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  • 8 septembre 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La bataille de Jeuxey en juin 1940  dans GUERRE 1939 - 1945 robertnurdin1ercrbatterie3fortdelongchamp-150x150

     

    Aprés avoir évoqué un épisode de la bataille d’Epinal, avec le capitaine Rouvillois, je voudrais, à partir des témoignages de l’époque, monsieur Poirot, maire, monsieur Lacuve, secrétaire de mairie, instituteur du pays et les rapports des militaires engagés, retracer la bataille de Jeuxey qui fut l’une des plus dures du département.

    Cette bataille dura quatre jours, du 18 au 21 juin 1940. Sur un total de 101 maisons que comptait de village, 27 furent brûlées et 31 ont été fortement endommagées. Seules 3 maisons n’ont pas eu à souffrir du déluge d’obus.

     

    La bataille

    Le 18 juin, le capitaine Chasseigne du 223° RI vint prévenir le maire, qu’il allait organiser la résistance dans le village avec sa compagnie et le concours, en appui, d’une section de chars du 31° BCC, sous les ordres du lieutenant Guillemin.Monsieur Poirot, avec une vive insistance, demanda à ce que cette résistance soit exercée ailleurs que dans un pays habité, de ne pas transformer la commune en champ de bataille. Rien n’y fit, le capitaine disant qu’il exécutait les ordres du général commandant la 5ème armée.

    Tandis que des barricades et des chicanes étaient dressées aux entrées du pays, rue de Dogneville, rue de Longchamp et rue du centre, monsieur Poirot demandait encore à l’officier, s’il ne convenait pas de prévenir la population, qu’il valait mieux partir au plus vite. Trés optimiste, le capitaine rassura le maire, lui affirmant qu’il suffisait de se mettre à l’abri dans les caves.

    Des mitrailleuses furent donc placées aux endroits opportuns : un poste commandait notamment la route d’Epinal, et sur le pont du Saint-Oger, une barricade faite de voitures avait été installée.

    Vers midi, une section de 7 chars FT sur camions du 31° BCC, fit son apparition dans le village. Repérés par un avion de reconnaissance allemand, les chars se dispersèrent vers la route d’Epinal, puis vers le bois de la Voivre, quand l’artillerie ennemie les eut pris sous son feu. Il s’agissait, de petits chars de six tonnes. Ils étaient servis par un personnel courageux qui se battit bravement.

    Le 19 juin, le capitaine Chasseigne a envoyé en direction d’Epinal, à l’auberge des Quatre-Vents, la section de l’adjudant Profit et une piéce de 25. Durant l’après-midi et une partie de la soirée, le PA Profit a subit de violents tirs d’artillerie puis, quand le 25 a été détruit et l’auberge incendiée, les minem ont éclaté sur la position. A 22 heures, Chasseigne a envoyé le soldat Portier remettre un ordre de repli à l’adjudant Profit et, à 3 heures du matin, avec le chef Sabatier légérement blessé, le sergent Treborel et quelques hommes, l’adjudant revenait à Jeuxey.

    Le 19 juin toujours à Jeuxey, des patrouilles allemandes tentent une incursion, vers 5 heures, notamment par le chemin de Raménil. Repoussées avec pertes, elles doivent se replier rapidement, non sans incendier la maison de René Grony, aprés avoir lâché les vaches que la fermiére était en train de traire. Puis des salves ont détruit les habitations des familles Julien, Thiriat, Lecoanet, Guerard, Vautrin.

    Dans la journée du 20 juin, les buissons brûlent devant la mairie, les projectiles incendient les maisons Laruelle, Poirot et Genay. Lorsque l’instituteur, M. Lacuve, voit la maison de sa propre mére atteinte par les flammes, il se rue verrs la grange qui abrite sa Citroën, mais ne peut sauver la voiture.

    De fortes patrouilles allemandes tournent le village et peuvent y pénétrer en profitant des couverts et en se faufilant dans le cimetiére. De là, ils descendent dans le centre. Un soldat du Reich qui s’avance, le fusil d’une main, la grenade à manche de l’autre, est abattu par une rafale de fusil-mitrailleur.

    Vers 9 heures, la maison de M. Poussot Gervais est incendiée, puis celle de M. Mangin Emile.

    Les mitrailleuses et les chars du lieutenant Guillemin tirent sans arrêt sur les troupes allemandes qui essaient de prendre le village, mais sont repoussées avec de lourdes pertes. Avec deux chars, le lieutenant Guillemin s’offrira même le luxe de charger un minen en batterie à la lisiére d’un bois et de ramener deux prisonniers.

    La barricade du pont du Saint-Oger et celles qui s’élévent prés de la boulangerie ont été évacuées, mais les hommes du sous-lieutenant Hilaire et de l’aspirant Bobovnikof sont embusqués aux soupiraux des caves, ce qui expliquera le nombre peu élevé de victimes des bombardements.

    Un silence relatif succéde au crépitement de la mitraille : mais c’était le calme trompeur qui précède la tempête.Un tir de réglage des batteries allemandes commence sur Jeuxey : les batteries des forts de Longchamp et de Dogneville tirent également sur les abords du village, mais des obus tombent sur les maisons.

    C’est à ce moment que s’intercale un épisode tragique qui se déroula au fort de Longchamp. Le cannonnier Robert Nurdin, batterie 3, du 2O7° R.R.P. marié, pére de 3 enfants, s’écrie en exécutant les ordres reçus : « C’est malheureux, on me fait tirer sur mon village, sur ma propre famille ! ».

