinrent successivement fouler la ville, opprimer les bourgeois, ravager les villages à plusieurs lieues à la ronde.

    Mais voici l’année 1650, et avec deux nouveaux sièges. Après avoir battu Roze Worms au bois de Xa, entre Vincey et Evaux, Philippe-Emmanuel comte de Lignéville-Tumejus, mit le siège devant Châtel, où il établit son quartier général, et il prescrivit au baron de Belrupt d’attaquer Epinal. Celui-ci campa à la cense de La Roche, et bientôt s’empara de la ville.

    Sous les ordres de monsieur de L’Espine, lieutenant de monsieur de Montesson, la garnison française débusquée, se réfugia au château. Ce fut le colonel L’Huillier (dit plus tard de Spitzemberg), aidé par les bourgeois d’Epinal, qui dirigea l’attaque de la forteresse. Après deux assauts énergiques, le château fut enlevé et la garnison faite prisonnière le 16 août 1650. Avec Epinal, Châtel, Mirecourt et Neufchâteau se rendirent aussi au comte de Lignéville.

    Pendant que le vaillant général menait sa campagne, il confia la garde d’Epinal à monsieur de Belrupt. Mais s’étant fait battre près de Saint-Mihiel, il dut se replier sur les Vosges, et commencement de décembre, les régiments de Verduisant, de Romécourt et de Silly, vinrent se joindre aux troupes du baron de Belrupt.

    Mis en goût par son succès de Saint-Mihiel, La Ferté accourut pour reprendre Epinal, mais monsieur de Belrupt, prévoyant ce retour offensif, n’avait pas perdu de temps. Il avait fait réparer les fortifications par ses soldats, et dès le mois de février 1651, avait consolidé le grand pont, afin d’avoir moyen de faire des sorties.

    Aussitôt qu’il fut en face d’Epinal, La Ferté battit les murailles à coups de canon. On lui répondit par une sortie qui resta sans effet. La canonnade ayant redoublé, bientôt une large brèche fut faite aux remparts. Toutefois, les assiégeants n’osèrent immédiatement tenter l’assaut. Ce que voyant, Belrupt et Romécourt détruisirent le grand pont et dirent à La Ferté que, si la brèche n’était pas assez large, eux-mêmes feraient abattre cinquante pas de muraille en plus pour lui donner moyen de pénétrer dans la ville.

    Piqués par cette bravade, les soldats français se précipitèrent à l’escalade, mais à coups de faux, les Spinaliens les repoussèrent et en firent grand carnage. La Ferté, découragé, leva le pied pour attaquer Neufchâteau, qu’il ne put réduire davantage. Au comble de l’exaspération, il écrasa les Lorrains de contributions de guerre plus lourdes que jamais et jura de prendre sa revanche sur Epinal et les autres villes reconquises par Lignéville. De fait, il revint avec une armée plus considérable, et assiégea Châtel qui, sur l’ordre de Charles IV, capitula le 2 septembre 1651, après quarante-trois jours de siège.

    Pendant ce temps, Remiremont, Bruyères et Arches avaient obtenu la neutralité et Epinal négociait pour y participer. Ce fut le baron d’Hagécourt, aide de camp de Charles IV, qui mena à bien cette entreprise. A la fin août, les Spinaliens, heureux d’avoir échappé à un nouveau siège, à toutes les angoisses et souffrances qui en résultent, faisaient « retirer tous les partys qui estaient aux champs après la neutralité faite ». En conséquence, la garnison lorraine, la cour souveraine alors à Epinal, monsieur de Belrupt le gouverneur, quittaient la ville, après avoir fait l’inventaire des munitions du château confiées au sieur de Franchebotte, commandant français « en iceluy ». Mais, comme conditions de la neutralité, Epinal dut faire raser les fortifications nouvelles, les palissades et les forts de la ville.

    Jusqu’au traité de Vincennes, Epinal n’aura plus qu’à subir les tracasseries de la garnison française qui lui a été imposée, qu’à payer de son mieux sa part des lourds impôts de Lorraine, qu’à tâcher de donner satisfaction aux multiples créanciers près desquels quantités d’argent ont été empruntées, pour faire face aux misères, rapines, exactions de vingt ans d’une épouvantable vie.

    Quand finalement les dernières fortifications et le château, tant de fois attaqués, tant de fois ébréchés, tant de fois défendus, viendront à crouler par la sape et la mine, Créqui aura passé pour niveler la Lorraine et balayer les dernières défenses des Vosges.

    Ce fut chose faite en 1671. Pour Epinal, on mit trois mois à cette besogne, et la ville dut payer 333 francs par mois aux démolisseurs, sans compter 60 francs à monsieur de Romain, qui surveilla les pionniers. De plus, elle paya 11 666 francs pour sa rançon, après avoir subi un dernier siège, que lui infligea, en septembre 1670, le maréchal de Créqui.

    On conçoit que ces troupes, sans cesse en mouvement autour d’Epinal, que ces différents sièges aient désolé, ruiné, écrasé, broyé, non seulement la ville, mais surtout les villages environnants.

    Les biens de la fondation Hurault pour les pauvres d’Epinal, furent perdus en ville, et à Girmont, Dogneville, Jeuxey, etc. Nombre de terrains restèrent introuvables, et presque toutes les maisons formèrent des monceaux de platras et de débris calcinés.

