• 20 septembre 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Extraits de la notice de l’abbé Idoux, publiée en 1911 et 1912,
    dans les Annales de la société d’émulation du département des Vosges.

    Canton de Fraize
    (Prévôté de Raon et Saint-Dié)

     

    Dans le Ban de Fraize, la peste y a fait des ravages, les Suédois ont amoncelé les ruines, les chaumes et les mines de La Croix ont été abandonnées. De toute la région, la belle vallée de Clefcy fut le coin le plus éprouvé.

    Ban-le-Duc, Ban-Saint-Dié, Stréture furent complètement dépeuplés, et partout se trouvèrent des ruines que les broussailles envahirent rapidement. En 1655, il était impossible de rien reconnaître dans les héritages du Ban-le-Duc, de Clefcy. L’ancien terrier, dressé en 1611, était devenu inutilisable, parce que la mort avait frappé de grands coups par les guerres et les maladies contagieuses à travers la population. Les trois scieries domaniales de la Basse de Stréture, ruinées et démolies, n’étaient pas rebâties en 1661. Les amodiations des pâturages n’existaient plus, parce que les gazons étaient remplis de ronces et de broussailles.

    Après les documents publics, écoutons la tradition locale : la contrée de Clefcy fut tellement ravagée qu’un pré de douze fauchées de Lorraine, situé à Hervafaing, fut échangé contre une miche de pain, ce qui fit donner à ce pré le nom de « Pré de l’aumône » qu’il a conservé depuis. Pour éviter les poursuites des Suédois, on fuyait dans les bois, où l’on s’entourait d’abattis d’arbres en forme de retranchements. Un canton, au nord du Plâneau, a conservé le nom de « barrigasses » qui vient évidemment de barricades. Enfin, dans les forêts de Clefcy et de Ban-sur-Meurthe, se trouvent des restes de vieux murs circulaires qui auraient servi de clôtures à des champs cultivés avant l’invasion suédoise.

    La peste, qui dès 1632, avait frappé nombre de villages de la recette de Raon, gagna bientôt les hautes vallées. Clefcy d’abord contaminé, le ban de Fraize fut rapidement envahi. Alors comme à Charmes, Rambervillers, Epinal, Mirecourt, on construit partout des lazarets pour y parquer les pestiférés.

    Au centre des prés Foyeux, entre Clefcy et Anould, se trouve « La Malaidrie ». Entre Plainfaing et Fraize, dans un petit vallon, existe le lieu-dit « La Malaide ». Dans le Ban entier, la peste fut pour ainsi dire présente en permanence jusqu’en 1641. Jointe aux horreurs de la famine, aux brutalités des Suédois et aux cruautés des pillards (Loups des bois, Schappens ou Houèbes), elle amena à rien la population.

    En 1710, Clefcy n’avait retrouvé que 23 chefs de famille. Depuis les extrêmes limites du Valtin et du Barançon jusqu’aux approches d’Anould, le Ban de Fraize, en 1644, ne comprenait que 13 conduits et demi ! Cinq après la paix de Vincennes, la population, d’après un rôle de l’aide Saint-Remy, comptait 124 ménages, plus cinq exempts, semés sur plus de trois lieues d’étendue.

    A La Croix, les mines de plomb et d’argent furent abandonnées dès 1634, les fonderies de minerai, bâties à Wisembach, à La Croix et à Barançon, eurent le même sort et tombèrent en ruines, la forge de Fraize éteignit ses feux et disparut. Quand on fit en 1678, le procès-verbal de l’état des anciens travaux miniers et de ce qui pourrait rester du matériel d’autrefois, on dut constater que tout était dans un délabrement complet, que les maisons appartenant au domaine étaient en ruines, et que la fonderie était détruite et éboulée.

    A peine rentré dans ses états, Charles IV fit reprendre l’exploitation des mines. Un premier admodiateur, après quelques entreprises dans les différentes galeries, en 1662, finit par tout abandonner. Une nouvelle tentative fut faite en 1665, mais bientôt le nouveau fermier des mines renonça à aller plus avant.

    Ce n’est pas seulement à La Croix que les mines avaient été ouvertes, les ducs de Lorraine avait fait exploiter deux « porches » à Scarupt, un à Noiregoutte, et un à Barançon au Ban de Fraize. Ils étaient en pleine activité au XVIe siècle. Au XVIIe, cette exploitation disparut et la forge qui travaillait le minerai succomba à son tour. Les mineurs émigrèrent ou périrent, les indigènes écrasés par la misère ou les fléaux furent anéantis.

    En 1642, la mairie de La Croix avait à peine huit conduits, et en 1660, il ne s’en trouvait que deux de plus. Cinquante ans plus tard, il y avait environ 335 individus entre La Croix et Sadey.

    Les scieries du Chipal eurent le même sort que les autres constructions. On en releva une en 1667, avec permission ducale. Mais les loups pullulèrent au point que les femmes ne pouvaient sarcler dans « les grands meix » sans être gardées par leurs maris armés contre les fauves.

    Dans les archives des Vosges, fond Saint-Dié, on voit une multitude de nouveaux acensements faits, sur la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, dans les territoires d’Anould, Mandray, Entre-deux-Eaux, etc. On y trouve également, de même que dans les comptes de Lorraine, quantité de pieds terriers reconstitués, états de rentes ou redevances seigneuriales réformés. Par conséquent, les finages furent abandonnés, incultes en hallier.