    Au même moment (il était à peu près dix heures du matin), des éclats d’un obus de 105, tiré par les artilleurs allemands depuis les hauteurs du plateau de la Justice à Epinal, l’atteignent et le blessent mortellement.

    Le bombardement fait rage au cours de cette journée et ne se ralentit que le soir. Mais déja toutes les maisons du faubourg sont brûlées par obus incendiaires, le feu s’est propagé avec une violence inouïe, activé par le vent du nord.

    Le 21 juin au matin, le bombardement reprend avec intensité, se concentrant vers le centre. Toutes les maisons du côté droit sont brûlées, depuis la maison Laruelle jusqu’à la demeure de M. Poirot Joseph. Plus tard, le sinistre se déclare dans les maisons Bled, Crouy Eugéne, Claudot et Bastien Emile.

    Les obus pleuvent sur l’école des filles et sur le presbytére. Le cimetière même, est atteint, plusieurs fois : un projectile explose sur une tombe, y creusant un trou profond. D’autres s’écrasent sur les murs de l’église. La fléche est atteinte également, de même que la toiture et la voûte. Trois vitraux sont pulvérisés.

    En bref, comme je l’ai dit plus haut, trois maisons seulement n’ont pas été atteintes par les obus. Toutes les autres ont eu à souffrir de ce déluge d’obus.

    Enfin, le 22 juin amena la fin des combats. La résistance a faibli et les mitrailleurs se sont rendus. Mais les équipages de chars ne veulent rien savoir et continuent à se battre. Sacrifice sans espoir et qui ne sauve que l’honneur.

    L’Officier allemand qui mène l’attaque menace de faire détruire le village si les chars continuent à tirer.

    Une religieuse alsaciennne, Soeur Geneviève, sert d’interpréte et d’intermédiaire, et par ses pourparlers, empêche la destruction compléte de Jeuxey.

    Les vainqueurs, qui ont subi des pertes sensibles au cours de ces assauts, rendent les honneurs aux combattants français qui leur ont tenu tête.

     

    Les victimes

    Quatre combattants du 223° RI ont été tués au cours de ces combats : ce sont le sergent-chef Eugéne Sabatier, le sergent Joseph Prokop, le caporal Raymond Cuvelier et le soldat Robert Touillet qui a succombé à ses blessures.

    Nous rappelerons que le canonnier Robert Nurdin du fort de Longchamp, quelques jours précédant son décés, avait accompagné le lieutenant Martin, commandant du fort, pour procéder à l’enlévement d’obus non éclatés, arrêtant la circulation sur la voie ferrée de Chavelot bombardée par les avions allemands. Volontaire, il s’est rendu dans la nuit du 18 au 19 juin à Epinal pour aller chercher les derniers ordres de la Place.

    Comme victimes civiles, à déplorer, la mort de M. l’abbé Constant Maire, curé de Jeuxey, qui visitait ses paroissiens réfugiés dans les caves et s’efforcait de les rassurer, mais, blessé à la jambe par un éclat d’obus, son état nécessita son transport chez Mme Duc en attendant qu’on puisse le conduire à Epinal. Le 21 juin, on lui coupa la jambe. Il était trop tard, la blessure était dejà gangrénée et le curé de Jeuxey mourut le 28 juin.

    Enfin un homme de 68 ans, monsieur Deletang, affolé par les bombardements, se dirigea vers les Adelphes : il fut tué devant le fort.

    Pendant ces journées et ces nuits tragiques, la population vivait dans les caves, avec les angoisses que l’on devine. Plusieurs familles se réfugiérent dans les bois, mais ne purent s’y maintenir.

    Il m’importait, par respect pour les anciens de Jeuxey qui ont souffert durant ces journées de juin 1940, de garder le souvenir pour les générations futures.

     

     

    G. Thiriot

  • 3 commentaires à “La bataille de Jeuxey en juin 1940”

    • Madame TRIGALOT on 7 décembre 2010

      C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai lu et relu ce document relatant cette bataille à Jeuxey.
      En effet, mon père appartenait au 31ème BCC, mais je ne sais pas encore à ce jour s’il était rattaché à la 1ère, 2ème ou 3ème compagnie et s’il a participé à ce triste évènement.
      En effet, afin de lui rendre hommage je reconstitue, jour après jour, son parcours militaire de 1939 à 1945, que je souhaite effectuer jusqu’en Allemagne.
      Il a été fait prisonnier le 22 avril 1940 à la Bourgonce (88).
      Si vous avez des conseils à me donner, je les accepterais bien volontiers.
      Je fais mienne votre dernière phrase car, à l’image de ce village, beaucoup d’autres êtres humains ont souffert et je m’associe à votre respect.

    • Georges Thiriot on 22 décembre 2012

      La photo ci-dessus est celle de Robert NURDIN cité dans l’article, mort pour la France au fort de Longchamp le 20 Juin 1940 à 10 heures…..

    • Adeline Nurdin on 23 mai 2017

      Cet homme est donc mon grand-père, père de trois enfants, mort au fort comme me l’avait raconté mon père Serge Nurdin, l’ainé.
      Une forte émotion me serre la gorge.
      Merci pour ce récit de guerre, à vrai dire, vous effectuez un vrai travail de mémoire.

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