    Les archives d’Epinal nous montrent Fomerey, Golbey, encombrés de Suédois. Dès 1641, ces villages n’ont plus d’habitants. Dogneville compte deux conduits, Deyvillers et Girmont chacun un et demi, Thaon deux.

    En 1645, on ne pouvait trouver que deux charrues entières à Longchamp-Vaudéville et à Jeuxey, une seule à Girmont et aucune à Deyvillers. Dans toute la région, où se trouvait un certain nombre de papeteries, il n’y avait plus, en 1645, que celles des Grands-Moulins et de Grennevaux à Epinal, celles d’Arches et de Docelles.

    Quant au ban d’Uxegney, il était entièrement ravagé. Les forêts avaient été en pleins dégâts dès 1634 par le fait des garnisons d’Epinal, tant de Charles IV que de Louis XIII. Encore en 1665, il était impossible de faire la moindre coupe dans les forêts du ban d’Uxegney, parce que les bois avaient été totalement dégradés, tant par l’incendie qu’autrement. En 1651, il n’y avait plus qu’un seul habitant à Gigney, et depuis 1647, après le séjour des Suédois de Kanofski, Fomerey était entièrement désert. Dès 1647, il y avait à peine trois conduits dans tout le ban d’Uxegney.

    Au mois de septembre 1648, Gigney vit toutes ses maisons en flammes. L’année suivante, le château de Darnieulles servit de refuge aux gens de Bocquegney, qui abandonnèrent leur village et perdirent leurs biens, pendant que l’armée de France passait pour aller devant Epinal. Le curé d’Uriménil certifiait en 1653, qu’il n’y avait aucun habitant dans les hameaux du ban d’Uxegney « dont la plus grande partie a été brûlée et ruinée par les gens de guerre ». Le village lui-même, qui jadis comptait cinquante laboureurs, n’en avait plus que quatre en 1649. De 1635 à 1644, il fut complètement abandonné, et lorsque les survivants des désastres rentrèrent dans les ruines, ils étaient livrés à la dernière misère. D’où les terrains tombèrent en friches.

     

    Dans le ban de Vaudicourt, on voit la même désolation. En 1653, « le restans des pauvres habitans » rappellent dans une supplique aus Dames de Remiremont, qu’avant les guerres, « ils estaient 260 et aujourd’huy ils sont reduictz tant hommes que vefves à 26, une partie qui mendient leurs vies, une autre qui gaigne à la sueur de leur corps et le petit nombre par louage de bestailz ».

    Si les sièges d’Epinal de 1650 et 1651 amenèrent ces résultats au ban de Vaudicourt, le dernier de 1670 ne lui fut pas moins désastreux. En 1710, Deyvillers n’avait retrouvé que 35 chefs de ménage, Dignonville 29, Dogneville 69, Golbey 23, Jeuxey 24, Longchamp 31, Vaudéville 5 et La Baffe 18.

    Pour finir, parlons d’Arches.

    Depuis longtemps, il s’y trouvait deux localités bien distinctes. L’une, située sur un petit monticule, était siège prévôtal, s’était formée autour du donjon élevé au XIe siècle par le duc Thierry, avait été mise par Ferry III à la loi de Beaumont, avait ses privilèges et ses franchises, était ceinte de remparts et gardait ses allures aristocratiques : c’était la ville d’Arches. L’autre était le village d’Arches, assis dans la vallée, sur les voies romaines de Langres à Deneuvre et Bâle à Metz. Il remontait à une haute antiquité, et pour cela se nommait le Vieux-bourg.

    Dès l’année 1634, les moulins et battants étaient abandonnés à cause des incessants passages de troupes. En 1641, depuis longtemps, le receveur ne percevait plus rien pour le droit de passage. Le pont fut ruiné au commencement des guerres. En fin de compte, la ville fortifiée, le Vieux-bourg furent complètement désolés. A la fin du XVIIe siècle, tout cela formait encore un monceau de ruines. Avant les guerres, la ville avait 30 maisons. En 1585, on comptait 36 conduits dans le Vieux-bourg, et en 1652, il restait juste 3 conduits.

    « Est arrivé malheur, dit le receveur d’Arches, que les Suédois vindrent prendre quartiers d’hyver dans ladite prévosté, où ils demeurèrent jusques au mois de may de ladicte année 1644, ayant entièrement ruinez et pillés tous les lieux de ladicte prévosté ».

    La ville d’Arches n’est jamais sortie de ses ruines, elle doit entrer dans la liste des localités que la guerre de Trente Ans a rayées de la carte des Vosges. Seul, le Vieux-bourg s’est relevé pour former le village actuel d’Arches. En 1710, on y trouvait 27 foyers.

    Archettes, de l’autre côté de la Moselle, subit le sort d’Arches. Si en 1710, on y voit seulement 13 chefs de famille, c’est qu’en 1655, on n’y trouvait que 6 feux, alors qu’auparavant on en comptait 75. Or en 1645, les quelques pauvres ménages d’Archettes étaient à eux seuls astreints à fournir les fourrages à deux compagnies de la garnison d’Epinal.

    Somme toute, par les différents sièges d’Epinal, le canton entier et les villages limitrophes des autres cantons furent cruellement éprouvés et opprimés. Une ville forte détruite, une autre démantelée, la ruine et la dépopulation de tous côtés, tel est le bilan du canton d’Epinal à la date de 1670.

     

    A suivre : Canton de Bruyères

     

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