    Pouvait-il en être autrement quand Anould en 1710 ne possédait que 5 habitants et La Hardalle 30 ? Par contre, on en rencontre 109 à Mandray, mais il n’y en avait que 27 à Entre-deux-Eaux. Quant à Plainfaing, ce fut comme à Clefcy-Ban-sur-Meurthe, une localité entièrement ravagée par la peste et les Suédois. Le dénombrement de 1710 lui compte environ 405 personnes, il en mentionne 170 au Valtin, et seulement 280 à Fraize.

    Par ces nombres portant à 175 conduits imposables dans le Ban de Fraize, on remarque combien lentement se releva la population de ces montagnes. Dans l’espace de 45 ans, elle ne se renforça que de 45 ménages. Quoi d’étonnant ? Quand Saint-Dié, au traité de Ryswick, avait à peine 200 feux pour la ville, les faubourgs et les banlieues, le chapitre releva, dans tous les Vaux Saint-Dié, plus de 1600 nécessiteux, privés de tout et mourant de faim.

    Faut-il retrouver au Valtin, un souvenir du passage des Suédois dans un lieu-dit « La fin des soudaires » ? La tradition prétend que là se livra un combat, mais elle n’a pas gardé la date de l’événement. Toutefois, il ne serait pas impossible, que comme à La Poutraut de Fraize, les montagnards exaspérés aient tenté de se défendre, ou de se venger des pillards qui franchissaient le col de Luschpach pour se répandre en ouragan à travers la Haute-Meurthe.

    Résumons ce qui précède par les paroles suivantes de monsieur Paradis, curé de Fraize, recueillant les traditions de sa paroisse :

    « Si écartées qu’elles fussent, dans leurs maisons cachées au fond des bois, les populations pastorales des Vosges furent exposées aux incursions des envahisseurs. Quelques fermes privilégiées, comme Le Pré de Raves et Le Rosberg (territoire de La Croix), grâce à leur isolement, jouirent un an ou deux, d’une sécurité relative, mais partout ailleurs, sur les Chaumes, comme dans les vallées de la grande et de la petite Meurthe, des bandes de pillards promenèrent la désolation. Le Valtin, Hervafaing furent traversés par des maraudeurs, dont plusieurs gravirent la petite Chaume du Valtin, où ils s’emparèrent d’un certain nombre de vaches.

    L’année terrible fut celle de 1635. Les Suédois gagnèrent peu à peu les pentes occidentales des Vosges, ils n’y pénétrèrent d’abord que par petis détachements. Ils se distinguèrent par d’épouvantables crimes, et trainèrent à leur suite deux fléaux, la peste et la famine. Les montagnards furent forcés de chercher dans les forêts un abri momentané pour s’y cacher avec leurs femmes et leurs enfants. Mais ce fut particulièrement en 1639, que se produisirent les plus affreux ravages dans nos montagnes. Ce n’était qu’escarmouches, brigandages, rapines, attaques à l’improviste… Et à ces épreuves, venaient s’ajouter les attaques des bandes pillardes qui achevaient de ruiner ce que les soldats avaient épargné ».

    Les Suédois se signalèrent par leurs actes de vandalisme… Sous ce nom détesté, les paysans d’Alsace et de Lorraine désignaient, non seulement les soldats scandinaves, mais encore les reîtres allemands, croates, et toute une lie d’aventuriers. C’est à ceux-ci surtout, aux Houèbes, comme on disait généralement dans les Vosges, qu’il faut attribuer la plupart des forfaits commis dans nos montagnes.

    On conçoit que les fermes isolées ayant été dévastées, incendiées ou abandonnées, la brousse ait rapidement envahi des cantons, soit à flanc des monts, soit dans les vallées. Aussi, quand revint un peu de tranquillité sur les déserts piqués de ruines, quand la population, se relevant péniblement, voulut reconstituer un patrimoine, il fallut défricher. Comme ce n’était pas petite besogne, les paysans, pour avancer leur tâche, mirent le feu aux rapailles.

    Toutefois, ce procédé trop expéditif, devenant un danger public, une ordonnance ducale du 17 mars 1664 interdit, sous des peines sévères, ce mode radical de défrichement. En effet, en 1663, des jeunes garçons du village d’Hanozel (hameau de Saulcy), gardant leurs bestiaux et brûlant les mauvaises herbes des héritages pour rendre la pâture meilleure, le feu se jeta dans la forêt du Kamberg et la parcourut dans toute son étendue, sans qu’on y put porter remède.

    Quoi qu’il en soit, c’est à des essarts du XVIIe ou du XVIIIe siècle, que sont dus les domaines des Caluches, du Bouxeraud, du Ronchachay, de l’Epouxe dans la vallée de Scarupt. C’est à la même époque que furent défrichés le vallon et les côteaux qui ont donné les hameaux des Sèches-Tournées, de la Folie et de la Beurrée, sur le territoire de Fraize. Il en fut de même à Plainfaing, pour la formation des hameaux de la Forêt et de la Hardelle.

    Quant aux Chaumes, elles furent longtemps avant de retrouver quelques timides occupants, qui avaient non seulement à tout réorganiser pour tirer profit des pâturages et gazons, mais encore à se défendre des ours du Lac Blanc et de Taneck, des loups et sangliers qui s’étaient multipliés d’une façon effrayante.

     

    A suivre : le canton de Gérardmer

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